‹ Œuvres complètes de Regnier: revues sur les éditions originales avecChapitre 30 sur 74 · AUTRE · texte numérisé non relu

AUTRE

Aymant comme j'aymois, que nedevoîs-je craindre ? Pouvois-jc estre asseuré qu'elle se deust contraindre. Et que, changeant d'humeur au vent quil'emportoît.

Elle eust, pour moy, cessé d'cstre ce qu'elle estoit > Que, laissant d*estre femme, inconstante et légère. Son cœur, traistre à l'Amour, et sa foy mensongère. Se rendant en un lieu Tesprit plus arresté, Peust, au lieu du mensonge, aymer la vérité?

Non, je croyois tout d'elle, il faut que je le die. Et tout m'es toit suspect horsmis la perfidie. ;

Je craignois tous ses traits que j'ay sceu du depuis. Ses jours de mal de teste et ses secrettes nuicts. Quand, se disant malade et de fièvre enflammée, Pour moy tant seullement sa porte estoit fermée. Je craignois ses attraits, ses ris et ses couroux Et tout ce dont Amour allarme les jaloux.

Mais la voyant jurer avecq' tant d'asseurancc, Je l'advoue, il est vray, j'estois sans deffiance. Aussi, qui pouvoit croire, après tant de serments. De larmes, de souspirs, de propos véhéments Dont elle me juroit que jamais de sa vie Elle ne permettroit d'un autre estre servie, Qu'elle aymoit trop ma peine, et qu'en ayant pitié. Je m'en devois promettre une ferme amitié ; Seulement pour tromper le jaloux populaire, Que je devois, constant, en mes douleurs me taire. Me feindre tousjours libre, ou bien me captiver, Et quelqu'autre perdant, seule la conserver?

Cependant, devant Dieu, dont elle a tant de crainte. Au moins comme elle dict, sa parole estoit feinte ; * Et le ciel luy servit, en ceste trahison.

D'infidèle moyen pour tromper ma raison.

Et puis il est des Dieux tesmoins de nos pàrollcs ! Non, non, il n'en est point ; ce sont contes frivollcs Dont se repaist le peuple, et dont l'antiquité Se servit pour tromper nostre imbecilité.

S'il y avoit des Dieux, ils se vcngeroient d'elle Et ne la voiroit-on si fière ny ri belle.

Ses yeux s'obscurciroient, qu'elle a tant parjurez, Son teint seroit moins clair, ses cheveux moins dorez. Et le Ciel , pour l'induire à quelque pénitence, Marqueroit sur son front son crime et leur vengeance.

Ou s'il y a des dieux, ils ont le cœur de chair : Ainsi que nous d'amour ils se laissent toucher ; Et, de ce sexe ingrat excusant la malice, Pour une belle femme ils n'ont point de justice.

FIN

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IMPUISSANCE TuiTATioir B'Ovx^r

v^uoy! ne l'avois-je assez en mes vœoz désirée? N'estoit-elle assez belle ou assez bien parée? Estoit-elle à mes yeux sans grâce et sans appas ? Son sang estoit-il point issu d'un lieu trop bas ? Sa race, sa maison, n'estoit-elle estimée ?

Ne valoit-elle point la peine d'estrc aymée?

Inhabile au plaisir, n*avoit-elle dequoy?

Estoit-^Ue trop laide ou trop belle pour moy ? Ha ! cruel souvenir ! cependant je Tay eue, Impuissant que je suis, en mes bras toute nue. Et n'ay peu, levoulans tous deux esgallement. Contenter nos désirs en ce contentement.

Au surplus, à ma honte. Amour, que te diray-je? Elle mit en mon col ses bras plus blancs que neige. Et sa langue mon cœur par ma bouche embrasa.

Bref, tout ce qu'ose Amour, ma déesse l'osa ; Me suggérant la manne en sa lèvre amassée.

Sa cuisse se tenait en la mienne enlassée.

Les yeux luy petilloient d'un désir langoureux. Et son ame exilloit maint souspir amoureux.

Sa langue, en bégayant d'une façon mignarde, [de ? Me disoit : c Mais, mon cœur, qu'est-ce qui vous retar- N'aurois-je point en moy quelque chose qui peust ,OfFencer vos désirs, ou bien qui vous depleust ? Ma grâce, ma façon, ha ! Dieu, ne vous plaist-elle ? Quoy ! n'ay-je assez d'amour, ou ne suis-je assez belle ?»

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