Soldas
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les entretiennent agréablement dans tous les temps; qui leur fournissent tantôt une occupation sérieuse, tantôt un délassement nécessaire; qui les suivent è la campagne et dans leurs voyages; et qui, dans le temps de l’adversité, sont presque leur unique consolation. L’exil de Cicéron l’avait arraché à sa chère bibliothèque. Il parait qu’elle s’était sentie de la disgrâce de son maître, et que, pendant son absence, il y avait plusieurs de scs livres dissipés. Un de scs premiers soins, après son retour, fut d’en ramasser les restes, qu’il trouva plus abondants qu’il ne s’y était attendu. Il chargea Tyrannion de les mettre en ordre et de les bien arranger, en quoi il réussit parfaitement. Cicéron, dans une lettre où il. invite son ami Atticusèle venir voir1, l’assure qu’il sera charmé du bel ordre que Tyrannion avait mis dans sa bibliothèque. Perbellè feceris, si ad nos «nerfs. Offendes detignationem mirificam in librorum mtorum bibliothecâ, quorum reliquiæ multô melioret sunl quàm putaram. Ce cher ami, sur sa prière, lui avait envoyé deux de ses esclaves, fort habiles à travailler aux livres et è les coller, qu’on appelait pour celle raison glulinatorei. On sait que les livres des anciens n’étaient pas reliés comme le sont les nôtres, mais que c’étaient de longs rouleaux, composés de plusieurs feuilles de parchemin attachéeset collées les unes aux autres. Tyrannion avait mis en couvre ces deux esclaves, qui avaient faitdes merveilles: « et ma bibliothèque rangée dans un si bel ordre, dit Cicéron*, semble avoir ajouté une âme à ma maison. Poiteaquàm Tyrannio mihi librot disposait, mens addita videlurmeit œdibuf.quà quidemin re mirtfica opéra Dionytii et Menophili tui fuit.
Le mérite de Tyrannion ne se bornait pas à arranger des livres : il savait en faire usage. Lorsque César était en Afrique * pour faire la guerre à Juba, Cicéron et Atticus se promirent de convenir d’un jour pour assister à la lecture que Tyrannion leur ferait d'un livre de sa façon. Atticus, l’ayant entendu lire sans son ami , en reçut des reproches. « Quoi ! lui « dit Cicéron *, j'ai refusé plusieurs fois d’en-
< Lib. 4, ep. 4. ad Alt.
* Lib. 4, ep. 8.
> Lib. té. ep. 2. ad AU. - An. M 3868.
* Ibid. epUt. 8.
« lendre celle lectnre parce que vous étiez « absent, et vous, vous n'avez pas daigné m’at- « tendre pour partager ce plaisir avec moi! « mais je vous pardonne cette faute en faveur • de l'admiration que vous témoignez pour « cet ouvrage. » Quel était donc ce livre si intéressant, et digne d'être loué et même admiré d'un homme tel qu’Atlicus? C'étaient des remarques sur la grammaire, sur les divers accents, sur la quantité des syllabes, et sur ce qu’on appelle la prosodie. Croirait-on que des personnes d’un si rare mérite pussent trouver du plaisir à ces sortes d'ouvrages? Ils allaient bien plus loin, et en composaient eux-mêmes de pareils, comme Quintilien nous l’apprend de César et de Messala, dont le premier 1 avait fait un traité sur l'analogie, et l’autre sur les mots et sur les lettres.
II fallait que Cicéron fit un grand cas de Tyrannion, puisqu’il lui avait permis d’ouvrir dans sa maison une école de grammaire1, où il donnait des leçons de cet art à quelques jeunes Romains, et, entre autres, aux fils de son frère Quinlus, et sans doute aussi au fils de Cicéron même.
Tyranmox, ainsi nommé à cause qu’il fut disciple du précédent, s'appelait Dioclès de son premier nom. Il était de Phénicie. Il fut fait prisonnier dans la guerre de Marc-Antoine et d’Auguste, et acheté par un affranchi de l’empereur, nommé Dymas. Il fut ensuite donné à Térenlia , qui l’affranchit : elle avait été femme de Cicéron, et en avait été répudiée. Tyrannion ouvrit une école dans Rome, et composa soixante-huit livres. Il en Ut un pour prouver que la langue latine descendait de la langue grecque, et un autre qui contenait une correction des poèmes d’Homère.
Dknys lb Thracien 5 était disciple d’Arislarque. Il enseigna ta grammaire à Rome du temps de Pompée, et composa plusieurs livres de grammaire, plusieurs traités sur différentes matières, et un grand nombre de commentaires sur divers auteurs. M’Fabricius a fait imprimer une grammaire de lui dans le
> Lib. t.rap. S.
* « Quinlus (uus, puer oplimus. erudilur egregiè. Hoc nunc raagis aniinadverlo . quod Tvmnnio docet apud « me. » (Cic. ad Quint. Frair., ep. 4, lib. i. )
a Suid.
septième volume de sa Bibliothèque grecque.
Cette pièce peut nous donner quelque idée de la méthode des anciens grammairiens grecs. L’auteur divise son onvrage en six parties : 1* la lecture selon les accents; 2* l’explication des tropes, ou figures poétiques; 3" l’interprétation des dialectes, des mots extraordinaires, et de certains points historiques; 4* la découverte de l’étymologie des mots; 5° l’exacte recherche de l’analogie * ; 6" la manière déjuger des poèmes, ce que Denys regarde comme la plus belle et la plus importante partie de son art. Ensuite, après avoir exposé les trois accents, savoir, l’aigu, le grave et le circonflexe, explique les différentes espèces de ponctuation. Il donne même, en passant, la définition de la rhapsodie au sens des anciens homéristes, qui, tenant & la main une baguette de bois de laurier, chantaient des morceaux détachés des poèmes d’Homère. De là il passe à l’explication des lettres, qu’il divise en voyelles et consonnes, et celles-ci en hémiphones ou demi-voyelles, aphones ou cacophones , c’està-dire mat-sonantes , parce qu’il suppose quelles ont moins de son que les autres. Enfin il sous-divise les aphones en ténues, moyennes et aspirées, sans oublier les lettres doubles et les liquides, ou immuables. Après quoi il traite des syllabes longues, brèves et communes. Enfin il explique les parties d'oraison, qu’il réduit à huit, le nom, le verbe, le participe, l’article, le pronom, la préposition, l’adverbe et la conjonction. Cet auteur regardait l’interjection comme- une espèce d’adverbe. Ayant exposé les six conjugaisons ordinaires des verbes appelés barytons, il observe que quelques grammairiens y en ajoutaient une septième , dont la terminaison était en 5“ et ifw, comme «><;« et tya. Les verbes circonflexes en <u, ««, o*>, et les quatre verbes en ne sont pas oubliés.
Ce détail de grammaire nous parait ennuyeux et inutile. Les anciens n’en jugaient pas ainsi. Il n’est pas jusqu’à la ponctuation
t L’analogie , scion Vaugelas, est une conformité aux choses qui sc trouvent déjà établies , sur laquelle on se fonde comme sur un modèle pour faire des mots ou des phrases semblables aux mots ou aux phrases déjà établics.