CHAPITRE II
DES SléGES DE VILLE.
Les anciens ne se sont pas moins distingués dans l’art de former et de soutenir des sièges que dans celui de faire la guerre en pleine campagne. On convient qu’ils ont porté ce» deux parties de la science militaire à un trèshaut degré de perfection , sur lequel il était difficile aux modernes de pouvoir enchérir. L’usage récent des mousquets , des bombes , des canons, et des autres armes à feu , depuis l’invention de la poudre , a fait changer plusieurs choses dans la manière de faire la guerre, surtout par rapport aux sièges de villes , dont la durée a été beaucoup abrégée par ce moyen. Mais ces changements n'ont pas été si considérables qu’on se l’imagine ordinairement, et ils n'ont rien ajouté à la gloire ni & la capacité des généraux.
Pour traiter avec quelque ordre ce qui regarde les sièges, je dirai d’abord un mot de la manière dont étaient faites les fortifications des anciens, puis je donnerai quelque idée des principales machines de guerre dont ils se servaient dans les sièges ; enfin, je passerai à l'al-
taque et è la défense des places. M. le chevalier Foilard a traité toutes ces parties avec beaucoup d'étendue dans les second et troisième volumes de ses Remarques sur Polybe, et m’a servi de guide dans une matière où j’avais besoin d’étre conduit par un homme du métier, qui fût habile et expérimenté.
, A ut I. — Des ascievses voetificatioss.
Quelque loin qn’on remonte dans l’antiquité , on trouve chez les Grecs et chez les Romains les villes fortifiées à peu près de la même manière, avec leurs fossés, leurs courtines, et leurs tours. Vitruve1, en traitant de la construction des places de guerre de son temps, dit que les tours doivent s’avancer hors le mur, aGn que, lorsque les ennemis s’en approchent, ceui qui sont à droite et à gauche leur donnent dans le flanc , et qu’elles doivent être rondes et à plusieurs pans, parce que celles qui sont carrées sont bientôt ruinées par les machines de guerre et par les béliers, qui en rompent aisément les angles. 11 ajoute , après quelques autres remarques, qu’il faut que près des tours le mur soit coupé en dedans de la largeur de la tour, et que les chemins ainsi interrompus ne soient joints et continués que par des solives posées sur les deux extrémités sans être attachées avec du fer, afin que , si l’ennemi s’est rendu maître de quelque partie du mur, les assiégés puissent ôter ce pont de bois, et l’empêcher ainsi de passer aux autres parties du mur, cl dans les tours.
Les meilleures places des anciens étaient sur des hauteurs. On les environnait quelquefois de deux et de trois enceintes de murailles et de fossés. Bérose9 cité par Josèphe, nous apprend que Nabuchodonosor fortifia Babylone d une triple enceinte de murs de brique d’une force et d’une élévatiou surprenantes. Polybe s, en parlant de Syringe , capitale d’Hyrcanie, dont Antiochus forma le siège, dit que cette ville était entourée de trois fossés, larges chacun de quarante-cinq pieds, et profonds de plus de vingt-deux, sur les deux bords
* VilruY. lib.f, cap. 5.
* Joseph, contra Apion. lib. 1. ( 8 10.)
» Polyb. lib. 10, pag. 601.
desquels il y avait doubje retranchement , et au delà une forte muraille. La ville de Jérusalem, dit Josèphe ‘, était enfermée par un triple mur, excepté du côté des vallées, où il n’y en avait qu’un, à cause qu’elles sont inaccessibles. On y avait ajouté plusieurs autres ouvrages, un entre autres dont Josèphe dit que, s’il eût été mis en sa perfection , la ville aurait été imprenable. Les pierres dont il était construit avaient trente pieds de long sur quinze de large , ce qui le rendait si fort , qu’il était comme impossible de le saper, ni de l’ébranler par des machines. Tout cela était flanqué de tours d’espace en espace , d'une épaisseur extraordinaire , et bâti avec un art merveilleux.
Les anciens ne terrassaient pas ordinairement leurs murailles, ce qui rendait les attaques d’insulte plus dangereuses : car bien que l’ennemi eût gagné quelque endroit du dessus, il ne pouvait pas encore s’assurer d’être le maître de la ville. Il fallait descendre , et se servir d’une partie des échelles par lesquelles on était monté; et celte descente exposait les soldats à un fort grand danger. Vitruve 9 cependant remarque qu’il n’y a rien qui rende les remparts plus fermes que quand les murs, tant des courtines que des tours , sont soutenus par de la terre ; car alors, ni les béliers, ni les mines, ni toutes les autres machines, ne les peuvent ébranler.
