‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 2)Chapitre 122 sur 178 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Je traite, dans un chapitre séparé , ce qui regarde la médecine; et j'y joins la botanique, la chimie et l’anatomie , qui en font partie , mais dont je dirai très-peu de choses.

g t. — De la néDEciini

La médecine est de même date sans doute que les maladies, car on a cherché à s’en délivrer dès qu’on les a senties ; et les maladies presque aussi anciennes que le monde même, puisqu'elles ont été la suite et la punition du péché. Mais les hommes ont été longtemps chacun leurs propres médecins, et il est difficile de Axer le temps où la médecine a été convertie en art et en profession. Le besoin et l’expérience y ont donné lieu. Dans de certains pays 1 , ceux qui avaient été guéris de quelques maladies , mettaient par écrit comment et par quels remèdes ils l'avaient été , et déposaient ces mémoires dans le temple pour

1 Plin. lib. 29, in Prooem.

servir d’instruction en pareil cas '. Dans d'autres pays , comme en Égypte et à Babylone , on exposait en public les malades, afin que les passants, qui auraient été attaqués et guéris de la môme maladie , pussent leur donner conseil.

Les Egyptiens regardaient leur dieu Hermès , c’est-à-dire Mercure , comme l’inventeur delà médecine. Il est certain qu’ils l'ont cultivée et plus anciennement et plus savamment qu’aucun autre peuple.

Les Grecs leur disputent celte gloire, ou du moins l'ont suivie de près. Ils nous fourniront tous les médecins dont j'ai à parler : car les Romains ont peu cultivé cette science. Dès le temps de la guerre de Troie , Chiron le Thessalien , surnommé le Centaure , qui fut gouverneur d’Achille, se rendit célèbre dans la médecine, par la cure des plaies et la connaissance des simples , dont il fit part à ce héros, et à Palrocle son ami.

Esculape, disciple de Chiron , ne le céda point à sou maître. Pindare ' le représente comme extrêmement habile dans toutes les parties de la médecine. La fable marque que Jupiter, indigné de ce qu'il avait rendu la vie à Hippoly te, fils de Thésée, l'écrasa d’un coup de foudre. Ce qui fait entendre qu’il guérissait par sa science des maladies si désespérées, qu'il passait pour rendre la vie aux morts.

Ayant été mis au rang des immortels, on lui bâtit des temples en divers endroits comme au dieu de la santé .Le plus fameux fut celui d'Epidaure. C’est de là, qu’en conséquence d’une célèbre députation , à la tête de laquelle était 0- Ogulnius , on prétend qu’il vint à Rome sous la figure d’un serpent , et qu’il délivra la ville de la peste l’année 461 de sa fondation. On lui bâtit depuis un temple hors de la ville. Celui de Cos, patrie d’Hippocrate , était aussi fort renommé. On y voyait diverses tables, ou divers tableaux , où étaient écrits les remèdes que le dieu avait indiqués à plusieurs malades qui avaient été guéris par ce moyen.

Homère donne deux fils à Esculape , tous deux fameux médecins dont il est parlé dans

‘ Herod. lib. 1 , cap. 129. — Strab. lib. 5, pag. 155, et lib. 16. pag. 716.

’ Pindar. Pjlblur. od. 3.

l'Iliade : l’un nommé Machaon , fort habile et fort exercé dans les opérations de chirurgie , qui n'élait point pour lors , non plus que daiis les siècles suivants , distinguée de la médecine; l’autre, Podalirc, plus versé dansla médecineappclée depuis io/i ri, c'esUdire fondée sur des principes et des raisonnements. En revenant de la guerre de Troie', Podalirc fut poussé par une tempête sur les cèles de Carie, où il guérit une fille du roi Damxthus en la saignant des deux bras. Pour récompense, le père la lui donna en mariage. Entre aulres enfants, il en eut un Hippolochus, duquel Hippocrate disait être descendu.

Pline suppose un vide de six ou sept cents ans par rapport aux médecins * , depuis le siège de Troie jusqu’à la guerre du Péloponnèse , c'est-à-dire jusqu'à Hippocrate ; ce qui n’est pas tout à fait exact. Cclse 1 met au nombre des célèbres médecins Pylhagore, qui a vécu du temps de Cyrus et de ses deux successeurs , et quelques autres philosophes , comme Empédocle et Démocrite.

On distingue différents ordres.différentes sectes de médecins. Les uns sont appelés empiriques, parce qu'ils n'ont guère suivi que l'expricnce. D’autres, dont Hippocrate est le chef, ont joint le raisonnement à l’expérience ; et c'est ce qui a failappelcr la médecine dogmatique ou raisonnée. Quelques-uns ont affecté de se séparer de tous les autres médecins , et se sont fait une méthode particulière : on les a nommés méthodiques. Jene m’attacherai point scrupuleusement à celte division. Je suivrai seulement l’ordre des temps , et n’insisterai que sur ceux des médecins qui ont été plus connus. Toutes les différentes sectes de médecins, car il y en a un grand nombre , sont savamment expliquées dans l’Histoire de la Médecine, par M. Daniel Le Clerc, ouvrage plein d'une profonde érudition.

Démocède fe Crotoniate fit preuve de son habileté en rendant le sommeil et la santé au •roi Darius', auquel une entorse au pied, qu’il .avait reçue en tombant de cheval, faisait

1 Steph. Byi. in voce ïùova.

* Plin. lib. S», cap. 1.

* Gels, in prief.

« An. M. 3185 ; av. J. C. 519. -liera], lib. 3, cap. 121-

souffrir de vives douleurs et une insomnie continuelle , dont les médecins du pays n’avaient pu le délivrer. Il guérit ensuite Alossa, la reine, d’un ulcère au sein , que la pudeur lui avait longtemps fait cacher. J'ai raconté fort au long l’histoire de ce médecin cil parlant de Darius.

Hékophile s’était fait aussi un grand nom dans la médecine '. Il faisait grand usage de la botanique, et encore plus de l’anatomie, qu'il porta à une grande perfection. Les princes lui permirent de faire des dissections de corps vivants sur des criminels condamnés à mort; et il en passa un nombre incroyable par ses mains : ce qui donna lieu à Tertullien de l'appeler plutôt bourreau que médecin *.

HéaoniQUE de Sicile , florissait sous Artaxerxe Longucmain *. La secte appelée Acm-niTHni, parce quelle n’employait presque pour remède que la diète et le régime de vivre , le reconnaissait pour chef , aussi bien que celle qu'on nommait gymnastique , parce qu'il employait beaucoup les exercices du corps pour rétablir et pour fortifier la santé. Il était frère du fameux rhéteur Gorgias. C'est surtout par un de scs disciples qu’il est connu.

