‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 2)Chapitre 100 sur 178 · CMOS ADMIDA1F-F. ENTRE LA FEMME ET LA SOELR DE TRAJAN · texte numérisé non relu

CMOS ADMIDA1F-F. ENTRE LA FEMME ET LA SOELR DE TRAJAN

LE BONHEUR DD PRINCE Lit AVEC CELUI DES PEUPLES.

« Fuit tempus , ac minium diù fuit, quo alia adversa , alia secunda principi et nobis. N une communia tibi nobiscum tani læta quâm tris— tia ; nec magis sine te nos esse felices , quim tu sine nobis potes. An , si pusses, in fine volonim adjecisses , ut ita precibus ms dii an-

NCEBENT , SI JOMCICM XOSTHCM MEFIER! PEXSB- V BRASSES T»

a Un temps a été , et il n'a duré que trop, « où notre bonheur et notre malheur ne se « réglaient point sur ceux du prince. Mainte- « nant, tristesse et joie, tout nous est com- « mun , et il n'est pas plus possible que nous « soyons heureux sans vous qu’il l’est que « vous le soyez sans nous. S'il en était autrer ment, auriez-vous ajouté, à la fin de votre i prière publique , que vous ne demandiez » aux dieux leur protection qu’aussi long- « temps que tous continueriez à mériter « notre amour? d

11 est remarquable que c’est par l’ordre de Trejan même qu’on avait apposé une condition aux vœux publics que l’on faisait pour lui : si

RENÉ REMPl'BUCAM ET EX DT1LITATE OMNIUM

rexeris ; c’est-à dire, si tous gouvernez avec ni.

e Nihil est tam pronum ad simultates quàm æmulatio , in feminis præsertim. Ea porrô maximê nascitur ex conjunctionc , alitur æqualitate, exardcscit invidiâ , cujus finis est odium. Quô quidem admirabilius existimandum est , quéd mulicribus duabus in unA domo parique fortuné nullum certamen, nulla contcntio est. Suspiciunt invicem , invicem redunt : quuinque te utraque elTusissimè diligat , nihil suâ pillant interesse utram tu magis âmes. Idem utrique propositum , idem ténor vit* , nihilque ex quo senlias duas esse. >

« Rien n’est plus propre è faire naître des « dissensions que la jalousie ordinaire entre « les femmes. Elle prend sa naissance dans les « liaisons mêmes qui devraient l’éloigner, elle « se nourrit dans l’égalité, elle s’irrite par « l’envie , et dégénère enfin en haine impla- « cable. C'est ce qui doit nous faire regarder « comme un prodige de vertu qu’entre deux s illustres dames qui habitent un même pa- # lais, dont la fortune est égale, on ne voie « jamais la moindre dispute. Elles se respec- « tent, elles se cèdent tour à tour ; et quoique « toutes deux vous aiment très-tendrement, « elles ne croient point qu’il leur importe « laquelle des deux vous aimiez le plus. Elles « ne se proposent toutes deux qu’une même

» fin ; elles n’ont qu'on même genre de vie ; « enfin rien ne vous Tait apercevoir que ce « sont deux personnes. »

TEALAN ÉTAIT SENSIBLE AUX DOECECRS DE L'AMITtÉ.

< Jam etiam et in privatorum animia exoleverat prise um mortalium bonum , ainicitia , ruju5 in locum migraverant assentationes , blanditiæ , et , pejor odio , amoris simulatio. Eteuim in principum domo nomen tantum amicitiæ, inane scilicet irrisumque , manebat. Nam quæ poterat esse inter eos amicitia , quorum sibi alii domini , alii servi videbantur? Tu banc pulsam et errantem reduxisti. Habes amicos , quia amicus ipse es. Neque enim , ut alia subjectis , ita amor imperatur : neque est ufius afTectus tam erectus , et liber , et dominalionis impatiens, nec qui magis vices exigat. t>