Los villes de guerre des anciens n’étaient pas toujours fortifiées de murs de maçonnerie. On les fermait quelquefois de bons remparts de terre , qui avaient beaucoup de fermeté et de solidité. Le gazonnage ne leur était pas inconnu, non plus que l'art de soutenir les terres par des fascinages assurés et retenus par des piquets, et d’armer le haut du rempart d’une fraise de palissades qui régnait autour, et d’une autre sur berme : et souvent ils en plantaient dans le fossé pour se défendre contre les attaques d’insulte.
On faisait aussi des murs île poutres étendues en long, et traversant les unes sur les autres , avec quelques espaces entre elles en manière d’échiquier, et dont les vides étaient remplis de terres et de pierres. Telles étaient
1 Joscpb. Bell. Juii. lib. 5, cap. 4.
« VUruve, lib. 4, cap. 5.
à peu près les murailles de la ville de Bourges, dont César fait la description dans son septième livre de la guerre des Gaules.
Ce que je dirai dans la suite, en expliquant la manière d'attaquer et de défendre les places, fera connaître plus sensiblement quelles étaient les fortifications des anciens. On prétend que les modernes, sur ce point, l'emportent de beaucoup sur eux. La chose n’est pas si incontestable , quelle ne puisse être révoquée en doute. On ne peut point ici faire de comparaison, parce que les moyens d'attaque et de défense sont entièrement différents. Les modernes ont retenu des anciens tout ce qu'ils ont pu. Le feu les a obligés de prendre d'autres précautions. Le même génie règne dans les uns et dans les autres. Les modernes n’ont rien imaginé que les anciens eussent pu employer, et qu'ils n'aient point mis en usage. Nous avons emprunté d'eux la largeur et la profondeur des fossés, l’épaisseur des murailles, les tours pour flanquer les courtines, les palissades , les retranchements derrière les remparts et les tours ; l’avantage de se procurer beaucoup de flancs, et la fortification aujourd’hui ne consiste qu’à multiplier les flancs ; ce que l’on peut faire plus facilement à cause des armes à feu. J’entends faire ces remarques à des personnes habiles et sensées, qui joignent à une profonde étude de la manière dont les anciens faisaient la guerre une parfaite connaissance de celle dont on la fait aujourd'hui.
A»t. II. — Dis machines mgci iie.
Les machines les plus ordinaires et les plus connues cher les anciens pour le siège des villes sont, la tortue, la catapulte, la baliste, la grue , le bélier, les tours mobiles.
g I. — La roiitii.
La tortue était une machine composée d’une grosse charpente très-solide et très-forte '. Sa hauteur, jusqu'aux sablières d’en haut , sur lesquelles était appuyé le comble, était de
• Vilruv lib. 10, cap. 20, etc.
douze pieds La base en était carrée, et chaque face de vingt-cinq pieds. Elle était couverte d’une espèce de matelas piqué, et composé de peaux crues, préparées avec différentes drogues pour la mettre en sûreté contre les feux qu'on pouvait lancer dessus. Cette lourde machine était soutenue sur quatre roues, ou peutêtre sur huit. On l’appelait tortue , parce qu'elle servait de couverture et de défense très-forte cl très-puissante contre les corps énormes qu'on jetait dessus ; et ceux qui étaient dessous s’y trouvaient en sûreté , de même que la tortue l’est dans son écaille. Elle servait également pour le comblement du fossé et pour la sape.
Pour le comblement du fossé, il fallait qu’on en joignit plusieurs ensemble , à côté et fort prés les unes des autres, et sur une même ligne. Diodore de Sicile , parlant du siège d’Halicarnasse par Alexandrc-le-Grand ' , dit que ce conquérant fit d’abord approcher trois tortues pour combler le fossé de la ville, et qu’il fit alors avancer ses béliers sur le comblement pour battre en brèche. Il est souvent parlé de cette machine dans les auteurs. Il y en avait sans doute de différentes formes et de différentes grandeurs.
On croit que la machine appelée musculus, dont César Gt usage au siège de Marseille , était aussi une tortue, mais fort basse, et d'une très-grande longueur* : on l'appellerait aujourd’hui une galerie de charpente. Il y a apparence que sa longueur était égale à la largeur du fossé. César la Ut pousser jusqu'au pied des murailles pour les ruiner par la sape. Souvent néanmoins César distingue la tortue du muscule.
