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M. Allinus ' pour faire exécuter son décret.
ils furent rétablis tous deux. Les Komains les exhortèrent à faire des irruptions sur les terres de Mithridate , en leur promettant du secours ; mais ils n'osèrent ni l’un ni l'autre attaquer un prince si voisin et si puissant. A la fin cependant , Nicomède , pressé également et par les ambassadeurs mêmes , à qui il avait promis de grosses sommes pour son rétablissement. et par ses créanciers, citoyens romains établis dans l’Asie , qui lui en avaient prêté de fort considérables pour le même effet, ne put résister plus longtemps à leurs instances réitérées. Il lit des courses sur les terres de Mithridate, ravagea tout le plat pays jusqu’à la ville d’Amastris, et revint chez lui chargé de butin , qui l’aida à payer une partie de ses dettes.
Mithridate n’ignorait pas par le conseil de qui Nicomède avait fait cette irruption sur ses terres. Il aurait pu facilement la repousser, ayant un bon nombre de troupes toutes prêtes ; mais il ne fit aucun mouvement. Il était b’en aise de mettre les llomains dans leur tort, et d'avoir un juste snjel de leur déclarer la guerre. Il commença par des remontrances qu’il fit faire à leurs généraux et 6 leurs ambassadeurs. Pélopidas était à la tête, de l’ambassade. il se plaignit des différentes atteintes que les Romains avaient données à l’alliance contractée entre eux et Mithridate, et en particulier de la protection qu’ils accordaient a Nicomède , son ennemi déclaré. Les ambassadeurs de celui-ci répliquèrent, et firent aussi , de leur côté , des plaintes contre Mithridate. Les Romains , qui ne voulaient pas encore se déclarer ouvertement, leur donnèrent une réponse vague , en marquantque l’intention du peuple romain était que Mithridate et Nicoméde ne se lissent aucun tort l’un à l’autre.
Mithridate, que celle réponse ne satisfit point, fit marcher incontinent ses troupes contre la Cappadocc , en chassa de nouveau Ariobarzanc , et mil sur son trône Ariorathe , son fils , qu’il y avait déjà placé auparavant. Il envoya en même temps ses ambassadeurs vers les généraux romains pour leur faire son apologie en môme temps et renouveler scs plain-
> Gran ius vou irait lire M. Allilius.
tes contre eux. Pélopidas leur déclara que son maître voulait bien que le peuple romain en fût arbitre , et dit qu’il avait déjà envoyé scs ambassadeurs à Rome. Il les exhorta à ne rien entreprendre avant que d’avoir reçu les ordres du sénat , et à ne pas engager témérairement une guerre qui pouvait avoir de funestes suites. Au reste, il leur marqua que Mithridate , en cas qu’on refusât de lui rendre justice , était en étal de sc la faire lui-même. Les Romains , choqués d'une déclaration si fière , lui répondirent que Mithridate eût à faire sortir ses troupes de Cappadoce , et qu'il ne s’avisât plus d’inquiéter Nicomède ni Arioberzane. Ils commandèrent â Pélopidas de sortir, dans le moment même, du camp, avec défense d’y revenir, à moins que son maître n’obéit. Les autres ambassadeurs ne furent pas mieux reçus à Rome.
La rupture pour lors éclata , et les généraux romains u’attendirent pas qu’il leur vint des ordres du peuple romain ou du sénat. C’est ce que Mithridate demandait. Dans le dessein où il était depuis longtemps de se déclarer contre les Romains , il avait fait plusieurs alliances et avait engagé plusieurs peuples dans ses intérêts. On comptait dans ses troupes jusqu’à vingt-deux nations de vingt-deux langues différentes, que Mithridate parlait toutes avec facilité. Son armée était composée de deux cent cinquante mille hommes d’infanterie et de quarante mille chevaux , sans compter cent trente chariots armés en guerre , et sa (lotte de quatre cents vaisseaux .
Avant que de former aucune entreprise*, il crut devoir y préparer ses troupes , et il leur fit un long discours* pour les animer contre les Romains. Il leur représente a qu’il ne s'agit a pas d'examiner si l'on fera la paix ou la a guerre ; que les Romains , en les attaquant a les premiers , ne laissent aucun lieu à la déa libération ; qu'il s'agit de combattre et de a vaincre : qu’il «ompte sur un succès heua reux , si ses soldats font paraître le même
i Justin. lib. 38, cap. 5-7.
* J’ai extrêmement abrogé ce discours, que Juslin rapporte tout entier, tel qu'il était dans Trogue Pompée , dont il n'est que l’abréviatcur. Ce discours peut servir à nous Taire connaître le stjle de ccl excellent historien , et doit nous en (aire regretter la perle.
« courage qu’ils ont déjà montré en tant d’oc- « casions , et tout récemment encore contre « ces mêmes ennemis qu’ils ont mis en fuite « et taillés en pièces dans la Bithynie et dans « la Cnppadoce : que l’on ne pouvait pas dési- « rer une occasion plus favorable que celle « qui se présentait , pendant que les Marses « infestaient et ravageaient le cœur même de « l'Italie, que Rome était déchirée par les « guerres civiles ; qu’une armée innombrable de « timbres , sortis de Germanie , inondait toute « l’Italie : que le temps était venu d’humilier « l’orgueil de ces fiers républicains, qui en « voulaient à la majesté royale , et qui avaient « juré d'abattre tous les trônes de l’univers1 : h qu’au reste, la guerre que ses soldats allaient « commencer était bien differente de celle « qu’ils avaient soutenue avec tant de courage « dans les affreux déserts et dans les régions « glacées de la Scythie ; qu'il les menait dans « le pays du monde le plus fertile et le plus « tempéré , rempli de villes riches et opulentes « qui semblaient leur offrir un butin tout « préparé : que l’Asie , livrée en proie à l’ava- « rice insatiable des proconsuls, A l’impitoya- « ble dureté des traitants , à l'injustice criante « des juges , avait en horreur le nom romain , o et les attendait comme ses libérateurs ; qu’ils « le suivissent, non tant à une guerre qu’à une « victoire et à une proie assurée. » L'armée répondit à ce discours par des cris de joie universels et par des protestations réitérées de service et de fidelité.
Les Romains avaient formé trois armées des troupes qu’ils avaient en différents endroits de l’Asie Mineure. La première était commandée par L. Cassius , qui avait le gouvernement de
1 « N une se diversam beltl condiUonem ingredi. Nam a neque cœlo A sia; esse temperat ius aliud , ncc solo fer- « tilius, nec urbium multltudinc amœnius; magnamque « lemporis partent, non ul mllitiam, sed ut feslum diem « acturos , bello dubium faclli magis an uberi... lanturn- « que se «vida exspeclat Asia , ul eliam vocibus vocet : « adeô illis odium Romanorum lncuss.il rapaciUs procon- « sulum, seclio* publicanorum , calumniæ lilium. » (Justin.)
• Sectio ptbUran jrvm signifie proprement le* «ente* forcée* de* L en» de ceux qui , ne payant pas le* in»p<\u et les taille* que l’on exigeait d’eui , voyaient leurs meuble et leurs biens enlevé* par les publicains, pour le paiement. CalumnuM Itcmm sont le* chicane» injutira qui servaient de prétexté* pour envahir le* bien* de* riches , *..u. a l'occasion de* suit *ou* quelque autre couleur.
la province de Pcrgame ; la seconde , par Manius Aquilius ; la troisième , par 0. Uppius, proconsul , qui avait pour province la Porophilie. Chacune était de quarante mille hommes , en y comprenant la cavalerie. Outre ces troupes, Nicomède avait cinquante mille hommes de pied et six mille chevaux. Us commencèrent la guerre , comme je i’ai déjà dit, sau attendre des ordres de Rome, et la firent avec tant de négligence et si peu de conduite, qu'ils furent tous trois battus en différentes occasions , et leurs armées ruinées. Aquilius et Oppius furent même faits prisonniers , et traités avec toutes sortes d’insultes. Mithridalc , regardant Aquilius comme le principal auteur de la guerre , lui fit souffrir les derniers outrages. Il le fil passer en revue devant b Iroupes, et le donna en spectacle aux peuples, monté sur un Ane , l’obligeant de crier à haute voix qu’il était Manius Aquilius. D’autres fois, il le faisait marcher à pied les mains garrottées avec une chaîne attachée & un cheval qui le traînait : enfin il lui fit couler dans la bouche du plomb fondu , et le fit périr au milieu des tourments. C’étaient ceux de Mitylène qui le lui avaient livré par une lâche trahison , dans le temps même qu’il était malade , et qu’il s’était retiré chez eux pour y rétablir sa sanie.
