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Ai rklr'S Onuus , qui enseigna d’abord la philosophie, ensuite la rhétorique, et enüu la grammaire. J’ai déjà remarqué que cet art avait beaucoup plus d’étendue qu’il n’en a aujourd’hui.
Mahc-Antoinb Gxifuon , qui enseignait aussi la rhétorique dans la maison de Jules César encore enfant. Cicéron , pendant sa prèture , assistait à ses leçons.
Arrêtes, surnommé le Philologue. Salluste et Asinius Pollion furent de ses disciples.
Vkbrics Flacccs, qui avait composé un recueil des roots difficiles, abrégé depuis par Festus Pompéius. Il fut précepteur des petitsfils d’Auguste.
Caics Julius H veines, affranchi d’Auguste, garde de sa bibliothèque, à qui l’on attribue une mythologie et un traité d’astronomie poétique.
Marccs Pompomus Ma bcku.cs , qui osa critiquer un discours de Tibère. El comme AUéius Capiton voulait le justifier en soutenant que le mol critiqué par ce grammairien était latin , ou que , s’il ne l’était pas encore , il le deviendrait, Pomponius fit cette réponse mémorable: Voue pouvez. César, donner droit de bourgeoisie aux hommes ; mais vous tu pouvez pas le donner aux mots.
H km mus Palémox de Yicence, qui, sous les empereurs Tibère et Claude, s’étant rendu célèbre par sa grande érudition , par sa facilité à parler et à faire des vers sur-le-champ, fut fort décrié par scs mauvaises mœurs et par son arrogance.
Oütre les anciens grammairiens dont la vie a été écrite en abrégé par Suétone , il y en a d’autres dont le nom fait honneur è cet art , quoiqu'ils ne l’aient pas enseigné de vive voix, .nais seulement par des écrits : tels que Varroo, Cicéron, Messala, Jules César; car ces grands hommes ne croyaient pas se déshonorer en traitant de telles matières.
J’omets, pour abréger, plusieurs savants grammairiens, dont plusieurs reviendront dans le chapitre suivant , où je parle des philologues. Ceux qui seront curieux de ramasser tous les ouvrages latins faits sur cette matière , les trouveront dans le Recueil des anciens grammairiens, donné par Élie Putschius en 1603 ,
deux volumes in-V. Uu livre excellent , et nécessaire à tous les maîtres qui enseignent la langue latine , est la Minerve de Sanctius, avec les notes de Scioppius et de Périzonius.
COVKU EÉFLKIJOAS sir» LE PROGRES ET L D.Tt- ■ A II O A DU LARGUES.
C’est une chose étonnante comment les langues se forment , s’augmentent , se perfectionnent; et comment, après un certain cours d’années, elles dégénèrent et se corrompent.
Dieu , seul auteur des langues primitives (et comment les hommes auraient-ils pn les inventer?) , en introduisit l’usage pour pnnir et dissiper la folle entreprise des hommes, qui voulurent , avant que de se séparer , rendre leur nom immortel par la construction du plus superbe édifice qui eût encore paru sur la terre. Jusque-là les hommes, qui ne formaient que comme une même famille, ne parlaient aussi qu’une même langue. Tout d'un coup , par un prodige des plus surprenants , Dieu effaça dans leur cerveau les traces anciennes de tous les mots qu’ils savaient, et y en substitua de nouvelles, qui formèrent subitement de nouvelles langues. Il y a apparence qu’en se distribuant en diverses contrées, chacun se joignit à ceux dont il entendait le langage , et de qui pareil— lemement il était entendu.
Je m’arrête aux enfants de Javan (en hébreu Javan est le même qu’/on), d’où sont descendus les Ioniens, c’est-à-dire les Grecs. Voilà donc la langue grecque établie parmi eux, entièrement différente de l’hébraïque (je parle dans la supposition que l'hébreu fût la langue du premier homme), différente non-sculcmeol pour les mots, mais pour la manière de décltner les noms et de conjuguer les verbes, pour les inflexions, les tours, les phrases, le nombre, la cadence : car il est remarquable que Dieu a donné à chaque langue un caractère, un génie particulier, qui la distingue de toutes les autres ; et dont l'effet est sensible, quoiqu’on ne puisse pas trop en marquer la raison. A la multitude de mots grecs dont leur mémoire se trouva meublée dès ces premiers temps, l'usage, la nécessité, l'invention el la pratique des arts, peut-être même la coinmo-
dité on l’agrément, en firent ajouter de nouveaux, On compte deux mille cent cinquantesix racines grecques Les dérivés et les composés augmentèrent beaucoup ce nombre, et se multiplièrent à l’infini : nulle langue n'8pproche de la grecque pour la richesse et l'abondance.