« L’amitié, ce bien précieux, qui faisait « autrefois la félicité des mortels, était bannie « même du commerce des hommes privés, et « à sa place avaient succédé la flatterie, les « paroles officieuses et un fantéme d’amitié « plus dangereux que la haine. Si le nom d’a- « milié était encore connu dans la maison des « princes, il n’y était qu’un objet de mépris et « de raillerie. Quelle amitié pouvait régner « entre ceux qui se regardaient réciproque- « ment comme maîtres et esclaves? Vous « l'avez rappelée d’un long exil. Vous avez des « amis, paree que vous savei l’être : car un « prince ne commande point l’amitié comme « il peut commander le reste. Ce sentiment a veut être libre ; il a quelque chose de grand, .a est ennemi de la contrainte, et exige rigou- « reusemenl autant qu’il donne. »

POCVOIB SOCVERAIN DES AFFRANCHIS SOCS LES MAUVAIS EMPEBEI'RS.

o Plerique principes, quum essent civiura domini, libertorum erant servi. Morum consiliis, homm nutu regebantur : per hos audiebant , per hos loquebantnr : per hos præturæ etiam , et sacerdolia , et consulatus , imô et ab bis petebantur. Tu libertis tuis summum qui-

dem honorera , sed tanquàm libertis , habes ; abuiidcquc bis sufGcere credis , si probi et frugi existimentur. Scis enim pracipuum esse indioiurn non magui principis niagnos libertos. »

« La plupart de nos empereurs étaient « maîtres des citoyens et esclaves de leurs af- « franchis. Il ne se gouvernaient que par le « conseil de ces sortes de gens ; ils n'avaient « de volonté que la leur ; ils n'entendaient . « ils ne parlaient que par eux. Par eux on ob- « tenait la préture , le sacerdoce et le con- « sulat ; ou plutôt, c’était à eux qu'il fallait les « demander. Pour vous, vous considère! beau- « coup vos affranchis, mais vous ne les consi- « dérez que comme des affranchis , et vous « croyez qu'ils sont assez honorés s’ils passent « pour gens de bieu : car vous savez qu’il n'y a pas de marque plus infaillible de la peli- « tesse du prince que la grandeur de ses af- < franchis, d

LE PRINCE NE DECT S'ÉLEV ER QC'EN S'A BAISSANT.

a Cui nihil ad augendum fastigium superest , hic uno modo crescere potest , si se ipse submittat , securus magniludinis sua-. Neque enim ab ullo periculo fortmia principum longiùs abest, qiuJm ab humilitate. a

o II ne reste à celui qui est parvenu juso qu'au comble des honneurs qu'un seul « moyen pour s’élever , c’est que , sûr de sa a propre grandeur, il sache en descendre. De « tous les périls que les princes peuvent con- « rir, celui qu’ils doivent craindre le moins, « c’est de s’avilir en s’abaissant. »

EN QUOI CONSISTE LA GE AN DEl'B DES PRINCES.

« lit felicilatis est, quantum velis posse , sic magniludinis velle quantum possis. d

« Si c’est le souverain bonheur que de pou- « voir faire tout le bien qu’ou veut, c’est le « comble de la grandeur que de vouloir faire « tout le bien qu’on peut. »

BU STYLE Ml PLIER.

Le panégyrique de Pline a toujours passé pour son chef-d'œuvre , même de son temps , où l'on avait de lui plusieurs pièces d'éloquence qui lui avaient acquis une grande réputation dans le barreau. Il n’est pas étonnant qu'ayant à louer, en qualité de consul et par ordre du sénat, un prince aussi accompli quel’était Trajan, qui d'ailleurs l’avait comblé de bienfaits, il ail fait un effort de génie pour lui marquer sa reconnaissance particulière , et en même temps la joie universelle de tout l'empire. L'esprit brille partout dans ce discours, mais le cœur de Pline s’y fait encore sentir.' ; et l’on sait que c’est du cœur que part la véritable éloquence.

En prononçant ce panégyrique, il ne lui donna pas autant d’étendue qu’il en a maintenant. Ce ne fut qu’après coup, après l'action, qu’en habile peintre il ajouta de nouveaux traits au portrait de son héros, mais tous d'après nature, et qui, bien loin d’en altérer la ressemblance et la vérité, ne servaient qu'à la rendre encore plus sensible. Il nous apprend lui-méme ce qui l'avait porté à en user de la sorte*.® Ma première vue, dit-il, a été de faire « aimer encore davantage à l'empereur ses « vertus, par les charmes d’une louange naïve. « J’ai voulu en même temps tracer à ses suc- « cesseurs, par son exemple mieux que par « aucun précepte, la route de la solide gloire. « S’il y a beaucoup d’honneur à former les « princes par de nobles leçons, il y a bien au- « tant d’embarras dans celte entreprise, et « peut-être encore plus de présomption. Mais « laisser à la postérité l'éloge d'un prince ac-

< « reclus est quod (lise ri os fsclt. • ( Qüiktil. Ilb. 3 . «pist 18.)

