‹ Œuvres complètes de RégnierChapitre 85 sur 134 · Var. : Ennuyeux · texte numérisé non relu

Var. : Ennuyeux

IMPUISSANCE

Alambiqué d’amour, en grosses gouttes d’or ;

Et puisque sa faveur, à moy seul octroyée.

Indigne que je suis, fust si mal employée.

Faveur qui de mortel m’eust fait égal aux Dieux,

Si le Ciel n’eust esté sur mon bien envieux !

Mais encor tout bouillant en mes flames premières,

De quels vœuz redoublez et de quelles prières Iray-je derechef les Dieux sollicitant.

Si d’un bien-fait nouveau j’en attendois autant ;

Si mes deffauts passez leurs beautez mescontentent,

Et si de leurs bienfaicts je croy qu’ils se^ repentent?

Or quand je pense, ô Dieu! quel bien m’est advenu, Avoir veu dans un lit ses beaux membres à nu,

La tenir languissante entre mes bras couchée.

De mesme affection la voir estre touchée.

Me haiser haletant d’amour et de désir.

Par ses chatouillemens resveiller le plaisir.

Ha Dieux ! ce sont des traicts si sensibles aux âmes, Qu’ils pourroient l’Amour mesme eschauffer de leurs flames, Si plus froid que la mort ils ne m’eussent trouvé.

Des mystères d’amour amant trop reprouvé ;

Je Pavois cependant, vive d’amour extresme ;

Mais si je l’eus ainsi, elle ne m’eust de mesme,

O malheur ! et de moy elle n’eust seulement Que des baisers d’un frere, et non pas d’un amant.

En vain cent et cent fois je m’efforce à luy plaire.

Non plus qu’à mon désir je n’y puis satisfaire ;

Et la honte pour lors qui me saisit le cœur.

Pour m’achever de peindre, esteignit ma vigueur.

Gomme elle recongnust, femme mal satisfaite.

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