‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 2)Chapitre 121 sur 178 · PA HT ICC CIE R I · texte numérisé non relu

PA HT ICC CIE R I

La dispute des anciens philosophes sur la Providence consistait à savoir si les dieux présidaient au gouvernement général du monde, et s’ils descendaient dans un détail particulier pour prendre soin de chacun des hommes. Épicure , presque seul , niait cette vérité.

« On demande3, disait-il , comment vivent « les dieux , et de quoi ils s’occupent? Leur « vie est la plus heureuse , la plus délicieuse « qu’on puisse imaginer. Un dieu ne fait rien; « il ne s’embarrasse de nulle affaire , il n’en- « treprend rien. Sa sagesse et sa vertu font sa a joie. Les plaisirs qu’il goûte , plaisirs qui ne « sauraient être plus grands, il est sûr de les « goûter toujours.

v Voilà, continuait-il en s’adressant à Bal- « bus, qui soutenait le sentiment des stoïciens, « voilà un dieu heureux ; mais le vôtre , il est

’ Plat. Epiai, ad Dion.

• Id. de Rep. lib. 3.

* De NalurA Dcor. lib. 1, n. 51-54.

« accablé de travail 1 * * : car , si vous croyez que « ce dieu soit le monde lui-méme , tournant « comme il fait sans relâche autour de l'aie « du ciel , et cela encore avec une étrange ra- « pidité , peut-il avoir un instant de repos? o Or , sans repos , point de félicité. El si l’on « prétend qu’il y ait dans’ le monde un dieu « qui le gouverne " , qui préside au cours des a astres et aux saisons, qui régie, qui arrange . « tout , qui ait l’œil sur les terres et sur les « mers, qui s’intéresse à la vie des hommes, a et qui se charge de pourvoir à leurs besoins, « c’est lui donner en vérité de tristes et de a pénibles affaires. Or, il faut, pour être a heureux selon nous , avoir l'esprit trana quille, et ne se mêler de rien. D’ailleurs, a vous nous mettez sur la tête un maître éter- « nel dont nous devrions jour et nuit avoir « peur1 : car, le moyen de ne pas craindre a un dieu qui prévoit tout, qui pense à tout, a qui remarque tout , qui croit que tout le rea garde , qui veut se mêler de tout, qui n’est a jamais sans affaires? » La grande maiime d'Épicure était donc qu’un être heureux et immortel n’a point de peine , et n'en fait à personne 4.

Un dogme si impie , qui renverse ouvertement la Providence , méritait d'avoir Epicure pour avocat cl pour défenseur; et il faut avouer que ce qu’il dit d’un dieu qui voit et connaît tout , et qui doit par conséquent punir tout ce qui est contraire à la loi divine , est l’unique raison qui porte encore aujourd'hui quelques personnes à croire qu’il n’y a point de Providence qui veille sur toutes les actions des hommes , ou plutôt à le souhaiter. .

« Ce n’est point sans raison que ce dogme a « fait regarder Epicure comme un ennemi dé- « claré des dieux 5, qui a sapé toute religion , « et qui , par ses raisonnements , comme

1 C'était le système des stoïciens.

* C'était le système de Platon.

* « ltaque imposuitis in cervicibus noslris sempiler- « nu; n dominutn , quern diesel noctes timeremus. Quis « enim non timcal omnia providentem , et cogitantem . « et anirnadvcrtenlem . et omnia ad se perlincre pulan~ « tem , curiosum et plénum negotii deum ?

* « Quod sternum bcatumque sit , id neo hahcrc ip- « sum negotii quidquam, nec exhibere alteri. » ( DeXat. Dtor. lib. 1, n. 45. )

4 De Naluri Deor lib. I, o. 115, 116.

« Xerxès par ses troupes , a renversé temples « et autels : car quelle raison , après tout , dit « Cotta , nous obligerait de songer aux dieux, « puisqu’ils ne songent point à nous, ne preu- « nenl soin de rien, ne font nbsolumentrien?... « Pour être tenu à leur marquer de la piété, o ne tàudrait-il pas en avoir revu des grâces? « car de quoi est-on redevable à qui n'a rien « donné? La piété est une justice qui acquitte a les hommes envers les dieux : or, vos dieux o n'ayant point de relation avec nous , qu’auo raient-ils à exiger de nous? »

Les prières qu’on adresse à la Divinité dans ses besoins et dans ses dangers, les vœux qu’on lui fait pour en obtenir certaines grâces, les promesses et les serments dont on la prend â témoin , usages communs à toutes les nations, et pratiqués dans tous les temps, marquent ce que les hommes ont toujours pensé de la Providence. A ne consulter que la seule raison telle que le péché nous l’a laissée, c’est-à-dire notre orgueil et nos ténèbres , nous serions tentés de croire que ce n'est pas traiter assez respectueusement In Divinité que de l'abaisser ainsi à de petits détails en lui représentant tous nos besoins ; que de stipuler avec elle , si elle veut bien nous écouter ; que de la faire intervenir à nos traités et à nos engagements. Dieu a voulu , par tous ces moyens, conserver dans les esprits de tous les peuples une idée claire de sa providence, du soin qu'il prend de tous les hommes en particulier, de la souveraine autorité qu’il conserve sur tous les événements, de leur vie, de l’attention qu’il a à examiner s’ils sont fidèles à garder leurs promesses, et de celle qu’il aura à en punir le violement.

Aussi voyons-nous que ces vérités ont toujours été regardées comme le fondement le plus inébranlable de la société humaine. On doit avant tout ’ dit Cicéron en établissant les règles d’un sage gouvernement, être intimement persuadé que les dieux sont les maîtres

« Sil tgltur noc J«m a prlnclplo persuuum civibus . a dominos esse omnium rerum ac morferatorcs deos ; ca- « que qun gerantur, eorum geri judicio ac numinc : eos- « demque optimè de genere bominum mereri et; qualis « quisque sit , quid agal , quid in sc admittat, quà mente , a qui pietale religiones colat , inlucri ; piorumque et | n impiorum habcrc rationem. » { De Ley. lib. 2, n. 15. ),

souverains de tout, et tes modérateurs de l'univers; que tout ce qui s’y passe est soumis à leur volonté et à leur pouvoir; qu'ils se plaisent à faire du bien aux hommes ; qu’ils examinent attentivement ce que chacun d’eux fait , ce qu’il pense , comment il se conduit, avec quelle piété et quels sentiments il exerce les actes de la religion : qu’ enfin ils mettent une grande différence entre le juste et l’impie.

Ce passage nous montre que les païens n’attribuaient pas seulement à la Divinité le gouvernement général du monde', mais qu’ils étaient persuadés qu’elle descendait dans le dernier détail , et qu’aucun des hommes , aucune de leurs actions , ni même de leurs pensées , n’échappait à son attention et à sa connaissance.

Les épicuriens ne pouvaient soutenir l’idée d’un Dieu si près de nous, si attentif, si clairvoyant. Il est souverainement heureux , disaient-ils , cl par conséquent infiniment tranquille : H ne s’irrite et ne se lèche point : tout lui est indiffèrent, excepté son repos. C’est ce' que les personnes livrées à leurs plaisirs voudraient bien encore se persuader, pour se délivrer des reproches importuns de leur conscience. ils veulent bien reconnaître en Dieu un soin général de ses créatures, et une bonté semblable à celle des princes qui gouvernent avec sagesse leurs états, mais qui n’entrent point dans lus détails , et qui ne descendent point jusqu’à aimer leurs sujets , ni à s’attacher à aucun d’eux en particulier.