Milhridàte , qui voulait gagner les cœurs par une réputation de clémence, renvoya cher eux tous les Grecs qu’il avait faits prisonniers ', et leur fournit même des vivres pour faire le voyage. Cette action de bonté lui ouvrit toutes les portes des villes. On venait d« toutes parts à sa rencontre avec des cris de joie. On le comblait de louanges. On l’appelait le conservateur , le père des peuples, le libérateur de l'Asie ; el on lui donnait tous b noms par lesquels on désigne Bacchus, qu'il méritait à juste litre : car il passait pour le prince de son temps qui buvait davantage el qui portait mieux le vin*, qualité dont il se vantait avec complaisance , et qu'il croyait lui faire beaucoup d’honneur.
Le fruit de ses premières victoires fut la conquête de la Bithynie entière , d’où Nicomède fut chassé; de la Phrygie et de la Mj-
1 Diod. in Eirrrpt. Yales. pap. 401. — Alhcn. lib. S, pag. 213. — Ck. Oral, pro Marco, n. 60.
> Plut. Symp. lib. 1, pag. 021.
sie, provinces récentes des Romains; delà Lycie et de la Pamphylie , de la Paphlagonie , rt de plusieurs autres provinces.
Ayant trouvé à Stratonicée , Monime, jeune fille d’une rare beauté , il rattacha à sa suite.
Mithridale considérant que les Romains , et en général tous les italiens qui se trouvaient pour diverses affaires dans l'Asie Mineure, y ménageaient sourdement des intrigues fort contraires à ses intérêts, envoya d'Ephèse, où il était , des ordres secrets à tous les gouverneurs des provinces , et aux magistrats des villes de toute l’Asie Mineure , d'en faire un massacre général en un même jour qu'il leur marqua*. Les femmes, les enfants , les domestiques, étaient compris dans le nombre des proscrits. Il y avait défense de donner la sépulture a ceux qui auraient été tués. Leurs biens devaient être confisqués au profit du roi et des meurtriers. On condamna à une grosse amende ceux qui enseveliraient les morts ou qui cacheraient les vivants. Il y avait une récompense pour quiconque découvrirait ceux qui étaient cachés. On accordait la liberté aux esclaves qui égorgeraient leurs maîtres; on remettait aux débiteurs qui lueraienl leurs créanciers la moitié de leurs dettes. Le simple récit de cet affreux détail fait frémir d’horreur. Quelle fut donc la désolation dans toules ces provinces quand cet ordre barbare s’y exécuta ! Il y eut quatre-vingt mille Romains ou Italiens égorgés dans cette boucherie. Quelques-uns même en font monter le nombre à près d'une fois autant.
Informé qu'il y avait à Cos un grand trésor*, il y envoya des gens qui s'en saisirent. Celait Cléopâtre , reine d’Egypte , qui l’y avait mis en dépôt, quand elle ouvrit la guerre dans la Phénicie contre son fils Lathyre. Outre :e trésor, il y trouva encore huit cents talents 4 l huit cent mille écus ) , que les Juifs de l'Asie Mineure y avaient mis aussi en dépôt quand ils virent qu’on y était menacé de la guerre.
1 An. H. 3916 ; sv J. C. 88. — Applan. psg. 185. — 'le. hi Orat. pro lege Manil. n. 7.
* « 1s uno die, totà Asià, tôt in civllalibus , uno nuntio 1 aU|ue u fui lillerarum signiticalionc , civet romanos ne- ■ « andos trucldandosque dcnolavil. u (ClC.)
5 Appian. pag. 186. — Joseph. Antiq. lib. 14, cap. 12. 4 liait cents talents pliilltéricns, près de 8 millions de fanes. E. B.
Tous ceux qui avaient pu se sauver du cannage général de l'Asie s’étaient réfugiés à Rhodes qui les reçut avec joie, et leur offrit un asile qui les mit en sûreté. Mithridale en forma inutilement le siège , qu’il fut bientôt obligé de lever, après avoir couru risque d’être pris lui-même dans un combat naval , où il perdit plusieurs de ses vaisseaux.
Après s’êlre rendu maître de l'Asie Mineure*, Mithridate envoya en Grèce Archélaüs , l’un de ses généraux , avec une armée de six vingt mille hommes. Ce général prit Athènes, et la choisit pour sa résidence , donnant de cette ville tous tes ordres pour la guerre de ce côté-IA; et pendant le séjour qu’il y fit, il engagea dans les intérêts de son maître la plupart des villes et des états de la Grèce. Il avait soumis par force Délos , qui s'était révoltée contre les Athéniens , l’avait remise sous leur [>ouvoir, et leur avait envoyé le trésor sacré qu’on gardait dans cette île , par Aristion, à qui il donna deux mille hommes pour la garde de cet argent. Aristion était un Athénien , philosophe de la secte d'Epicure. Il se servit des deux mille hommes qu’il avait sous son commandement pour s’emparer de toute l’autorité à Athènes , où il exerça une cruelle tyrannie, faisant mourir plusieurs des citoyens, ou les livrant à Mithridate, sous prétexte qu’ils étaient de la faction romaine.
Voilà en quel état Syila * trouva les affaires quand il fut chargé de la guerre contre Mithridate. Il partit promptement pour se rendre en Grèce avec cinq légions,, quelques cohortes et quelque cavalerie. Cependant Mithridate était demeuré à Pergame , où il distribuait à ses amis des richesses , des gouvernements , et d'aulres récompenses.
A l’arrivée de Sylla, toutes les villes lui ouvrirent leurs portes , à l’exception d’Athènes , qui , réduite sous le joug du tyran Aristion , fut obligée malgré elle de résister. Le général romain étant entré dans l’Altique , divisa ses troupes en deux corps, dont il envoya l’un pour assiéger Aristion dans la ville d’Athènes; et lui , avec l’autre , alla droit au port du Pirée ,
< Applan. pag. 188-188. - Dlod. In Excerpt. pag. 40i
» Plul. In Sjll. pag. 458-161. — Appian. In Mlihrid. pag. 188-197.
a An. M. 3917 ; av. 1. C. 87.
qui Taisait comme une seconde ville , où Archélaüs s'élait enfermé , comptant sur la force de la place, dont les murailles étaient hautes presque de quarante coudées (soixante pieds), et toutes de pierres de taille. En effet, c'était un grand ouvrage que Périclés avait fait faire au temps de la guerre du Péloponnèse , lorsque , toute l'espérance de la victoire ne consistant que dans ce port , il l'avait fortifié autant qu’il lui avait été possible.
La hauteur des murailles n’étonna point Sylla. Il employa toutes sortes de machines pour les battre , et donna assaut sur assaut. S’il eût voulu attendre un peu de temps , il prenait sans coup férir la haute ville , que la famine avait réduite à la dernière extrémité. Mais, pressé de retourner à Rome, et ernignant les changements qui pouvaient arriver, il n'épargnait ni dangers, ni combats, ni dépenses , pour héler la fin de celte guerre. Sans compter tout le reste de l'appareil et de l'équipage de guerre , il y avait pour le seul service des machines vingt mille mulets qui travaillaient sans relâche. Le bois étant venu à lui manquer à cause de la grande consommation qu'il en faisait pour ses machines, qui étaient souvent brisées et ruinées , par les fardeaux énormes qu’elles portaient , ou brûlées par les feux des ennemis, il n'épargna pas les bois sacrés. 11 coupa les belles allées de l'Académie , et celles du Lycée , qui étaient les plus beaux parcs qu’il y eût dans les faubourgs, et qui avaient les plus beaux arbres. Il fit abattre les hautes murailles qui joignaient le port avec la ville pour en faire servir les ruines à hausser les terrasses.
Comme il avait besoin de beaucoup d'argent pour cette guerre , et qu’il cherchait à s'attacher les soldats, et à les animer par de grandes largesses, il eut recoursaux trésors inviolables des temples, et flt venir tant d'Êpidaure que d’OIympie les plus beaux et les plus précieux dons qui y avaient été consacrés. Il écrivit aux amphictyons assemblés à Delphes « qu'ils feraient sagement de lui envoyer les « trésors du dieu , parce qu’ils seraient plus « sûrement entre ses mains ; ou que , s'il était « obligé de s’en servir , il en rendrait la valeur u après la guerre. » Et en même temps il envoya à Delphes un de scs amis, nommé Caphis,
qui était de la Phocide , pour recevoir tous ces trésors au poids.