Hippocrate, de l’Ile de Cos, est cet illustre disciple *. On place sa naissance à la première année de la 80" olympiade. On prétend qn'fl descendait d’Esculapc par Héraclide son père, ctd’Hercule par sa mère Praxitée. Il s’attacha d’abord à l'élude des choses de la nature, puis i celledu corps humain en particulier. Il eut pour premier maître son père même. Il reçut aussi les leçons d’un autre célèbre médecin nommé Uérodique, dont je viens de parler. Il se rendit habile dans toutes les parties de là médecine, et en porta la connaissance aussi loin qu’elle pouvait aller pour lors.

J’ai déjà dit qu’il était né à Cos. Cette De était consacrée au dieu Esculape , qui y était honoré d’un culte particulier. La coutume

< An. M. 3704; av. J. C. 300. — Galcn. Comment 11. in lib. Ilippocr.

* « Heropbilus illc medirus, aat lauius, qui sexcenloi a exsecuit , ul naluram scrulirciur : qui bomines odiil. a ut nosset. » ( Tértüll. lib. de Anima, cap. 10.)

» An. M.3ll0;av. J G. 464. - Eustatb. In Iliad.

« An, M 3511; av. J. C. 100.

«Ht* <H5 <#**.

était que tons ceux qui avaient été guéris de quelque maladie fissent un mémoire exact et des symptômes qui l’avaient accompagnée , et des remèdes qui les en avaient délivrés. Hippocrate avait fait copier tous ces mémoires , qui ne lui furent pas d'un petit secours , et qui lui tinrent lieu d’une expérience anticipée.

Son extrême habileté ' parut surtout pendant la peste qui affligea particulièrement la ville d’Athènes et toute l’Altique au commencement de la guerre du Péloponnèse *. J'ai exposé ailleurs quel fut alors son xèle et son dévouement pour le salut de sa patrie , son noble désintéressement, qui lui fit refuser les offres avantageuses du roi de Perse , et les honneurs extraordinaires dont la Grèce crut devoir récompenser les services importants qu’il lui avait rendus.

On dit que les Abdéritcs écrivirent h Hippocrate pour le prier de venir voir Démocrite. lis le voyaient ne se soucier de rien , rire de tout, dire que l’air était plein d’images , se vanter qu’il faisait de temps en temps un voyage dans l’espace immense des choses. Regardant tous ces traits comme des symptômes et des commencements de folie, ils craignaient qu'il ne devint tout A fait fou, et que son grand savoir ne lui démontât entièrement la tête. Hippocrate les rassura , et jugea bien autrement qu'eux de l’étal de Démocrite. Il n’est pas sûr que les lettres d'Hippocrate, d'où ce {Bit est tiré , soient véritablement de lui.

Les écrits qu’il a laissés en grand nombre ont toujours été regardés, et le sont encore , comme ce qu’il y a de plug parlait dans ce genre, et comme devant tenir lieu de fondement et de base à l’étude de la médecine. Il y a conservé la mémoire d’un événement qui lui fait encore plus d'honneur que toute sa science et toute son habileté. C’est l’aveu sincère d'une faute qu’il avait commise en pansant une blessure de tète : car on sait qu'anciennement la médecine, la chirurgie et la pharmacie n’étaient point séparées. Il n'a point rougi de confesser, aux dépens en quelque sorte de sa propre gloire*, qu’il s’était trompé,

1 An. H. 3574 ; av. J. C. 430.

* Hlst. ancirn. Tom. III, pag. 331 de ccue

* « De sutoris k deeeptum esae Hippocrates mémorisé e prodidK , more piagnorum tlrorum, et Qduciani rua-

de peur que d'autres après lui, et ù son exemple , ne tombassent dans ia même erreur. De petits esprits , dit Celse , et d'une habileté médiocre , n’en usent pas de la sorte , et ménagent avec bien plus de soin le peu qu’ils ont de réputation , parce qu’ils n'en peuvent rien perdre sans s'appauvrir. Il n’y a que de grands génies , que des hommes riches et opulents , c’est-à-dire qui se sentent d'ailleurs un fonds de mérite non commun , capables de foire un tel aveu , et de négliger ces petites pertes qui ne diminuent rien de leur richesse et de leur opulence.

Il fait encore un autre aveu qui marque eu lui un caractère admirable de candeur et d'ingénuité. De quarante-deux malades qu’il avait traités , dont il décrit les maladies dans le premier et le troisième livre des maladies épidémiques , il avoue qu’ii n’y en a eu que dix-sept qu'il ait guéris, et que tous les autres sont morts entre ses mains. Dans le second des livres que je viens de citer, il dit , en parlant de certaine esquinancie qui était accompagnée de grands accidents, que tous en échappèrent. S’ils étaient morts , ajoute-t-il , je le dirais de même.

Dan9 un autre endroit' il se plaint modestement de l’injustice de ceux qui décriaient la médecine sous le prétexte que l’on meurt souvent entre les mains des médecins. Comme si , dit-il , on ne pouvait pas imputer la mort du malade A la violence insurmontable de la maladie aussi bien ou plutôt qu'à la faute, du médecin qui l’a traité.-

Il déclare qu’il n'y a point de déshonneur pour un médecin *, lorsqu’on certains cas difficiles il est en peine touchant la manière dont il se doit conduire auprès d’un malade , de faire appeler d’autres médecins, afin d’aviser conjointement avec eux sur ce qu’il a à faire pour le bien du malade. Par où l’on voit que les consultations sont d’un ancien usage.

« gnarum rcrum habentium. Nam levia ingénia , quia a nihil habenl, nibil «ibi detrahunt. Magno ingenio. « multaquc nihilominùs habituro , convertit ctiam vert « erroris confessio . procipué in eo miuisterio. quod uti- « lilalis causé poster» traditur , ne qui decipianlur eé- « dem rationc qué quis deceplus est. » ( Gels. lib. 8 , cap. 4. }

* Lib. de Art.

a In lib. Pntceptionuin.