Ce n'est pas ainsi que pensait David *. De son trône éternel, Dieu contemple tous les habitants de la terre. Il a formé en particulier le cœur de chacun d'eux : il a connaissance de toutes leurs œuvres *. En considérant du ciel tous les hommes, ce n'est point par une vue générale et confuse qu’il les examine ; chaque particulier lui est aussi présent que s'il n’était attentif qu’à lui seul. Il ne le voit point comme placé dans une grande distance , mais comme étant immédiatement sous ses yeux. Ii

* « Ne* vero uni verso generi hominum solùm , *ed « eUam slngulis a diis imuiorlalibus consul! et previderi « flolet. » ( D 0 Nat. Deor. lib. 2, n. IGi- )

* Ps. 32. Il, 15.

* M. Do-Guet.

n’en considère pas seulement le dehors : il en pénètre le fond, et ce qui est en lui de plus secret. Il n'interroge pas seulement son cœur ; il y réside, il y est plus présent et plus intime que le cœur ne l’est à lui-même. Dans cette multitude infinie d'hommes qui ont été, et qui sont actuellement, rien n’échappe ni à ses regards ni à sa mémoire. Cette connaissance et celle attention , qui sont aussi incompréhensibles que son être . sont une suite naturelle de ce qu’il est le créateur de tout , et du cœur comme de tout le reste. Qui finxit sigitlatim corda eorum : qui intelligit omnia opéra eorum.

An. II. — Dr la rouinon do morde.

Je ne fatiguerai point une seconde fois le lecteur en rapportant ici dans un grand détail les divers systèmes des philosophes anciens sur la formation du monde, qui varient infiniment , et sont plus absurdes les uns que les autres. Je ne parlerai guère que des stoïciens et des épicuriens , dont les systèmes sur cette matière sont plus connus et plus célèbres. Mon dessein n’est pas de les approfondir, mais d’en donner simplement une idée générale.

8 I. — Système des stoicielo stm la foematios DO MORDE.

Selon les stoïciens, la partie intelligente de la nature n’a fait que mettre en œuvre les matériaux non intelligents , qui faisaient partie aussi de la nature, et qui existaient comme elle de toute éternité. Cela parait bien clairement par un passage de Cicéron, sons parler de beaucoup d’autres. Pour prévenir cl écarter les objections qu’on pouvait faire contre la Providence, tirées de plusieurs choses ou inutiles, ou même pernicieuses, dont le monde est rempli, les stoïciens répondaient : La nature a fait, ce qui se pouvait faire de mieux avec les éléments qui existaient *. Peut-on marquer plus expressément la préexistence de la matière 1 ? Aristote et plusieurs autres philosophes étaient aussi dans le même senti-

1 « Ex II» maturlt que erant . quod efflei poluil opU- « mum . efTcrium est. a ( De Nat. Deor. LU). "2, n. HO

• Arisi. Plias, lib. 8.

àoogle

ment. Ce que les stoïciens appelaient l'iime du monde ‘ était cette intelligence, celle raison qu’ils croyaient répandue dans la nature. Et ce principe intelligent, sensitif, raisonnable, qu’était-ce ? Rien autre que le feu de fétlier, qui pénètre tous les corps , ou plutôt, rien q,utre que des lois mécaniques qu’ils attribuaient principalement au feu céleste, et suivant lesquelles tout se formait, tout agissait nécessairement.

Aussi Zénon définissait la nature *, un feu artiste qui procédait méthodiquement à la génération : car il croyait que l'action de créer et d’engendrer appartient proprement à l’art.

Cicéron emploie ici le terme de créer, qui pourrait faire croire qu’il aurait connu et admis l'action de tirer du néant, qui est la création proprement dite. Mais il prend ce même terme en plusieurs autres endroits pour une simple production5 ; et aucun de ces ouvrages ue laisse entrevoir qu’il ait eu une notion aussi singulière que celle de la création proprement dite. Et il en faut dire autant de tous les anciens qui ont traité de physique, comme Cicéron le marque expressément1 * * 4 * * 7 : Erit aliquid quod ex nihilo orialur : aut in nihilum subi tô occidat ? Quis hoc physicus dixit unquàm ? C'était un principe reçu par tous les philosophes, que la matière ne pouvait ni être produite de rien, ni être réduite au néant :

De nihilo nihU. in nihilum nil potse reverli *.

Epicure refusait en termes exprès ce pouvoir à la divinité même :

1 « ln naturâ sentiente ratio perfecta inest . quam vira « anlmum dicunt esse mundi. » ( Acad. Quasi, lib. 1 , n. 28 et 29. )

* « Zeno ha naturam définit . nt earo dicat ignem «ji< « arii/iciosum ad gignendum progredientem vià. Cen- « sel enlm artis maiiraè propriura esse creart et gigne- « re. » ( Di Nat. Dior. lib. 2, n. 57. )

* a Natura fingit homines et créât imitatores et narTatores facetoe. » ( De Or ai. lib. 2 . n. 219. )

4 « Omnium rerum quas et créât natura et luetur , « summum bonum est in eorpore. » ( De Finib. lib. 5, n. 38. )

4 a Que in terris gignuntur, omnta ad usum boni In um « ereantur. n ( De Offic iib. 1, n. 22. )

4 Lib. 2, de Divin.

7 Pers. sat. 3.

Nullarn rem e nihilo gigni divlnitùs unquam.

Lactance* nous a conservé un fragment des livres de Cicéron sur la nature des dieux, qu'on ne peut pas appliquer avec certitude au système des stoïciens, parce qu’étant détaché, on ne voit pas clairement de quels philosophes il faut l’entendre ; mais qui parait fort propre è expliquer ce qu’ils pensaient sur la formation du monde. Je l’insérerai ici tout entier. Il n’est pas probable *, dit celui qui parle, que la matière, dont toutes choses oiit tiré leur origine, ait été formée elle-même par la divine providence ; mais plutôt qu’elle a et qu'elle à toujours eu une force intrinsèque et naturelle, qui lui rend toutes ses modifications possibles. Comme donc un ouvrier, lorsqu’il travaille à un bâtiment, n’en produit pas lui-méme la matière, mais emplois celle qu’il trouve toute faite ; et que celui qui forme une figure de cire trouve la cire déjà produite : ainsi il a fallu que la divine providence ait eu une matière, non qu’elle eût produite elle-même, mais qu'elle ait trouvée comme sous sa main et préparée pour ses desseins. Que si Dieu n’a pas produit la matière première, on ne peut pas dire qu'il ait produit ni la terre, ni l'eau, ni l’air, ni le feu.

La comparaison de l’architecte et du statuaire est tout à fait propre à développer le système des stoïciens. Leur dieu ( que Cicéron appelle ici la Providence divine, et qui n’est autre que Véther comme nous l’avons dit), n’a point créé, c'est-à-dire tiré du néant la matière dont le monde a été formé ; mais il l'a modifiée , et, en arrageant les parties de matière qui étaient confondues, il a fait l’eau, la terre, l’air, et ce feu grossier que nous connaissons; c’est-à-dire qu’il leur a donné la forme et l’arrangement où on les voit.

