SUITE DE L’HISTOIRE DES SUCCESSEURS D’ALEXANDRE
Le vingt-deuxième livre est partagé en trois articles , qui , tous trois , sont des abrégés : le premier, de l’histoire des Juifs depuis le règne d’Aristobule jusqu’à celui d’Hérodc-le-Grand; le second, de l’histoire des Parthes depuis l’établissement de cet empire jusqu'à la défaite de Crassus ; le troisième , de l'histoire des rois de Cappadoee jusqu'à la réuuion de ce royaume à l’empire romain.
Art. i. — Abrégé de l’bistoirb des J tifs depuis
Aristobule, fils d'IItrcar, oui PRIT le peehier
LÀ QUALITÉ DE ROI , JUSQU’AU RECRE D’iJÉRODE-
lb-Grard, Iduméer.
Comme l’histoire des Juifs est souvent liée avec celle des rois de Syrie et d’Égypte , j’ai eu soin , dans l’occasion , d’en rapporter ce qui m’a paru le plus nécessaire et le plus propre à mon sujet. J’ajouterai ici ce qui reste de cette histoire jusqu’au règne d’Hérode-le-Grand. L’historien Josèphe , qui est entre les mains de tout le monde, satisfera la juste curiosité de epux qui voudront s'en instruire plus à fond. On pourra aussi consulter M. Prideaux , dont ou trouvera ici une bonne partie.
SI — Récre d’Aristobule I , QUI dure deux a as «
Hyrcan , grand prêtre et prince des Juifs , avait laissé cinq fils en mourant. Le premier
était Aristobule1, le second Antigone, le troisième Alexandre Jannèe, le nom du quatrièmoest inconnu , le cinquième s’appelait Âbsalom.
Aristobule , comme l’alné , succéda à son père dans la souveraine sacriflcature , et dans la principauté temporelle. Dès qu’il se vit bien établi dans l'une et dans l’autre , il prit le diadème et le titre de roi , qu’aucun de ceux qui avaient gouverné la Judée depuis la captivité de Babylone n’avait encore porté. La conjoncture des temps lui parut très-fa voratrte pour celte entreprise. Les rois de Syrie et d’Égypte, qui seuls pouvaient s’y opposer, étaient des princes faibles , embarrassés par des guerres intestines et domestiques , peu assurés sur le trône , et ne s’y maintenant pas longtemps. Il savait que les Romains étaient fort portés à autoriser ces démembrements et ce partage d’états des rois grecs pour les affaiblir et pour les tenir bas et petits devant eux. D’ailleurs il était naturel qu’Arislobule profitât des victoires et des conquêtes de ses ancêtres, qui avaient donné une consistance assurée et non interrompue à la natiqn juive , et l’avaient préparée à soutenir la majesté d’un roi parmi ses voisins. • ■
La mère d’Aristobutc , en vertu du testament d’Hyrcan, prétendait gouverner : mais
> An. M. 389H; iv. J. C. K».- Joseph. Aollq. Ilb. 13. cap. 19, elc. Id. de IWIo jud. 1-3.
A ristobule fut lu plus fort , la mit on prison , et l'y lit mourir de faim. Pour scs frères, comme il aimait beaucoup Antigone , le plus Agé de tous , d'abord il lui fit part du gouvernement. Il mil les trois autres en prison , et les y retint tant qu’il vécut.
Lorsque Aristobule se fut établi dans la pleine possession de l'autorité qu'avait eue son père il fit la guerre aux Iturécns; et après en avoir soumis la plus grande partie, il les obligea d'embrasser le judaïsme . comme quelques années auparavant, Hyrcan y avait obligé les Iduméens. Il leur donna l'alternative, ou de se faire circoncire et d'embrasser la religion juive , ou de sortir de leur pays, et d'aller chercher un établissement ailleurs. Ils aimèrent mieux rester, et faire ce qu’on exigeait d’eux : et ainsi ils furent incorporés aux Juifs pour le spirituel et pour le temporel. Cette pratique devint une des maximes fondamentales des Asmonéens. Elle marque qu’on n'avait pas alors une juste idée de la religion , qui ne se commande point par force , et qui ne doit être reçue que volontairement et par persuasion. L’Iturée , où demeuraient ceux dont il s’agit , faisait partie de la Célésyrie , au nordest de ta frontière d’Israël, entre.l’hérilage de la demi-tribu de Mannssé , au delà du Jourdain , et le territoire de Damas.