Caphis , arrivé à Delphes , n’osait , par respect, toucher à ces dons, qui étaient sacrés, et se mit à pleurer en présence des Amphictyons sur la nécessité qui lui était imposée. Sur cela , quelqu’un des assistants ayant dit qu'il entendait du fond du sanctuaire le son de la lyre d'Apollon, Caphis, soit qu'il le crût véritablement , soit qu'il voulût profiler de cette occasion pour jeter une terreur religieuse dans l'esprit de Sylla , lui écrivit ce qui venait d’arriver. Sylla , se moquant de sa simplicité, lui répondit a qu'il s'étonnait comment il u'avait « pas compris que le chaut est un signe de joie, « et nullement une marque de colère et d'in- « dignation : qu'il n’avait donc qu’à prendre « hardiment les trésors, bien sûr que le dieu « les voyait prendre avec plaisir et qu'il les « donnait lui-même. »
Plutarque, i cette occasion , fuit remarquer la différence qu’il y avait entre les anciens généraux romains et ceux du temps dont il parle ici. Les premiers, que leur mérite seul avait élevés aux charges , et qui n'y cherchaient autre chose que le bien public , savaient se faire obéir et respecter des soldats sans employer pour cela des voies basses et indignes. Ils commandaient des troupes sages , disciplinées , et bien instruites à exécuter sans réplique et sans délai les ordres de leurs chefs. Véritablement roi, dit Plutarque 1 , par la grandeur et la noblesse de leurs sentiments , mais simples et modestes particuliers par leur train et toute leur dépense, ils ne faisaient dans leurs charges d'autres frais à l'étal que les frais nécessaires et raisonnables, estimant qu’il était plus honteux à un capitaine de flatter ses soldats que de craindre scs ennemis. Les choses étaient bien changées dans le temps dont nous parions. Les généraux romains, dévorés d’ambition et perdus de luxe, étaient obligés de se rendre esclaves de leurs soldats , et d’acheter leurs services par des largesses capables de satisfaire leur avidité , cl souvent par la tolérance et f impunité des plus grands crimes.
Sylla , effectivement , était toujours dans un
1 A JTOt Tl Tctiç ÿ > uitlti; 5«ïm— vaiç rùufois iw iç.
b.soin extrême d'argent pour coiilenler ses troupes; et alors plus que jamais, pour acheter le siège auquel il s’était engagé , et dont le succès lui paraissait d'une extrême importance pour son honneur, et même pour sa sAreté. Il voulait ôter à Mithridale la seule ville qui lui restait dans la Grèce, et qui , empêchant les Romains de passer en Asie, faisait échouer toute espérance de la victoire, et obligeait Sylla de revenir honteusement en Italie, où il aurait trouvé d'autres ennemis plus terribles, Marius et sa faction. D'ailleurs, il était vivement blessé des railleries piquantesque le tyran Aristion lançait tous les jours contre lui et contre Mètella sa femme.
Il n'est pas aisé de dire laquelle de l'attaque ou de la défense fut plus vive, et poussée avec plus de vigueur; car de part et d’autre on lit paraître un courage et une constance incroyables. Les sorties étaient fréquentes , et accompagnées de combats presque dans les formes , où le carnage était grand , et la perle ordinairement assez égale des deux cûtés. Les assiégés n'auraient point été en état de se défendre si vigoureusement, s’ils n’avaient reçu par mer, à différentes reprises, des renforts considérables.
Ce qui leur nuisit le plus , fut la trahison secrète de deux esclaves athéniens qui étaient dans le Pirée. Ces esclaves, soit qu'ils fussent affectionnés -au parti des Romains, soit qu’ils voulussent pourvoir à leur sûreté en cas que la place fût prise, écrivaient sur des balles de plomb tout ce qui se passait au dedans , et les jetaient aux Romains à coups de fronde. Ainsi, quelques sages mesures que prit Archèlaos , qui dérendait le Pirée, pendant qu’Aristion commandait dans la ville, rien ne lui réussissait. Il résolut de faire une sortie générale : les traîtres tirèrent une balle de plomb, où l'on trouva cet avertissement : Demain , à une telle heure, l’infanterie tombera sur vos travaux , et la cavalerie attaquera votre camp. Sylla fit dresser des embûches , et repoussa les assiégés avec perte. Ils devaient faire passer de nuit un convoi de vivres dans la ville, qui manquait de tout. Sur un pareil avis , le convoi fut enlevé.
Malgré tous ces contre-temps, les Athéniens >e défendaient comme des lions, ,11s trouvaient
le moyen de brûler la plupart des machines dressées contre leurs murailles; ou , arrivant par des mines souterraines jusque sous d’autres machines, et creusant la terre qui les soutenait, ils les renversaient et les brisaient.
Les Romains , de leur côté , ne montraient pas moins de vigueur. Par le moyen de pareilles mines ils pénétraient jusque sous le mur ; et , creusantaussi la terre, ils soutenaient les fondements par des élançons de bois , où ensuite ils mettaient le feu avec quantité de poix , d’étoupes et de soufre. Quand ces élançons furent brûlés , un grand pan de muraille tomba avec un fracas horrible , et ouvrit une large brèche, par où les Romains montèrent ù l’assaut. Le combat dura longtemps, avec la même ardeur de part et d'autre; mais enfin les Romains furent obligés de se retirer. Le lendemain ils recommencèrent l'attaque. Les assiégés avaient construit pendant la nuit un nouveau mur en forme de croissant à la place de celui qui était tombé, et il ne fut pas possible aux Romains de le forcer.
Sylla, rebuté par une défense si opiniâtre , résolut de ne plus faire donner d'assaut au Pirée, et se réduisit à prendre celle place par la famine. La ville , d'un autre cêtè, était réduite aux derniers abois. On y avait vendu le boisseau d'orge jusqu’à mille dragmes ( cinq cents livres ). On y mangeait non-seulement les herbes et les racines qu’on trouvait autour de la citadelle, mais la chair des chevaux, et le cuir même des souliers, qu'on faisait bouillir. Au milieu de cette misère publique, le tyran passait les jours et les nuits en débauche. Les sénateurs et les prêtres allèrent se jeter à ses pieds pour le conjurer d'avoir pitié de la ville, et d'obtenir une capitulation de Sylla : il les écarta à coups de traits , et les chassa de sa présence.
Ce ne fut qu’à la dernière extrémité qu’il fit demander une surséance d'armes , et qu'il envoya des députés à Sylla. Comme ces députés ne lui faisaient aucune proposition ni aucuue demande qui allât au fait , et qu'ils ne cessaient de louer et d'exalter Thésée , Eumolpe , et les exploits des Athéniens contre les Mèdcs, Sylla, ennuyé, les interrompant, leur dit : « Mcs- « sieurs les harangueurs, retou rnez-vous-en, et a gardez pour vous ces beaux discours de rhé-
* torique ; car, pour moi , je n’ai pas été en- « voyé à Athènes pour y apprendre vos anti-
# ques prouesses , mais pour châtier des ré- « voltés. »
Pendant cette audience, quelques espions , étant entrés dans la ville, entendirent par hasard des vieillards qui s’entretenaient dans le Céramique', et qui blâmaient extrêmement le tyran de ce qu’il ne gardait pas un certain endroit de la muraille , qui était le seul par lequel les ennemis pouvaient facilement escalader la ville. A leur retour dans le camp , ils firent rapport & Sylla de ce qu'ils avaient entendu. Le pourpnrler avait été sans succès. Sylla ne négligea point l’avis qu’on lui avait donné. Dès la nuit suivante , il alla lui-même reconnaître les lieux ; et voyant en effet que la muraille était accessible, il y fil appliquer les échelles, commença l'attaque par cet endroit, et. s'étaul rendu maître du mur après une faible résistance, entra dans la ville. Il ne voulut pas qu'on y mit le feu ; mais il la livra au pillage des soldats, qui trouvèrent en beaucoup de maisons de la chair humaine que l’on avait fait cuire pour manger. Le carnage fut horrible. Le lendemain il fit vendre tous les esclaves à l’encan, et déclara qu’il laissait la liberté à tous ceux des citoyens qui avaient échappé à l’épée du soldat : ils étaient en petit nombre. Le jour même il assiégea la citadelle, où Aristion et ceux qui s’y étaient réfugiés furent bientôt tellement pressés de la soif et de la faim , qu’ils furent contraints de se rendre. Le tyran, ses gardes, et tous ceux qui avaient eu quelque charge sous sa tyrannie, furent mis à mort.
Peu de jours après, Sylla se rendit maître du Pirée, et brûla toutes ses fortifications, surtout l'arsenal, qui avait été bâti par Philon , célèbre architecte, et qui était un ouvrage merveilleux. Archélaüs , par le moyen de sa flotte, s'était retiré à Munichia, autre port de l’Atlique.
L’année que nous commençons fut fatale aux armes de Mithridate1. Taxile, l’un de ses généraux, arriva en Grèce, de Thrace et de Macédoine, avec une armée de cent mille hommes de pied, de dix mille chevaux, et de qua-
' Place publique d'Athènes.
> An. M 39JH:«v,J. C.H8 -Plut. InSjM, pag.Wl- 1013. — A [i)i un pag UKV'iUj.