L'ouvrier ’, dit Lactance dans l’endroit que

< Lact. divin IniUl. lib. 2, cap. 8.

1 • Non cit probabile. eam materlain renim , undè « orla sont omnta, esse dlrinâ provldentiâ effectam ; sed a habere et habuissc vira et naturam suam. Ct igitur fa- « ber, quum quid «dificaturus est , non ipse facil mate- « riam, Std eâ utilur quæ sit parafa , fictorque Item ce- « râ : sic istl providenlie divine materiam præstô esse « oporluit, non quam ipse faceret, sed quam haberet « parafant. Quôd si non est a Deo materia facta , ne terra « quidem , et aqua, et aer, et ignis a Deo factus est. »

* « Faber sine ligno nihil •dificabit, quia lignumipse

je viens de citer, ne peut bAtir sans bois , parce qu'il est incapable de le produire par lui-même ; et il en est incapable parce qu’il est liomme, c’est-à-dire la faiblesse même. Mais Dieu produit de rien tout ce qu'il lui plaît, parce qu'il est Dieu, c’est-à-dire la puissance même, qui est sans mesure et sans bornes : car s'il n’est pas tont-puissanl , il n’est pas Dieu.

g II. — 8tST*MB DBS ÉPÏCl'RfKNS SCB LA FORMATION DU MONDE.

Dans le système des épicuriens1 ( et les stoïciens pensaient comme eux en ce point ), res deux mots, monde et univers, avaient une signification différente. Par le monde, ils entendaient les cicux et la terre avec tout ce qui y est renfermé. Par Tum'oers, ils entendaient, non-seulement les deux et la terre avec tout ce qui y est renfermé, mais encore le vide infini, qu’ils supposaient au delà du monde ; car ils croyaient le monde plein et limité ; mais au delà ils supposaient des espaces infinis et absolument vides. Aussi ils partageaient toute la nature ', tout l'univers en deux parties ; les corps et le vide.

Omnls, ni est Igltur per se, nslurt duabus Consista rebut, qtue corpora sunt et iiune *.

Cette distinction est nécessaire pour entendre le système des épicuriens : car ils supposaient comme un principe certain, que, sans le vide, il ne pouvait y avoir aucun mouvement dans le monde, ni même aucune production.

« facere non potesl : non posse aulem , imbecilHlalis est « humanae. Drus > rro faclt sibt Ipse matertam , quia « potesl ; posse enlra Del est , nam si non potest , « Deus non est. Homo facit ei eo quod est , quia per « morlaliutem imbeciilis est ; per Imbecillitalem , défi- • nit* ae modie* poletlatis. Deus aulem facit es eo quod « non est, quia per «lernitalem forlisest, per furüludi- . nem poteslatis Immense: , que One ac modo caret lient o vite factoris. » ( Lact. lib. 2 , cap. 10. J

> Plut, de Placil. Philos, lib. 2, cap. 1.

1 a Sun! qui omnia nalurae nomme appellent , ut Epi- « curus, qui lia dividit : omnia, quse serundùm naluram, « esse corpora et inane. » t De .Val. Deor. lib. 2, n 82.)

» Lucrct. lib. 2.

Qtue. si non esset Inane ,

Non lam sollleito molu privata carerent ,

Quant genita otnninô nulle ratione fuissent :

Vndique matériel quoniam stipala fuisaet'.

Selon les épicuriens, c'est le concours fortuit des atomes qui a formé le monde.

Atome est un mot grec qui signifie ihdieisible. C'est un petit corpuscule de toutes sortes de figures qui entre dans la composition de tous les autres corps. Les atomes ne tombent pas sous les sens , à cause de leur extrême petitesse qui les dérobe à ta vue.

Moschus Phénicien, Leucippe et Dèmocrile’, ont été les premiers philosophes qui ont établi la doctrine des atomes. Ils supposent que, parmi ces petits corpuscules, les uns sont polis , les autres rudes , ceux-ci ronds , ceux-là terminés en angle, quelques-uns courbés et comme chrochus ; et que le concours fortuit de ces atomes avait formé le ciel cl la terre.

Mais c’est Epicure surtout qui a fait valoir ce dogme , et qui l’a mis en honneur , en y introduisant néanmoins quelques changements par lesquels Cicéron prétend qu’il n’a fait que gâter la doctrine de Démocrite au lieu de la corriger et de la perfectionner.

Démocrite place les atomes dans un vide infini*, où il n’y a ni milieu ni extrémité. Là, mis en mouvement de toute éternité, ils s’unissent et s’attachent les uns aux autres, et, par celte rencontre, parce concours, ils forment le monde tel que nous le voyons. Cicéron ne peut souffrir qu’un philosophe, en exposant la formation du monde, ne parle que de la cause matérielle, et ne dise pas un mot de la cause efficiente. En effet, quelle absurdité que, de toute éternité, certains corps solides et indivisibles se meuvent d’eux-mêmes par leur poids naturel! Ce défaut est

1 Lucr. lib 1.

• « Isla flagitia Democrili , itve etlam anle Leucippi , « esse corpuscula quaxlam lævia , alia aspera , rolunda « alla , parti ni aulem angulala , curvala qusdain et quasi « adunca : ei bis effectum esse ccelurn alque terrain , « nullâ cogentc naturâ , sed concursu quodam for lui to. » ( De Nat. Deor. lib. 1, n. 66. )

a « Democrilo adjlcit, perpauca mutans; sed ila, ul ea, « qus corriger© vull . mihi quidem depravare vidcalur » {DeFinib. lib. 1, n. 17.)

• Deflnib.llb. I, n. 17 et 18.

commun à Démocrite avec Epicure: car celui-ci donnait aussi i ses atomes une activité naturelle et intrinsèque qui suffisait pour les mettre en mouvement. Mais il s'écartait du premier en d'autres points.

« Epicure1 prétend , à la vérité , que les « atomes se portent d’eux-mêmes directement « en bas, et que c'est là le mouvement de tous « les corps. Ensuite, venant à songer que, « si tous les atomes se portaient toujours en « bas par une ligne directe et par un mouve- « ment perpendiculaire, il n'arriverait jamais « qu’un atome pût toucher l’autre ; il a sub- « tilement imaginé un mouvement de dêcli- « liaison , par le moyen duquel les atomes , « venant à se rencontrer, s'accrochent en- « semble, et forment le monde avec toutes « les parties qui le composent. De sorte que , « par une pure fiction , U leur donne en même « temps un léger mouvement de déclinaison « dont il n’allègue aucune cause , ce qui est v honteux à un physicien ; et il leur été aussi « sans aucune cause le mouvement direct de « haut eu bas , qu'il avait établi dans tous les « corps. El cependant , avec toutes les sup- « positions qu’il invente , il ne peut venir h « bout de ce qu’il prétend; car, si tous les « atomes ont également un mouvement de « déclinaison , jamais ils ne s'attacheront en- « semble. Quesi les uns l’ont, les autres point, « c’est leur donner de différents emplois i « crédit que de donner un mouvement direct « aux uns et un mouvement oblique aux au- « 1res. Et , avec tout cela , il ne laissera pas « d’être impossible que celte rencontre for- « luite d'atomes produise jamais l’ordre et la « beauté de l’univers. #

« Si le concours fortuit des atomes*, dit « ailleurs Cicéron , est capable de former le » monde , pourquoi ne formera-t-il pas aussi « bien un portique , un temple , une maison , « une ville, ouvrages d'une bien moindre dif- « Qculté ? 11 faut que ces philosophes*, pour v raisonner d'une manière si absurde, n’aient « jamais levé les yeux vers le ciel , ni envisagé

< De Finit), lib. 1. n. 18-20.