Une maladie obligea Aristobule de revenir de l'Ituréc à Jérusalem , et de laisser le commandement de l'armée à son frère Antigone , pour achever la guerre qu'il y avait commencée. La reine et sa cabale , qui enviaient la faveur d’Antigone , profitèrent de cette maladie pour indisposer le roi contre lui par de faux bruits et de noires calomnies. Antigone revint bientôt à Jérusalem après les heureux succès par lesquels il avait terminé cette guerre. Son entrée fut une espèce de triomphe. On célébrait alors la fête des tabernacles. Il alla droit .nu temple, tout armé et avec ses gardes, comme il était entré dans la ville, sans se donner le temps de rien changer à son équipage. On lui en fit un crime auprès du roi , qui , prévenu d'ailleurs contre lui, lui envoya ordre de ie désarmer, et de le venir trouver en diligence,
■ An. M- 38’8; av. J C 100. - Jos. Anliq. lit). 13 u|t IV.
comptant que, s'il refusait d'obéir, celait une preuve qu’il avait quelque mauvais dessein ; et, en ce cas, il ordonna qu’on le tuât. Celui qu’Aristobule avait envoyé, gagné par la reine et par sa cabale , lui rapporta l’ordre tout autrement, et lui dit que le roi souhaitait de le voir tout armé comme il était. Antigone partit aussitôt pour le venir trouver ; et les gardes , qui le virent armé , exécutèrent leurs ordres , et le tuèrent.
Aristobule , ayant su tout ce qui s’était passé, en fut vivement touché , et ne put se consoler de sa mort. Tourmenté par les remords de sa conscience pour ce meurtre, et pour relui de sa mère, il traîna une vie misérable , et expira enfin dans les douleurs et dans le désespoir.
S II. — Règxe n'Ai.RXAîiDHK Jaxxle, ou doue
VlXGT-sePT AXA.
Salomé, femme d’Aristobulc, aussitôt après sa mort ’, tira de prison les trois princes que son mari y avait mis. Alexandre Jannéc, l’aîné des trois, fut couronné. Il fit mourir celui qui le suivait, qui avait tâché de lui enlever la couronne. Pourle Iroisièmc, nommé Âbsalom, qui était d'une humeur paisible, et qui ne songeait qu'à vivre tranquillement en simple particulier , il lui accorda sa faveur, et le protégea pendant toute sa vie. Il n’en est plus parlé que lo’rsqu’ildonna sa fille en mariageà Aristobule®, le plus jeune des fils de son frère Alexandre , et qu’il le servit contre les Romains au siège de Jérusalem, où il .fut fait prisonnier quarante-deux ans après, lorsque le temple fut pris par Pompée.
Pendant que tout ceci se passait , les deux rois de Syrie , dont Grypus régnait & Antioche , et Anliochus de Cyiiquc à Damas , se faisaient une cruelle guerre, quoiqu’ils fussent frères. Cléopâtre et Alexandre, le plus jeune de ses fils , régnaient en Égypte ; et Ptolémèc Lathyre, l’atnè, en Cypre.
Alexandre Jonnèe , quelque temps après qu’il fut retourné à Jérusalem , et qu’il eut pris possession du trône , avait mis sur pied
■ An. M. 3809; «v. J. C. 105. — Jos. Anliq. lib. 13, cap. 20. — Id. de Bell. Jud. 1-3.
* Id. Anliq. 11,8.
une benne armée , qui passa le Jourdain , et forma le siège de Gadara , il prit encore quelques autres places très-fortes , situées aussi au delà du Jourdain. Mais , ne se tenant pas assez sgr ses gardes à son retour , il fut battu par l'ennemi, et perdit dis mille hommes avec tout le butin qu’il avait fait , et son propre bagage. Il revint à Jérusalem accablé de cette perte, et de la hontequi la suivait. Ueut même le chagrin de voir que bien des gens , au lieu de plaindre son malheur, en avaient une maligne joie: car, depuis la querelle qu’eut llyr— i un avec les pharisiens , ils avaient toujours été ennemis de sa maison , et surtout de cet Alexandre. Et comme ils entraînaient presque tout le peuple après eu* , ils l’avaient si fort prévenu et animé contre lui , que ce fut la véritable source des désordres et des brouilleries dont tout son règne fut troublé.
Cette perle*, toute grande qu’elle était, n’empécha pas que , voyant la côte de Gaza sans défense par le départ de Lathyre, il n’allât y prendre Raphia et Anthédon. Ces. deux postes, qui n'étaient qu'à quelques milles de Gaza, la tenaient comme bloquée ; et c'était ce qu’il s'était proposé en les attaquant. Il n'avait jamais pardonné aux habitants de Gaza d’avoir excité Lathyre contre lui , et de lui avoir donné des troupes, qui avaient contribué à lui faire gagner la fatale bataille du Jourdain ; et il cherchait avec soin toutes les occasions de se venger d’eux.
