Var. : s'en estoit
SATYRE VIII
Et n'avoit cependant aucune pension;
Mais qu’il se consoloit en ce qu’au moins l’histoire,
Comme on fait son travail, ne desroboit sa gloire ;
Et s’y met si avant que je creu que mes jours Dévoient plus tost finir que non pas son discours.
Mais comme Dieu voulut, après tant de demeures,
L’orloge du Palais vint à fraper onze heures;
Et luy, qui pour la souppe avoit l’esprit subtil :
« A quelle heure Monsieur vostre oncle disne-t-il » ?
Lors bien peu s’en falut, sans plus long-temps attendre.
Que de rage au gibet je ne m’allasse pendre.
Encor l’eussé-je fait, estant desespéré;
Mais je oroy que le Ciel, contre moy conjuré.
Voulut que s’accomplist ceste avanture mienne Que me dist, jeune enfant, une Bohémienne :
« Ny la peste, la faim, la verolle, la tous,
« La fievre, les venins, les larrons ny les lous « Ne tueront cetuy-cy, mais l’importun langage « D’un fâcheux : qu’il s’en garde estant grand, s’il est sage ».
' Comme il continuoit ceste vieille chanson Voicy venir quelqu’un d’assez pauvre façon :
Il se porte au devant, luy parle, le cageolle ;
Mais cest autre, à la fin, se monta de parole :
Monsieur, c’est trop long-temps... tout ce que vous voudrez... Voicy l’arrest signé... Non, Monsieur, vous viendrez... Quand vous serez dedans, vous ferez à partieL.. ».
Et moy, qui cependant n’estois de la partie.
J’esquive doucement, et m’en vais à grand pas,
La queue en loup qui fuit et les yeux contre bas.
Le cœur sautant de joye, et triste d’aparence.
1. Quand vous serez en prison, vous donnerez vos raisons par les voies légales.
SATYRE VIII
Depuis aux bons sergens j’ay porté reverence, Gomme à des gens d’honneur par qui le ciel voulut Que je receusse un jour le bien de mon salut.
Mais, craignant d’encourir vers toy le mesme vice Que je blasme en autruy, je suis à ton service.
Et prie Dieu qu’il nous garde ^ en ce bas monde icy, De faim, d’un importun, de froid et de soucy.