* De Naturâ Deor. lib. 2, n. 0t.

3 n Certe ila temeré de munrio cfTuliunt , ut mihi qui- « dru» mtnqu.im hune .nîmir.ibilem rrrli ornatum , qui « Icrùs'c?! iMoiimus; su^pciisfc tWcautur. »

« toutes les beautés qui y sont’rcnfermées. »

La doctrine du vide avait porté Epicure , aussi bien que quelques autres philosophes , à supposer plusieurs mondes formés par le concours fortuit des atomes , comme celui que nous habitons.

Quare eiiam alquc ellam laies fatere neccsse est » Esse alios alibi rongressus raateriai ,

Qualis bic est, avido compleiu quem tenet ciher.

Gassendi regarde ce sentiment comme opposé non-seulement à l’autorité des écritures saintes , qui ne font aucune mention de la pluralité des mondes, et qui paraissent n’en supposer qu’un seul , mais encore à celle des plus habiles philosophes , tels que sontThalés, Pythagore, Empédocle, Anaxagore, Platon, Aristote , Zénon le stoïcien , et plusieurs autres. Il reconnaît pourtant qu’on ne peut pas démontrer qu’il ne peut point y avoir d’autres mondes que le nôtre , parce que Dieu est le mAttre d’en créer autant qu’il lui plaira ; mais qu’il serait contre la raison d’affirmer qu’actuellement il y en a plusieurs , parce que Dieu ne nous l’a point révélé.

| III. — >IUI »nil Dt PLATON SCI LA POUCATIOS DO MONDE.

Je n’entreprends point d’examiner quels ont été les sentiments de Platon sur la formation du monde , ce qui demanderait une discussion infinie. Il appelle quelquefois la matière éternelle; par où il n’a pas voulu faire entendre qu’elle subsistait visiblement de toute éternité , mais qu’elle subsistait intelligiblement, dans l’idée éternelle de Dieu. C’est ce qu’il entend lorsqu'il dit * : L'exemplaire du monde est de toute éternité *.

Quelques lignes auparavant sc trouve la pensée dont je parle ici * : Die u, considérant son ouvrage et le trouvant parfaitement

i Lucret. lib. 2.

* Pial. In Timao, pag. 38.

3 Tù mfàitrfjut , nÂvTM aÎMva itrrn Sv.

* Ibid. pag. 37.

5 H'/aeOv Tl , rai tùfpavStiç , CTI ’é ual/cr i[iW)v irpô ç tô ndpKÎer/UM iairnhvll àirl^yâff*- ■e'jsu.

ton forme a son modèle et à son original , se réjouit, et s'applaudit en quelque sorte à luiméme.

Ce qne dit ici Platon , que Dieu forma le monde selon l'exemplaire éternel qu'il avait conçu en lui même, est fort remarquable. Comme un habile ouvrier a dans sa tête toute la disposition et toute 1a forme de son ouvrage avant que de le commencer, et qu’il travaille d'après son idée, de manière que ce qu’il exécute n’est, s'il faut ainsi dire, que la copie de l’original qu’il a imaginé , tout ouvrage qui subsiste n’étant qu'une pure imitation; de même Dieu , en créant le monde, ne fit qu'exécuter l’idée éternelle qu’il en avait conçue : car le monde, et tout ce qu’il renferme, existait intelligiblement en Dieu avant que d’exister réellement dans la nature. Voilà ce que c’est que les idées de Platon ; et il pourrait bien les avoir tirées de la lecture des livres saints', où l’on volt que Dieu donne à Moïse les modèles de tous les ouvrages qu’il veut lui foire exécuter. Ce qui est dit dans la Genèse de l’approbation que Dieu donna d’abord à chacun de ses ouvrages à mesure qu'ils sortaient de ses mains , puis à tous en général , quand il les eut finis , pourrait bien encore plus avoir fourni à Platon cette sublime idée des exemplaires éternels sur lesquels le monde entier a été formé ; car cos paroles , Dieu vit toutes les choses qu'il avait faites' , et elles étaient trèsbonnes , signifient , comme le remarque le nouvel interprète de la Genèse5, « que Dieu ,

« considérant tous ses ouvrages d'une seule « vue , et les comparant entre eux et avec le « modèle éternel dont ils sont l'expression , il « en trouva là beauté et la perfection exccl- « lentes. »

On voit, par le peu que je viens de rapporter des sentiments de Platon sur la formation du monde , combien il avait enchéri sur les principes de physique qu’il pouvait avoir tirés d’Héraclite.

Le dessein de Dieu , en exposant à nos yeui ces merveilles sans nombre dont le monde est rempli , avait été de nous faire discerner dans

« Quelques-uns ont cru qu'il en avait tu communication dans le cours de ses voyages.

• Genea. 1. 30.

■ H. Du Guet.

le mouvement de toutes les parties de l’univers, et dans le concert qu'elles ont entre elles, celui qui les a créées et qui les gouverne. Il a mis partout des vestiges de ce qu’il est. U s'est caché derrière le spectacle de la nature; mais ce spectacle est si beau et si grand , qu'il décèle en mille manières la sagesse qui l’a formé et qui le conduit. Comment donc a-t-il pu arriver que des hommes regardés comme les seuls sages de la terre aient été assez aveugles et assez stupides pour attribuer des effets si merveilleux au hasard, au destin , à la matière , à de simples combinaisons de* lois du mouvement, sans que Dieu y ait eu d'autre part que d'obéir à ces lois ? Qu’est-ce que l’esprit humain abandonné à ses ténèbres? Le premier mot du plus ancien livre du monde nous révèle tout d'un coup cette grande vérité : Au commencement Dieu a créé le ciel et la terre. Ce seul mol fixe pleinement, par l’autorité de là révélation, tous les doutes, et dissipe toutes les difficultés qui ont arrêté si longtemps les philosophes sur un des points de religion les plus essentiels. Peut-être qu'ils n’ont pas pu le connaître avec une entière certitude par les seules lumières de la raison ; mais du moins ils ont pu et ils ont dû en avoir quelque idée ; car il fallait nécessairement, ou que Dieu eût créé le ciel , la terre elles hommes, ou que le ciel , la terre et les hommes fussent éternels; ce qui est beaucoup plus inconcevable. Un esprit raisonnable et libre de préventions peutil jamais se persuader de bonne foi que la matière, brute par clle-méme et privée d'intelligence , ait formé des êtres marqués au coin d’une sagesse parfaite? La foi uous abrège bien du chemin et nous épargne bien des peines. Il est des matières où la raison ne peut marcher avec assurance qu'à la lueur de ce (lambeau.

Ait. III. - Di u iitiu ra l'ami.

Il n’est guère de questions où les sentiments des philosophes soient plus partagés que celle qui regarde la nature de l’Ame, et il n'en est guère aussi qui fassent sentir davantage jusqu’où va la faiblesse de l'esprit humain , quand il n'a pour guides que scs propres lumières.

