‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 2)Chapitre 29 sur 178 · DE L'ARCHITECTURE · texte numérisé non relu

DE L'ARCHITECTURE

Il est hors de doute que le soin de bâtir des maisons a suivi de près celui de cultiver les terres, et que l'architecture n’est pas de beaucoup postérieure à l’agriculture. C'est pourquoi Théodorel appelle celle-ci la sœur aînée de l'architecture Les eicessives chaleurs de l’été, les rigueurs de l'hiver, l’incommodité des pluies, la violence des vents, ont bientôt averti l'homme de chercher des abris , et de se procurer des retraites qui lui servissent d'asile contre les injures de l’air.

D'abord ce n’étaient que de simples cabanes*, construites fort grossièrement de branchages d'arbre , et asser mal couvertes. Du temps de Yitruve, on montrait encore à Athènes, comme une chose curieuse pour son antiquité , les toits de l’Aréopage faits de terre grasse; et à Home, dans le temple du Capitole , la cabane de Romulus couverte de chaume.

11 y eut ensuite des bâtiments de bois , qui ont donné l’idée des colonnes et des architraves. Ces colonnes ont pris leur modèle sur les arbres qui ont d’abord été employés pour soutenir le faîte; et l’architrave n'est autre chose qu’une grosse poutre, comme son nom le porte , pour être mise entre les colonnes et le comble.

De jour en jour , à force de travailler aux bâtiments , les ouvriers devinrent plus industrieux , et leurs mains plus habiles. Au lieu de ces frôles cabanes, dont on s'était contenté dans les commencements, ils élevèrent sur des fondements solides des murailles de pierre et de brique , et les couvrirent de bois et de tuile. Dans la suite, leurs réflexions, fondées sur l'expérience, les conduisirent enfin à la connaissance des règles certaines de la proportion , dont le goût est naturel à l’homme , et dont l'auteur de son être a mis en lui des

* Theod. Oral. 4, de Provld. pag. 359.

• Vilruv. Hb. 1, cap. i. »

principes invariables qui devraient lui faire connaître qu’en tout il est né pour l'ordre. De là vient, comme le remarque saint Augustin ' , que , dans un bâtiment où toutes les parties ont un rapport mutuel entre elles et sont rangées chacune à leur place, cette symétrie frappe agréablement la vue, et fait plaisir; au lieu que, si les fenêtres, par exemple , sont mal disposées , que les unes soient plus grandes , les autres plus petites, les unes placées plus haut , les autres plus bas , ce dérangement blesse les yeux et semble leur foire une sorte d'injure : c’est l’expression de saint Augustin.

C'est donc par degrés que l’architecture est parvenue à ce point de perfection où les maîtres de l'art l'ont conduite. D’abord elle s’est renfermée dans ce qui était nécessaire à l’homme pour l’usage de la vie , ne cherchant dans les édifices que la solidité, la salubrité, la commodité. Il faut qu’une maison soit durable , qu’elle soit placée dans un endroit propre ft conserver la santé , et qu’elle ait toutes les commodités qu’on peut désirer. Ensuite l'architecture a travaillé à l'ornement et à la déco- [ ration des édifices, et appelé pour cela d'autres arts à son secours. Enfin , sont venues ta pompe, la grandeur, la magnificence, fort louables en plusieurs occasions , mais dont le luxe a bientôt fait un étrange abus.

L'Ecriture sainte nous parle d'une ville bâtie par Caïn * , depuis que Dieu l'eùt maudit pour avoir tué son frère Abel ; et c'est la première fois qu’il soit fait mention d’édifices dans l'histoire. Par lâ nous apprenons le temps et le lieu où l’architecture a pris son origine. Les descendants de Caïn , à qui la même Écriture attribue l’invention de presque tous les arts , portèrent sans doute celui-ci à une asser grande perfection. Ce qui est certain , c'est qu'après le déluge, les hommes, avant que de se séparer les uns des autres et de se disperser en différents pays delà terre, voulurent se signa-

1 « Itaque in hoc Ipso ediQcio singula bené concilie- « rantes, non possumus non ofTendi , quôd unum osiiurr.

« videmus, in lalcre, alierum propé in medio . nec lamen « medio coilocalum. Quippe in rebus fabricatis, nullé co- « gente necessilate, iniqua dimensio pariium farere ipri « ad.cpectui Tdul qnamdam videtur Injariam. • ( 8. Algcstih. de Ord. Hb. % cap. Il, n. 31.)