On reconnatt , dans le serment d’Hippocrale qui sc trouve à la tête de ses ouvrages , le caractère d'un véritablement honnête homme et plein de probité. Il prend les dieux qui président à la médecine à témoin du désir sincère qu’il a de remplir exactement tous les devoirs de son état. Il fait paraître une vive et respectueuse reconnaissance pour celui qui lui a enseigné l'art de la médecine , et déclare qu'il le regarde toujours comme son père , et ses enfants comme ses propres frères, et qu’il se fera un devoir de les aider en toute occasion et de ses biens et de ses conseils. Il proteste que, dans le régime de vivre qu’il prescrira aux malades, il -aura grand soin de rechercher tout ce qui pourra leur être utile , et d’éviter tout ce qu’il croira pouvoir leur uuire. Il se propose de mener une vie pure et irréprochable, et de ne point déshonorer sa profession par aucune action digne de blême. Il dit qu’il n'entreprendra jamais de tailler ceux qui seront travaillés de la pierre, et qu’il laissera ce soin aux personnes qui se sont rendues habiles dans cette opération par une longueexpérience. Il proteste que , quand , en visitant ses malades ou autrement , il aura découvert quelque chose qui doit être tenu caché , il ne le révélera jamais , et sera fidèle à la loi sacrée du secret. Enfin , il espère qu’en gardant inviolablcment toutes ses règles, il s’acquerra l’estime de la postérité , et il consent à être décrié pour toujours s’il a le malheur d’y manquer.

On loue fort son désintéressement1, vertu bien estimable dans un médecin. Ce qu’il dit sur ce sujet est digne de remarque. Il veut que le médecin , quant au salaire qui lui est dû , en use avec honnêteté et avec humanité , ayant égard au pouvoir ou à l’impuissance où se trouve le malade de le récompenser plus ou moins libéralement. Il est même des occasions, dit-il , où le médecin ne doit point demander ni attendre de récompense ; comme lorsqu’il a traité un étranger, ou un pauvre, qui sont des personnes que tout le monde est obligé de secourir.

Il parait qu'il était plein de respect pour la Divinité * . « Ceux , dit-il , qui ont les premiers « trouvé la manière de guérir les maladies ont

‘ In Iib. Prscepiionura.

* De prise. Medic.

• jugé que c’était on art qui méritait qu’on en « attribuât l'invention à Dieu. Et c’est , ajoute « t-il , le sentiment commun. » J’ai déjà remarqué que Cicéron pensait de la même sorte. Deorum immortalium inventioni conucrata est ars medica.

On ne sait rien de particulier de la mort d’Hippocrate. Il mourut dans un âge fort avancé , et laissa deux fils, Thessalus et Dracon , qui se firent un nom célèbre parmi les médecins, aussi bien que Polybe son gendre et son successeur.

J'ai parlé, dans l'histoire de Philippe, delà ridicule vanité d’un médecin appelé Ménécrate , que ce prince traita comme il le méritait.

Philippe d'Acarnanie est connu par le salutaire breuvage qu'il donna à Alexandre-le- Grand", à qui on avait voulu le rendre .suspect, et à qui ce remède sauva la vie.

Érasistrate se fit connaître et estimer par la manière adroite dont il découvrit la cause de la maladie d'Antiochus Soter, fils de Séleucus , roi de Syrie 5. Je l’ai racontée en son lieu. Si l’on en croit Pline, cette cure merveilleuse , qui rendit un fils tendrement aimé à son père , fut payée de cent talents , c’est-àdire dé cent mille écus.

Apollophane, médecin d'Antiochus surnommé le grand, était fort habile dans sa profession : mais il devint encore plus célébré par le service important qu’il rendit à son maître. Herraias , premier ministre de ce prince, exerçait des concussions et des violences inonies , sans que personne osât en porter ses plaintes à la cour, tant il s’était rendu terrible. Àpollophane aima assez le bien public pour ne point craindre de hasarder sa fortune. Il découvrit au roi le mécontentement général du royaume, et apprit aux médecins l’usage qu’ils doivent faire du libre accès qu’ils ont auprès des princes.

MiTfiRiDATE , qui fut si longtemps la terreur des Romains * , s'est rendu illustre aussi dans la médecine, non-seulement par l’ioven-

< Tusc. Quest. Iib. 3.

• An M. 3671 ; ar. J. C. 333.

> An. U. 3732; ar. J. C. 283. — Vil. Mu Iib. 5, cap. 7. — Plin. Iib. 29, in Procera

« An. M. 3785; av. J. C. 219.

* An. M 3880 , av. J. C. 12*.

lion de l'anlidote, qui porte encore son nom , mais par la composition de plusieurs savants ouvrages , que Pompée fit traduire en latin par Léuée, son affranchi.

Asclépiade , de Bilhynie *, qui avait d’abord enseigné l'éloquence 6 Rome, quitta la profession de rhéteur pour embrasser celle de médecin , qu’il jugea lui devoir être plus lucrative que l’autre, et ilnese trompa pas. Il Dt un entier changement dans la pratique qui avait été observée avant lui, et s’écarta presque en tout des principes et des règles d'Hippocrate. A la place d’une solide et profonde science , il substitua l’agrément et la réputation d'un beau parleur, qui souvent lient lieu de mérite auprès des malades. Il s'appliquait aussi à flatter leur goût et à satisfaire leurs désirs en tout ce qu’il pouvait , moyen sûr de gagner leurconfiance. Sa maxime était, qu'un médecin doit guérir ses malades sûrement , promptement, agréablement*. Cette pratique serait fort à désirer, dit Celse; le fâcheux est qu’ordinaircmcnt il y a beaucoup de danger h vouloir guérir trop vite, et à n'ordonner rien que d’agréable. Ce qui contribua le plus à le mettre en vogue, fut l’heureuse rencontre d’un homme 5 qu’on était près de conduire au tombeau, en qui il trouva un reste de vie, et qu’il rétablit dans une parfaite santé. Pline parle souvent de ce médecin , mais avec fort peu d’estime.

Thémison, disciple d’Asclêpiade , était de Laodicée*. Il changea, dans sa vieillesse, quelque chose au système de son maître. La secte qu’il forma fut appelée méthodique , parce qu’il se mit en tête d'établir une méthode pour rendre la médecine plus aisée à apprendre et à pratiquer, du vénal ne parle pas de lui favorablement.

Qikk Thomson rgro* aulumno oeeldertl uno *

Cicéron et Horace parlent de Cralérus comme d'un habile médecin.

' An. M. 3920 ; av J. C. 8t. - Plia. Ilb. Ï5, cap. 3.

» « Asclepfades offlclnm esse mcdlci dlctt , «t luld ,

« celerlter, et jucundé caret, ld voturo est : aed-fere pe- * ilculosa esse nlmia et festlnaUo et voloptas solet. »

( Ckls. Hb. 3, cap. 4. )

s Aptil. Florld. Mb. 4.

