‹ Œuvres complètes de RégnierChapitre 58 sur 134 · Var. ; fosses · texte numérisé non relu

Var. ; fosses

SATYRE XI

La peur de Tadvenir, et tout ce qu'elle espere Des biens que l’hypocondre en ses vapeurs promets Quand ITiumeur ou le vin luy barbouillent Tarmet. L’une se plaint des reins, et l’autre d’un côtaire ;

L’autre du mal de dents, et comme, en grand mystère. Avec trois brins de sauge, une figue d’antan,

Un va-fen si tu peux; un si tu peux va-t'en,

Escrit en peau d’oignon, entouroit sa maschoire :

Et toutes, pour garir, se reforçoient de boire.

Or j’ignore en quel champ d’honneur et de vertu Ou dessous quels drapeaux elles ont combatu;

Si c’estoit mal de sainct ou de fievre-quartaine.

Mais je sçay bien qu’il n’est soldat ny capitaine.

Soit de gens de cheval ou soit de gens de pié,

Qui dans la Charité soit plus estropié.

Bien que maistre Denis, sçavant en la sculture,

Fist il avec son art^ quinaude la nature.

Ou comme Michel l’Ange eust il le diable au corps.

Si ne pourroit-il faire avec tous ses efforts De ces trois corps tronquez une figure entière.

Manquant à cet effect, non l’art, mais la matière.

En tout elles n’avoient seulement que deux yeux, Encores bien flétris, rouges et chassieux;

Que la moitié d’un nez, que quatre dents en bouche.

Qui, durant qu’il fait vent, branlent sans qu’on les touche. Pour le reste, il estoit comme il plaisoit à Dieu.

En elles la santé n’avoit ny feu ny lieu.

Et chacune à par-soy representoit l’idole.

Des fievres, de la peste et de l’orde verolle.

A ce piteux spectacle, il faut dire le vray,

!. Var. : permet.

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