Dès que ses affaires le lui permirent*, il vint avec une nombreuse armée assiéger leur ville. Apoilodote, qui en était gouverneur, défendit la place , un an entier , avec un courage et une prudence qui lui acquirent beaucoup de réputation. Son propre frère , nommé Li/si maque *, ne put voir sa gloire sans envie ; et cette lâche passion le porta à l’assassiner. Ensuite ce misérable s’associa avec quelques scélérats comme lui , qui livrèrent la ville à Alexandre. En y entrant on eût dit , à son air cl aux ordres qu’il donnait, qu’il avait desseiu d’user de sa victoire avec clémence et modération. Mais, dès qu'il se vit maître de tous les postes, et que rien ne pouvait lui faire obsla-
■ An. M. 3901 ; av. J. C. ICO.
* An. SI. 3W»:a>. J.C.CH.
> An. M. 3«W7;. iv. J C 97.
cle, il lâcha ses soldats avec permission de tuer, de piller, de détruire ; et l’on vit aussitôt exercer dnns cette ville infortunée toute la barbarie qui se peut imaginer. Le plaisir de la vengeance lui coûta bien cher ; car les habitants de Gaza se défendirent en désespérés , et lui tuèrent presque autant de monde qu’ils étaient cui-mèmes. Mais enfln il contenta sa brutale passion , et fit de cette ancienne et fameuse ville un (ns de ruines : après quoi il s’en retourna à Jérusalem. Celte guerre l’occupa un an.
Quelque temps après 1 , le peuple lui fil un affront sanglant. A la fête des tabernacles , pendant qu'il élait dans le temple , et qu’en qualité de souverain sacrificateur il offrait à l'autel des holocaustes le sacrifice solennel , on sesmil à lui jeter des citrons à la tête , eu lui disant mille injures , et le traitant , entre autres, d’esclave : reproche qui déclarait assez qu’ils le regardaient comme indigne et de la couronne et du pontificat. C’était unesuite de ce qu’avait osé avancer Eléazar , que la mère d'Hyrcan avait été captive. Ces indignités irritèrent tellement Alexandre , qu'il chargea lui-même ces insolents à la tête de ses gardes, et en tua jusqj'au nombre de six mille. Voyant la mauvaise disposition des Juifs à son égard, il n’osa plus leur confier sa personne , et prit pour ses gardes des troupes étrangères qu'il fit venir de la Pisidie et de la Cilicie, et il en forma un corps de six mille hommes qui l’accompagnaient partout.
Quand Alexandre vit l'orage’ qui s'était élevé contre lui , un peu apaisé par la terreur de la vengeance qu'il en avait tirée, il se tourna contre les ennemis du dehors. Après avoir remporté sur eux quelques avantages, il tomba dans une embuscade où il perdit la plus grande partie de son armée , et eut de la peine à se sauver lut-même. A son retour à Jérusalem V les Juifs, outrés de celte perte , se révoltèrent contre lui. Ils se flattaient de le trouver si affaibli et si abattu de ce dernier échec, qu’ils n’auraient pas de peine à achever sa perte , qu'ils souhaitaient depuis silongtemps. Alexan-
< An. M. 3909 ; av. J. C. «5. - Joi, Anllq. Ilb. 13 . cap 21.
» An. M 3910; av. J. C. 91.
- An. M. 3912 ; av J. CM.
dre , qui ne manquait ni d'application ni de courage, et qui avait d’ailleurs une capacité au-dessus de l'ordinaire , trouva bientôt des troupes à leur opposer. Ce fut donc une guerre civile entre Alexandre et ses sujets , qui dura six ans , et causa de grands maux aux deux partis. Les rebelles furent battus et défaits en plusieurs occasions.
Alexandre ayant pris une ville' où plusieurs des rebelles s’étaient enfermés, en amena huit cents à Jérusalem, et les y Ottous crucifier en un même jour : et quand ils furent attachés à la croix , il fit amener leurs femmes cl leurs enfants, et les fit égorger à leurs yeux. Pendant cette cruelle exécution, le roi donnait un régal à ses femmes et à ses concubines dans un endroit d’ou l'on voyait tout ce qui se passait ; et cette vue était pour lui et pour elles la principale partie de ta fêle. Quelles horreurs! Cette guerre civile , pendant six ans qu’elle dura , avait coûté la vie à plus de cinquante mille hommes du côté des rebelles.
Alexandre , après l'avoir apaisée , fil plusieurs expéditions ou dehors avec un très-grand succès. Üe retour à Jérusalem , il s'abandonna à la bonne chère et aux excès du vin , qui lui causèrent une fièvre quarte ’ , dont il mourut au bout de trois ans , après en avoir régné vingt-sept.
Il laissa deux fils, Hyrcan et Aristobule: mais il ordonna qu’ Alexandra, sa femme, gouvernerait le royaume tant quelle vivrait , et qu'elle choisirait celui de ses deux fils qu’elle voudrait pour régner après elle.
S III. — Règne d’Ai exandra, femme d'Alexandre