Il y a encore plusieurs autres machines destinées à couvrir les soldats , appelés craies , plutei , xsincœ , etc. , dont on faisait usage dans les sièges de ville , que je n’entreprends point de décrire ici , pour éviter une ennuyeuse longueur. On peut les comprendre en général sous le nom de mantelels.
Outre la tortue, machine de bois dont j'ai parlé, il y en avait une autre composée de soldats, qui peut être mise au nombre des machines de guerre. Plusieurs soldats ramassés
• DM. lib. 17. pap. ii07.
* Ces. in Bell. cir. lib. 2.
ensemble mettaient leurs grands boucliers, qui avaient la forme d’une tuile à canal, les uns. contre les autres par-dessus leurs têtes. Bien dressés & cet exercice , ils formaient un toit si bien composé et si ferme , que , quelque effort que les assiégés pussent faire, ils ne pouvaient ni le rompre ni l’ébranler. On faisait monter, sur la première tortue, des soldats qui en faisaient une seconde ; et par ce moyen ils égalaient quelquefois la hauteur des murs de la ville qu’ils assiégeaient.
g il. — Catamjit*. Baust*.
Je joins ensemble ces deux machines , quoique les auteurs les distinguent ; mais souvent aussi ils les confondent, et il serait difficile d’en marquer au juste la différence. Elles étaient également destinées à lancer des traits, des flèches, des pierres. Il y en avait de diverses grandeurs, et qui, par cette raison, produisaient plus ou moins d’effet. Les unes servaient 'pour les batailles 1 * * , et pourraient être appelées dts piècet de campagne ; les autres étaient employées aux sièges , et c’était l’usage le plus ordinaire qu’on en faisait. 11 fallait que les balistes fussent plus pesantes et plus difficiles à voiturerque les catapultes ; car celles-ci , dans les armées , étaient toujours en plus grand nombre que les premières. Tite- Live, dans la description qu’il fait du siège de Carthagène*, dit que l’on prit près de six-vingts grandes catapultes , et plus de deux cent quatre-vingts petites , trente-trois grandes balistes, et cinquante-deux petites*. Josèphe marque la même différence par rapport aux Romains, qui avaient au siège de Jérusalem trois cents catapultes et quarante balistes.
Ces machines avaient une force que nous avons de la peine & comprendre , mais qui est attestée par tous les bons auteurs.
Végèce 4 dit que la batiste poussait des traits avec tant de rapidité et de violence , qu'elle
1 * Magoltudine eilmii quinte décima legtonls ba- < llsu ingeoübui Hits bustllcm idem proruebat. s (Tac. Bill. lib. 3. cep. 23.)
• Lie. lib. 26, d. *7.
> Joseph lib. 5, cap. 9.
• Veget. lib *. cep. 22.
brisait tout ce qu’elle rencontrait. Athénée marque qu’Agésistrate en fit une d'un peu plus de deux pieds seulement de longueur, qui jetait des traits jusqu’à l’espace de près de cinq cents pas, et une autre de trois pieds environ, qui portait à plus de cinq cents pas. Ces. sortes de machines ressemblaient assez à nos arbalètes. Il y eu avait de bien plus fortes , et qui lançaient à plus de cent vingt-cinq pas des pierres de trois cents livres pesant, et même plus
On voit des effets surprenants de ces machines dans Joséphe *. « Les traits , dit-il, et la a violence des catapultes, faisaient périr bien a des gens. Les pierres poussées par les mao chines faisaient sauter les créneaux , et rom- « paient les angles des (ours. Il n’y avait point « de phalange si profonde dont une de ces « pierres n’emportât toute une file d’un bout « jusqu'à l’autre. Il se passa celte nuit des cho- « ses qui taisaient voir la force prodigieuse de « ces machines. Un homme, qui était à côté « de Josèphe , reçut un coup de pierre qui lui « emporta la tête. Celte pierre était lancée « par une machine distante de trois cent soi- « xanle-quinze pas. »
g III. — Le if ion
L’usage du bélier est fort ancien , et l’invention en est attribuée à divers peuples, fl paraît- difficile, cl assez indiffèrent d’en découvrir l’auteur.
Le bélier était ou suspendu , ou non suspendu.
Le bélier5 suspendu était composé d’une poutre d’un seul brin de bois de chêne , assez semblable à un mât de navire, d’une longueur et d’une grosseur prodigieuse, dont le bout était armé d’une tête de fer fondu proportionnée au reste , et de la figure de celle d’un bélier ; ce qui lui fit donner ce nom , à cause qu’elle heurte les murailles comme le bélier fait de sa tête tout ce qu’il rencontre. Ce bélier devait être d’une grosseur conforme à sa longueur. Vilruve donne i celui dont il parle
* Vitruv. lib. 19, cap. ultim.
