Var. : soldats
4. Ces huit vers font allusion à la bataille de Lépante, 7 octobre 1571, dont les détails sont trop connus pour qu’il soit besoin de les rappeler ici. Voyez d’ailleurs Brantôme, qui parle longuement de Louchaly et des détails de cette fameuse journée.
SATYRE X
Toy, ce semble, quelqu’un de ces nouveaux docteurs Qui d’estoc et de taille estrillent les autheurs,
Dire que ceste exemple est fort mal assortie.
Homere, et non pas moy, t’en doit la garantie,
Qui dedans ses escrits, en des certains effects,
Les compare peut-estre aussi mal que je faicts.
Mais retournons à table, où l’esclanche en cervelle Des dents et du chalan separoit la querelle,
Et sur la nappe allant de quartier en quartier,
Plus dru qu’une navette au travers d’un mestier,
Glissoit de main en main, où sans perdre advantage. Ebréchant le Cousteau, tesmoignoit son courage :
Et durant que brebis elle fut parmy nous.
Elle sceut bravement se defîendre des loups.
Et de se conserver elle mist si bon ordre
Que, morte de vieillesse, elle ne sçauroit mordre.
A quoy, glouton oiseau, du ventre renaissant •
Du fils du bon Japet ^ te vas-tu repaissant ?
Assez et trop long-temps son poulmon tu gourmandes.
La faim se renouvelle au change des viandes.
Laissant là ce larron, vien icy désormais.
Où la tripaille est fritte en cent sortes de mets.
Or durant ce festin damoyselle Famine,
Avec son nez étique et sa mourante mine.
Ainsi que la cherté par edict l’ordonna,
Faisoit un beau discours dessus la Lezina ;
Et, nous torchant le bec, allegoit Symonide,
Qui dict, pour estre sain, qu’il faut mascher à vuide.
Au reste, à manger peu. Monsieur beuvoit d’autant,
— Les enseignes de Trace sont les drapeaux pris aux Turcs dans cette bataille.
1, Prornethée.
SATYRE X
Du vin qu’à la taverne on ne payoit contant ;
Et se faschoit qu’un Jean^ blessé de la logique,
Luy barbouilloit l’esprit d’un ergo sophistique.
Esmiant, quant à moy, du pain entre mes doigts,
A tout ce qu’on disoit doucet je m’accordois :
Leur voyant de piot la cervelle eschauffée,
De peur, comme l’on dict, de courroucer la fée.
Mais à tant d’accidents l’un sur l’autre amassez, Sçachant qu’il en falloit payer les pots cassez.
De rage, sans parler, je m’en mordois la levre.
Et n’est Job, de despit, qui n’en eust pris la chevre.
Car un limier boiteux, de galles damassé,
Qu’on avoit d’huile chaude et de souffre graissé.
Ainsi comme un verrat enveloppé de fange.
Quand sous le corcelet la crasse luy démangé.
Se bouchonne par tout, de mesme en pareil cas Ce rogneux Las-d’aller ^ se frottoit à mes bas ;
Et fust pour estriller ses galles et ses crottes.
De sa grâce il graissa mes chausses pour mes bottes En si digne façon, que le frippier Martin Avec sa male-tache, y perdroit son latin.
Ainsi qu’en ce despit le sang m'échaufîoit l’ame.
Le Monsieur son pédant à son aide reclame Pour soudre l’argument, quand d’un sçavant parler Il est qui fait la moue aux chimères en l’air.
Le pédant, tout fumeux de vin et de doctrine,
Respond Dieu sait comment. Le bon Jean se mutine, ,
Et sembloit que la gloire, en ce gentil assaut,
1. Jean, parasite raisoiHieur dont l’hote a peine à résoudre les arguments, même avec Laide du « pédant » dont il va tout à l’heure réclamer l’aide.
2. Nom donné à un vieux chien. Dans Rabelais, c’est le nom d’un des six pèlerins que Gargantua mange en salade.
SATYRE X
Fustà qui parleroit non pas mieux, mais plus haut.
Ne croyez, en parlant, que l’un ou l’autre dorme.
« Gomment Ivostre argument, distTun, n’est pas en forme». L’autre, tout hors du sens : « Mais c’est vous, malautru, Qui faites le sçavant et n’estes pas congru » :
L’autre : « Monsieur le sot, je vous feray bien taire : Quoy ! comment ! est-ce ainsi qu’on frape Despautere ^ ? Quelle incongruité ! vous mentez par les dents. ^
— Mais vous » ! Ainsi ces gens à se picquer ardents,
S’en vindrent du parler à tic, tac, torche, lorgne ;
Qui, casse le museau ; qui, son rival éborgné ;
Qui, jette un pain, un plat, une assiette, un couteau;
Qui, pour une rondache empoigne un escabeau.
L’un fait plus qu’il ne peut, et l’autre plus qu’il n’ose.
Et pense, en les voyant, voir la Métamorphosé Ou les Centaures souz, au hourg Athracien,
Voulurent, chauds de reins, faire nopces de chien.
Et, cornus du bon pere, encorner le Lapithe 2*
Qui leur fit à la fin enfiler la guerite.
Quand avecque des plats, des tréteaux, des tisons.
Par force les chassans my-morts de ses maisons.
Il les fist gentiment, après la tragédie.
De chevaux devenir gros asnes d’Arcadie.
Nos gens en ce combat n’estoient moins inhumains, Car chacun s’escrimoit et des pieds et des mains :
Et, comme eux, tous sanglants en ces doctes alarmes,
La fureur aveuglée en main leur mit des armes.
Le bon Jean crie au meurtre ! et ce docteur, haraut !
1. Despautere (Jean), fameux grammairien, mort en 1520. Le frapper, c’est violer les règles de la grammaire. Ses ouvrages d’enseignement élémentaire étaient écrits en latin.