* An. M. 4000 ; av. J.C. 4.

» L. t.sat. 10.

Dioscomüe ( Pedaeius ), médecin d’Anazarbe', ville'de Cilicie, qui fut depuis nommée Cétarée. Vossius, après Suidas, dit qu’il fut médecin d’Antoine et de Cléopâtre. On croit qu'ils le confondent avec un autre Dioscoride surnommé Phacas. Celui dont il s'agit ici peut avoir vécu sous Vespasien. Des savants ont disputé si Pline a copié Dioscoride . ou si celui-ci a tiré son ouvrage de Pline. Ces deux auteurs ont écrit en même temps et sur les mêmes matières, sans jamais se citer l’un l’autre. Le sujet que Dioscoride a traité , c’est la matière médicinale. On appelle ainsi tous les corps qui servent à l’usage de la médecine, et qui se réduisent principalement à trois genres : les plantes , les animaux et les minéraux , ou les choses qui sont de la nature de la terre.

Antosics Musa , affranchi , médecin de l’empereur Auguste’, le tira d'une dangereuse maladie qui l’avait réduit à l’extrémité, en le traitant d’une manière tout opposée à celle qu’on avait employée jusque-là , et lui faisant prendre des bains d’eau froide et des breuvages rafraîchissants. Cette heureuse cure valut à Musa, outre de grandes largesses qui lui furent faites par l’empereur et parle sénat, le privilège de porter un anneau d’or, ce qui jusque-là n’avait été permis qu'aux personnes de la première condition. Tous les médecins , en considération de Musa , furent exemptés de tous impûls pour toujours. Le peuple romain , par reconnaissance , lui fit élever une statue auprès de celle d’Esculape1. Il traita Horace * de la même sorte , et lui fit prendre les bains d’eau froide dans le plus fort de l'hiver.

Cobnbliüs Celsos vivait, à ce qu’on croit, sous l’empire de Tibère. 11 était fort savant, et avait écrit sur toutes sortes de matières. Quintilien, qui vante fort son érudition 5, le

‘ An. i. C. M.

* Suetoo. in Aug. cap. 81. — Dion. Cass. lib. 53, pag. 527.

* Lib. 11, eplst. 15.

* Nam mibi Baias Musa sapements Antonius, ei tamen illis Me facit invisum . gelidâ cum pcrluor undâ Per medium frigus.

* Lib. 12, cap. 1.

donne pourtant pour un esprit médiocre : Cornélius Celsus, mediocri vir ingtnio. Je ne st)is pas si les médecins en conviennent. Nous avons de lui huit livres sur la médecine, qui sont écrits en très-bon latin.

Galiem \ le plus célèbre des médecins après Hippocrate, était de Pergame. Il a vécu sous Antonin, Marc-AUrèle, et quelques autres empereurs. Il fut élevé avec grand soin dans l’étude des belles-lettres, de la philosophie et des mathématiques. S'étant destiné à la médei ine,il s’y donna tout entier, parcourut plusieurs villes de la Grèce pour y recevoir les leçons des maîtres les plus renommés dans celte profession, et s’arrêta surtout à Alexandrie en Égypte , où l'étude de la médecine florissait alors plus qu’en aucun endroit du monde. De retour dans sa patrie, il sut faire un grand usage des précieux trésors de science qu’il avait amassés dans ses voyages. Sa principale application fut l'étude d’Hippocrate, qu’il regarda toujours comme son maître, et sur les traces duquel il se fit toujours un honneur et un devoir de marcher. Il remit en vigueur ses principes, qui étaient négligés et tombés dans l’oubli depuis plus de six cents ans.

A l’âge de trente-quatre ans il passa â Rome, où il s'acquit une grande réputation, et en même temps s'attira une grande envie de la part des autres médecins. Les cures extraordinaires qu’il faisait à l’égard de malades absolument désespérés, la sagacité avec laquelle il découvrait la véritable cause des maladies qui avait échappé è tous les autres, la certitude avec laquelle il marquait souvent tous les symptômes qui devaient arriver, l’effet que devaient produire ses remèdes, elle temps de la parfaite guérison : tout cela le faisait regarder, d’un côté, par les personnes non prévenues comme un médecin d’un rare savoir et fort au-dessus du commun ; et, de l’autre, par ses confrères jaloux, comme un homme qui, dans toutes ses opérations, usait de magic. Du moins ils répandaient ce bruit, pour le décrier, s’il eût été possible, dans l'esprit du peuple et des grands.

La peste qui survint quelques années après*,

‘ An. I. C. 131.

• An. 1 C. 106.

et qui fit d’horribles ravages dans toute l’Italie et dans plusieurs autres provinces, le détermina â retourner dans sa patrie. Si c'était pour prendre soin de ses compatriotes, le dessein était fort louable et fort généreux.

Il n’y demeura pas longtemps. Marc- Aurèle ', au retour de son expédition contre les Allemands, le manda & Aquilée, d'où il l’emmena ensuite avec lui ù Rome. L’empereur avait grande confiance en lui. La vie dure que ce prince menait avait fort altéré sa santé. Il prenait tous les jours de la thériaque pour se fortifier l’estomac et la poitrine, qu’il avait fort faibles : c'était Galien qui la lui préparait. On attribuait à ce remède la santé dont il jouissait ordinairement malgré sa grande faiblesse.

Ce prince, songeant à retourner en Allemagne, souhaitait extrêmement d’y mener avec lui Galien, que sa grande habileté et la connaissance parfaite qu'il avait de son tempérament mettaient plus en état qu’aucun autre de lui rendre service. Cependant, Galien l’ayant prié de le laisser è Rome, l’empereur, plein de bonté, d’humanité et de douceur, le lui accorda. J’admire cette bonté; mais je ne comprends pas comment un médecin peut , dans une telle conjoncture, se refuser aux désirs d'un prince si digne de considération.

Peut être le dessein qu’il avait formé d’écrire sur la médecine, cl qu'il pouvait avoir déjà commencé de mettre à exécution, fut-il la cause de ce refus. En effet, ce fut depuis ce départ de Marc-Aurèle jusqu'à sa mort, et sous le règne de Commode son fils et son successeur , que Galien composa et -publia ses écrits sur la médecine, soit qu’il fût demcurc à Rome, soit qu'il se fût retiré dans sa patrie. Une partie de ses écrits périt dans l’embrasement qui consuma, sous l’empereur Commode, des quartiers entiers de Rome, et plusieurs bibliothèques. On ne sait pas précisément dans quel lieu ni dans quelle année Galien est mort.

