IMPUISSANCE
Cependant^ de la main animant ses discours.
Je trompois, impuissant, sa flamme et mes amours ; Et comme tm tronc de bois, charge lourde et pesante, Je n'arois rien en moy de personne vivante.
Mes membres lânguissans, perclus et refroidis. Par ses attouchemens n'estoient moins engourdis. Mais quoy ! quedeviendrai-jeen Fextresme vieillesse. Puisque je suis rétif au fort de ma jeunesse? Et si, las ! je ne puis, et jeune et vigoureux. Savourer la douceur du plaisir amoureux?
Ha ! j'en rougis de honte, et dépite mon âge. Age de peu de force et de peu de courage.
Qui ne me permet pas en cest accouplement Donner ce qu'en amour peut donner un amant.
Car, Dieux ! oeste beauté par mon deffaut trompée Se leva le matin de ses larmes trempée, Que l'amour de despit escouloit par ses yeux. Ressemblant à l'Aurore, alors qu'ouvrant les Cieux Elle sort de son lict, hargneuse et dépitée D'avoir sans un baiser consommé la nuictée ; Quand, baignant tendrement la terre de ses pleurs. De chagrin et d'amour elle enjette ses fleurs.
Pour flater mon deffaut, mais que me sert la gloire, De mon amour passée inutile mémoire, Quand, aymant ardemment et ardemment aymé.
Tant plus je combatois, plus j'estois animé : Guerrier infatigable en ce doux exercice.
Par dix ou douze fois je rentrois dans la lice. Où, vaillant et adroit^ après avoir brisé, Des chevaliers d'amour j'étois le plus prisé ? Mais de cest accident je fais un mauvais conte, ' Si mon honneur passé m'est ores une honte.
Et si le souvenir, trop prompt de m'outrager. Par le plaisir receu ne me peut soulager.
O ciel lil falloit bien qu'ensorcelé je fusse.