‹ Œuvres complètes de Regnier: revues sur les éditions originales avecChapitre 33 sur 74 · IMPUISSANCE · texte numérisé non relu

IMPUISSANCE

Ha Dieux ! ce sont des traicts si sensibles aux âmes, Qu'ils pouiToient l'Amour mesme eschaufFer de leurs

liâmes.

Si plus froid que la mort ils ne m'eussent trouvé. Des mystères d'amour amant trop reprouvé ; Je Pavois cependant, vive d'amour extresme ; Mais si je l'eus ainsi, elle ne m'eust de mesme, O malheur ! et de moy elle n'eust seulement Que des baisers d'un â-ère, et non pas d'un amant. En vain cent et cent fois je m'efforce a luy plaire. Non plus qu'à mon désir je n'y puis satisfaire ; Et la honte pour lors qui me saisit le cœur, Pour m'achever de peindre, esteignit ma vigueur.

Comme elle recongnust, femme mal satisfaite.

Quelle perdoit son temps, du lict elle se jette, Prend sa juppe, se lace, et puis en se mocquant. D'un ris et de ces motz elle m'alla piquant : iL Non, si j'cstois lascive, ou d'amour occupée. Je me pourrois fascher d'avoir esté trompée ; Mais puisque mon désir n'est si vif ne si chaud. Mon tiède naturel m'oblige à ton défaut.

Mon amour satisfaicte ayme ton impuissance.

Et tire de ta faute assez de recompence.

Qui, tousjours dilayant, in'a faict par le désir, Esbatre plus long-temps à l'ombre du plaisir. 7>

Mais estant la douceur par l'effort divertie, La fureur à la fin rompit sa modestie ; Et dit en esclatant : « Pourquoy me trompes-tu ? Ton impudence à tort a vanté ta vertu.

Si en d'autres amours ta vigueur s'est usée.

Quel honneur reçois-tu de m'avoir abusée ? »

Assez d'autres propos le despit luy dictoit Le feu de son desdain par sa bouche sortoit.

Enfin, voulant cacher ma honte et sa colère.

Elle couvrit son front d'une meilleure chère ;

Régnier. 10 *

IMrVIISANCS.

Eiscille au miroir, ses femmes appella, Qt/ se lavant les mains, le faict dissimula.

Belle, dont la beauté si digne d'estre aymée Ëust rendu des plus mortz la ât>ideur enâamée. Je confesse ma honte, et, de regret touché.

Par les pleurs que fespaiids j'accuse mon péché : Péché d'autant plus grand que grande est ma jeu- Si, homme, j'ay fiiilly, pardonnez-mo7,Déesse.[n£SBe. J'avoue estre fort grand le crime que j'ai fait. Pourtant jusqu'à la mort ai n'avoy-je forfait. Si ce n'est qu'à présent ; qu'à vos pieds je me jette; Que ma coxuession vous rende satisfaicte.

Je suis digne des maux que vous me prescrirez. J'ay meurtry, j'ay volé, j'ay des vœuz parjurez, Trahy les Dieux bénins. Inventez à ces vices. Comme estranges forfaicts, des estranges supplices, O beauté, faictes en tout ainsi qu'il vous plaist. Si vous me comdanmez à mourir, je suis prest. La mort me sera douce, et d'autant plus encore Si je meurs de la main de celle que j'adore.

Avant qu'en venir là, au moins souvenez-vous Que mes armes, non' moy, causent votre courrouz, Que, champion d'Amour entré dedans la lice, Je n'eus assez d'haleine à si grand exercice ; Que je ne suis chasseur jadis tant approuvé, Ne pouvant redresser un défaut retrouvé.

Mais d'où viendroit cecy ? seroit ce point, maistresse, Que mon esprit du corps precedast la paresse ? Ou que, par le désir trop prompt et véhément. J'allasse avec le temps le plaisir consommant? Pour moy, je n'en sçay rien :ence fait tout m'abuse; Mais enfin, ô beauté, recevez pour excuse.

S'il vous plaist derechef que je rentre en l'assaut, J'espère avec usure amender mon defFaut.

FIN

fOWHKT. 147

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