Var. : N’est veu
FIN
A MONSIEUR
DE FORQUEVAUS ^
SATYRE XVI
Puis que le jugement nous croist par le dommage.
Il est temps, Forquevaus, que je devienne sage,
Et que par mes travaux j'apprenne à l'avenir Gomme en faisant l'amour on se doit maintenir.
Après avoir passé tant et tant de traverses.
Avoir porté le joug de cent beautez diverses.
Avoir en bon soldat combattu nuict et jour.
Je dois estre routier en la guerre d'amour,
Et comme un vieux guerrier blanchi dessous les armes, Sçavoir me retirer des plus chaudes alarmes.
Destourner la fortune, et, plus fin que vaillant.
Faire perdre le coup au premier assaillant;
Et, sçavant devenu par un long exercice.
Conduire mon bonheur avec de l'artifice.
Sans courir comm' un fou saizy d'aveuglement,
1. M. de Forquevaus, auteur du recueil de poésies érotiques connu sous le titre Espadon satirique, qui parut pour la première fois en 1619, et qui reparut depuis sous le nom du sieur Desternod.
SATYRE XVI
Que le caprice emporte, et non le jugement.
Car Tesprit, en amour, sert plus que la vaillance.
Et tant plus on s’efforce et tant moins on avance.
Il n’est que d’estre fin, et, de soir ou de nuit. Surprendre, si l’on peut, l’ennemy dans le lit.
Du temps que ma jeunesse, à l’amour trop ardente, Rendoit d’affection mon ame violente.
Et que, de tous costés, sans chois ou sans raison, J’allois comme un limier apres la venaison.
Souvent de trop de cœur j’ay perdu le courage.
Et, piqué des douceurs d’un amoureux visage.
J’ai si bien combatu, serré flanc contre flanc.
Qu’il ne m’en est resté une goutte de sang.
Or, sage à mes despens, j’esquive la bataille ;
Sans entrer dans le champ j’attens que l’on m’assaille. Et pour ne perdre point le renom que j’ay eu.
D’un bon mot du vieux temps je couvre tout mon jeu. Et sans estre vaillant je veux que l’on m’estime.
Ou si par fois encor j’entre en la ^ vieille escrime, Je'gouste le plaisir sans en estre emporté Et prens de l’exercice au pris de ma santé.
Je resigne aux plus forts ces grands coups de maîtrise. Accablé sous le fais, je fuy toute entreprise.
Et sans plus m’amuser aux places de renom.
Qu’on ne peut emporter qu’à force de canon,
J’ayme une amour facile et de peu de defense.
Si je voi qu’on me rit, c’est là que je m’avance.
Et ne me veux chaloir du lieu, grand ou petit;
La viande ne plaist que selon l’appetit.
Toute amour a bon goust pourveu qu’elle recrée.