‹ Œuvres complètes de RégnierChapitre 62 sur 134 · Apelles · texte numérisé non relu

Apelles

SATYRE XII

Estrange effronterie en si peu d’importance !

Mais de ce costé-là je leur donrois quittance,

S’ils vouloient s’obliger d’espargner leurs amis Où, par raison d’estat, il leur est bien permis.

Cecy pourroit suffire à refroidir une ame Qui n’ose rien tenter pour la crainte du blasme,

A qui la peur de perdre enterre le talent.

Non pas moy, qui me ry^ d’un esprit nonchalent Qui, pour ne faillir point, retarde de bien faire.

C’est pourquoy maintenant je m’expose au vulgaire. Et me donne pour butte aux jugements divers.

Qu’un chacun taille, rongne et glose sur mes vers : Qu’un resveur insolent d’ignorance m’acuse,

Que je ne suis pas net, que trop simple est ma Muse, Que j’ai l’humeur bizarre, inesgal le cerveau.

Et, s’il luy plaist encor’, qu’il me relie en veau.

Avant qu’aller si viste, au moins je le suplie Sçavoir que le bon vin ne peut estre sans lie;

Qu’il n’est rien de parfait en ce monde aujourd’huy; Qu’homme, je suis suject à faillir comme luy;

Et qu’au surplus, pour moy qu’il se face paroistre Aussi vray que pour luy je m’efforce de l’estre.

Mais sçais-tu, Freminet, ceux qui me blasmeront? Ceux qui dedans mes vers leurs vices trouveront;

A qui l’ambition la nuict tire l’oreille ;

De qui l’esprit avare en repos ne sommeille, Tousjours s’alambiquant après nouveaux partis;

Qui pour Dieu ny pour loy n’ont que leurs appetis ; Qui rodent toute nuict troublez de jalousie ;

A qui l’amour lascif réglé la fantasie ;

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