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qu'on pouvait lui enlever malgré lui , et qui n'étaienl point en son pouvoir, mais dans la vertu seule, qui dépend de lui uniquement, et que nulle violence étrangère ne peut lui arracher. Il était bien clair que les hommes ne pouvaient pas se procurer à eui-mêmes ni se conserver la santé , les richesses , et les autres avantages de cette nature : aussi s’adressaient-ils aux dieux pour les obtenir et pour en conserver la possession. Ces avantages ne pouvaient donc pas faire partie du souverain bien. La vertu seule avait ce privilège, parce que l’homme en est le maître absolu, et qu’il ne la tire que de son propre fonds. 11 se la donne à lui-mème selon eux, il se la conserve , et n'a pas besoin pour cela d’avoir recours aux dieux comme pour les autres biens. Hoc quidem' omîtes morlales sichabent, externat commoditates... adiis se habere : virtulemaulem nemo unquam acceptant Deo retulit. Jamais , disaient-ils , personne s’est-il avisé de les remercier de ce qu’il était homme de bien, comme il les remercie des richesses, des honneurs et de la santé dont il jouit? Num qui*, quôd bonus vir esset , grattas dits egit unquam? al qudd dites, quôd honoratus, quôd incolumis. En un mot, c’est le sentiment de tous les hommes , que nous devons demander à Dieu les biens de la fortune , mais que , pour la sagesse , nous ne la tirons que de notre propre fonds. Judicium hoc omnium mortalium est, forlunam à Deo pettndam, à se ipso sumendam esse sapientiam.
Ils portaient leur fol orgueil jusqu'à mettre par cet endroit leur sage au-dessus de Dieu’, parce que Dieu est vertueux et exempt de passion par la nécessité de son être , au lieu que le sage l’est par son choix et parsa volonté.
Je ne m’arrêterai point ici à faire observer, sur ce que je viens de dire et sur ce qui a précédé, dans quelles absurdités a donné la secte la plus estimée et la plus respectée chez les anciens, et, en un certain sens, la plus estimable et la plus respectable. Voilà de quoi est capable la sagesse humaine abandonnée à scs propres forces et à ses lumières , ou plutôt livrée à sa faiblesse et à ses ténèbres.
‘ De N«turA Deor. lib. 2, n. 86-88.
• « Est aliquid quo sapiens anlecedat Deum. Il le na- « lur* beoeüdo non timet . *10 sapiens. » (Sek. Epist.
Il me reste à exposer le sentiment des péripatéticiens sur le souverain bien de l’homme.
t III. — Skntiubivt des PÉEiPAiiiicitns
SCll LE IODVIBAIX IICS.
Si l’on en croit Cicéron, la différence qui se trouve entre les stoïciens elles péripatéliciens sur la question du souverain bien consiste moins dans les choses que dans les paroles : et, dans le fonds, les sentiments des uns et des autres reviennent au même. Il reproche souvent aux stoïciens d’avoir introduit dans la philosophie plutôt un langage qu’un dogme nouveau , pour paraître s’écarter de ceux qui les avaient précédés ; et ce reproche parait assez fondé.
Les uns et les autres convenaient du principe sur lequel on doit établir le souverain bien de l’homme, qui est de vivre selon la nature, conformément à la nature : secundùm naluram vivere. Les péripatéliciens commençaient par examiner quelle est la nature de l’homme , afin de bien poser leur priucipe. L’homme, disaient-ils, est composé de corps et d'âme : telle est sa nature. Il faut donc, pour le rendre parfaitement heureux, lui procurer tous les biens et du corps et de l'âme : c’est là vivre selon la nature, en quoi de part et d’autre l'on convient que consiste le souverain bonheur. En conséquence, ils plaçaient au rang des biens la santé , les richesses , la réputation , et les autres avantages de cette sorte ; et au rang des maux la maladie, la pauvreté, l’ignominie, etc., laissant néanmoins une distance infinie entre la vertu et tous les autres biens, entre le vice et tous les autres maux. Ces autres biens ', disaient-ils , mettent le comble à la béatitude de l’homme , et rendent sa vie parfaitement heureuse , mais de sorte que , sans ces biens, elle peut être heureuse , quoique moins pleinement.
Les stoïciens pensaient à peu près de même, et comptaient pour quelque chose ces avantages et ces incommodités du corps, mais ils
* « I1U , qu® sunt à nobis bnna corpori» numérota , < comptent c» quidem beatlssimim »lum , sed il* . ut « sine illls possll beau vit» Cibler». » ( Ile Finit. Mb. 5. n.7i. )
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ne pouvaient souffrir qu'on les appelât (les biens et des maux. Si une fois, disaient-ils , on admet que la douleur cstunmal', il s'ensuivra que le sage , lorsqu'il souffrira quelque douleur, n'est point heureux : car la béatitude ne peut se trouver dans une vie où il y a quelque mal. On ne raisonne point ainsi, répliquaient les péripaléticiens , dans toute autre affaire. Une terre couverte de beaux blés et en abondance ne cesse point d'être censée fertile, parce qu'il s’y trouve un peu de mauvaises herbes. Quelques pertes légères, mêlées avec des gains considérables, n’empêchent pas que le trafic ne soit regardé comme trèsavantageux. En tout le fort emporte le faible. Il en est ainsi de la vertu. Mettez-la dans un plat de la balance', et dans le monde entier , la vertu l’emportera toujours infiniment. Voilà une idée magnifique de la vertu!
Je croirais abuser de la patience du lecteur, si je m’arrêtais plus longtemps â réfuter ces subtilités et ces mauvaises chicanes des stoïciens. Je le prie seulement de se souvenir de ce que j’ai remarqué dès le commencement , que dans cette question, où il s’agit du souverain bonheur de l’homme, les philosophes, de quelque secte qu’ils soient, n'envisagent ce bonheur que par rapport à la vie présente. Les biens éternels leur étaient ou inconnus, ou indifférents.
A»t. II. — Sestimestr.des ahciees philosophes