DES GRAMMAIRIENS, DES PHILOLOGUES, DES RHÉTEURS, DES SOPHISTES
AVANT-PROPOS
Noos gommes enfin arrivés aux arts et aux sciences qui dépendent purement de l'esprit , et qui sont destinés à l’enrichir de toutes les connaissances propres à instruire l’homme , à en perfectionner la plus noble partie , & lui former l’esprit et le cœur, en un mot , à le mettre en étal de remplir les divers emplois où ta divine Providence l’appellera : car, il ne faul pas s’y tromper, le but des sciences n’ésl point de devenir savant uniquement pour soi, ni de satisfaire une inquiète et stérile curiosité, qui nous entraîne par un plaisir séduisant d'objets en objets, mais de contribuer, chacun en sa manière, à l'avantage commun de la société. Rorner son travail et ses éludes à sa propre satisfaction , et se concentrer en soi-méme, c'est ignorer que l’homme fait partie d’un tout auquel il doit se rapporter, et dont la beauté consiste essentiellement dans l'union et l’harmonie des parties qui le composent , et qui toutes, quoique par des voies différentes, tendent à la même fin , qui est l'utilité publique.
C'est dans cette vue que Dieu distribue aux hommes divers talents et diverses inclinations, qui sont quelquefois si marquées et si fortes, qu'il csL presque impossible d’y résister. On sait quel penchant le fameux M. Pascal eut pour la géométrie dès la plus tendre enfance, et quels merveilleux progrès il y fil par la seule ut.
force de son génie, malgré le soin que son père avait pris de lui en cacher tous les instruments, et tous les livres qui pouvaient lui en donner quelque idée. Je pourrais rapporter un grand nombre de pareils exemples dans chaque art et dans chaque science.
Une suite et un effet de ces inclinations naturelles, qui annoncent presque toujours les grands talents, sont l'application persévérante que les savants donnent à certaines études, souvent abstraites et difficiles, quelquefois même désagréables et ennuyeuses, dans lesquelles pourtant ils trouvent un plaisir secret, qui les y attache par une force presque invincible. Qui peut douter que ce plaisir ne soit comme un attrait et un appât que la Providence joint à certains travaux rudes et pénibles pour leur en adoucir l’âpreté , et pour leur faire surmonter avec courage des obstacles qui les rebuteraient têt ou tard, s’ils n’ètaient passionnés pour leur objet, et possédés par un goût supérieur à tout?
Mais ne voit-on pas aussi que le dessein de Dieu, en partageant avec une diversité si étonnante les talents et les inclinations, a été de mettre les savants en état d'être utiles à la société en général, et de lui procurer tous les secours qui dépendent d'eux? Et quoi de plus honorable et de plus flatteur pour eux , s'ils entendent bien leur véritable gloire, que de se voir choisis entre tous les hommes pour être les ministres et les coopérateurs des soins de la divine Providence sur le genre humain dans
ce qu’elle n de plus grand et de plus divin , qui est d’èclairer les esprits, cl de devenir leur lumière ?
Me serait-il permis, en envisageant cette multitude infinie de connaissances destinées à l'instruction de l'homme, depuis la grammaire qui en est la base, jusqu’à celles qui sont les plus élevées et les plus sublimes, de les comparer à l’assemblage des étoiles répandues dans la vaste étendue du firmament pour dissiper les ténèbres de la nuit? J’y vois, ce me semble, de merveilleux rapports avec les sciences et les savants. Elles ont chacune leur place marquée, où elles demeurent constamment.
Elles brillent toutes, mais d’un éclat différent, les unes plus, les autres moins , sans porter d’envie aux autres. Elles marchent constamment dans la route qui leur est désignée, sans jamais s'écarter ni à droite, ni à gauche. Enfin, et c'est ce qui me parait le plus digne d'attention, elles ne luisent point pour elles-mêmes, mais pour celui qui les a faites : tlellir dederunt lumen in cuslodiis suis, et lœtalw sunt. Vocatœ sunt, et dixerunt : Adsumus; et luxerunt ei cumjucunditate, qui fecit illas'. Voilà notre devoir, notre modèle. Je n’en dis pas davantage.
Ce livre renferme ce qui regarde les grammairiens (les philologues : je donnerai en son lieu la signification de ce mot); les rhéteurs; les sophistes. Je dois avertir par avance le lecteur qu’il trouvera ici dans son chemin quelques ronces et quelques épines. J'en ai écarté beaucoup, et n’ai laissé ce qui en reste que malgré moi, y étant obligé par la nature des matières que je traite.