Un fait que Galien lui-même raconte*, nous montre et son extrême habileté, et l’estime où il était dans l’esprit de Marc-Aurèle. « Ce

« An. J. C. 170.

| « <ial. de rræco^niiione , cap- H.

« prince, dil-H, ayant été tout U' un coup atu laqué dans la nuit de tranchées de ventre , a et d'un grand dévoiement qui lui donna de a la Bèvre, ses médecins lui ordonnèrent de a se tenir en repos, et ne lui donnèrent dans « l'espace de neuf heures qu’un peu de bouila Ion. Ces mêmes médecins étant ensuite re- « tournés chez l’empereur, où je me rencona Irai avec eux, jugèrent à son pouls qu'il a entrait dans un accès de fièvre : mais je dea meurai sans dire mot, et même sans tâter a le pouls à mon tour. Cela obligea l’cmpea reurà me demander, en se tournant de mon a côté, pourquoi je ne m'approchais pas. A a quoi je répondis, que ses médecins lui ayant a déjà tâté le pouls par deux fois, je me tea nais & ce qu’ils en avaient fait, ne doutant a pas qu’il ne jugeassent mieux que moi de a l’étal de son pouls. Mais ce prince n’ayant a pas laissé de me présenter son bras, alors a je lui tâtai le pouls, et, l’ayant examiné avec a beaucoup d'attention, je soutins qu’il ne s’aa gissait de rien moins que d'une entrée d’aca cès, mais que, son estomac étant chargé de a quelque nourriture qui ne s’était pas digèe rée, c’est ce qui causait la fièvre. Ce que je a dis persuada si bien Marc-Aurèle, qu’il s’éa cria tout haut : C'est cela même : vous avez a très-bien rencontré ; je sens que j’ai l’estoa mac chargé ; et redit par trois fois ces mêa mes paroles. Il me demanda ensuite ce qu’il a y avait à faire pour le soulager. Si c’était a quelque autre personne, répondis-je, qui a fût dans l’étal ou est l’empereur, je lui dona nerais un peu de poivre dans du vin , comme a je l’ai souvent pratiqué en pareille occasion, a Mais, comme l’on a accoutumé de ne do’na ner aux princes que des remèdes fort doux, a U suffira d’appliquer sur l’orifice de l’estoa mac de l’empereur de In laine trempée dans a de l’huile de nard bien chaude. Marc-Aua rèle, continue Galien, ne laissa pas de faire a l’un et l'autre de ces remèdes, et s'adressant a ensuite â Pitholaiis, gouverneur de son fils : a Nous n’arons , dit-il, en parlant de moi, a qu'un médecin. Cest le seul honnête homme a que nous ayons, a

Ces mœurs de cet illustre médecin répondaient à son habileté et à sa réputation. Il fait paraître en beaucoup d’endroits un grand res-

pect pour la divinité ; et il dit que a la piété a ne consiste pas â lui offrir de l’encens eu a dessacrifices', mais â connaltrcet à admirer a soi-même la sagesse , la puissance et la a bonté qui brillent dans tous ses ouvrages, a et â les faire connaître cl admirer par les a autres. » il a eu le malheur d’ignorer, et même de condamner la véritable religion.

Il ne parle jamais de son père ni de scs maîtres qu’avec une vive et respectueuse reconnaissance, surtout quand il s'agit d’IIippocrate, à qui il fait honneur de tout ce qu’il savait et de tout ce qu’il pratiquait. S’il s’écarte quelquefois de ses sentiments, car il respectait la vérité au-dessus de tout , c’est avec des précautions et des ménagements qui marquent la sincère estime qu’il en faisait , et combien il se regardait au-dessous de lui en tout genre et en toute manière.

Son assiduité auprès des malades, le temps qu’il leur donnait pour bien connaître leur état , le soin qu’il prenait des pauvres, et les secours qu’il leur procurait, sont de grands modèles pour ceux qui exercent la même profession.

On lit dans Pline qu’ÀRCHAGATiics , du Péloponnèse*, fut le premier médecin qui vint à Home : ce fut sous le consulat de L. Æmilius et de L. Julius , l’année 535 de sa fondation s. Il serait surprenant que les Romains se fussent passés si longtemps de médecins '. Denys d’Halicarnassc , â l’occasion d’une peste qui fit périr, à Rome, l’an 301 , presque tous les esclaves et la moitié des citoyens , dit que les médecins ne suffisaient pas pour le nombre des malades. Il y en avait donc dès lors. Mais il y a apparence que les Romains ne s'étaient servis, jusqu'à la venue d’Archagalhus, que de la médecine naturelle ou de la simple empirique , telle que l’on a supposé que les premiers hommes la pratiquaient. Ce médecin fut d’abord traité fort honorablement, cl récompensé du droit de bourgeoisie; mais les remèdes violents qu'il fut obligé d’employer, car c'était principalement dans la chirurgie qu'il excellait , firent

i lo lib. de usu corp. bumao.

* IMiu. lib. 29 cap. I .

s An. M. 378Ü ; av. J. i'. 215

* Anliq rom. lib. 10, pag. 677.

qu'on sc dégoûta bientôt de lui et de toute la médecine. 11 paraît pourtant que plusieurs médecins vinrent de Grèce à Rome y exercer leur art , quoique Caton , de son vivant , s’y fût opposé de tout son pouvoir ; car, dans le décret qui , plusieurs années après la mort de ce célèbre censeur, obligea les Grecs de sortir de Rome , les médecins y étaient marqués nommément. Jusqu’au temps de Pline de toutes les professions, celle de la médecine , quelque lucrative qu'elle fût, était la seule qu'aucun des Romains n'avait exercée, parce qu’ils la croyaient au-dessous d’eux ; et si quelques-uns s'en mêlèrent, ce ne fut, pour ainsi dire, qu’en passant dans le camp des Grecs et en parlant leur langue : car tels étaient l’entêtement et la manie des Romains, même de ceux du petit peuple, qu’ils ne donnaient leur confiance qu'aux étrangers, comme si leur santé et leur vie eussent été plus en sûreté entre les mains de ceux dont même ils n’entendaient point le langage.