1 « Olflciom consuUlùs injuruil mihi nt reipublics*

« nomloe prtaetpi graüis egerem. Quod ego in seoetu « quum a J raüonem etloci et lemporis ex more rerissem.

« bono mi convenlenUssimum eredkli , eadem UJa spa- « üosiùs et u bonus volumine ampleeli. Primiim , ut lram peratori noslro virlules suc serti iaudibus commcnda- « reotur : deindè ut fuluri principes, non quasi à magfstro « sed tamen sub exemplo premouerentur. quS potlsai- « mùm sià possent ad eamdem gloriam DtU. Nam preci- « pere quatis esse debeat prineeps , pulcbrum quidem . a sed oneroeum ac propè superbum est. taudare verd m optimum pnncipem , ac per hoc posteris , velut e spe- * cuit, lumen quod sequaolur osleudere, Idem utilltalis « babel , arroganlic nihil. a

« compli, montrer comme d'un phare aux « empereurs qui viendront après loi une lu- « miére qui les guide, c’est tout à la fois être « aussi utile, et plus modeste. » Il était difficile de leur proposer un modèle plus parfait. On peut dire que Trajan réunissait toutes les qualités d’un grand prince en une seule, qui était d'être intimement convaincu qu'il était empereur non pour lui, mais pour les peuples. Mais ce n'est pas de quoi il s’agit ici.

Le style de ce discours est élégant, fleuri, lumineux, tel que le doit être celui d’un panégyrique, où il est permis d’étaler avec pompe tout ce que l'éloquence a de plus brillant. Les pensées y sont belles, solides, en grand nombre , et souvent paraissent toutes neuves. Les expressions, quoique assea simples pour l’ordinaire , n’ont rien de bas, rien qui ne convienne au sujet , et qui n'en soutienne la dignité. Les descriptions sont vives, naturelles, circonstanciées , pleines d’images naïves , qui mettent l'objet sous les yeux, et le rendent sensible. Tout le discours est rempli de maximes cl de sentiments véritablement dignes du prince qu'on y loue.

Cependant il me semble qne ce discours, quelque beau et quelque éloquent qu’il soit , ne peut point être mis dans le genre sublime. On n’y voit point , comme dans les harangues de Cicéron, j'entends même celles du genre démonstratif, de ces expressions vives et énergiques, de ces pensées nobles et sublimes, de ces (ours hardis et frappants, de ces figures pleines de feu et de vivacité , qui étonnent , qui surprennent , et qui ravissent l'âme hors d’elle-même. Son éloquence ne ressemble point à ces grands fleuves qui roulent leurs eaux avec bruit et majesté, mais plutôt à une claire et agréable fontaine , qui coule lentement à l'ombre des arbres dont ses bords sont embellis. Pline laisse son lecteur tranquille, et ne le tire point de son assiette naturelle. Il platt, mais par endroits et par parties. Une sorte de monotonie qui règne dans tout le panégyrique fait qu’on a peine à en soutenir une lecture entière et suivie, au lieu que la harangue de Cicéron la plus lougue est celle qui paraît la plus belle et qui fait le plus de plaisir. Il faut ajouter que le style de Pline se seul un peu du goût d'antithèses , de pensées

coupées , de (ours recherchés, qui dominait de son temps. Il ne s’y livrait pas, mais il était obligé de s’y prêter. Le même goût règne dans scs lettres r mais il y est moins choquant, parce que ce sont toutes pièces détachées , où cette sorte de style ne déplaît pas : je crois pourtant qu’elles doivent être mises aussi beaucoup au-dessous de celles de Cicéron. Mais tout bien pesé, tout bien examiné , et les lettres de Pline et son panégyrique méritent l'estime et l’approbation que tous les siècles leur ont accordées. J’ajouterai que son traducteur doit la partager avec lui.

