‹ Œuvres complètes de RégnierChapitre 83 sur 134 · Dans l’édition de 1613, ce passage se lit ainsi · texte numérisé non relu

Dans l’édition de 1613, ce passage se lit ainsi

Et sa langue mon cœur par ma bouche embrasée Me suggérant, etc...

IMPUISSANCE

Et son ame exilloit maint souspir amoureux,

Sa langue, en bégayant d’une façon mignarde,

Me disoit : « Mais, mon cœur, qu’est-ce qui vous retarde ? N’aurois-je point en moy quelque chose qui peust Offencer vos désirs, ou bien qui vous depleust?

Ma grâce, ma façon, ha ! Dieu, ne vous plaist-elle ?

Quoy ! n’ay-je assez d’amour, ou ne suis-je assez belle » 9 Cependant, de la main animant ses discours.

Je trompois, impuissant, sa flamme et mes amours ;

Et comme un tronc de bois, charge lourde et pesante,

Je n’avoy rien en moy de personne vivante.

Mes membres languissans, perclus et refroidis.

Par ses attouchemens n’estoient moins engourdis.

Mais quoy! que deviendrai-je en l’extresme vieillesse, Puisque je suis rétif au fort de ma jeunesse ^ ?

Et si, las ! je ne puis, et jeune et vigoureux.

Savourer la douceur du plaisir amoureux ?

Ha! j’en rougis de honte, et dépité mon âge, ,

Age de peu de force et de peu de courage.

Qui ne me permet pas en cest accouplement Donner ce qu’en amour peut donner un amant.

Car, Dieux ! ceste beauté par mon deffaut trompée Se leva le matin de ses larmes trempée,

Que l’amour de despit escouloit par ses yeux.

Ressemblant à l’Aurore, alors qu’ouvrant les Cieux Elle sort de son lict, hargneuse et depitée D’avoir sans un baiser consommé la nuictée ;

Quand, baignant tendrement la terre de ses pleurs,

De chagrin et d’amour elle enjette ses fleurs.

Pour flater mon deffaut, mais que me sert la gloire,

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