Ire-vingt-dix chariots armés de faux. Archélaûs, frère de ce général, était alors dans le port de Munichia , et ne roulait ni s'éloigner de la mer ni en venir à un combat avec les Romains: mais il cherchait à traîner la guerre en longueur, et à leur couper les vivres. C’était un parti fort sage, car Sylla commençait à en manquer ; de sorte que la famine l’obligea de quitter l’AUique , et de passer dans les plaines fertiles de Béotie, où Hortensius le joignit. Leurs troupes étant réunies, ils s’emparèrent, au milieu de la plaine d’Elatée, d’une éminence très fertile, couverte d'arbres, et an pied de laquelle coulait un ruisseau. Quand ils eurent formé leur camp , les ennemis découvrirent à l’œil leur petit nombre : ils n'avaient pas en effet plus de quinze mille hommes de pied et quinze cents chevaux. C’est ce qui porta les généraux de l’armée d’Archélaos à le presser vivement d’en venir â une action. Il n’arrachèrent son consentement qu'avec peine, lisse meltcnlaussitûl en mouvement, et couvrent toute la plaine de chevaux, de chariots, et de troupes, qui étaient sans nombre; car les deux frères, s’étant réunis, avaient une armée formidable. Le bruit et les cris de tant de nations et de tant de milliers d’hommes qui sé préparaient au combat; la pompe et la magnificence de leur appareil, tout était terrible. La lueur de leurs armes superbement enrichies d'or el d’argent, et les vives couleurs de leurs cottes d'armes médoises et scylhiques , mêlées avec l’éclat de l’airain et du fer, jetaient comme des éclairs qui, en éblouissant la vue, remplissaient l’âme d'effroi.
Les Romains, saisis d’épouvante, se tenaient renfermés dans leurs retranchements. Sylla , ne pouvaut par scs discours et par ses remontrances guérir leur frayeur, et uc voulant pas les forcer â combattre dans le découragement où il les voyait , était obligé de se tenir en repos, et de souffrir, quoique trèsimpatiemment , les bravades et les risées insultantes des barbares. Ils conçurent en conséquence un si grand mépris pour lui , qu'ils ne gardaient plus aucune discipline. Il y en avait très-peu qui restassent dans leurs retranchements; tous les autres, attirés parle désir du pillage , se débandaient par grandes troupes , et s'écartaient considérablement, jusqu'à
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s'éloigner du camp de plusieurs journées. Ils pillèrent et ruinèrent quelques villes du voisinage.
Sylla élail au deniicr désespoir de voir ainsi périra ses yeux ces villes alliées, faute de pouvoir donner un combat. Il s'avisa enfin d'un stratagème, qui fut de ne donner aucun repos à ses troupes , et de les faire travailler sans cesse à détourner les eaux du Céphisc , petite rivière auprès de laquelle ils étaient campés , et à creuser de grands fossés, sous prétexte de les mettre plus en sûreté , mais en cfiet afin que, rebutés d'une si grande fatigue, ils préférassent à ce travail le hasard d’une bataille. Sa ruse lui réussit. Après avoir travaillé sans relâche pendant trois jours , comme Sylla passait à son ordinaire pour visiter les travaux , ils se mirent tous à lui crier qu'il les menât aux ennemis. Sylla se fit beaucoup prier, et ne se rendit pas d'abord ; mais , voyant que leur ardeur augmentait, il leur fil prendre leurs armes, et les fil marcher vers l'ennemi.
La bataille se donna près de Chéronée. Les ennemis s’étaient emparés avec un gros corps de troupes, d’un lieu fort avantageux, nommé Tkurium ; c'était une croupe de montagne fort rude , qui s'étendait sur le flanc gauche des Romains , et qui était très-propre à les tenir en échec. Deux hommes de Chéronée vinrent trouver Sylla , et lui promirent de chasser les ennemis de ce poste, s'il voulait leur donner un petit nombre de soldats choisis : il les leur donna. Cependant il mit son armée en bataille, et partagea sa cavalerie à ses deux ailes, prenant pour lui la droite, et donnant la gauche h Muréna. Galba et Hortensius, ses lieutenants, formaient une seconde ligne. Hortensius, commandant la gauche de cette seconde ligne, soutenait Muréna , pendant que Galba , qui commandait la droite de cette même ligne, soutenait Sylla. I>es barbares commençaient déjà à déployer leur cavalerie et leur infanterie légère , et à les étendre par un long circuit pour venir envelopper cette seconde ligne par les derrières.
Dans ce moment, les deux hommes de Cbérouée, ayant gagné avec leur petite troupe, commandée par Hirtius , la cime de Thurium sans que les ennemis s’en aperçussent , se
montrèrent tout à coup. Les barbares, effrayés et troublés, prirent aussitôt la fuite. Se poussant les uns les autres sur le penchant de la montagne , ils se précipitaient devant l’ennemi, qui fondait sur eux de dessus le coteau, et les chassait l'épée dans les reins, de sorte qu’il périt environ trois mille hommes sur la montagne. De ceux qui se sauvèrent, les uns tombèrent entre les mains de Muréna , qui venait de se former en bataille , et qui ayant marché à leur rencontre , leur coupa le chemin, et en fit un grand carnage; les autres , qui s’empressaient de regagner le camp , se jetèrent pèle-môle sur le corps de bataille de leurs troupes , et s'y précipitèrent avec tant de confusion , qu’ils y répandirent le trouble et la frayeur, et firent perdre par là à leurs généraux un temps considérable pour rétablir l'ordre, ce qui fut une des principales causes de leur défaite.
Sylla, profitant de ce désordre, marcha contre eux si vivement , que , franchissant avec une extrême rapidité l’espace qui séparait les deux armées, il empêcha l’action des chariots armés de faux. Ces chariots ne tirent leur force que de la longueur de leur course , qui donne l'impétuosité et la raideur à leur mouvement ; au lieu qu'un espace trop court , et qui ne leur ouvre pas de carrière , les rend inutiles et sans action. C’est ce que les barbares éprouvèrent en cette occasion. Les premiers chariots partirent si lâchement et donnèrent si mollement, que les Romains, les repoussant sans peine avec grand bruit et de grandes risées , en demandaient d’autres , comme cela se pratiquait ordinairement à Rome, par rapport aux chars qui couraient dans le Cirque.
Après que les chariots curent été écartés , les deux corps de bataille se choquent. Les barbares présentent leurs longues piques et se tiennent bien serrés, leurs boucliers joints, «fin qu’on ne puisse les rompre ; et les Romains jettent bas leurs épieux, et, l’épée à la main, ils écartent les piques des ennemis pour pouvoir les joindre eux-mêmes et les charger avec furie. Ce qui augmentait leur animosité, c’est qu’ils voyaient au premier rang quinze mille esclaves que les généraux du roi leur avaient débauchés en leur promettant la fi-
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berté, et qu'ils avaient placés avec l'infanterie pesamment armée. Ces esclaves curent tant de fermeté et d’audace , qu'ils soutinrent le eboe de l’infanterie romaine sans branler. Leurs bataillons étaient si profonds et si serrés, que les Romains ne purent ni les entr'ouvrir, ni les faire reculer, jusqu’à ce que l'infanterie légère, qui élail à la seconde ligne, les eut mis en désordre à force de traits qu'elle leur lançait, et à force de pierres qu’elle jetait avec ses frondes , et qu’elle les eut contraints de plier.
ArcbélaQs ayant fait avancer son aile droite pour envelopper la gauche des Romains, Hortensius mena les troupes qu’il avait avec lui ponr le prendre lui-mème en flanc. Ce que voyant ArchélaOs, il flt promptement tourner tête à deux mille chevaux qu’il amenait. Uorleusius, qui allait être accablé par ce gros corps de cavalerie, se relira peu à peu vers la montagne , se sentant trop éloigné du corps de bataille, et sur le point d’être enveloppé. Sylla, avec la partie de son aile droite qui n’avait pas encore combattu , marcha à son secours. A la poussière que ces troupes élevèrent, Archélaos jugea ce qui en était. Laissant donc là Horlensius, il tourna vers l’endroit d'où Sylla venait de partir, espérant d’avoir bon marché de cette aile droite qu'il trouverait sans chef.
En même temps Taxile mène contre Muréna ses fantassins armés de boucliers d’airain 1 : de sorte que des deux cétés il s’élève de grands cris qui font retentir toutes les montagnes voisines. A ce bruit, Sylla s'arrête, ne sachant de quelcété il devait plutôt courir. Enfin il jugea qu’il était plus expédient de retourner au poste qu'il avait quitté, et d’aller soutenir son aile droite. 11 envoya donc Hortensius au secours de Muréna avec quatre cohortes ; et , prenant la cinquième avec lui, il vola à son aile droite, qu’il trouva attachée au combat contre Archélaos, avec un égal avantage. Mais dès qu’il parut , cette aile , ranimée par la préseuce de son général, renversa les troupes d’ Archélaos, les mil en déroute, et les poursuivit vivement pendant un assez long espace.
< Lc> Uutcupkle*.