AXCIEK9 PAKfaYmlQCKS.

Nous avons un recueil de harangues latines , intitulé Pantgyrici veltres , qui renferme le panégyrique de plusieurs empereurs romains : celui de Pline est à la tête ; il est suivi de onie autres pièces du même genre Ce recueil , outre qu’il contient beaucoup de faits qui ne se trouvent point ailleurs , peut être fort utile pour ceux qui sont chargés de faire des panégyriques. La bonne antiquité ne nous fournit point de modèles de ces sortes de discours, excepté la harangue de Cicéron pour la loi Manilia , et quelques endroits de ses autres harangues, qui sont des chefs-d’œuvre achevés dans le genre démonstratif. 11 ne faut pas s’attendre à trouver la même beauté ni in même délicatesse dans les panégyriques dont je parle. L’éloignement du siècle d'Auguste avait fait déchoir beaucoup l’éloquence , qui n’avait plus cette ancienne pureté de langage, celte finesse d'expression, cette sobriété d’ornements , cet air simple et naïf, relevé, quand il le fallait , par une grandeur et une noblesse de style admirable. Mais on trouve dans ces discours beaucoup d’esprit, de fort belles pensées , de tours heureux, de vives descriptions , et des louanges trèssolides.

Pour en donner quelque idée , je me contenterai d’en transcrire ici deux endroits en latin seulement. Ils sont tirés du panégyrique prononcé par Nazairc en l'honneur du grand Constantin 1 , le jour de la naissance des deux

* An. J. C. 321.

Césars ses fils. Saint Jérôme parle de ce Naxaire comme d'un célèbre orateur; et il dit qu’il avait une fille aussi estimée que lui pour l’éloquence.

Premier endroit.

Naiaire parle ici des deux Césars.

o Nobilissimorum Cæsarum laudes exsequi velle , studium quidem dulce , sed non et cura mediocris est ; quorum in annis pubescentibus non erupturæ virtutis lumens germen , non Dos præcursor indolis bonté lætior quàm uberior apparet ; sed jam facta grandifera , et contra rationem œtatis maximorumque fructuum mat ura perceptio. Quorum aller jam obterendis hostibus gravis terrorem paternum , quo semper barbaria omnis intrcinuit , derivare ad nomen suum crépit : alter jam consulatum , jam venerationem sui , jam patrem sentiens , si quid intaclum aut parens aut frater reservet , déclarât mox victorem futurum , qui animo jam vincit ætatem. Rapitur quippè ad similitudinem suorum excellons quæque natura , nec sonsim ac lentè indicium promit boni , quum involucra infantiæ vividum rumpit ingenium.

Second endroit.

Naiaire loue dans Constantin une vertu bien rare dans les princes, mais bien estimable : c’est la continence. Il y ajoute aussi quelques autres louanges.

o Jam ilia vix audeo de tanto principe cornmemorare , quôd nullam matronarum cui forma emendatior fuerit boni sui piguit ; quum sub abslinentissimo imperatore species Iuculenta , non incitatrix licenliœ esset , sed pudoris ornatrix. Qii.t sine dubio magna , seu potiùs divina laudatio, sæpè et in ipsis ctiaro philosophé, non tant re exhibita , quàm disputatione jactata. Sed remittamus hoc principi noslru , qui ita temperantiam ingencrare omnibus cupit , ut eam non ad virtulum stiamm dccus adscribendam , sed ad naturtc ipsius honestatem refe-

rondam arbitretur. Quid faciles aditus? quid été, n'a eu lieu de s'en repentir : parce que, aures patienlissimas? quid benigna responsa? tous un prince aussi sage que Constantin, quid vultum ipsum augusti decoris gravitate, la beauté n'est point un attrait à la licence , bilaritate permixtA , venerandum quiddam et mais un ornement à la pudeur. Et pouvaitamabile renidentem,quisdignèexsequi posait?» elle être mieux exprimée? quum sub absti-

n entissimo imperatore species luculenta , non Peut-on rien de plus solide que cette pen- incitatrix licenciai esset, sed pudoris ornas éc? Nulle dame, quelque belle au' elle ait trix.

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