• Gcn. 4, 17.

«*»§> ÜO-

1er par un superbe bâtiment, qui attira encore sur eux la colère de Dieu. C'est donc l'Asie qui a été comme le berceau de l'architecture , où elle a pris naissance, où plie s'est beaucoup perfectionnée, et d’où ensuite elle s’est répandue dans les autres parties de l'univers.

Babylone et Ninive , les plus vastes et les plus magnifiques villes dont il soit parlé dans l'histoire , furent l'ouvrage de Nemrod , l’arrière-petit-fils de Noé , et le plus ancien des conquérants. Je crois bien qu'elles ne furent pas portées d'abord à cette prodigieuse magnificence qui depuis fit l'étonnement de l’univers; mais certainement elles étaient fort grandes et fort étendues dès lors , comme les noms 1 des autres villes bâties en même temps sur le modèle de la capitale le témoignent1.

La construction des fameuses pyramides , du lac de Mueris , du labyrinthe , de ce nombre considérable de temples répandus dans l’Egypte, et de ces obélisques qui font encore l'admiration et l'ornement de Rome, marque avec quelle ardeur et avee quel succès les Égyptiens s'étaient appliqués à l'architecture.

Cependant ce n'est ni à l’Asie ni à l'Égypte que cet art est redevable de ce degré de perfection où il est parvenu, et il y a lieu de douter si les bâtiments si vantés de l’une et de l'autre étaieul autant estimables par la justesse et la régularité que par l'énorme grandeur qui en faisaient peut-être le principal mérite. Les dessins que nous avons des ruines de Persépolis font voir que les rois de Perse, dont l'histoire ancienne nous vante si fort l'opulence, n’avaient à leurs gages que des ouvriers médiocres.

Quoi qu'il en soit, il parait , par lés noms mêmes des trois principaux ordres qui composent l’architecture , que c’est à la Grèce qu’on attribue , sinon l’invention , du moins ta perfection , et que c’est elle qui en a prescrit les règles et fourni les modèles. Il en faut dire autant de tous les autres arts et de presque toutes les sciences. Pour ne point parler ici des grands capitaines, les philosophes de toute secte, les poètes, les orateurs, les géomètres, les peintres, les sculpteurs, les architectes,

* Bret , v!*c long!». Itehoobt , ville large. Btien , la grande ville, selon l’hébreu.

* Ceo. 10, v. il et i*.

et généralement tout ce qui a rapport à l’esprit, est sorti de la Grèce; et c’est là qu’il faut encore aller, comme à l'école du bon goût en tout genre , pour se perfectionner.

Il est fâcheux qu'il ne nous reste aucun écrit des Grecs sur l’architecture. Les seuls livres que nous ayons d’eux sur cette matière , ce sont les ouvrages de ces vieux maîtres qu’on voit encore aujourd’hui en pied , dont la beauté universellement reconnue fait depuis prés de deux mille ans l’admiration de tous les connaisseurs : ouvrages infiniment au-dessus de tous les préceptes qu’ils auraient pu nous laisser , la pratique en tout étant préférable à la théorie'.

Au défaut des Grecs , Vitruve , auteur latin, viendra à mon secours. La qualilé'd'architecte de Jules-César et d'Auguste (car, selon la plus commune opinion, il était de leur temps) doit beaucoup faire présumer de l'excellence de son ouvrage et du mérite de l’auteur : aussi les critiques le mettent-ils au premier rang des grands esprits de l’antiquité. On peut ajouter à ce premier motif la réputation du siècle où il a vécu, où le bon goût régnait généralement pour tout , et où l’empereur Auguste se piqua d’embellir Rome par des bâtiments qui répondissent à la grandeur et à la majesté de l'empire ; ce qui lui fit dire 1 qu’ayant trouvé la ville bâtie de briques, il l’avait laissée presque toute de marbre. J’avais besoin d’un guide aussi éclairé que Vitruve dans une matière que j'ignore absolument. Je ferai grand usage des notes que M. Perrault a jointes à la traduction qu’il nous a donnée de cet auteur , aussi bien que des réflexions de M. de Chambrai dans son ouvrage intitulé , Parallèle de l'architecture antique et de la moderne , dont je vois que lesconnaisseurs font un grand cas ; et de celles de M. Féhbien, dans son ouvrage intitulé , de i Principe t de l’architecture , etc.