Après ce grand succès, sans perdre un moment, il marche au secours de Muréna. Trouvant qu’il avait aussi vaincu de son côté et défait Taxile, il se joignit à lui , et ils poursuivirent ensemble les fuyards. Il y eut un grand nombre de barbares tués dans la plaine, et un plus grand nombre qui furent taillés en pièces pendant qu'ils couraient pour gagner leur camp : de sorte que de tant de milliers d’hommes il ne s’en sauva que dix mille, qui s’enfuirent à la ville de Chalcis. Sylla, dans ses mémoires, avait écrit que de son côté il ne manqua que quatorze hommes, et que même de ces quatorze il en revint deux sur le soir.
Pour célébrer une si grande victoire ', ii donna à Thèbcs des jeux de musique , et lit venir des villes grecques voisines les juges pour distribuer les prix ; car il avait une haine implacable contre les Thébains. Il leur ôta même la moitié de leur territoire, qu’il consacra à Apollon pythien , et à Jupiter olympien, ordonnant que de leurs revenus on remplacerait tout l’argent qu'il avait enlevé de leurs temples.
Ces jeux étaient à peine finis, qn'il apprit que L. Valérius Flaccus, qui était du parti contraire (car c’était alors le plus grand feu des divisions de Marius et de Sylla ), avait été nommé consul , et qu’il traversait déjà la mer d’Ionie avec une armée , en apparence contre Mithridate, et en effet contre lui-même. C’est pourquoi , sans différer, il se mit en marche vers la Thessalie, comme pour aller au-devant de lui. Mais étant arrivé à la ville de Mélitée1, il lui vint de tous côtés des nouvelles que tous les lieux qu'il venait de laisser derrière étaient saccagés par une autre armée du roi , plus forte et plus nombreuse que la première ; car Dorylajtls , arrivé à Chalcis avec une grosse flotte, sur laquelle il menait quatre-vingt mille hommes de débarquement les micui équipés, les plus aguerris et les plus disciplinés qui fussent dans toute l'armée de Milhridnle, s’était jeté dans la Béotie, et s'était emparé de tout le pays pour attirer Sylla à une bataille. Archèlaùs voulait l’en détourner, lui expliquant le détail de la bataille qu’il venait
• An. M 3U19 ; av. I. C. 85.
• Ville de la Pblhiotidc en Thcfttlle.
de perdre ; mais ses avis et ses remontrances furent inutiles. Il reconnut bientôt que le conseil qu'on lui avait donné était sage et bien sensé.
Il choisit la plaine d’Orchomène pour y donner la bataille. Sylla fit creuser des fossés de côté et d'aulrc dans la plaine, pour ôter au* ennemis l’avantage de celte campagne ouverte et propre A faire agir la cavalerie , et pour les éloigner vers les marais. Les barbares coururent à toute bride sur les travailleurs , les dissipèrent , et mirent en fuite les troupes qui les soutenaient. Sylla, voyant cette déroute, descendit promptement de cheval , et , saisissant une de ses enseignes, il poussa aux ennemis à travers les fuyards, A qui il criait : Pour moi, Jtomaini , il m’est glorieux Je mourir ici. Mais vous , quand on vous demandera en quel endroit vous avez abandonné votre général , souvenez-vous de répondre que c'est à Orchomène. Ils ne purent souffrir ces reproches, et retournèrent à la charge avec tant de furie , qu’ils firent tourner le dos au* troupes d'Archélaüs. Les barbares revinrent en meilleur ordre qu'auparavant , et furent encore repoussés avec une plus grande perte.
Le lendemain à la pointe du jour, Sylla ramena ses troupes vers le camp ennemi pour continuer scs tranchées; et, tombant sur ceux qui étaient sortis pour escarmoucher et pour chasser les travailleurs , il les chargea si rudement , qu’il les mit en fuite. Ceux-ci jetèrent l’effroi parmi ceux qui étaient restés dans le camp; de sorte que personne n'osant y demeurer pour le défendre , Sylla y entra pêle-mêle avec les fuyards, et s'en rendit maître. Dans un moment les marais furent rougis de sang, et le lac rempli de morts. Les ennemis perdirent dans ces différentes attaques une grande partie de leurs troupes. ArchéloQs demeura longtemps caché dans les marais, et se sauva à Clin Ici».
La nouvelle de toutes ces défaites jeta Mithridatc dans une grande consternation. Cependant , comme ce prince était d’un caractère fécond en ressources , il ne perdit point courage. , cl songea à réparer ces pertes en faisant de nouvelles levées. Mais , dans la crainte que ces mauvais succès ne donnassent ni.
lieu à quelque révolte ou A quelque conspiration contre sa personne, comme cela était déjà arrivé , il prit la barbare précaution de faire mourir tous ceux qui lui étaient suspects, sans épargner même les meilleurs de ses amis.
Il ne fut pas plus heureux lui-méme en Asie que ses généraux ne l'avaient été dans la Grèce Fimbria , qui y commandait une armée romaine , battit le reste de scs meilleures troupes. Il poursuivit les fuyards jusqu'aux portes de PcVgamc , où résidait Mithridate, et l'obligea d'en sortir lui-même, et de se retirer à Pitanc , place maritime de lu Troade. Fimbria l'y poursuivit, et investit la place par terre. Mais , comme il n'avait pas de flotte pour en faire autant par mer, il envoya vers Luculle , qui croisait avec la flotte romaine dans les mers du voisinage , et lui fil représenter qu'il pouvait s’acquérir une gloire étemelle en se saisissant de la personne de Mithridalc , qui ne pouvait lui échapper , et terminer heureusement une guerre si importante. Fimbria et Luculle étaient de deux partis opposés. Ce dernier ne voulut, point se mêler des affaires de l’autre. Ainsi Mithridatc se sauva par mer A Mitylène , et sc tira d’entre les mains des Romains : faute qui leur coûta bien cher, et qui n'est pas rare dans les états où la mésintelligence règne entre les ministres cl les généraux d'armée , et leur fait négliger le bien public, de peur de contribuer à la gloire de leurs rivaux !
Luculle , dans la suite , battit deux fois In flotte de Mithridatc , et remporta sur lui de grandes victoires. Ces heureux succès étonnèrent d'autant plus*, qu’on ne s'attendait point que Luculle dût sc distinguer par des
* Plut, in Syll. pag. MW-4C8. — Id. In Lucul. pag. 49.1. — Appian. pag. 904-110.
* « Ad Diilhridalh-um hélium missus a senatu , non a motlù opinionem viril omnium quæ de virtute ejus eiat, « sed eliam glotlam superiorum. Idquc eo fuit mirabiv Hua. quôd ab eo laus impcraloria non admodùm eispecn Ubatur. qui adolcscentiam in forensi opéra , quæstunr h diuturnutn tenipus, MurenA bellum In Ponlo gerente In a Asi» parc consumpscrat. Scd incredlbllis quoniam Ina genii tnagnlludo non dériderai il Imlocilcm usùs disci- « plinam. Itaque quutn toluni iter et navigolionem cona sumpsisset partiel in perronlando à pcrllis. parllm in » rebus geslis legendis, in Asiam foetus iinperator veniL « quumesset Româ profectus rei mil. taris radis, a (Cri Acad, (tuast. lib. I, n. 2 )
Oit
exploits militaires. Il avait passé sa jeunesse dans les exercices du barreau ; et , pendant sa questure en Asie, la province avait toujours été en paix. Mais un génie heureux comme le sien n’eut pas besoin d’étre instruit par l’expérience , qui ne s’acquiert point par des leçons, et coûte ordinairement bien des années. Il y suppléa en quelque sorte , en employant tout le temps de son voyage et de sa navigation, partie à faire dfÿ questions aux gens habiles dans le métier de la guerre, partie à s’instruire lui-méme par la lecture de l’histoire : aussi arriva-t-il en Asie général tout formé , lui qui était parti de Rome avec une connaissance médiocre de l’art militaire. Que nos jeunes guerriers y fassent bien attention : voilà comme se forment les grands hommes.
Pendant que Sylla remportait de grands avantages dans la Grèce, la faction qui lui était contraire, et qui pour lors était toute-puissante à Rome , l’avait fait déclarer ennemi de la république. Cinna et Carbon traitaient les plus gens de bien et les personnes les plus considérables avec toute sorte d'injustice et de cruauté. La plupart, pour fuir cette tyrannie insupportable, prirent le parti de se retirer dans le camp de Sylla , comme dans un port de salut; tellement qu’en peu de temps Sylla eut autour de lui comme une espèce de sénat, Sa femme Métella , s’étant dérobée à grand' peine avec ses enfants , vint lui apprendre que scs ennemis avaient brûlé sa maison et ses terres, et le pria d’aller secourir promptement ceux qui étaient restés dans Rome , et qui allaient encore être les victimes de cette fureur.