11 est difficile , et il ne m’appartient point de décider du mérite de l’ancienne médecine cl de la moderne, et de donner à l'une la préférence sur l’autre. Elles ont chacune des avantages particuliers qui les rendent toutes deux fort estimables. On comprend assex que l'expérience de plusieurs siècles a dû ajouter beaucoup de lumières à celles qu’avaient les anciens. J’ai prié un savant médecin *, mon confrère dans le collège Royal et dans l’acacadêmie des Belles-Lettres , et mon ami particulier, de vouloir bien me tracer en peu de lignes ce que je pouvais dire de raisonnable sur cette matière , qui m’est absolument inconnue. Je me contenterai de l'insérer ici sans y rien ajouter.

a Les nouvelles découvertes qui ont enrichi « la médecine moderne , et qui peuvent la « mettre au-dessus de l’oncienne, sont :

« 1* Celles de l’anatomie, qui lui ont fait « connaître plus parfaitement la structure du

‘ <■ Solam banc arlium gra*carum nondùm exerce! ro- « mina gravitas In tanto fruclu : pauclssiml QuirUium • alllgere , el ipsi sLaUm ad (irreos transfuge. imo verô « auclorius ailler quàm grccé ram tractantltx». eUam <’ apud imperitof expertesque llnguæ , non est : ac minus « credunt , quse ad salulem a nam pertinent , si Intelii- « gunt. a t Pus. lib. 29, cap. 1. )

* M. Burette.

« corps humain , el les merveilles de l'éeono- « mie animale; entre autres, la circulation « du sang, el toutes ses suites et ses dépense dances : ce qui lui a ouvert de grandes vues a sur les causes des maladies , et sur la ma- « nière de les traiter.

u 2> Celles de la chirurgie, lesquelles , oua tre plusieurs opérations très-salutaires ajoua téesde nouveau aux anciennes, ont rendu a celles-ci plus sûres, plus promptes, et moins « douloureuses.

« 3° Celles de la pharmacie , qui consistent a dans la connaissance et l’usage de plusieurs « remèdes spécifiques pour la curation de a certaines maladies ; tels que le quinquina a pour la fièvre , Yipécacuanha pour la dys- « senterie, etc. , sans compter ceux que la « chimie, par ses préparations, a rendus plus a efficaces et moins dégoûtants.

« 4“ L'ouverture des cadavres morts de « maladies, source féconde d’observations « très-importantes pour perfectionner la pra- « tique de la médecine dans le traitement de a ces mêmes maladies.

« Peut-être la médecine ancienne l’empor- « tait- elle sur la moderne en prodiguant « moins les remèdes dans les maladies ; en « voulant moins accélérer les guérisons ; en « observant avec plus d’attention les mouvea ments de la nature, el s'y prêtant avec plus a de confiance; en se bornant à partager avec « elle l'honneur de .la cure , sans prétendre a s’en arroger toute la gloire, etc. »

La médecine, quelque utile et quêlque salutaire qu’elle soit , a eu le malheur d’être en butte, presque dans tous les temps, même à de grands hommes el fort respectables , surtout chez les Romains. Caton 4 l'autorité duquel le triomphe el la censure n’ajoutent rien , tant son mérite personnel était supérieur i tous ces titres , est un de ceux qui se sont déclarés le plus fortement contre les médecins, comme on le voit dans une lettre qu’il écrit à son fils, que Pline nous a conservée. Mais il faut remarquer qu’il n’y parle que des médecins venus de Grèce , à laquelle il en voulait beaucoup. « Comptez , dit-il à son fils,

> • Qood clarissimè Inlelllgi poiesl n M. Catone . cuit jus auclorltall Iriumplius «que censura minimum con- « ferunl : lantU plus in ipso est. n [ Plis. lib. 2V, cap f .)

• sur ce que je vais avancer comme une prè- « diction sûre Si jamais cette nation ( il en- ■ (end les Grecs) nous communique son goût « pour les lettres, toutes! perdu , surtout si < elle nous envoie ses médecins. Ils ont coni spiré entre eux de faire périr par leur art « tous les barbares. » Les Grecs appelaient ainsi tous les autres peuples. Une exagération si excessivement outrée, se réfute elle-même, et fait assex connaître ce qu'on en doit penser.

Pline le naturaliste était bien entré dans l'esprit de Caton. Il semble avoir pris è tâche de décrier les médecins en ramassant tout ce qui est capable de les rendre méprisables , et même odieux. Il les taxe d'avarice , à cause des récompenses considérables qu'ils recevaient des princes ; mais la généreuse reconnaissance de ceux-ci doit-elle être imputée i crime aux médecins? Il rapporte des désordres où quelques-uns d’eux sont tombés; mais ces fautes ne sont-elles pas personnelles ? et ne doivent-elles pas être couvertes par les services infinis que d’autres ont rendus au genre humain dans tous les siècles ? Il s'efforce de tourner en ridicule les consultations des médecins. Il rappelle une ancienne inscription mise sur un tombeau, où quelqu’un marquait que c'était la multitude des médecins qui l'avait fait mourir : tcrba se medicorcm PKUISSK. Il se plaint que de tous les arts il n’y a que la médecine qu’il soit permis d’exercer sans avoir subi d’examen, et sans avoir donné de preuve de son habileté. « Ils s’inslruiu sent*, dit-il , è nos dépens, et il faut que les u expériences qu'ils font nous coûtent la vie. « Nulle loi qui punisse leur ignorance : nul « exemple de châtiment exercé sur eux. Il « n’y a qu’un médecin qui puisse tuer impu- « nément les hommes. » Pline a raison de faire ces plaintes; mais elles ne regardent que les empiriques , c’est-à-dire des gens

• « Nequissirnum et Indocile genus illoram. Et boe « puta totem dulue : Quondocumque Iota gens suas IH-

• teras ilaliit , omnU corrumpet : tum eliotn nugii , al

• medicos suos hue mlttet. Juranial Inter se barbon»

• neiare omnes medicinâ. » .Ici.)

* « Nutia Ici quae puniat InsciUam : capitale nuttum « eientplum vindlcUB. Discuta perieults nosttis ; et ripe- « rimeiiU per mortes agunt : medleoque tantum hoinia ticm ueeldilse impunités stimula est. a { l’Li.t ibttl .)

sans aveu, sans autorité , sans science, qui s'ingèrent d'exercer celui de tous les arts qui en a le plus de besoin.