* Joseph. Bell. jud. lib. 3. cap. 17.
> VUruv. Ilb. 10, cap 21.
quatre mille talents de pesanteur, c'est-à-dire quatre cent quatre-vingt raille livres 1 , ce qui n'est pas exorbitant. Cette terrible machine était suspendue et balancée en équilibre , comme la branche d’une balance , avec une chaîne ou de gros câbles , qui la soutenaient en l’air dans une espèce de bâtiment de charpente , qu'on faisait avancer sur le comblement du fossé, à une certaine distance du mur, par le moyen de rouleaux ou de plusieurs roues. Ce bâtiment était mis en sûreté contre le feu des assiégés par différentes couvertures dont il était environné. Cette manière de faire agir le bélier parait la plus aisée, et ne demande pas de grandes forces mouvantes. Il n’en faut pas de considérables pour mouvoir tout corps suspendu en l’air, quelque pesant qu'il puisse être.
Mais il n'est pas si aisé de comprendre comment on faisait le transport de ces béliers : car il ne faut pas s'imaginer qu'on pût trouver des poutres d’une si immense grosseur et d'une longueur si extraordinaire partout où l’on en avait besoin ; et il es! certain que les armées ne marchaient jamais sans ces sortes de machines. M. le chevalier Follard, au défaut de lumières qu’il ne trouve point dans les écrivains de l'antiquité , imagine qu'on transportait la poutre bélière sur un chariot à quatre roues d'une construction particulière , composé d’une charpente très-forte , et la poutre suspendue court sur un fort montant , puissamment soutenu de toutes les pièces de charpente capables de résister aux plus grands efforts , le tout retenu et bandé par de fortes lames et des équerres de’ fer.
U y avait une autre sorte de bélier qui n'était point suspendu. On voit sur la colonne trajane les Daces qui assiègent quelques Romains dans une forteresse, et qui poussent un bélier à force de bras. Ils sont à découvert, en sorte que tant le bélier que ceux qui le poussent sont exposés aux traits des assiégés. Il ne pouvait pas , de cette manière , produire un grand effet.
On doute si les béliers , placés sur des tours mobiles ou dans une espèce de tortue , étaient suspendus ou non ; et il y a de fortes raisons
La livre romaine était moins forte que la nôtre de près d'un quart. = Quatre mille talents de pesanteur. — 130 000 kilogrammes. E. U.
pour et contre. Mon plan ne me permet pas d'entrer dans cet examen.
Je rapporterai bientôt les effets prodigieux du bélier. Comme c’était la machine la plus pernicieuse aux assiégés , on inventa bien des manières ponr la rendre inutile On lançait du feu contre le toit qui la couvrait et contre la charpente qui la soutenait , pour la brûler avec le bélier. Pour amortir les coups qu'il portait, on suspendait des sacs de laine à l'endroit où il devait frapper. On opposait au bélier d'autres machines pour en rompre la force, ou en détourner la pointe lorsqu’il viendrait avec violence. 11 y avait beaucoup d’autres manières d’en empêcher l'effet. On en peut voir quelques-unes dans les sièges quej'ai indiqués au commencement de ce paragraphe. On raconta une action surprenante d’un Juif* qui, au siège de Jotapat, jeta une pierre d’énorme grandeur sur la tête du bélier avec tant de violeoce, qu'il la détacha de la poutre et la fit tomber. Il sauta ensuite du mur en bas , alla prendre cette tête au milieu des ennemis et la. porta sur le mur. Il reçut dans son corps cinq flèches qui le percèrent, et, malgré ces blessures, il se tint encore hardiment sur le mur, jusqu'à ce que, perdant son sang et ses forces, il tomba en bas du mur avec la tête du bélier , qu’il ne voulut jamais quitter.
| IV. — Tous hobii.es.
Végèce fait une description de ces tours qui en donne une idée assex claire *. Les tours ambulatoires, dit cet auteur, sont faites d'un assemblage de poutres et de forts madriers assex conformes à une maison. Pour les garantir| contre le danger des feux lancés par ceux de la ville, on les couvre de peaux crues, ou de pièces d’étoffes faites de poil. Leur hauteur se proportionne à celle de leur base. Elles ont quelquefois trente pieds en carré , et quelquefois quarante ou cinquante. Elles sont si hautes qu’elles surpassent les murailles, et même les tours des villes. Elles sont appuyées sur plusieurs roues, selon les règles de la mécanique, par le moyen desquelles on fait mouvoir facile-
* Veget. Ilb. 4. cip. 43.
