‹ Œuvres complètes de Regnier: revues sur les éditions originales avecChapitre 4 sur 74 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

X PRÉFACE

« Desportes, dit-il », estoit en si grande réputation , que tout le monde luy apportoit des ouvrages, pour en avoir son sentiment. Un advocat luy apporta un jour un gros poame qu*il donna à lire à Régnier, afin de se deslivrer de cette fatigue; en un endroit, cet advocat disoit :

Je bride icy mon Apollon,

Régnier escrivit à la marge :

Faut avoir le cerveau bien vide Pour brider des Muses le Roy; Les Dieux ne portent point de bride.

Mais bien les asnes comme toy.

Cet advocat vint à quelque temps de là, et Des Portes luy rendit son livre, après luy avoir dit qu'il y -avoit de bien belles choses. L'advocat revint le lendemain, tout boufly de colère, et, luy montrant ce quatrain, luy dit qu'on ne se mocquolt pas ainsy des gens. Des Portes reconnoîst Tescriture de Régnier, et il fut contraint d'avouer à l'advocat comme la chose s'estoit passée, et le pria de ne luy point imputer l'extravagance de son nepveu. ]»

On a raconté bien des fois la querelle de Régnier avec Malherbe. Voici comment la rapporte Tallemanl (1, 274) : « Sa conversation (de Malherbe) estoit brusque: il parloit peu, mais il ne disoit mot qui ne portast. (Quelquefois mesme il estoit rustre et incivil, tesmoin ce qu'il ât à Desportes. Régnier l'avoit mené disner chez son oncle; ils trouvèrent qu'on avoit desjà servy. Desportes le receut avec toute la civilité imaginable, et luy dit qu'il luy vouloit donner un exemplaire de ses Pseaumes, qu'il venoit de faire imprimer. En disant cela, il se met en devoir de monter à son cabinet pour l'aller quérir. Malherbe luy dit rustiquement qu'il les avoit desja

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