‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 2)Chapitre 112 sur 178 · SOI · texte numérisé non relu

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avait su en réunir des troupes nombreuses dans une assci petite maison *. Le philosophe Numénius, qui vivait dans le second siècle, remarque qu'à travers les discordes et les divisions qui régnaient dans chacune des autres sectes , l’union des disciples d’Epicure s’était conservée jusqu’à son temps. Son école ne se divisa jamais : on y suivit toujours sa doctrine comme un oracle. Son jour natal* était encore solennisé du temps de Pline le naturaliste , c’est-à-dire plus de quatre cents ans après sa mort : on fêtait même le mois entier de sa naissance. Son portrait se trouvait partout.

Epicure composa un grand nombre de livres; on les fait monter à plus de trois cents : et il se piquait de n’y rien citer, et de tirer tout de son propre fonds. Quoiqu’il ne nous en reste aucun, il n’y a point d’ancien philosophe dont les sentiments soient plus connus que les siens. On en est surtout redevable , sans parler de Cicéron dans ses oeuvres philosophiques , au poêle Lucrèce et à Diogène Laérce. Le savant Gassendi a ramassé avec beaucoup d’exaetitude tout ce qui se trouve sur la doctrine et sur la personne d’Epicure dans les anciens livres.

Il mit dans une extrême réputation le système des atomes. Nous verrons qu’il n’en était pas l’inventeur, mais qu’il y changea seulement quelque chose. Son dogme sur le souverain bonheur de l’homme , qu’il met dans le plaisir, contribua beaucoup à décrier sa secte , et à la faire valoir : il en sera aussi parlé dans la suite, comme de ses sentiments sur la nature des dieux , sur la providenee , et sur le destin.

L’éloge que fait d’Epicure Lucrèce, son fidèle interprète , nous marque ce qu’on doit penser du système de ce philosophe. Il le re- K présente comme le premier des humains qui ait eu te courage de s’élever contre les préjugés qui aveugl.aienl l’univers , et de secouer le joug de la religion , qui , jusqu'à lui , avait tenu tous les hommes asservis sous son empire , et cela sans être arrêté ni par le respect pour les dieux , ni par la crainte du tonnerre, ni par aucun autre motif.

> « Eptcurus uni In domo , et rà quidam angusli « quant magnon, quantâque a morte conspiraliooe eon- « seniienles tenuil aniiconim greges ! * ( CiC. )

* IMin. lib 31 , cap

Humana anie nculos ftaK; quum vila jaccrct In terris oppressa gravi sub rclliglone ....

Primtim graius homo mortalcs toi 1ère conlrà Est oculos ausus, primusque obsislere contre :

Qurtn nec filma deùm . nec fulmina, nec miniUnti Murmure romptesait ccelum.

On loue Epicure 1 de n’avoir jamais varié dans le lèle pour le bien de sa patrie. Il n’en sortit point dans le temps qne Démétrius Poliorcète assiégeait Athènes *, et voulut avoir sa part des maux qu’elle souffrait. Il se nourrit de fèves et en nonrrit ses disciples. Il souhaitait de bons souverains , et se soumettait à ceux qui gouvernaient mal : maxime importante, et qui est le fondement de la tranquillité des états. Tacite l'exprime en ces termes3 : bonotimptratores volo eipttert, qualescumque tolerare. « Faire des vœux pour avoir de bons empe- « reurs , les tolérer quels qu’ils soient. »

Epicure mourut dans les douleurs d’une rétention d’urine, qu'il supporta avec une patience et une constance extraordinaire, la seconde année de la 127* olympiade*. Il commençait d'entrer dans sa soixante • douzième année.

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