> Joseph, de Bell. jud. Ilb. S, cap. 16.
> Vegel. de Re mllll Ilb. 7, cap. 17.
ment la machine, quelque grande qu’elle puisse être. La ville est en extrême danger, si l’on peut approcher la tour jusqu’à la muraille ; car elle a plusieurs escaliers pour monter d'un étage à l'autre, et fournit différentes façons d’attaque. Il y a en bas un bélier pour battre en brèche, et sur l'étage du milieu un pontlevis composé de deux poutres, avec ses garde-fous garnis d’un tissu d’osier, qui s’abat promptement sur le mur de la ville lorsqu'on en est à portée. Les assiégeants passent sur ce pont, et se rendent maîtres du mur. Sur les étages plus hauts, il y a des soldats armés de pertuisanes, et des gens de trait qui tirent d’en haut continuellement sur les assiégés. Quand les choses en sont là, ta ville ne tient pas longtemps; car, que peut-on espérer, lorsque ceux qui avaient mis toute leur confiance dans la hauteur de leurs remparts en voient tout à coup paraître un autre qui les domine ?
AaT. III. — Attaque et défense des places.
Je joins ensemble l’attaque et la défense des places , pour abréger cette matière , qui , par elle-même , a beaucoup d’étendue. Je n’en traiterai même que les parties les plus essentielles, et le ferai le plus brièvement qu’il me sera possible.
| i. — Lignes db circonvallation et de contrb-
V ALLAT ion.
Lorsque les villes que l’on assiégeait étaient extrêmement fortes et peuplées, on les environnait par un fossé et un retranchement contre les assiégés, et par un autre fossé en dehors, du côté de la campagne, contre les troupes qui pourraient venir au secours de la ville ; et c’est ce qu'on appelle lignes de contrevallation et de circonvallation. Les assiégeants établissaient leur camp entre ces deux lignes. Celles de contrevallation étaient contre la ville assiégée , les autres contre les entreprises du dehors.
Quand on prévoyait que le siège devait traîner en longueur, souvent on le changeait en blocus; et pour lors les deux lignes dont je parle étaient des murs solides d'une forte maçonnerie,
et flanqués de tours d'espace en espace. On en voit un exemple bien sensible dans le siège de Platée par les Lacédémoniens et les Thèbains, ' dont Thucydide nous a laissé une longue description '. « Les deux lignes environnantes « étaient composées de deux murailles, à seize « pieds de distance, et les soldats logeaient a dans cet intervalle, qui était distingué par « chambres; de sorte qu’on eût dit que ce « n’était qu’un seul mur, avec de hautes (ours a d’espace en espace, qui occupaient tout cet « entre-deux, pour pouvoir se défendre en a même temps contre ceux du dedans et con- « tre ceux du dehors. On ne pouvait faire le « tour des chambres qu'en passant à travers « les tours, et le haut de la muraille était bordé « d’un parapet de bois d’osier... Il y avait un « fossé de part et d’autre, dont la terre avait o servi pour faire la brique du mur. » C'est ainsi que Thucydide décrit ces deux murs environnants, qui n’étaient pas d'une grande circonférence, parce que la ville était fort petite. J'ai exposé ailleurs assez au long l'histoire de ce siège, ou plutôt de" ce blocus *, fort célèbre dans l'antiquité, et j'ai marqué comment, malgré ces fortifications, une partie de la garnison se sauva.
Le camp de l'armée romaine devant Numance embrassait une bien plus grande étendue de terrain s. Cette ville avait vingt-quatre stades decircuit, c’est-à-dire une lieue. Scipion, l'ayant investie , fit tirer une circonvallation qui devait embrasser plus de deux fois autant de terrain que l’enceinte de la ville. Lorsque cet ouvrage fut fait, on ouvrit une autre ligne contre les assiégés, à une distance raisonnable de la première, composée d'un rempart de huit pieds d’épaisseur sur dix de hauteur, qu’on garnit d’une bonne palissade. Le tout était flanqué de tours à cent pieds l'une de l'autre. Nous avons de la peine à comprendre ces immenses travaux des Romains, une ligne de circonvallation qui a plus de deux lieues decircuit : mais rien n’est plus constant que ces faits. Avançons maintenant vers la place
■ Thucyd. lit). 2. pag. 147, etc.
> Torn. I. pag. SOU de cette idtitoa.
» Applan. In Iber. pag. 306.
g II. — Amocau cr camp as cour»