Il ne faut rien outrer sur ce sujet : une confiance aveugle et un mépris mal fondé peuvent être également dangereux . L’Ecriture sainte1, qui est la règle de nos sentiments, prescrit et au malade et au médecin ce qu’ils doivent penser et pratiquer. « Rendez’, nous « dit-elle, au médecin l’honneur qui lui est

a du ; car c’est le Très-Haut qui l’a créé

« C’est lui qui a produit de la terre tout ce qui « guérit , et l’homme sage n’en aura point « d’éloignement... Dieu a fait connaître aux « hommes la vertu des plantes. Le Trèsa Haut leur en a donné la science, aQn qu’ils

a l’honorassent dans ses merveilles Mon

a fils, ne vous méprisez pas vous-même dans a votre infirmité ; mais priez le Seigneur, et

a lui-même vous guérira Donnez lieu au

a médecin et qu’il ne vous quitte point ,

a parce que son art vous est nécessaire. Il a viendra un temps où vous recouvrerez la a santé entre leurs mains; et ils prieront a eux-mêmes le Seigneur , afin qu’il les asa sisle et qu’il bénisse leurs remèdes pour a rendre la vie aux malades. » Il n’y a que l'esprit de Dieu capable de donner des avis si sages et si raisonnables.

g II. — Da là aoTÀittqva.

La botanique est une science qui traite des plantes. Cette connaissance a été estimée dans tous les siècles et dans toutes les nations. Les hommes sont assez communément persuadés que les simples renferment presque toute la médecine : et il y a beaucoup d’apparence qu’elle a commencé par ces remèdes5, qui sont simples , naturels , sans dépense, exposés sous la main des hommes et à la portée des plus pauvres. Pline ne peut souffrir que , au

■ Eccl s», 1-14

* Selon le telle gree.

> « lilnc mu medicinâ. Use toU natur* plaruerat « eue remédia . parata vulgo . Inventa facilla , ae One « impendio .. 1 Ire r i parvo medlelna a Rubro mari Im- » putatnr; quum remédia fera quoi xi lé pauperrlmut « qui>quc carnet.» i. Put lib. 21 , cap. I.)

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lieu d’en faire usage , on en aille chercher à grands frais dans des pays fort éloignés. Aussi voyons-nous que c'esl par la connaissance et l’usage des simples que les plus anciens médecins se sont distingués : Escutape , qui par ce moyen , s’il en faut croire la fable , rendit la vie à Hippolyte 1 ; Chiron , si habile dans la médecine, qui fut maître d’Achille; Jnpis, auquel Apollon son père, dieu de la médecine, accorda comme uti rare présent la connaissance des simples.

Scire potntiles bcrbartun usumque medendl •

La botanique est une des parties de la physique; elle s’aide de la chimie; elle est fort utile à la médecine. La physique entre dans l'examen de la structure interne des plantes , de leur végétation , de leur génération , de leur multiplication : la chimie les réduit à leurs principes élémentaires : la médecine tire de ces principes élémentaires, et plus souvent encore de l’expérience des effets des plantes , lorsqu’on les emploie en substance, l’usage qu'on en doit faire pour la santé du corps humain. L'union de toutes ces connaissances fait un excellent homme , mais n’est point nécessaire à la botanique proprement dite , qui a des bornes plus étroites , dans lesquelles elle peut se renfermer avec gloire. Faire une étude particulière des plantes, connaître les marques qui leur sont le plus essentielles , les pouvoir nommer suivant une méthode courte et facile , qui les rapporte à des genres et à des classes auxquelles elles conviennent, les décrire dans des termes qui les fassent connaître à ceux qui ne les ont pas vues ; ce sont là précisément les fonctions du botaniste considéré comme tel.

Dans les premiers temps , la connaissance des plantes paraitn’avoir été pour ainsi dire que médicinale : c'est ce qui en rendit le catalogue si court et si borné, que Théophraste, le meilleur historien de l'antiquité que nous ayons en ce genre , n’en a nommé que six cents, quoiqu’il ait ramassé- non-seulement

• Psonit rr vocation berbis. (Vian.'

» Æn lib.ti, v. 30»

celles de la Grèce , mais encore celles de la Libye , de l'Égypte, de l’Éthiopie et de l’Arabie. Dioscoride et Pline , quoiqu’ils aient pu avoir de meilleurs et de plus amples mémoires sur cette matière , n’en ont cité guère davantage. Mais , loin d’avoir établi aucun ordre entre elles , ils n’ont point caractérisé celles dont ils parlaient d’une manière propre è les distinguer et à les faire reconnaître ; et il y en a plusieurs , même des plus importantes , qu’on n’a pu retrouver.

Les siècles qui suivirent celui de Dioscoride n’enrichirent guère la botanique. Enfin , toutes les sciences s’éclipsèrent , et elles ne reparurent qu’au quinzième siècle’ Alors on ne songea qu’à entendre les anciens pour en tirer les lumières qui avaient été si longtemps ensevelies. Le pape Nicolas V donna commission de traduire Théophraste à Théodore Gaza , comme au seul homme capable de le faire entendre. Bientôt après , d’aulres savants travaillèrent successivement à Iradnire Dioscoride. Ces traductions, d’ailleurs fort estimables, ne servirent qu’à exciter des disputes entre plusieurs médecins très-habiles.

On comprit dès lors que do chercher les plantes dans les livres des Grecs et des Latins, ce n’était pas le meilleur moyen de faire de grands progrès. On résolut donc enfin d’aller chercher des lumières dans les lieux mêmes où les anciens avaient écrit. On parcourut dans cette vue les Iles de l’Archipel, la Syrie , la Mésopotamie , la Palestine , l’Arabie et l’Égypte. Ces courses furent assez inutiles par rapport au dessein principal , qui était l’intelligence des anciens auteurs ; mais les savants, ayant apporté de leurs voyages un grand nombre de plantes qu’ils avaient découvertes par eux-mêmes , on commença & donner à la botanique sa véritable forme , et à changer en observations naturelles et en science propre ce qui n’était auparavant que citations et commentaires. Ce fut sur la fin du quinzième siècle que l’on ne s’attacha plus qu’à décrire les plantes que l’on voyait dans son pays, ou dans ceux où une plus grande curiosité portait les amateurs de la botanique, et que l’on commença à indiquer les lieux où croissait chaque plante , le temps de sa naissance , .de sa durée . de sa maturité , avec des figures , qui fout le

4*et» oui «*m»

principal mérite (le ces sortes d'ouvrages par la clarté qu'elles y répandent. Divers recueils qui parurent |>our lors , au lieu des cinq ou sii cents plantes que Mathiole avait recueillies des anciens , en fournirent au commencement du quinzième siècle plus de six mille , toutes décrites et figurées.