Ils disputent beaucoup entre eux pour savoir ce qu'est l'âme , où elle réside , d'où elle lire son origine, ce qu'elle devient après la mort ’. Quelques - uns croient que le cœur même est l’âme. Empédocle dit que c’est le sang qui est mêlé dans le cœur ; d'autres , une certaine partie du cerveau. Plusieurs soutiennent que ni le cœur ni le cerveau ne sont point l'âme même , mais seulement le siège de l'âme, et qu’elle est un souffle ou bien un feu. Ce dernier sentiment est de Zénon le stoïcien. Aristoxène le musicien , qui était aussi philosophe, la fait consister dans une certaine harmonie des différentes parties du corps ; Xénocrate dans le nombre, comme Pylhagore l’avait pensé avant loi. Platon distingue trois parties dans l’âme : il place la principale , qui est la raison, dans la tête ; des deux autres, qui sont la colère et la cupidité , il fait résider la première dans la poitrine, et l'autre sous le cœur. Aristote, voyant qu’aucun des quatre principes dont , selon lui , tout est composé, n'était susceptible des propriétés de l’âme , comme de penser, de connaître, d’aimer, de haïr, etc. , en suppose un cinquième*, qu'il ne nomme point, et appelle l'âme d’un mot nouveau , qui, selon Cicéron, signifie un mouvement { continu et sans interruption, mais dont, en | effet , les plus savants n’entendent point et ne ! peuvent expliquer la force.

Tel est le dénombrement que fait Cicéron : des diverses opinions des philosophes sur la j nature de l’âme : car, pour l’opinion de Dé- j mocrite , qui la croit composée d'atomes, il ne j daigne pas la rapporter. Il termine ce dénom- j brement par ces paroles , qui semblent témoi- ! gner une grande indifférence pour une ques- j lion si importante : Lequel de fous ces senti- * ments est le vrai? quelque dieu pourra le savoir : nous nous contentons de chercher j quel est le plus vraisemblable 5. Le système de ! l’Académie , dont il avait embrassé le parti , était que le faux est mêlé partout de telle façon avec le vrai , et loi ressemble si fort , qu’il

1 Oc. T tue. Quest. Ilb. I , n. 1&-22.

* « Quinlam genus ndhibcl , vacant nomtne ; et rie fp- ■ sumanirauin ivriii^tter» appeMat aovo nomioe, quasi « quamdara coolinuaUm motionera , et perennern. »

( Oc. ibid. )

a a Haruro senlentiarutn qua vera rit , deus aliquis « vider H : que verisimillima, magna ouestio est. »

n’y a point de marque certaine pour les distinguer sûrement.

En effet, Cicéron, dans les endroits où il parle de l'immortalité de l'âme , n’en parle presque jamais qu’en doutant , et en supposant l'un et l'autre système également possible et raisonnable : et plût à Dieu qu'on ne pût faire ce reproche qu’aux anciens philosophes ! Il marque certainement en eux un aveuglement déplorable , et un renoncement à toute lumière et à toute raison ; mais ce même doute, quand il est volontaire et consenti , est dans un chrétien une chose monstrueuse et inconcevable. < L'immortalité de l’âme , dit a M. Pascal dans ses Pensées ' , est une chose a qui nous importe si fort et qui nous touche « si profondément , qu'il faut avoir perdu tout a sentiment pour être dans l'indifférence de a savoir ce qui en est. Toutes nos actions et a toutes nos pensées doivent prendre des roua tes si différentes , selon qu’il y aura des a biens éternels à espérer ou non , qu'il est a impossible de faire une démarche avec sens a et jugement qu’en la réglant par la vue de a ce point, qui doit être notre dernier objet. » Y a-t-il stupidité , je dirais presque brutalité , pareille â celle de quiconque ose hasarder , sur un simple doute , une éternité de bonheur ou de malheur?

Plusieurs des philosophes dont je viens de parier n’admettaient que des corps , et point de purs esprits , même les stoïciens , dont la morale d’ailleurs renfermait de si beaux principes. Ces derniers ne croyaient pas les âmes tout à fait immortelles , mais seulement ils les faisaient vivre longtemps*, comme des corneilles , dit Cicéron. Yossius , dans son traité de l'idolâtrie, croit que par ce longtemps ils entendaient tout le temps que durera ce mondeci jusqu’à l’embrasement général* : car, selon les stoïciens , il devait arriver , par une dernière révolution , que le monde entier ne serait plus que feu. Ces âmes particulières devaient alors, comme tout le reste, s’abîmer

t Chap. 1.

* Lib. 1. cap. 10.

* « Stoïci usuram nobis largianlur , tanquim comlei- « bus : dtù rnansuros ainnt «ni moi , semper negaol • ( Fuse. Qucrtt. tib. 1, n. 77. )

« De Naturà Deor. lib. 2, n. 118.

oogle

dans l'âme universelle qui était leur principe, l Jusque-là elles habitaient dans la haute région, où elles n'avaient qu'à philosopher tout à leur aise, Souverainement heureuses par la claire vision de l'univers.

Cicéron' décrit avec une sorte d’enthousiasme cette béatitude philosophique, a Cer- « lainement , dit-il , nous serons heureux ,

« lorsque, ayant quitté nos corps, nous «e- « rons délivrés de toute passion et de toule « inquiétude. Alors , ce qui lait maintenant « notre joie, lorsque, libres de tous soins,

« nous nous appliquons vivement à quelque « objet qui nous plait et nous attache ; alors, v dis-je, nous le ferons avec beaucoup plus de < liberté, nous livrant tout entiers à lacon- « templation de toutes choses , qu'il nous sera a donné de connaître à fond. La situation « même des lieux où nous serons parvenus , a en nous facilitant la vue des objets célestes,

« et allumant en nous le désir d'en pénétrer « les beautés, nous mettra en état de salis- « faire pleinement celle ardeur insatiable ,

« qui nous est naturelle , de connaître la vé- « rilé... Et elle se découvrira plus ou moins « à nous1, à proportion de ce que nous au- « rons été plus ou moins appliqués à nous en « nourrir pendant notre séjour sur la terre...

« Quel spectacle sera-ce de pouvoir d’un coup « d'oeil envisager toute la terre , sa situation ,

« sa figure , ses limites et toutes ses régions « habitables , que l'excès du froid et de la cha- « leur aura rendues désertes ou vacantes I »

Voilà donc où se devait borner la béatitude philosophique. Quel aveuglement ! quelle misère ! Nous voyons pourtant à travers ces ténèbres un admirable principe, et bien instructif: que dans l'autre vie la vérité se montrera à nous à proportion dé ce que nous l'aurons cherchée et aimée dans celle-ci.

Les philosophes qui admettent l’immortalité de l’âme lui donnent une plus noble occupation après la mort. Je n’examine point si Aristote doit être mis de ce nombre. C’est une question qui a exercé et partagé les savants , et qui , par le doute seul qu'elle laisse,

< T use. Quasi, lib. 1. n. 4 t. 43.

v a Pracipuè verô frurnlur ci , qui ium clism, quum » ha» terras inrolcntes cirrumfusi erant caliglne lamrn a acir mentis tlisfticerc cupiebanV. »

t ne lui est pas honorable. Pour Platon , on voit dans tous ses ouvrages qu’anssi bien que Socrate son maître , et Pythagore qui les avait précédés, il croit l'Ame immortelle. Cicéron , après avoir rapporté plusieurs de ses preuves, ajoute qu'il parait que Platon 1 faisait effort pour persuader cette vérité aux autres , mais que, pour lui, il en était pleinement convaincu.

