‹ Œuvres complètes de Regnier: revues sur les éditions originales avecChapitre 29 sur 74 · I3S ELEGIE · texte numérisé non relu

I3S ELEGIE

Plus dignes de pitié que de punition.

Ëncor, en ce malheur où tu te precipite3, Doibs-tu par quelque soin t^obliger tes mérites, Cognoistre ta beauté, et qu'il te faut avoir, Avecques ton amour, esgard à ton devoir.

Mais sans discrétion tu vas à guerre ouverte. Et, par sa vanité triomphant de ta perte.

Il montre tes faveurs, tout haut il en discourt. Et ta honte et sa gloire entretiennent la Court. Cependant, me jurant tu m'en dis des injures. O Dieux ! qui sans pitié punissez les parjures. Pardonnez à ma dame, ou changeant vos effects. Vengez plustost snx may les péchez qu'elle a faicts. S'il est vray sans faveur que tu l'escoutes plaindre. D'où vient pour son respect que l'on te voit contrain- Que tu permets aux siens lire en tes passions, [dre ? De veiller jour et nuict dessus tes actions ; Que tousjours d'un vallct ta carrosse est suivie. Qui rend, comme espion, compte exact de ta vie : Que tu laisse un chacun pour plaire à ses soupçons. Et que, parlant de Dieu, tu nous faits des leçons. Nouvelle Magdelaine au désert convertie. Et jurant que ta âamme est du tout amortie.

Tu prétends finement par ceste mauvaitié Luy donner plus d'amour, à moy plus d'amitié ; Et me cuidant tromper, tu voudrois faire accroire Avecque faux serments que la neige fust noire. Mais comme tes propos ton art est descouvert. Et chacun en riant en parle à cœur ouvert.

Dont je crevé de rage, et voyant qu'on te blasme. Trop sensible en ton mal, de regret je me pasme. Je me ronge le cœur, je n'ay point de repos.

Et voudrois estre' sourd, pour l'estre à ces propos. Je me hay de te voir ainsi mésestimée.

T'aymant si dignement, j'ayme ta renommée ; ,

Et si je snis jaloux, je le suis seulement

De ton honneur, et non de ton contentement,

Fay tout ce que tu fais, et plus s'il se peut faire ; Mais choisi pour le moins ceux qui se peuvent taire. Quel besoin peut-il estre, insensée en amour. Ce que tu fais la nuict, qu'on le chante le jour ; Ce que fait un tout seul, tout un chacun le sçache. Et monstres en amour ce que le monde cache ?

Mais puisque le Destin à toy m'a sçeu lier.

Et qu'oubliant ton mal je ne puis t'ouolier.

Par ces plaisirs d'amour tout confits en délices. Par tes apas, jadis à mes vœuz si propices.

Par ces pleurs que mes yeux et les tiens ont versez. Par mes souspirs, au vent sans profit dispersez. Par les Dieux, qu'en pleurant tessermens appellèrent. Par tes yeux, qui l'esprit par les miens me volèrent. Et par leurs feux si clairs et si beaux à mon cœur. Excuse, par pitié, ma jalouse rancœur ; Pardonne, par mes pleurs, au feu qui me commande: Si mon péché fut grand, ma rcpentance est grande ; Et voy dans le regret dont je suis consommé.

Que j'eusse moins failly si j'eusse moins aymé.

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