LE COMBAT DE REGNIER ET DE BERTELOT
iNSPiRE-moy, Muse fantasque.
Décrivant un combat falot.
Sur la peau d'un tambour de Basque,
A la gloire de Bertelot,
Et permets que d'un pied de grive
Avec les orteils je l'escrive.
En la saison que les cerises Combattent la liqueur des vins, Régnier et luy vihdrent aux prises Vers le quartier des Quinze Vingts, Pour vuider une noise antique Vaillamment en place publique.
Régnier, ayant sur les espaules Satin, velours et taffetas, Meditoit pour le bien des Gaules D'estre envoyé dans les Estats, Et mériter de "la Couronne La pension qu'elle luy donne ;
Il voit d'un œil plein de rudesse, Semblable à celui d'un jaloux Regardant l'amant qui caresse La femme dont il est espoux, Bertelot, de qui l'équipage Est moindre que celuy d'un page»
ET DE BERTELOT. Z^J
Sur luy de fureur il s'advance Ainsi qu'un Pan vers un Oyson, Ayant beaucoup plus de fiance En sa valeur qu'en sa raison.
Et d'abort luy dict plus d'injures gu'un Greffier ne faict d'escriturcs.
Bertelot avec patience Souffre ce discours efironté.
Soit qu'il le fit par conscience Ou de crainte d'estre frotté : '
Mais à' la fin Régnier se joue D'approcher la main de sa joue.
Aussitost, de colère blesme, Bertelot le charge en ce lieu D'aussi bon cœur comme en-caresme»
Sortant du service de Dieu, Un petit Cordelier se rue Sur une pièce de morue.
De fureur son ame bouillonne ; Ses yeux sont de feu tous ardens; A chaque gourmade qu'il donne De despit il grince les dents, .
Comme un magot à qui l'on jette ,
Un charbon pour une noisette.
Bertelot, de qui la carcasse Pèse moins qu'un pied de poulet.
Prend soudain Régnier en la face, Et, se jettant sur son colet.
Dessus ce grand corps il s'accroche Ainsi qu'une anguille sur roche.