Sylla se trouva fort embarrassé. D’un côté, le pitoyable état où sa patrie était réduite le portail à marcher promptement à son secours : de l’autre , il ne pouvait se résoudre à laisser imparfaite , par son départ , une aussi grande et aussi importante affaire que la guerre de Mithridate. Comme il était dans ce cruel embarras , arriva auprès de lui uu marchand qui venait lui parler en secret de la part du général Archélaüs, et lui donner quelque espérance d'accommodement. 11 fut si ravi de l’entendre , qu'il se hâta d’aller s'aboucher avec ce général.
Leur entrevue se passa sur le rivage de la
mer, près de la petite ville de Dèlium. ArchétaOs , qui n'ignorait pas de quelle importance il était à Sylla de pouvoir repasser en Italie , lui proposa d'unir scs intérêts avec ceux de Mithridate , et que son maître lui fournirait de l’argent , des troupes et des vaisseaux pour faire la guerre à Cinna et au parti de Marius.
Sylla , sans paraître d'abord offensé de pareilles propositions , l’exhorta de son côté à se retirer de la servitude où il vivait sous un prince impérieux et cruel. Il lui proposa de prendre le titre de roi dans son gouvernement , et il lui offrit de lui faire donner la qualité d'allié et d’ami du peuple romain , s’il voulait lui livrer la flotte de Mithridate , dont il avait le commandement. Archélaüs rejeta avec indignation une pareille proposition , et témoigna même au général des Romains combien il se sentait offensé qu'il l’eût cru capable d’une telle trahison. Alors Sylla, prenant cet air de grandeur et de dignité qui était si naturel aux Romains: « Si , n’étant qu’un esclave, lui dito il, et tout au plus l’oflicierd’un roi barbare. « tu regardes comme une lâcheté de quitter « le service de ton maitre , comment as-tu « été assez hardi pour proposer d’abandonner « les intérêts de la république à un Romain a tel que moi? Crois-tu que les choses soient a égales entre nous? As-tu oublié mes victoi- « res? Ne le souviens-tu plus que tu es ce « même Archélaüs que j'ai défait dans deux « batailles, et que j’ai forcé dans la dernière « d'aller se cacher dons les marais d'Orcho- « mène? »
Archélaüs , déconcerté par une réponse si üère , ne se soutint plus dans la suite de la négociation. Sylla s’en rendit le maître, et, donnant la loi en victorieux , il proposa les conditions -suivantes : « Que .Mithridate rc- « noncerait à l'Asie et à la Paphlagonie ; qu’il a restituerait la Bilhynie à Nicomède, et la « Cappadoce à Ariobarzane : qu’il paierait aux « Romains , pour les frais de la guerre , deux « mille talents (six millions), et qu’il leur li- « vrerait soixante-dix galères armées avec tout « leur équipage : et que Sylla , de son côté , a assurerait ù Mithridate le reste de ses étals , « et le ferait déclarer ami et allié du peuple « romain. » Archélaüs parut agréer ses conditions, et dépêcha sur-le-champ un courrier
à Mithridate pour les lui communiquer. Sylla partit pour l'Hellespont, menant avec lui Archélaüs , à qui il faisait beaucoup d’honneurs.
Il reçut à Larisse les ambassadeurs de Mithridate qui venaient lui déclarer que leur maître acceptait et ratifiait tous les autres articles du traité : mois qu'il le priait de ne lui pas ôter la Paphlagonie; et que pour celui des soixantedix galères , il ne pouvait en aucune façon le passer. Sylla , choqué de ce refus , leur répondit d'un ton de colère: « Que dites-vous? « Quoi ! Mithridate veut retenir la Paphlago- « nie , et refuse de remettre les vaisseaux que « je lui ai demandés , lui de qui j'attendais des « remerclmenls à genoux , si je lui laissais « seulement la main dont il a égorgé cent « mille Romains? Il changera de langage « quand je serai passé en Asie. Présentement, « au milieu de sa cour à Pergame, qu’il fasse « là tranquillement ses projets pour une guerre « qu'il n’a pas vue. » Telle était la fierté de Sylla, qui en même temps faisait entendre à Mithridate que, s’il s'était trouvé en personne aux batailles qui s’étaient données, il ne parlerait pas de la sorte.
Les ambassadeurs, effrayés de cette réponse, ne répliquèrent pas une seule parole. Arché- Inos tâcha d'adoucir Sylla, et lui promit de faire consentir Mithridate à tous ces articles. Il partit pour cet effet ; et Sylla , de son côté , après avoir fait le dégât dans le pays , retourna dans la Macédoine.
Archélatls * , de retour , le joignit près de la ville de Philippe , et lui rapporta que Mithridate accepterait les conditions proposées, mais qu’il désirait ardemment d’avoir avec lui une conférence. Ce qui lui faisait souhaiter celte entrevue , c’était la crainte de Fimbria , qui , ayant tué Flaccus, dont il a été parié plus haut, et s’étant mis è la tête de l’armée de ce consul , s’avançait à grandes journées contre Mithridate : ce fut ce qui détermina ce prince à faire amitié avec Sylla. L’entrevue se fil à Dardane, dans la Troade. Mithridate avait avec lui deux cents galères , vingt mille hommes de pied, six mille chevaux, et bon nombre de chariots armés de feux ; et Sylla n’était accompagné que de quatre cohortes cl de deux
cents chevaux. Mithridate étant allé au-devant de lui , et lui tendant la main , Sylla lui demanda s’il acceptait les conditions proposées. Comme le roi gardait le silence, Sylla, continuant , lui dit : « Mais no savez-vous pas , Mi- « thridate, que c'est aux suppliants à parler, « et que les victorieux n’ont qu'à écouter et « à se (aire? » Et sur ce que Mithridate commença une longue apologie , tâchant de rejeter la cause de cette guerre en partie sur les dieux; et en partie sur les Romains, Sylla l’interrompit ; et après lui avoir fait un long détail des violences et des inhumanités qu’il avait commises, il lui demanda une seconde fois s'il ne voulait pas ratifier les conditions qu'Archélaüs lui avait présentées. Mithridate, surpris de la hauteur et de la fierté du général romain , ayant répondu qu'il le voulait, alors Sylla reçut scs embrassements ; et lui présentant ensuite les rois Ariobarzanc cl Nicomèdc, il les réconcilia avec lui. Mithridate, après avoir livré les soixante-dix galères équipées et cinq cents archers, se rembarqua.
Sylla sentait bien que ce traité de paix déplaisait fort à ses troupes. Elles ne pouvaient souffrir que ce prince , qui de tous le rois était le plus mortel ennemi de Rome , et qui en un seul jour avait fait égorger cent mille citoyens romains répandus dans l’Asie, frit traité avec tant de douceur , et même avec tant d'honneur, puisque, presque encore tout fumant du sang des Romains, il était déclaré leur ami et leur allié. Sylla, pour justifier sa conduite, leur fil comprendre que, s'il eût rejeté les propositions de paix , Mithridate , à son refus , n'aurait pas manqué de traiter avec Fimbria ; et que , si ces deux ennemis avaient joint leurs forces , ils l'auraient contraint , ou d'abandonner scs conquêtes , ou de hasarder une bataille contre des troupes supérieures en nombre, et commandées pardeux grands capitaines, qui auraient pu en un seul jour lui faire perdre le fruit de toutes ses victoires.
Ainsi fut terminée la première guerre contre Mithridate, qui avait duré quatre ans , pendant lesquels Sylla , après avoir fuit périr plus de cent soixante mille hommes des ennemis, recouvra la Grèce, la Macédoine, l'Ionie, l’Asie, et plusieurs autres provinces dont Mithridate s'était emparé; et, lui ayant ôté une
1 A-. M. :92V;av J. C.8i.
grande parlie de sa Hotte, le contraignit de se renfermer dans les bornes du royaume de ses pères. Mais' ce qu’on a le plus admiré dans Sylla , c’est que , pendant trois ans que les factions de Cinna et de Marius dominaient dans l’Italie , il ne dissimula point qu’il se préparait à leur faire la guerre , et cependant n’interrompit point celte qu’il avait commencée , persuadé qu’il fallait vaincre les ennemis du dehors avant que de soumettre et de punir ceux du dedans. On a fort loué aussi en lui la fermeté qu’il eut de n’entendre- à aucune des propositions de Mitliridate , qui lui ofTrail des secours considérables contre scs ennemis, avant que ce prince eût accepté les conditions de paix qu'il lui avait prescrites.
Quelques jours après , Sylla partit pour marcher contre Fimbria, qui était campé sous les murailles de Thyalirc dans la Lydie ; et ayant dressé son camp près du sien , il commença à se retrancher. Les soldats de Fimbria, sortis en simples tuniques , sans armes , coururent saluer cl embrasser les soldats de Sylla , et se mirent à leur aider de tout leur ccrur à faire leurs lignes. Fimbria, voyant ce changement dans ses troupes , et craignant Sylla comme un ennemi irréconciliable dont il ne fallait attendre aucun pardon , après avoir tenté inutilement de le faire assassiner, se tua lui-mème.