Les anciens avaient comme nous trois sortes d’architecture : la civile , la militaire , la navale. La première prescrit des règles pour tous les

» « In omnibus fort minus valent prscepta quant eipe- « rtmenta. » (Qui tain.. )

* • Urhem . ncque pro majestate imperll ornaum , et « Inundatlonibua ùtccudiisque üjmoium , eicoluit adeè ,

• ut jure ait glorlatui, marmoream se relinquere , quant

• laleriliam accepisiet. » ( Sexto*, m Aug. rap. 28.

édifices publics cl particuliers „ l'usage des citoyens dans la paix ; la seconde regarde la fortification des places, et tout ce qui a rapporté la guerre en ce genre; la troisième a pour objet la construction des vaisseaux , et tout ce qui en est la suite et y est attaché. Je ne parlerai ici que de la première , réservant & dire quelque chose ailleurs des deux autres, et je commencerai par donner une idée générale des différents ordres.

8 II. — Des trois ordres de (.‘architecture des

ü*ec*, El DES DEUX AUTRES QUI V ONT ÉTÉ AJOU- TÉS.

Le besoin qu’on a eu de construire diverses sortes de batiments a fait que les ouvriers ont aussi établi différentes proportions , afin qu’on en eût qui convinssent à toutes sortes d’édifices , selon leur grandeur et selon la force , la délicatesse et la beauté qu’on voulait y faire paraître; et de ces différentes proportions ils ont composé différents ordres.

Ordre , en terme d’architecture, se dit des divers ornements , mesures et proportions des colonnes et pilastres qui soutiennent ou qui parent les grands bâtiments.

11 y a trois ordres de l’architecture des Grecs: le dorique, l’ionique et le corinthien. On peut les appeler avec raison la (leur et la perfection des ordres, puisqu’ils contiennent non-seulement tout le beau , mais encore tout le nécessaire de l’architecture , n’y ayant que trois manières de bâtir, la solide, la moyenne et la délicate, lesquelles sont toutes parfaitement exprimées en ces trois ordres-ci.

A ces trois premiers ordres on en ajoute deux , qui sont latins , le toscan et le composite, bien éloignés du prix et de l’excellence des trois autres.

Ordre dorique.

On peut dire que l’ordre dorique a été la première idée régulière de l’architecture , et que , comme fils allié de cet art , il a eu l’honneur aussi d’étre le premier é bâtir des temples et des palais. L’antiquité de son origine est presque immémoriale ; néanmoins Vitruve 1 la rapporte , avec assez de vraisemblance ,

» Vilruï. lib. h , cap. I. . #

* un prince d’Achaïe nomme iVus , celui apparemment qui a donné son' nom aux Doriens, lequel, étant souverain du Péloponnèse, fit bâtir dans la ville d’Argos, à la déesse Junon, un superbe temple , qui fut le premier modèle de cet ordre. A l’imitation de ce temple, les peuples voisins en dressèrent plusieurs autres, dont le plus renommé fut celui que les habitants de la ville d'OIympie consacrèrent à Jupiter qui fut surnommé Olympien.

Le caractère essentiel et la qualité spécifique de l’ordre dorique est la solidité. Pour cette raison il doit être employé principalement aux grands édifices et aux magnifiques bâtiments, comme aux portes des citadelles et des villes, aux dehors des temples, aux places publiques et autres semblables lieux , où la délicatesse des ornements paratt moins convenir ; au lieu que la manière héroTque et gigantesque de cet ordre y fait merveilleusement bien son effet , et montre une certaine beauté mâle et naïve qui est proprement ce qu’on appelle la grande manière.

Ordre ionique.

Depuis qu'on eut vu des bâtiments réguliers, et ces fameux temples à la dorique, l’architecture n’en demeura pas longtemps â ces premiers essais ; l'émulation des peuples voisins la fit bientôt croître et arriver à sa per-, feclion. Les Ioniens furent les premiers rivaux des Doriens'; et comme ils n'avaient pas eu la gloire de l’invention, ils lâchèrent d'enrichir sur les auteurs. Considérant donc que la figure du corps d’un homme, tel , par exemple , qu’était Hercule, sur laquelle on avait formé l’ordre dorique, était d’une taille trop robuste et trop massive pour convenir aux maisons sacrées et à la représentation des choses célestes , ils en voulurent composer un à leur mode , et choisirent un modèle d’une proportion plus délicate et plus élégante , qui était le corps d’une femme, ayant plus d'égard & la beauté qu’à la solidité de l’ouvrage , auquel ils ajoutèrent beaucoup d’ornements.