Platon , marchant sur les pas de Socrate , ouvre aux âmes deux chemins après la mort *, dont l’un conduit au lieu des supplices celles qui se sont souillées par des crimes et des violences sur la terre ; l'autre mène à l’auguste assemblée des dieux les âmes pures et chastes qui , pendant leur séjour dans les corps , ont eu avec eux le moins de commerce qu’il leur a été possible , et qui se sont appliquées à imiter la vie des dieux dont elles tirent leur origine , en pratiquant toutes sortes de vertus. La droite raison seule faisait sentir à ces grands philosophes qu’il était nécessaire, pour justifier la Providence , qu'après celte vie il y eût des récompenses pour les bons , et des peines pour les méchants.

Ast. IV. — Des effets se la nattes

C’est ici proprement le lieu où je devrais traiter à fond de la physique, et entrer dans le détail des principales questions qui en font l’objet , pour faire connaître l’origine et les progrès de cette science , et la différence de sentiments qui se trouve entre les anciens et les modernes. Mais cette matière , outre qu’elle passe mes forces , est trop étendue et trop vaste pour être renfermée dans le court es-

1 « IMato pro immortalitatc anime tôt rationes attulit . « utvelle céleris, sibiccrtè persuasisse videalur » (Tusc. Quota t. Hb. i, n. 49.)

* « lia censebat ( Socrates ) duas esse vias duplicesque « cursus animorum e corpore eicedentium. Nam qui « se humanis vitlis contaminassent , et se tolos libidini- « bus dédissent , quibus tara il velut domesticis vitiis at- « que flagiliis se inquinassent , vel in republicà vio- « landâ fraudes inexpiabilcs concepisscnt , iis demùm « quoddam lier esse seclusum à consilio deorum. Qui « flutem se inlegros caslosque ser va vissent . quibusque a fuisset minima cura corporibus contagio , seseque ab « his semper scvocassent , essenlque in corporibus huit manis vitam imitali deorum, his ad illos, à quibus es- « sent profectl, redilum facilem palerc. » {T use. Quæst. iib. I, n. 72. ). ... .....

pace d'un abrégé. On la trouvera traitée avec beaucoup de clarté dans l'ouvrage du P. Régnault, jésuite , qui a pour titre: l'Origine ancienne de la Physique nouvelle . dont j’ai bien profité. 11 y garde un caractère de modération qui est rare, en rendant également justice aux anciens et aux modernes. Je me contenterai donc de quelques réflexions générales.

La physique , pendant plusieurs siècles , (U seule , ou presque seule , l’occupation et les délices des savants de la Grèce. Elle y régna pendant environ quatre cents ans'. Les philosophes se partagèrent en deux écoles fameuses: l’ionique , dont Thalès fut- le chef; et l’italique, qui suivit Pythagore , comme je l’ai marqué auparavant. Mais les philosophes qui se sont fait le plus de nom par rapport à la physique , sont Démocrite et Leucippe , parce qu’Epicure adopta leur système , qui nous a été exposé avec étendue par Lucrèce.

Ce système, comme je l’ai déji observé, n'admettait pour principes que les atomes et le vide: deux points, dont l’un, je veux dire le vide, n’est guère concevable; et l’autre répugne à la raison, surtout par rapport à l'inclinaison qu’Épicuredonneàses atomes. Malgré les absurdités qui se trouvent dans ce système, les épicuriens sont néanmoins, à proprement parler, les seuls physiciens de l’antiquité. Ils ont vu au moins qu’il ne fallait chercher les causes de ce qui arrive aux corps que dans les corps mêmes et leurs propriétés, le mouvement, le repos, ta figure : ctavec ce principe ils n’expliquent pas mal certains effets de détail, quoiqu’ils soient dans des erreurs grossières sur les premières causes.

Aristote traita la physique, ou plutôt il la gâta, en se servant pour l’explication des effets corporels de ce qui ne peut appartenir qu'à l’âme , sympathie , antipathie , horreur, etc., et ne donnant des définitions des choses qu’en assignant quelques-uns de leurs effets, souvent mal choisis, exposés d’une manière obscure, sans presque jamais faire connaître leurs causes.

Ce ne fut qu’un siècle avant la naissance de

< Depuis Thalès jusqu'à Hipparque . qui termine le dénombrement des physiciens de l'antiquité , on trouve a peu près ce nombre d’années.

Jésus-Christ que la physique commença à se produire à Rome, et à y parler le langage des Romains par la bouche de Lucrèce. « Enfin , « dit ce poète physicien, les secrets de la na- « ture ne sont plus des mystères ; et je puis

• me vanter d’avoir fait paraître le premier la « physique dans Rome avec les agréments de «■ notre langue. »

Denique nntura bcc reram ralioque reperta est

Nuper ; et banc primus cum primis ipse reperlus,

Nunc egosura in patrius qui.poasim verlere voces >.

Sénèque * avoue que c’est depuis peu qu’on y connaît certainement la cause des éclipses de lune et de plusieurs autres phénomènes de la nature. Je ne sais s’il a raison. Dans le siècle de Pline *, il y avait déjà longtemps que l’on prédisait et le jour et l’heure des éclipses ; et Cicéron * assure que dès son temps l’heure et la grandeur de toutes les éclipses, tant de la lune que du soleil, avaient été annoncées pour tous les siècles à venir 5. On sait que Sulpitius Gallus, la veille du combat que devait donner Paul Émile contre Persée, prédit une éclipse de lune qui devait arriver la nuit suivante, et en découvrit la raison à l’armée. L’éclipse arriva précisément à l’heure marquée, ce qui le fit regarder comme un homme divin : Edité horâ luna quum defecisset, romanis militibus Galli sapientia propê divina videri. Ce dernier exemple prouve que ces sortes de connaissances étaient fort rares alors parmi les Romains; et ils ne se sont jamais fortement appliqués à l’étude de la physique, ni des autres sciences supérieures.

11 n’en avait pas été ainsi des Grecs. Elles furent longtemps cultivées parmi eux, et, si l’honneur de l’invention ne leur en est pas dû, on ne peutleur refuser celui de les avoir beau-

* Luc r et. Ub. 5[v. 335]

i « Cur luna deficial , hoc apud nos quoque nuper ra- « tio ad certum perduilt. » ( Suit. Nat. Quiest. lib. 7 . cap. 25.)

* « Inventa est jampridem ratio prenunliansboras, non

• modo diesac noctes, solia lunoque defectuiun. » (Plir. Ub. 20, cap. 2. )

* « Defectiones solis et Ions cognite prrdictaeque in « otuno posterum tempua . qu« , quanta , quandô futur» « aint. » (Cic. de Nat. Deor. lib. 2, n. 135. )

* Llv. Ilb. 44, n. 37.