Sylla condamna l’Asie & payer en commun vingt mille talents * ; et outre celte imposition, il foula extrêmement les particuliers en abandonnant leurs maisons à l'insolence et à l’avidité des gens de guerre qu’il logea cher eux , et qui vivaient à discrétion comme dans des villes conquises ; car il ordonna qu’un héte donnerait à chaque soldat logé chez lui, quatre dragmes 1 par jour , et qu’il lui donnerait à souper à lui et & tous scs amis qu'il
» « VU quidquam in Sylla* operibus clarius duxerim , « quâm quoi! . quura per Iriennium cinnnnæ marianaque « parles Ilaliam obsidcrenl , nuque illaturum sc bclluin iis « dissimula* il . nec quod oral in tnanibus omisil ; eiis- « timavitque ante frangendum hoslem . quàin ulcisccn- « dum ci veut . rcpulsoquc exierno melu , ubi quod alie- « iium essel viciwel, superarel quod eraldonieslicum.» ( Veli. Pateec. lib. 2, cap. 24.)
* Soixante millions. = Deux cents talents philétéricns, près de 200 million*. E. B.
* Deux livres. ^=a 3 fr. 33 c. E. B.
voudrait prier ; que chaque capitaine aurait par jour cinquante dragmes', et qu’outre cela on lui donnerait une robe pour la inaisoo , et une autre pour paraître en public.
Après avoir ainsi châtié l’Asie*, il partit d’Ephèsc avec tous scs vaisseaux , et le troisième jour il arriva dans le. port du Pirée. S’étant fail initier aux grands mystères, il prit pour lui la bibliothèque d’Apellicon, où étaient les ouvrages d’Aristote. Ce philosophe , en mourant, avait laissé ses écrits à Théophraste, l'un de ses plus illustres disciples; celui-ci les avait transmis à Nélée de Scepsis , ville dn voisinage de Pergame en Asie , après la mon duquel ces ouvrages tombèrent entre les mains de ses héritiers , gens ignorants , qui les gardaient renfermés dans un coffre. Quand les rois de Pergame commencèrent à ramasser avec soin toutes sortes de livres pour leur bibliothèque, comme la ville de Scepsis était de leur dépendance, ces héritiers, appréhendant qu'on ne les leur enlevât , s’avisèrent de les cacher dans une voûte souterraine , oit ils demeurèrent près de cent trente ans ; jusqu'à ce qu'cnHn les héritiers de la famille deNéiéc, qui.au bout de plusieurs générations, étaient tombés dans la dernière pauvreté, les en tirèrent pour les vendre à Apellicon, riche Athénien , qui cherchait partout les livres les plus curieux pour sa bibliothèque. Comme ils sc trouvaient fort endommagés par la longueur du temps, et par l'humidité où iis avaientèlé. Apellicon en fit d'abord tirer des copies, où il se trouva bien des vides , parce que l’original était pourri en plusieurs endroits, ou rongé des vers, ou effacé. On remplit ces vides , ces mots et ces lettres, du mieux qu’on put par conjecture, et cela quelquefois assez malhabilemcnt ; de là sont venus , dans ces ouvrages , plusieurs difficultés qui ont toujours fait de la peine aux savants. Apellicon étant mort fort pcii de temps avant que Sylla arrivât à Athènes, il se saisit de sa bibliothèque et de ces œuvres d'Aristote qui y étaient, et en enrichit celle qu’il avait à Rome. .Un fameux grammairien de ce temps-là , nommé Ti/ranniun, qui demeurait alors à Rome , ayant grande
1 Vingt-cinq livres. — <1 fr. 50 c. E B.
* Plut, in Sylla, pag. 468 — Strab. lib. 13 . pag. 6UI* Athen. lib. 5, pag, 21 1. — l.aéit. in Tkcophr.
envie d'avoir ces œuvres d’Aristote, obtint du bibliothécaire de Sylla la permission d'en tirer une copie : cette copie fut communiquée à Andronique 1e Rhodicn, qui en lit part enfin au public ; et c’est à lui qu’on a l’obligation des ouvrages de ce grand philosophe.
g II. — Seconde guerre contre Mithridate faite PAR MURÉNA; ELLE NE OCRA QUE TROIS ANS. Ml- TIIRIDATE SE PRÉPARE A RECOMMENCER LA GUERRE.
Il fait un traité- avec Sertohius. Troisième
GUERRE CONTRE MlTHRIDATE. l.UÜULLE , CONSUL , EST ENVOYÉ CONTRE LUI. IL LUI FAIT LEVER LE SIÈGE DE CVSIQUE , ET DÉFAIT SES TROUPES. Il REMPORTE SUR LUI TNB VICTOIRE COMPLETE, ET L'OBLIGE DE
s'enfuir dans le Pont. Fin tragique des soeurs
ET DES FEMMES DE MlTHRIDATE. Il CHERCHE A SE RETIRER CHEZ TlGRANE, SON GENDRE. LUCULLE RÈ- GLE LES AFFAIRES DE l’ÀSIE.
Sylla , en partant pour Rome avait laissé a Muréna le gouvernement de l’Asie , avec les deux légions qui avaient serti sous Fimbria, pour tenir la province dans l’obéissance. Ce Muréna est le père de celui pour qui Cicéron fit le beau plaidoyer qui porte son nom ; son fils, pour lors, faisait sous lui ses premières campagnes.
Depuis le départ de Sylla, Mithridate, étant retourné dans le Pont , tourna ses " armes contre ceux de la Colehide et du Bosphore qui s’élaient révoltés contre lui. Les premiers demandèrent son fils Mithridate pour roi , et l’ayant obtenu , rentrèrent aussitôt dans l'obéissance. Le roi, s’imaginant que cette démarche était un effet des intrigues de son fils , en prit de l’ombrage, et, l’ayant fait venir , il le chargea de chaînes d’or, et peu après le lit mourir : ce fils lui avait rendu de grands services dans la guerre contre Fimbria. On voit encore ici combien l'esprit de domination est ombrageux, et combien un prince qui s’y abandonne devient soupçonneux contre son propre sang, toujours prêta se porter aux plus funestes extrémités , et à sacrifier aux plus légères défiances ce qu’il a de plus cher. Pour ce qui regarde les habitants du Bosphore , il prépara une grosse flotte et une nombreuse
1 An. M. 3021; or. J. C 83. — Appian. pag. 213-
armée; ce qui fit croire que de si grands préparatifs avaient rapport aux Romains. En effet, il n’arail pas rendu toute la Cappadoce à Ariobarzanc, s’en étant réservé une partie ; et il commençait à sc défier d’ A rchêlaiis , comme l’ayant engagé dans une paix également honteuse pour lui et désavantageuse.
Quand Archélntls s’en fut aperçu , sachant à quel maître il avait affaire, il se réfugia vers Muréna, et le sollicila vivement à porter ses armes contre Mithridate. Muréna , qui souhaitait avec passion d’obtenir l’honneur du triomphe , se laissa facilement persuader ; il fit une irruption dans la Cappadoce, et se rendit maître de Comnne , ville la plus puissante du royaume. Mithridate lui envoya des ambassadeurs pour se plaindre de ce qu’il violait le traité que les Romains avaient fait avec lui. Muréna répondit qu’il nç connaissait point de traité fait avec leur mailre ; véritablement ii n’y avait eu rien d’écrit de la part de Sylla, et lo .1 s’était fait de vive voix ; ainsi il ne cessa point de ravager le pays et y prit ses quartiers d’hiver. Mithridate envoya scs ambassadeurs à Rome pour en porter ses plaintes à Sylla et au sénat.
Il vint de Rome un commissaire 1 * mais sans décret du sénat, qui ordonna publiquement à Muréna de ne point inquiéter le roi de Pont ; mais comme il l’entretint en secret , on crut que c’élait pure collusion : effectivement , il ne cessa point de ravager ses terres. Mithridate alors se mit en campagne ; et ayant passé le fleuve Halys , il livra une bataille à Muréna, le défit, et l’obligea de se retirer en Phrygie, aprèsavoir fait une trèsgrande perle.
Sylla, qui avait été nommé dictateur9 , ne pouvant plus souffrir que, contre le traité qu’il avait accordé à Mithridate , on continuât encore de l’inquiéter ; envoya Gabinius vers Muréna pour lui ordonner sérieusement de laisser ce prince en repos et de le réconcilier avec Ariobarzanc. Il obéit. Mithridate, ayant mis entre les mains d’Ariobarzanc un de ses fils âgé seulement de quatre ans comme otage , retint sous ce prétexte les villes où il avait
i Ad. M. 3022 ; av. I. C. 8>.
