DES ARTS LIBÉRAUX
Des ARTS LltÊRACX. IIOSNECRS RF.HDUA A CEUX HCI s'y SORT DISTISCCÊS.
Nous entrons dans l'examen des arts qu'on appelle libéraux, par opposition aux mécanique! ;■ parce que les premiers sont regardés comme plus nobles , dépendant davantage de l'esprit. Ces arts sont principalement l'architecture, la sculpture, la peinture, la musique.
Il est d'heureux siècles où les arts, aussi bien que les sciences, paraissent avec éclat, et jettent une grande lumière; mais, comme l’observe un historien', cet éclat et cette lumière s’obscurcissent bientût , et la durée de ces temps de perfection est ordinairement renfermée dans un assez court espace. Elle a été plus longue dans la Grèce que partout ailleurs. A ne commencer le règne des beaux arts qu'aux temps de Périclès , et à ne le conduire que jusqu’à la mort des premiers successeurs d'Alexandre (et l'on pourrait reculer plus loin ces deux époques de part et d’autre ) , cet intervalle aura été au moins de deux cents ans , pendant lesquels a paru une foule d'hommes illustres dans tous les arts.
On ne peut pas douter que les récompenses, l’honneur, l'émulation, n'aient beaucoup contribué à former ces grands hommes. Quelle ardeur pense-t-on que dut exciter en eux cette louable coutume qui régnait dans plusieurs villes de la Grèce, de donner en spectacle ceux qui réussissaient le mieux dans les arts , d’établir entre eux des disputes publiques , et de distribuer des prix aux vainqueurs , à la vue et avec les applaudissements de tout un peuple ?
La Grèce, comme on le verra bientôt, se crut obligée de rendre presque autant de respects au célèbre Polygnote , qu’elle aurait pu faire à Lycurgue et à Solon ; de lui prépare, des entrées magnifiques dans les villes où il avait fait quelques peintures , et d'ordonner ,
1 « Hoc idem evenisse grammallcls. plaslis, plctoriboa, o seulptoribus, quisqiiis temporum nolls insliteril , repe- « riel, et emincnlia cujusque operis nrclissimis temporum « clau«lris circumdata. » ( I’atkrc. lib. 1 , cap. 17. )
par un décret des amphietyons, qu'il serait défrayé aux dépens du public dans tous les lieux où il irait.
Quels honneurs les plus grands princes n’onlils point rendus, dans tous les siècles, à ceux qui sc sont distingués dans les arts ! Nous avons vu Alexandrc-le-Grand et Démétiius Poliorcète, oubliant leur rang , sc familiariser avec deux illustres peintres ' , et venir dans leur atelier rendre en quelque sorte hommage au rare talent et au mérite supérieur de ces hommes extraordinaires.
Charles-Quint. un des plus grands empereurs qui aient régné en Occident depuis Charlemagne, montra le cas qu’il faisait de la peinture lorsqu'il fit le Titien comte palatin ’, en t’honorant de la clef d’or, et de plusieurs autres marques de distinction.
Le roi François I", son illustre rival dans les actions de la paix aussi bien que dans celles de la guerre, enchérit de beaucoup sur lui, lorsqu'il dit aux seigneurs de sa cour en faveur de Léonard del Vinci1 * * 4, qui expirait entre scs bras : Vous avez tort de vous étonner de l'honneur que. je rends à ce grand peintre. Je puis faireenun jour beaucoup de seigneurs comme vous ; mais il n'y a que Dieu seul qui puisse faire un homme pareil à celui que je perds.
Des princes qui parlent et qui agisseut ainsi se font du moins autant d'honneur à eux-mêmes qu’à ceux dont ils relèvent et honorent le mérite. Il est vrai que les arts*, par l'estime qu’en témoignent les rois, acquièrent une noblesse et un éclat qui les illustrent et les élèvent; mais les arts, à leur tour, rendent aux rois un pareil service, et les ennoblissent aussi en quelque façon eux-mèmes, en immortalisant leur nom et leurs actions par des ouvrages qui passent jusqu'à la postérité la plus reculée.
Paterculus, que j’ai déjà cité sur le peu de durée qu’ont les arts quand ils sont arrivés à leur perfection , fait une autre remarque qui est bien vraie, et attestée par l’expérience, soit
1 A pelle H Prologène.
* Cav. Ridolpbl dans ta vie du Titien.
* Yasari dans ta vie de Léonard del Vinci.
4 «Dcptcluri, artequondam nobili, tune quum expe- « leretur à regibus populisque , et llfe» Habilitante, quos « dlgnata esset posteris trader*, a ( Pus. lib. 35, cap. t.)
des siècles reculés , soit des derniers temps ; c’est que les grands hommes' en tout genre, dans les arts, dans les sciences, dans la politique, dans la guerre , se trouvent ordinairement contemporains.
Qu'on rappelle en sa mémoire le temps où florissaient dans la Grèce les Apelle, les Praxitèle, lesLysippe, et d’autres pareils; c’est alors que vivaient ses plus grands philosophes, ses plus grands oraleurs et scs plus grands poètes. Socrate, Platon, Aristote, Dèmosthène, Isocrate, Thucydide, Xénophon, Eschyle, Euripide, Sophocle, Aristophane, Ménandre, et plusieurs autres, ont vécu à peu près dans le même siècle. Quels hommes, quels généraux grecs de ce temps-là ! Vit-on jamais rien de plus accompli?
Le siècle d’Auguste eut la même deslinée en tout genre. Sous celui de Louis-le-Grand , quelle fouie de grands hommes de toute espèce, dont les noms, les actions, les ouvrages, rendront cêlèb c à jamais le souvenir de ce glorieux règne !
Il semble qu’il arrive des temps où je ne sais quel esprit de perfection se répand généralement dans un même pays sur toutes les professions, sans qu’on puisse trop expliquer comment et pourquoi cela arrive de la sorte. On peut dire pourtant que tous les arts, tous les talents se tiennent par quelque endroit. Le goût de perfection est le même dans tout ce qui dépend du génie. Si la culture manque, une infinité de talents demeurent ensevelis. Lorsque le vrai goût se réveille, ces talents alors, tirant un secours mutuel les uns des autres, brillent d’une manière parliculièrc. Le malheur est que cette perfection même, quand elle est arrivée à son suprême degré, est un avant-coureur de la décadence des arts et des sciences, qui ne sont jamais plus près de leur ruine que quand ils en paraissent plus éloignés : tant il y a d’instabilité et de variation dans toutes les choses humaines!
• « Quii «blindé mirari potesl, quod cmincntiMima eu- « jusque profeisioniiingenia in carndemtormamet In idem « arclali letnporis * congruent spallum.» ( Patuc. lib. 1, cap IA. )
• Sic Liptins logil oro conffntms