«*€#» cr.o <$*«»

coup perfectionnées. 11 est difficile de trouver un système du monde applaudi de nos jours, que les anciens au moins n’aient entrevu. Si nous fixons la terre, comme Tyclio, pour faire tourner autour d’elle le soleil environné de mercure et de vénus, c’est un système connu de Vilruve1. Il y en a qui fixent le soleil et les étoiles pour faire tourner la terre précisément sur son centre, de l'occident à l'orient : et c’est le système d'Ecphante , pythagoricien , du moins en partie, et cclni de Nicétas le Syracusain. Le système à la mode aujourd’hui, c’est celui qui met le soleil au centre d'un tourbillon, et qui range la terre au nombre des planètes ; qui fait tourner les planètes autour du soleil dans cet ordre : mercure, le plus proche du soleil ; vénus ; la terre, tournoyant sur son centre avec la lune qui circule autour de la terre; mars, jupiler, saturne. Ce système de Copernic n’est point nouveau ’ : c'est celui d’Aristarque , et d'une partie des mathématiciens de l'antiquité; celui de Clèanthe de Samos ; celui de Philolaüs ; des Pythagoriciens enfin, et apparemment de Pythagore même.

En effet, il serait étonnant que ce système de Copernic, qui parait si raisonnable, ne fût venu dans l’esprit d'aucun des anciens philosophes. Je dis que ce système parait fort raisonnable ; cor, si la terre était immobile, il faudrait que le soleil et tous les autres astres, qui sont de très-grands corps, fissent en vingtquatre heures autour de la terre un tour immense, et que les étoiles fiiesqui seraient dans le plus grand cercle, où le mouvement est toujours le plus fort, parcourussent en un jour trois cent millions de lieues , et allassent plus loin que d'ici à la Chine, dans le temps qu'on pourrait prononcer ces mots, allez vile à la Chine ; car il faut que tout cela arrive, si la terre ne tourne pas sur elle-même en vingt-quatre heures. Il n’est pas difficile de comprendre qu’elle lasse ce tour, qui n’est tout au plus que de neuf mille lieues, les-

* Vllrnr. de ArefclL Mh. S , psg. 381 « «7. - Plul. de Piacit. PMI. Itb. 3 , pag. 896. - Cic. Acad. Qua-U. IU>».

• 8lob. Eclog. pfcy». pag. M « 58. — PIOT. de Fade In orlie Lun. pag. 933. — Plul. de Ptarit. Philos, p 896. - Ariat. de Ok>. Mb. 1. cap. 13, pag 658.

quelles , en comparaison de trois cents millions, ne sont qu’une bagatelle.

Parmi les modernes, la physique raisonnée, jusqu’à Descartes , avait fait peu de progrès. Il prit des épicuriens le principe, que, pour expliquer les effets corporels, il ne faut recourir qu’au corps. Mais, éclairé par la religion, il rejeta leurs principes impies de la nécessité et du hasard. 11 pose pour principe de sa phy sique un Dieu créateur et premier moteur. Il proscrit aussi le vide, que l'on ue conçoit point, et les atomes ; reconnaissant la matière divisible à l'infini, ou, comme il parle lui-méme, à l'indéfini.

Arec de la matière et du mouvement, qu’il reconnaît ne pouvoir recevoir que des mains de Dieu, il eut l'audace de créer un moode ; et, au lieu de remonter des effets à leurs causes, il prétendit établir les causes et en déduire les effets. De là son hypothèse des tourbillons, qui est ce que l'on a dit jusqu'ici de plus vraisemblable sur les causes de l’univers, quoique, dans un grand nombre de conséquences de détail. Descartes, par un effet de la faiblesse attachée à la nature humaine, se soit assez souvent trompé.

Sa physique régnait paisiblement, lorsque M. Newton a entrepris de troubler cette possession. Il a renouvelé le vide : il a prétendu démontrer l'impossibilité des tourbillons , en un mot , renverser toute la physique cartésienne. Grande guerre dans le monde littéraire , et qui se pousse avec beaucoup de vivacité et de chaleur de part et d’autre. Si le savant Anglais a réussi ou non, c’est une question qui ne me regarde pas, et qui ne sera pas si tét décidée. Au moins il a été plus circonspect que Descartes , en ce qu’il s’est proposé de partir d’effets connus pour découvrir les causes.

En général , il faut avouer que , par rapport aux matières de physique , les modernes ont beaucoup perfectionné les connaissance* des anciens, et qu’ils y ont ajouté beaucoup de découvertes nouvelles très-importantes. Et cela n’a pas pu arriver autrement. Serait-il possible que , dans le cours de tant de siècles , tant de beaux génies , qui se sont appliqués successivement à observer la nature , n’eussent point enrichi la physique , surtout

depuis qu’ils ont trouvé des secours extraordinaires pour réussir dans ce travail , lesquels ont manqué aux anciens. La nature est un fonds inépuisable , et la curiosité n’a guère de bornes. Aussi ce n’èlait point illusion quand Sénèque prévoyait que la postérité découvrirait dans la nature beaucoup de secrets ignorés de son temps. « La nature ' , disait ce « grand homme, ne dévoile pas tous ses a mystères & la fois. On verra un temps où la « lumière se répandra sur les choses qui nous « sont cachées. On sera surpris qu’elles nous « aient échappé , èt le vulgaire même saura « ce que nous ne savons pas. » Ce sentiment çStlout 6 fait raisonnable et plein de bon sens. Plusieurs raisons ont contribué au progrès considérable que la physique a fait dans les derniers temps.

On peut dire qu'elle a changé entièrement de face, et qu’elle a pris un nouvel essor, depuis qu’on s'est fait une loi d’étudier la nature dans la nature même, de faire usage de ses yeux et desa raison pour en découvrir les mystères, de ne plus s’assujettir aveuglément et sans examen au jugement des autres ; en un mot, depuis qu’on a secoué le joug de l’autorité , laquelle, dans les matières de physique, n’a point droit d’asservir nos esprits, et n’est propre qu’à les retenir, par cet imbécile respect, dans une oisive et présomptueuse ignorance. Quel progrès la physique a-t-elle fait dans le cours de quatorze à quinze siècles, où l'autorité d'Aristote et celle de Platon faisaient la loi lour à tour? Celte voie n’a servi qu’à exciter de vaines disputes , qu’à arrêter tout effort, qu’à éteindre toute curiosité et toute émulation , et la vie des philosophes les plus capables de perfectionner la physique se passait à savoir ce que l’on avait jadis pensé, plutôt que ce que l’on devail penser.

l’ai toujours été choqué d’une maxime de Cicéron, qui lui plaisait pourtant beaucoup, et qu’il a répétée plus d'une fois. Il disait qu’il aimait mieux se tromper avec Platon que de penser juste avec les autres philosophes*. Er-

1 « Rerum natura, sacra sua non simul IradK. .. Yeniet • tempus fjuo isti. que nunr latent , in lucem dies extra* « tut... quo poateri nostri Um «perte nesebse nos miren- « tur... Milita vrnicniis svi pop u lus ignola nobis M iel. »

* Tuwul. lib. 1, n 39.

rare meherculè malo cum Platone... quant rum istis vera teniire. Je ne sais pas quel bon senson peut donner à cette pensée. Est-ce qu’il est jamais permis de préférer l’erreur à b vérité , sous quelque beau nom que cette erreur se cache? Voilà où conduit cette espèce d’idolàlrie pour les grands hommes. Il n'y a que la religion qui ait droit de captiver ainsi nos esprits, parce qu'elle a Dieu même pour garant, et l’on ne craint point avec elle de s'égarer.

