‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 2)Chapitre 105 sur 178 · PARTAGE DE LA PHILOSOPHIE IONIQUE EN DIFFÉRENTES SECTES · texte numérisé non relu

PARTAGE DE LA PHILOSOPHIE IONIQUE EN DIFFÉRENTES SECTES

Jusqu’à Socrate il n’y avait point eu encore, parmi les philosophes , des sectes différentes ,

* Aol. Gell. lib. 14. cap. 3.

* Vossius a remarqué que Xénophon a parlé une fois de Platon, et le nomme simplement. ( Mem. lib. 3, pag. 772. )

» De Leg. lib 3. pag. 091.

4 IlcuSîiaç ôpOijç ov£ ffdai ro ir apùnuv.

«*s#> SS» <#»*»

quoique les sentiments ne fussent pas toujours les mêmes : depuis ce temps-là il s'en éleva plusieurs , dont les unes ont eu plus de vogue et de durée, et les autres moins. Je commencerai par les dernières, qui sont la cyrénaigue, la megarique , iétiaque et t éré trique. Elles tirent leurs noms des lieux où elles ont eu cours.

Art. L — De la skcte cyrSsaIqcb.

Aaifnrrc.

Arislippe fut le chef de la secte cyrénatqne. Il était originaire de Cyréne dans la Lybie. La grande réputation de Socrate lui lit quitter son pays pour aller s'établir à Athènes , afin d’avoir le plaisir de l’entendre1 . Il fut un des principaux disciples de ce philosophe : mais il mena une vie fort opposée aux préceptes qu’on enseignait dans cette excellente école , et, de retour dans sa patrie, il ouvrit à ses disciples une route bien différente. Le fond de sa doctrine est que le souverain bonheur de l’homme, pendant cette vie, consiste dans la volupté. Sa conduite ne démentit point ses sentiments et il employait les ressources d’un esprit présent et agréable à éluder par des plaisanteries les justes reproches qu’on lui faisait de ses excès. 11 était livré sans cesse à la bonne chère et aux femmes. Comme on le raillait sur le commerce qu’il avait avec la courtisane Laïss : Il et! vrai, dit-il, je possède Lais, mais Lais ne me possède pas. Quand on lui reprochait qu’il vivait trop splendidement, il disait: Si la bonne chère était blâmable, on ne ferait pas de si grands festins dans toutes les files des dieux.

La réputation de Denys le tyran, dont la cour était le centre des plaisirs, dont la bourse, disait-on, était ouverte aux savants, et la table toujours magnifiquement servie , l'attira à Syracuse. Comme il avait l’esprit souple , adroit , insinuant ; qu’il ne manquait aucune

' Lotrt.

* a Ne Aristfppus quittent ille aocralicui erubuil, quuni « essel objeetum habere eum Initia : Ilabto , Inquil , l.ntda. non hatuor à Laide » (Cic. Bp. 46. lib. 9, ad Eamil. ]

occasion de llolter le prince, et qu’il supportait ses railleries et ses mauvaises humeurs avec une patience qui allait jusqu’à la servilité, il eut beaucoup de crédit dans cette cour. Un jour Denys lui demandant pourquoi on voyait perpétuellement des philosophes chez les grands seigneurs, et qu’on ne voyait jamais ceux-ci chex les philosophes : C’est, répondit Aristippe , que les philosophes connaissent leurs besoins , et que les grands seigneurs ne connaissent pas les leurs.

Si Aristippe pouvait se contenter de légumes , disait contre lui Diogène le cynique, il ne s'abaisserait pas à faire la cour aux princes. Si celui qui me condamne, répliquait Aristippe, tarait faire la cour aux princes, il ne se contenterait pas de légumes.

SI pranderet olus patienter, regibus ali

Nollet Aristippus Si sciret regibus uli,

Faslidiret olus qui me notât .

L’un cherchait à faire bonne chère, l'autre à sc faire admirer du peuple.

Scurror ego Ipse mlhi , populo lu.

Lequel vaut mieux? Horace n’hésite point; il donne la préférence à Aristippe, dont il fait l’éloge en plus d’un endroit. 11 lui ressemblait trop pour ne le pas louer. Cependant il n'ose se livrerauxprincipesd’Aristippe : il y retombe par une pente secrète.

Nunc in Arislippi furlim precepta relabor *.

Tant l'amour de la volupté a de bassesse . que se dissimulent le mieux qu'ils peuvent . mais que ne peuvent se cacher entièrement ceux même qui s’y abandonnent !

Aristippe fut le premier des disciples de Socrate qui commença d’exiger certaine rétribution de ceux qu’il enseignait; de quoi son maître lui sut bien mauvais gré. Ayant demandé à un homme cinquante dragmes pour instruire son fils : « Comment , cinquante « dragmes ! s’écria le père de l’enfant ; eh ! il

* Horat. lib. 1f epist. 17.

* Ibid lib. 1, rpisl. 1.

<*fS> 35» <$»#.

■« n’en faudrait pas davanta ççe pour acheter « un esclave. Eh bien, repartit Aristippe, « achéte-le , et tu en auras deux. »

Aristippe mourut en retournant de Syracuse à Cyrène. Il avait une fille nommée Aréta , qu'il eut grand soin d’élever dans ses principes, et elle y devint très-habile. Elle instruisit elle-même son fils Aristippe, surnommé Métrodidacte.

Page 1