‹ Œuvres complètes de RégnierChapitre 50 sur 134 · Var. : frise · texte numérisé non relu

Var. : frise

SATYRE IX

Mais s’aheurte où sans plus quelque apas la convie. Selon son appétit le monde se repaist,

Qui fait qu’on trouve bon seulement ce qui plaist.

O debile raison ! où est ores ta bride?

Où ce flambeau qui sert aux personnes de guide? Contre les passions trop foible est ton secours,

Et souvent, courtisane, après elle tu cours.

Et, savourant Tappas qui ton ame ensorcelle.

Tu ne vis qu’à son goust et ne vois que par elle.

De là vient qu’un chacun, mesmes en son defîaut. Pense avoir de l’esprit autant qu’il luy en faut;

Aussi rien n’est party si bien par la nature Que le sens, car chacun en a sa fourniture.

Mais pour nous, moins hardis à croire à nos raisons. Qui réglons nos esprits par les comparaisons D’une chose avecq’ l’autre, espluchons de la vie L’action qui doit estre ou blasmée ou suivie;

Qui criblons le discours, au chois se variant,

D’avecq’ la fauceté la vérité triant.

Tant que l’homme le peut ; qui formons nos ouvrages Aux moules si parfaicts de ces grands personnages Qui depuis deux mille ans ont acquis le crédit Qu’en vers rien n’est parfait que ce qu’ils en ont dit. Devons nous aujourd’huy, pour une erreur nouvelle Que ces clercs dévoyez forment en leur cervelle. Laisser legerement la vieille opinion.

Et, suivant leur advis, croire à leur passion?

Pour moy, les Huguenots pourroient faire miracles. Ressusciter les morts, rendre de vrais oracles.

Que je ne pourrois pas croire à leur vérité.

En toute opinion je fuis la nouveauté.

Aussi doit-on plustost imiter nos vieux peres.

SATYRE IX

Que suivre des nouveaux les nouvelles chimères.

De mesme en Fart divin de la muse doit-on Moins croire à leur esprit qu’à l’esprit de Platon.

Mais, Rapin, à leur goust, si les vieux sont profanes.

Si Virgile, le Tasse et Ronsard sont des asnes.

Sans perdre en ces discours le temps que nous perdons, Allons comme eux aux champs, et mangeons des chardons.

FIN

SATYRE X

Ce mouvement de temps ^ peu cogneu des humains, Qui trompe nostre espoir, nostre esprit et nos mains, Chevelu sur le front et chauve par derrière.

N’est pas de ces 2 oyseaux qu’on prend à la pentiere Non plus que ce milieu, des vieux tant debatu.

Où l’on mist par despit à l’abri la vertu.

N’est un siégé vaquant au premier qui l’occupe. Souvent le plus mattois ne passe que pour dupe,

Ou par le jugement il faut perdre son temps,

A choisir dans les mœurs ce milieu que j’entens.

Or j’excuse en cecy nostre foiblesse humaine.

Qui ne veut ou ne peut se donner tant de peine Que s’exercer l’esprit en tout ce qu’il faudroit Pour rendre par estude un lourdaut plus adroit.

Mais je n’excuse pas les censeurs de Socrate,

De qui l’esprit rongneux de soy-mesme se grate, S’idolatre, s’admire, et d’un parler de miel Se va préconisant cousin de L’arcanciel.

Qui baillent pour raisons des chansons et des bourdes. Et, tous sages qu’ils sont, font les fautes plus lourdes : Et pour sçavoir gloser sur le Magnificat,

!. L’occasion.

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