On sait jusqu’à quel point la nature semble affecter de nous cacher ses secrets. Pour découvrir ses mystères , ii faut la suivre pas à pas ; il faut , pour ainsi dire , la surprendre dans ses opérations ; il faut des observations , des expériences; il faut un juste amas de phénomènes pour établir un principe propre à les expliquer ; il faut des expériences pour vèrifler les conjectures. Les anciens ont pratiqué tout ce que je viens de dire jusqu’à un certain point , et avec quelque succès ; mais la sagacité des modernes , aidée par l’invention de plusieurs instruments nouveaui , a beaucoup enchéri sur leurs connaissances. Ces inventions nouvelles sont principalement le télescope , le microscope , le tuyau de Torricelli , et la machine pneumatique.

Un certain Zacharie Jansen invita le télescope et le microscope vers la fin du seizième siècle : Torricelli, le tuyau qui porte son nom, vers le milieu du dix-septième siècle; OUon de Guericke , la machine du vide , quelque temps après.

Zacharie Jansen était Hollandais , de Middelbourg en Zélande , faiseur de lunettes. Le hasard, qui fait un grand nombre des plus belles découvertes , et sous lequel la Providence aime à se cacher, eut beaucoup de part à celle de Jansen. Il mit , sans aucun dessein prémédité, deux verres de lunettes vis-à-vis l’un de l’antre à une certaine distance. Il s’aperçut que dans cette situation les deux verres grossissaient considérablement les objets. H fixa les verres dans une pareille situation , et , dès fan 1590 , il fil une lunette de douze pouces. Telle est l’origine du télescope , que l’on perfectionna dans la suite. L’inventeur du télescope fiten petit, àpeu près, cequ’ilavait fait engrand, et de là vint le microscope. On doit au premier de ces instruments b connaissance descieux, du

moins en partie ; et au second , la connaissance d’un petit monde : car ne croyons pas que nous voyions tout ce qui habite la terre. Il y a autant d'espèces d’animaux invisibles que de visibles : nous voyons depuis l'éléphant jusqu’au ciron. Là finit notre vue. Mais au ciron commence une multitude infinie d’animaux , dont il est l’éléphant , et que nos yeux ne sauraient apercevoir sans secours. Oii voit, par le moyen du microscope, des milliers d’insectes nager, courir, s’élancer librement dans la centième partie d’une goutte d’eau. Lcuwcnoelt dit qu’il en a vu cinquante mille dans une goutte de liqueur fort mince.

On peut dire que ces lunettes sont un nouvel organe de la vue , que l'on n’eût pas osé attendre des mains de l’art. Quelle eût été la surprise des anciens , si on leur eût prédit qu’un jour leur postérité , par le moyen de quelques instruments , verrait une infinité d'objets qu’ils ne voyaient pas , un ciel qui leur était inconnu, des plantes et des animaux dont ils ne soupçonnaient pas seulement la possibilité!

Torricelli était mathématicien du duc de Florence , et successeur de Galilée, qui mourut en 1642. Galilée voulait que l’eflicace de l’horreur du vide fit monter et soutint l'eau dans les pompes aspirantes à trente-deux pieds environ , et que cette efficace célèbre fût fixée là. En 1643 , Torricelli essaya l’efficace de cette horreur imaginaire dans le vif-argent. 11 fil faire un tuyau de verre de trois ou quatre pieds , fermé hermétiquement par un bout. Il le remplit de vif-argent, et le renversa comme on le renverse encore. Le vif-argent descendit ; mais il demeura comme de lui-mème à la hauteur de vingt-sept à vingt-huit pouces.

Olton de Guérickc, consul de Magdebourg, forma le dessein d’essayer une sorte de vide bien plus grand que celui du tuyau de Torricelli. Il fit donc faire un grand vase de verre , rond , ayant une ouverture assez étroite dans la partie inférieure , avec une pompe et un pistou , pour tirer l'air du vase ; et c'est l’origine de la machine pneumatique. Il était sorti de ses mains des merveilles , qui l’étaient autant pour les philosophes que pour le peuple. Avec quel étonnement, par exemple, ne voyait-on pas deux bassins de cuivre exacte-

ment taillés en demi-sphères , appliqués simplement l’un contre l’autre par leurs bords ou circonférences, et tirés, l’un d’un côté par huit chevaux, et l’autre du côté opposé parhuil autreschevaux, sans pouvoir être séparés!

I! est aisé de comprendre combien ces machines , et d'autres pareilles , inventées par les modernes, et beaucoup perfectionnées par l'usage même, et par la suite des années, ontdà avancer le progrès des observations physiques.

Mais ce qui y a le plus contribué , est l’établissement des académies. Le dernier siècle en vit naître quatre fort célèbres presque en même temps , sous la protection des princes : à Florence, l'académie del Cimenta; k Londres , la société royale d’Angleterre ; à Paris , l'académie royale dei Sciences; en Allemagne , f académie des curieux des secrets de la nature. Le désir de soutenir la réputation de sa compagnie , et de s’y distinguer soi-même par des ouvrages importants , est un puissant aiguillon pour des savants qui ne leur laisse guère de repos. D’ailleurs , il n’y a que des compagnies, et des compagnies protégées par le prince, qui puissent suffire à faire l’amas nécessaire d’observations et de faits bien avérés pour établir dans la suite un système. Ni les lumières , ni les soins , ni la vie , ni les facultés d’un particulier n'y suffiraient. Il faut un trop grand nombre d’expériences; il en faut de trop d’espèces différentes ; il faut trop répéter les mêmes ; il les faut varier de trop de manières , il faut les suivre trop longtemps avec un même esprit.

J’admire la sagesse et la modestie de l’académie des Sciences , qui , malgré tant de savants ouvrages dont elle a enrichi le public , malgré tant d'utiles découvertes qui sont le fruit de ses travaux et de ses observations, ne regarde pourtant les sciences, du moins la physique, que comme étant encore au berceau. Mais j’admire encore plus l’usage religieux qu'elle fait de connaissances si rares , qui doivent, selon elle , nous inspirer un grand respect pour l'auteur de la nature par l’admiration de ses ouvrages. « On ne peut guère « s’empêcher , est-il dans ses Mémoires . de u répéter souyenl qu’en matière de physique, a les objets les plus communs se changent en o autant de miracles , dès qu'on les regarde

lOOgle

lized t

« avec de certains yeux. » Et dans un autre endroit , « Ce n’est pas une chose que l'on « doive compter parmi les simples curiosités « de la physique , que les sublimes réflexions « où elle nous conduit sur l’auteur de l’uni- « vers. Ce grand ouvrage, toujours plus mer- « veilleux à mesure qu'il est plus connu, nous a donne une si grande idée de son ouvrier , « que nous en sentons notre esprit accablé « d’admiration et de respect... La véritable a physique s’élève jusqu'à devenir une espèce a de théologie. »

Avant que de passer aux mathématiques , je toucherai fort légèrement ce qui regarde la médecine, l'anatomie, la botanique, et la chimie, qui sont des parties de la physique , ou qui y ont du rapport. Tertullicn appelle la médecine la sœur de la philosophie; et l'on sait que les trois autres dépendent de la médecine.

Page 1