Il manquait pourtant à la connaissance des plantes un ordre général , ou un système qui en fil une science proprement dite, en lui donnant des principes et une méthode. C’est à quoi travaillèrent dans la suite de savants hommes avec un succès qui n’était pas encore parfait à la vérité ( car les sciences ne se perfectionnent que par succession de temps), mais qui donna ient de grandes vues et de grandes ouvert ures pour arriver à cette perfection.

Enfin , le système de la botanique a reçu sa dernière forme par M. de Toumefort. Ses Institutions , accompagnées d’un détail immense de plantes décrites et dessinées, seront un monument éternel de la grandeur de ses vues et du travail de ses recherches , qui lui ont coûté des fatigues incroyables, mais absolument nécessaires pour le dessein qu’il se proposait. Car la botanique, dit M. de Fontenellc dans l'éloge de M. de Tournefort, n’est pas une science sédentaire et paresseuse, qui se puisse acquérir dans le repos et dans l’ombre d’un cabinet, comme la géométrie ou l'histoire; ou qui tout au plus , comme la chimie , l’anatomie et l’astronomie , ne demande que des opérations d’assez peu de mouvement. Elle veut que l'on coure les montagnes et les forêts, que l’on gravisse contre des rochers escarpés, que l’on s'expose aux bords des précipices. Les seuls livres qui peuvent nous instruire à fond dans cette matière ont été jetés au hasard sur toute la .surface de la terre, et il fnut se résoudre 6 la fatigue et au péril de les chercher et de les ramasser.

Pour réussir dans le dessein de porter la botanique àsa perfection, ou du moins del'enapprocher, il fallait aller étudier Théophraste et Dioscoride en Grèce, en Asie, en Egypte, en Afrique , enfin , dans les lieux où ils ont vécu ou qu’ils ont connus plus particulièrement. M. de Tournefort reçut ordre du roi , en 1700, d'aller parcourir ces provinces , nonseulement pour y reconnaître les plantes des

anciens, et peut-être aussi celles qui leur auraient échappé , mais encore pour y faire des obtervalious sur toute l'histoire naturelle. Ce sont là des dépenses dignes d'un prince aussi magnifique que l'était Louis X1Y, et qui lui feront un honneur infini dans tous les siècles. La peste , qui était en Egypte , abrégea le voyage de M. de Tournefort à son grand regret, et le fil revenir de Smyme en France en 1702. 11 arriva , comme l'a dit un grand poète pour une occasion plus brillante et moins utile , chargé des dépouilles de l'Orient '. Il rapportait, outre une infinité d’observations différentes, 1,356 nouvelles espèces de plantes , sans compter celles qu’il avait ramassées dans des voyages précédents. Quelles richesses !

11 fallait les ranger et les mettre dans un ordre qui en facilitât la connaissance. C’est à quoi M. de Tournefort avait déjà travaillé dans le premier ouvrage qui parut de lui l’an 1694. Par le nouvel ordre qu’il a établi , tout se réduit à 14 figures de fleurs, par le moyen desquelles on desceud à 673 genres , qui comprennent sous eux 8,846 espèces de plantes. ,

Depuis la mort de M. de Tournefort , la botanique a reçu de grands accroissements, et elle en reçoit encore tous les jours de nouveaux par les soins et l'application de ceux qui sont chargés de cette partie de la physique au Jardin Royal, surtout depuis que la direction en a été donnée à M. le comte de Maurcpas , secrétaire d’état, qui se fait un plaisir et un devoir de protéger les sciences et les savants.

Je dois ici marquer ma reconnaissance à M. Jussieu l’atné', qui m’a communiqué un de ses Mémoires sur la botanique.

g lit. — Db la chimie.

Ij» chimie est un art qui enseigne à séparer par le feu les différentes substances qui se trouvent dans les mixtes, ou, ce qui est la même chose , dans les végétaux , les minéraux

1 Spoliis Urienli* on us tu*.

(Vikg.) [Æn. lib. I. v.293]

* Dorleur- régent en la faculté de médecine de l'Unisereité de Paris, professeur cl démonstrateur des plantes ou Jardin du Hui . etc.

et les animaux ; c’est-à-dire à faire l’analyse des corps naturels , à les réduire à leurs premiers principes , et à en découvrir les vertus cachées. Elle peut servir et à la médecine pour trouver des remèdes , et à la physique pour faire connaître la nature. Il ne paraît pas que les anciens en aient fait beaucoup d’usage , quoique peut-être elle ne leur ait pas été inconnue.

Paracelse, qui vivait au commencement du seizième-siècle , et qui enseignait la médecine à B A le. s’y üt une grande réputation, y ayant guéri par des remèdes chimiques des maladies qui paraissaient incurables. Il se vantait de conserver un homme en vie pendant plusieurs {siècles, et il mourut lui-même Agé de quarantehuit ans.

M. Lémery, si habile et si fameux dans la chimie , ne donnait presque toutes les analyses qu'à la curiosité des physiciens, et croyait que , par rapport à la médecine, la chimie, à force de réduire les mixtes à leurs principes, les réduisait souvent à rien. Je rapporterai une de ces expériences , qui est curieuse , et à la portée de tout le monde.

Il Ht un Etna ou un Vésuve *, ayant enfoui en terre, à un pied de profondeur, pendant l’été , cinquante livres d’un mélange de parties égales de limaille de fer et de soufre pulvérisé, le tout réduit en pAte avec de l'eau. Au bout de hnit ou neuf heures la terre se gonfla , et s’enlr’ouvril en quelques endroits : il en sortit des vapeurs sulfureuses et chaudes , et ensuite des flammes.

Il est bien aisé de comprendre qu'une plus grande quantité de ce mélange de fer et de soufre avec une plus grande profondeur de terre était tout ce qui manquait pour faire un véritable mont Etna ; qu 'alors les vapeurs sulfureuses, cherchant à sortir, auraient fait un tremblement de terre plus ou moins violent , selon leur force et selon les obstacles qu’elles auraient rencontrées en leur chemin ; que , quand elles auraient trouvé ou qu'elles se seraient fait une issue, elles se seraient élancées avec une impétuosité qui aurait causé un ouragan ; que , si elles s'étaient échappées par un endroit de la terre qui fût sous la mer, elles

' Mémoires de I' Ac«d. des Sciences . ion. 1700

auraient fait de ces colonnes d’eau si redoutables aux vaisseaux ; qu'enfin , si elles étaient montées jusqu’aux nues , elles y auraient porté leur soufre , qui aurait produit le tonnerre.

Il y a une autre sorte de chimie, qui se propose la transmutation chimérique des métaux. C’est ce qu’on appelle chercher la pierre phi~ lotophale.

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