» Au. >1. 31HJ.av.J. K. 81.
des garnisons , promettant sans doute de les rendre dans le temps. Puis il donna un grand repas , où il proposa des prix pour ceux qui surpasseraient les autres à boire, à manger, à chanter, à railler : digne objet d’émulalion ! Gabinius fut le seul qui ne jugea pas à propos d'enlrer dans cette lice. Ainsi nuit la seconde guerre contre Milhridaie, qui n'avait pas duré trois ans. Muréna, de retour à Rome, reçut l'honneur du triomphe , qu’il n’avait pas trop mérité.
Milhridatc restitua enfin à Ariobarzane 1 toute la Cappadoce, forcé par Sylla , qui mourut celte année-là même; mais il se servit d’un détour pour la lui faire perdre. Tigrane avait fait bâtir eu Arménie une grande ville toute nouvelle , qu’il nomma de son nom Tigranorerte. Mithridate persuada à son gendre de faire la conquête de la Cappadoce , et d'en transporter les habitants dans la nouvelle ville, et dans d'autres parties de scs états qui n’étaient pas bien peuplées. Il le lit, et en amena trois cent mille âmes. Partout où il portait ses armes victorieuses, il pratiqua toujours depuis ce temps-là la même chose pour bien peupler scs étals.
La réputation extraordinaire de Scrtorius *, qui suscitait de terribles affaires aux Romains dans l'Espagne, fit naître à Mithridate la pensée de lui envoyer une ambassade pour l’engager à joindre ensemble leurs forces contre un ennemi commun. Les flatteurs , qui le comparaientà Pyrrhus, el Sertorius à Annibal, lui faisaient entendre que les Romains , attaqués en même temps des deux côtés, ne pourraient jamais résister à deux puissances si formidables , quand le plus habile- et le plus expérimenté de tous les capitaines se serait joint au plus grand des rois. Il envoya donc en Espagne scs ambassadeurs, chargés de lettres et d’instructions pour traiter avec Sertorius, à qui ils offrirent de sa part une flotte et île l’argent pour continuer la guerre, à condition qu'il souffrirait que ce prince recouvrât les provinces de l’Asie, que la nécessité de scs affaires l’avait forcé d’abandonner par le traité qu’il avait fait avec Sylla.
* An. M. 3020; «v. J. C. 78.
* An. M. 3028 ;»v. J. C.76.— Appian. [«6. 210C12T7. Plut, in Serlor. p*g. 580, 581.
l)és que ccs ambassadeurs furent arrivés auprès de Sertorius , et qu'ils eurent exposé leur commission, Sertorius assembla son conseil , qu'il appelait le sénat. Ils étaient tous d’avis qu’on acceptât avec joie les offres de ce prince, d’autant plus que, pour un secours aussi présent et aussi effectif que l’argent el la flotte qu'on lui offrait, il ne lui en coûterait qu'un vain consentement qu’on lui demandait pour une entreprise qu’il ne dépendait pas même de lui d’empêcher. Mais Sertorius, avec une grandeur d’âme digne d'un véritable Romain, protesta qu’il n’entendrait jamais à aucun traité qui blessât la gloire ou les intérêts de sa patrie , el qu’il ne voudrait pas même d’une victoire sur ses propres ennemis qui ne fût pas acquise par des voies légitimes; et ayant fait entrer les ambassadeurs de Mithridate, il leur déclara qu'il souffrirait que leur maître gardât la Bilhynie et la Cappadoce , accoutumées à être gouvernées par des rois, et sur lesquelles les Romains ne pouvaient avoir aucune prétention légitime , mais qu'il ne consentirait jamais qu’il mit le pied dans l’Asie Mineure , qui appartenait à la république, et à laquelle il avait renoncé par un traité solennel.
Quand celle réponse fut rapportée à Sli- (liridate , elle le jeta dans un grand étonné ment, et l'on assure qu’il dilâ ses arais:«Qurls « ordres ne nous donnera doue point Serlo- « rius quand il sera assis dans le sénat au « milieu de Rome, puisque aujourd’hui, con- « finé sur le rivage de l'Océan atlantique , il « prescrit des bornes à mt-s èlals , et nous u déclare la guerre si nous entreprenons quel- « que chose sur l’Asie! «Cependant il y eut un traité fait et juré entre eux qui portait que Mithridate aurait la Bilhynie et la Cappadoce: que pour cet effet Sertorius lui enverrait des troupes el un de ses capitaines pour les commander; et que de sou côté Mithridate donncrailà Sertorius trois mille talents comptant, et quarante galères.
Le capitaine que Sertorius lui envoya en Asie fut un des sénateurs bannis de Rome, et qui s’élaient retirés avec lui , nommé Marcus
1 Neuf million». = Trois mille laleuls pliilélcriei» . pic» de 30 millions. E II.
Marius , à qui Mithridate rendait de grands honneurs ; car , lorsque Marius , précédé de ses faisceaux de verges et de haches, entrait dans les villes, Mithridate le suivait, très-content de n’avoir que le second rang après lui , et de ne faire auprès de ce proconsul que la figure d'un allié puissant , mais inférieur. Telle était alors la grandeur romaine , que le nom seul de cette puissante république obscurcissait Téclatet le pouvoir des plus grands rois. Au reste , Mithridate trouvait son intérêt dans cette conduite. Marius , comme s'il eût été autorisé par le sénat et le peuple romain, déchargea la plupart des villes des taxes exorbitantes dont Syila les avait accablées, marquant expressément que c'était une grâce qu’elles recevaient de Serlorius, et qu’elles lui en avaient toute l’obligation. Une conduite si modérée et si habile lui Ht ouvrir les portes des villes sans le secours des armes , et le nom seul de Serlorius faisait plus de conquêtes que toutes les forces de Mithridate.
Nicomède *, roi de Bithynie, mourut cette année, et Ht le peuple romain son héritier. Son pays devint par là, comme je l'ai déjà dit, une province romaine. Mithridate forma bientôt la résolution de renouveler la guerre contra eux à cette occasion ; et il employa la plus grande partie de cette année à faire les préparatifs nécessaires pour la pousser avec vigueur. Il crut qu’après la mort de Sylla , et pendant les troubles qui agitaient la république, la conjoncture était favorable pour rentrer dans les conquêtes qu’il avait cédées.
Instruit par ses malheurs et par son expérience’, il bannit de son armée toutes ces armes dorées et enrichies de pierreries, qu’il commença à regarder comme la richesse du vainqueur, et non comme la force de ceux qui les portent. 11 fit forger des épées à la romaine, et des boucliers solides et pesants; lit amâs de chevaux plutôt bien faits et bien dressés que magnifiquement parés; assembla six vingt mille hommes de pied, armés et disciplinés comme l infanterie romaine, et seize mille hommes de cavalerie bien équipés pour le service , sans compter cent chariots à quatre che-
» An. M. 3929; av. J. C. 75. — Appiao. Bell. Milhritl. pag. 175.
1 Plut. In Lucul. pag. 496.
vaux , armés de longues faux. 11 arma aussi quantité de galères, où Ton ne voyait plus briller comme auparavant des pavillons dorés, mais qui étaient pleines de toutes sortes d’armes offensives et défensives, et prépara de grosses sommes d'argent pour la paye et l’entretien des troupes.
Mithridate avait commencé par s’emparer de la Paphlagonie et de la Bithynie. La province d’Asie , qui se trouvait épuisée par les exactions des partisansel des usuriers romains, pour se délivrer de leurs oppressions , se déclara pour lui une seconde fois. Telle fut la cause de la troisième guerre milhridatiquc , qui dura près de douze ans.
On envoya contre lui les deux consuls Luculle et Cotta', et Ton donna à chacun une armée. Lucullc eut dans son département l’Asie , la Cilicie et la Cappadoce ; l’autre , la Bithynie et la Propontide.
Pendant que Lucullc s’occupait à réprimer l’avidité et les violences des partisans et des usuriers, à rassurer les peuples dans le pays desquels il passait , cl à leur donner une bonne espérance pour l'avenir, Cotta, qui était déjà arrivé, crut que c’était pour lui un temps favorable, et qu’il devait profiter de l'absence de son collègue pour faire quelque action d’éclat. Il se prépare donc à combattre Mithridale. Plus on lui annonçait que Luculle approchait, qu’il était déjà dans la Phrygic, qu'il arriverait incessamment . plus il se hâtait de donner la bataille, se croyant déjà sûr du triomphe, et voulant empêcher son collègue d’y avoir part; mais il fut battu par terre et par mer. Dans le combat naval il perdit soixante de ses vaisseaux avec tout leur équipage ; et dans le combat de terre on lui tua quatre mille hommes de ses meilleures troupes, et il fut obligé de se renfermer dans la ville de Chalcédoine, sans espérance d’aucun autre secours que celui que lui voudrait donner son collègue. Tous les officiers de son armée , irrités contre la conduite téméraire et présomptueuse de Colla, tâchaient de persuader à Luculle d'entrer dans le Pont , que Mithridate avait laissé dépourvu, et où même on l’assurait qu’il trouverait tous les peuples disposés à la
• An. SI. 3VJ0; av. J C. 7».
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