Var. : Mouvans
SATYRE XIII
Gui le fait à crédit n’a pas grande resource :
On y fait des amis, mais peu d’argent en bourse.
Prenez moy ces abbez, ces fils de financiers Dont depuis cinquante ans les peres usuriers, ^
Volans à toutes mains, ont mis en leur famille Plus d’argent que le roy n’en a dansda Bastille G C’est là que vostre main peut faire de beaux coups.
Je sçay de ces gens là qui languissent pour vous :
Car estant ainsi jeune, en vos beautez parfaites,
Vous ne pouvez sçavoir tous les coups que vous faites;
Et les traits de vos yeux, haut et bas eslancez.
Belle, ne voyent pas tous ceux que vous blessez.
Tel s’en vient plaindre à moy qui n’ose le vous dire,
Et tel vous rit de jour qui toute nuict souspire Et se plaint de son mal, d’autant plus vehement.
Que vos yeux sans dessein le font innocemment.
En amour l’innocence est un sçavant mistere,
Pourveu que ce ne soit une innocence austere.
Mais qui sçache par art, donnant vie et trespas.
Feindre avecques douceur qu’elle ne le fait pas.
Il faut aider ainsi la beauté naturelle ;
L’innocence autrement est vertu criminelle :
Avec elle il nous faut et blesser et garir,
Et parmy les plaisirs faire vivre et mourir.
Formez vous des desseins dignes de vos mérités : Toutes basses amours sont pour vous trop petites.
Ayez dessein aux dieux : pour de moindres beautez Ils ont laissé jadis les deux des-habitez ».
Durant tous ces discours. Dieu sçait l’impatience !
Mais comme elle a tousjours l’œil à la deffiance,
1. Henri IV conservait son trésor à la Bastille; lorsqu'il mourut, on y trouva 15. 870.000 livres.
SATYRE XIII
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Tournant deçà, delà, vers la porte où j’estois,
Elle vist en sursaut comme je Tescoutois.
Elle trousse bagage, et faisant la gentille :
« Je vous verray demain; à Dieu, bon soir, ma fille. — Ha vieille, dy-je lors, qu’en mon cœur je maudis. Est-ce là le chemin pour gaigner paradis ?
Dieu te doint pour guerdon de tes œuvres si sainctes, Que soient avant ta mort tes prunelles esteintes,
Ta maison descouverte et sans feu tout l’hyver, Avecque tes voisins jour et nuict estriver,
Et traîner sans confort, triste et dèsesperée,
Une pauvre vieillesse, et tousjours altérée ».
FIN
SATYRE XIV
J'ay pris cent et cent fois la lanterne en la main, Cherchant en plein midy, parmy le genre humain, , Un homme qui fust homme et de faict et de mine,
Et qui peust des vertus passer par Testamine.
Il n’est coing et recoing que je n’aye tenté Depuis que la nature icy bas m’a planté :
Mais tant plus je me lime et plus je me rabote,
Je croy qu’à mon avis tout le monde radote.
Qu’il a la teste vuide et sans dessus dessous.
Ou qu’il faut qu’au rebours je sois l’un des plus fous.
C’est de nostre folie un plaisant stratagesme.
Se flattant de juger les autres par soy-mesme.
Ceux qui pour voyager s’embarquent dessus l’eau Voyent aller la terre, et non pas leur vaisseau : Peut-estre ainsi trompé que faussement je juge; Toutesfois, si les fous ont leur sens pour refuge.
Je ne suis pas tenu de croire aux yeux d’autruy :
Puis j’en sçay pour le moins autant ou plus que luy.
Voyla fort bien parlé, si l’on me vouloit croire. Sotte présomption, vous m’enyvrez sans boire !
Mais après, en cherchant, avoir autant couru