Entre les temples célèbres, bâtis par le peuple d'Ionie , le plus mémorable , quoiqu’il ne

* Y'Hniv. lib. I, cap. 1.

soit pas le plus ancien, est le fameux temple de Diane, construit à Ephèse, dont il sera bientôt parlé.

Ordre corinthien.

C’est à Corinthe qu'a pris nnissance l’ordre corinthien , qui est le plus haut degré de perfection où l’architecture ait jamais monté. Quoiqu’on ne sache pas précisément son antiquité, ni le temps précis où vivait Callimaque. à qui Yitruve en attribue toute la gloire , on peut néanmoins juger, par la noblesse de ses .ornements , qu'il fut inventé pendant la m«- Jgniflcence et la splendeur de Corinthe, et bien tôt après l’ordre ionique ', auquel il est fort semblable, à la réserve du chapiteau seulement; une espèce de hasard y donna lieu. Callimaque ayant vn, en passant près d'un tombeau, un panier que l’on avait mis sur une plante d’acanthe, fut frappé de l’arrangement fortuit et du bel effet que produisaient les feuilles naissantes de cet acanthe qui environnaient le panier ; et quoique le panier avec l'acanthen’eussent aucun rapport naturel avec le chapiteau d’une colonne et avec un bâtiment massif, il en imita la manière dans les colonnes qu’il fit depuis â Corinthe , établissant et réglant sur ce modèle les proportions et les ornements de l’ordre corinthien.

Ce Callimaque fut appelé par les Athéniens xatiriytt; , habile et excellent dans l’art’, à cause de la délicatesse et de l’habileté avec laquelle il taillait le marbre; et selon Pline et Pausanias, il futaussi appelé parce

qu’il n’était jamais content de lui-méme , et ne cessait de retoucher ses ouvrages , dont il était toujours mécontent , parce que , plein des idées supérieures du beau et du grand , il trouvait que l'eiécution n’y répondait pas assez : semper calunmialor sut , tire finem habens diligentias , dit Pline.

Onlrc toscan.

L’ordre toscan , selon l'opinion commune , a pris son origine dans la Toscane, dont il

1 Vilruv. lib. 1 , rap. t.

* l’iin. lib. 31, cap. 8. — Pausen. lib. I, psg. 48.

ni.

garde encore le nom. De tous les ordres il est le plus simple et le plus dépourvu d’ornements; il est môme si grossier, qu’on le met rarement en usage, si ce n'est pour quelque bâtiment rustique, où il n'est besoin que d’un seul ordre, ou bien pour quelque grand édifice, comme d’un amphitéâtre, ou pour d'autres ouvrages semblables.

M. de Chambrai estime que la colonne toscane, sans aucune architrave, est la seule pièce qui mérite d’étre mise en œuvre, et qui peut rendre cet ordre recommandable. Il en apporte pour exemple la colonne trajane, un des plus superbes restes de la magnificence romaine, qu’on voit encore aujourd'hui en pied, et qui a plus immortalisé l'empereur Trajan que toutes les plumes des historiens n'auraient pu faire. Ce mausolée, si l’on peut le nommer ainsi , lui fut érigé par le sénat et par le peuple romain, en reconnaissance des grands services qu’il avait rendus a sa patrie ; et afin que la mémoire en tôt présente à tous les siècles , et qu’elle durât autant que l'empire, ils voulurent qu’on les gravât sur le marbre, du plus riche style qui ait jamais été employé. L’architecture fut l’historiographe de cet ingénieux genre d'histoire ; et parce qu'elle devait préconiser un Romain, elle ne se servit pas des ordres grecs . quoiqu’ils fussent incomparablement plus parfaits, et plus en usage dans l’Italie même que les deux autres, originaires du pays; de peur que la gloire de ce monument admirable ne se trouvât en quelque façon partagée , et pour faire voir aussi qu’il n’y a rien de si simple que l’art ne sache perfectionner. Elle choisit donc la colonne de l’ordre toscan, qui jusque alors n’avait eu place que dans les choses grossières et rustiques; et de celle masse informe elle en lit naître le plus riche et le plus noble chef-d'œuvre du monde , que le temps a épargné et conservé tout entier jusqu'à présent , au milieu d’une infinité de ruines dont Rome est remplie. C'est en effet une espèce de merveille dé voir que le Colysée , le théâtre de Marcellus, ces grands Cirques ; les thermes de Dioclétien , de Caracalla et d’Aulonin ; ce superbe mole de la sépulture d'Adrien , le septizonc de Sévère , le mausolée d’Auguste , et tant d’autres édifices qui semblaient être bâtis

Digitizec

pour l'éternité , soient maintenant si caducs et si délabrés , qu’à peine peut-on remarquer leur ancienne forme ; pendant que la colonne Irnjane , dont la structure paraissait beaucoup moins durable , subsiste encore en son entier.

Ordre composite.

L’ordre composite a été ajouté aui autres par les Romains. Il participe et est composé de l'ionique et du corinthien, ce qui l’a fait appeler composite ; mais il est encore plus orné que le corinthien. Yitruvc , le père des architectes , n’en parle point.

M. de Chambrai s'élève beaucoup contre le mauvais goût des compositeurs modernes, lesquels , parmi tant d'exemples de l’incomparable et unique architecture des Grecs , quittant le droit chemin que ces grands maîtres leur ont ouvert , prennent une route détournée , et se livrent aveuglément au mauvais génie de l’art , qui est venu s'introduire entre les ordres sous le nom de composite.

Architecture gothique.

Ou appelle architecture gothique celle qui est éloignée des proportions antiques , et qui est chargée d’ornements chimériques. Les Goths l’ont apportée du Nord.

On distingue deux architectures gothiques : l’une ancienne, et l'autre moderne. L'ancienne est celle que les Goths ont apportée du Nord dans le cinquième siècle. Les édifices construits selon la gothique ancienne étaient massifs, pesants et grossiers. Les ouvrages de la gothique moderne étaient plus délicats , plus déliés, plus légers, et d’une hardiesse de travail à donner de la surprise. Elle a été longtemps en usage, surtout en Italie. Il est étonnant que l’Italie , remplie de tant de monuments d'un goût exquis, ait quitté son architecture excellente , autorisée par l’antiquité, par le succès, par la possession, pour en adopter une barbare, étrangère , confuse , irrégulière , peu gracieuse. Mais elle a réparé cette faute en retournant la première à l’ancienne manière , qui est l'unique partout au-

jourd'hui. La gothique moderne a duré depuis le troisième siècle jusqu'au rétablissement de l’architecture antique dans le seizième siècle. Toutes les anciennes cathédrales sont d'une architecture gothique. Il y a quelques églises très-anciennes , construites à la pure manière du goût gothique, qui ne manquent ni de solidité ni de beauté, et qui sont encore admirées des plus habiles architectes, à cause de quelques proportions générales qui s'y trouvent.

Une estampe des cinq ordres d’architecture dont j’ai parlé mettra les jeunes gens, que je ne perds point de vue , en étal d'en avoir quelque idée. Je la ferai précéder de l'explication des termes de l’art, que M. le Camus, membre de l’académie des sciences , et professeur et secrétaire de l’académie d'architecture, a bien voulu faire exprès pour mon ouvrage. Je l'ai prié de l’abréger beaucoup , ce qui la rend moins complète.

8 III. — Explication ors t rimes di l ait qcs en-

tout DANS LES CINQ ONDEES D'ABCHITECTDBE.

Chez les Grecs, un ordre était composé de colonnes et d’un entablement. Les Romains ont ajouté des piédestaux sous les colonnes de la plupart des ordres , pour en relever la hauteur.

La colonne est un pilier rond, fait pour soutenir ou pour orner un b&timent.

Toute colonne, si l’on en excepte la dorique, à laquelle les Romains ne donnaient point de base, est composée d’une base , d’un fût et d’un chapiteau.

La bas e est la partie de la colonne qui est au-dessous du fût, et qui pose sur le piédestal, lorsqu'il y en a. Elle a une plinthe , qui est une pièce plate et carrée comme une brique, appelée en grec jrlivSot , et des moulures , qui représentent des anneaux dont on liait le bas des piliers pour les empêcher de se fendre. Ces anneaux se nomment fores quand ils sont gros, et astragales quand ils sont petits. Les tores laissent ordinairemeut entre eux des intervalles creusés en rond, que l’on nomme seolies ou trochiles.

Le fût de la colonne est la partie ronde et unie qui s'étend depuis la base jusqu’au chapiteau. Celte partie de la colonne est plus

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