Jusqu’ici nous n’avons vu que comme le matériel de la langue grecque, c’est-à-dire les mots dont elle est composée, qui ne furent presque qu’un don du Créateur et de la nécessité. L'usage, la liaison, l’arrangement de ces mots, eurent besoin de l’art.On remorqua que, parmi ceux qui faisaient usage de cette langue, les uns parlaient mieux que les autres, et qu’ils exprimaient leurs pensées d’une manière plus nette, plus suit ie, plus énergique, plusagréable. On les prit pour modèles, on les étudia avec soin, on fit des observations sur leurs discours, soit qu’ils fussent écrits, ou de vive voix seulement. Et c’est ce qui donna lieu à ce que nous appelons grammaire , qui n’est autre chose qu'un recueil d'observations sur le langage ; travail fort important, ou plutôt absolument nécessaire, pour fixer les règles d’une langue, pour les réduire en une méthode aisée qui en facilite l’étude, pour éclaircir les doutes et les difficultés , pour faire connaître et écarter les usages vicieux, et pour la conduire par des réflexions sensées et judicieuses à toute la beauté dont elle est susceptible.
Nous ne savons rien des commencements ni des progrès de la langue grecque. Les poèmes d'Homère sont le plus ancien ouvrage que nous ayons en cette langue; et l’élocution y est si parfaite, que tous les siècles suivants n’y ont pu rien ajouter. Cette perfection du langage s’est maintenue et conservée cbex les Grecs beaucoup plus longtemps que dans aucune autre nation. Depuis Homère jusqu'à Tiiéocrite il s’est écoulé plus de cinq cents ans, Tous les poètes qui ont fleuri pendant ce long intervalle de temps sont regardés, excepté un très-petit nombre, comme parfaits pour le langage, chacun dans leur genre. Il en faut juger à peu près de même des orateurs, des historiens et des philosophes. Le goût des arts universel et dominant chcx les Grecs, l’estime
1 Roc. g» ce. cl’ort Royal.
qu’on y a toujours faite de l’éloquence, le soin qu’ils avaient de cultiver leur langue qu’ils apprenaient seule, dédaignant pour la plupart jusqu'à la langue romaine , qui était la langue de leurs maîtres, tout cela a contribué à soutenir la langue grecque dans sa pureté pendant plusieurs siècles, jusqu'à la translation de l’empire à Constantinople. Alors le mélange du latin et 1'aflàiblissemenl de l'empire qui amena la décadence des arts, fit un changement sensible dans la langue grecque
Les Romains uniquement occupés du soin d'établir et d’assurer leurs conquêtes par la voie des armes, ne songèrent pas beaucoup d’abord à polir et à perfectionner leur langue. Le peu qui nous reste des snnales des pontifes, des lois des douzes tables, et de quelques autres monuments en petit nombre, marque combien elle était grossière et imparfaite dans ces premiers temps. Elle se développa peu à peu dans la suite, par des accroissements insensibles. Elle emprunta un grand nombre demots de la langue grecque, qu’elle habilla à sa mode et se rendit comme naturels; avantage que n'avaient point en les Grecs. On aperçoit et on sent encore le goût de la langue grecque dans les vieux poètes latins, tels que Pacuvius , Ennius , Plaute , surtout par les mois composés, qui y sont Irèsfréquents. Ce que nous avons des discours de Caton, des Grecques, et des autres orateurs de leur temps, montre un langage déjà fort riche, fort énergique, et auquel il ne manquait rien que de la grâce, de l’arrangement, de l’harmonie.
Le commerce plus fréquent que Rome eut avec la Grèce, depuis qu'elle en eut fait la conquête , y apporta un changement entier pour le langage, aussi bien que pour le goût de l’éloquence et de la poésie, deux choses qui paraissent inséparables. A comparer Plaute avec Térence, Lucrèce avec Virgile, on les croirait séparés par plusieurs siècles, et cependant ils ne sont éloignés les uns des autres que de peu d’années. On peut fixer à Térence l’époque du renouvellement, ou plutôt de l’établissement de la pure latinité à Rome, et conduirecetteépoque jusqu’à la mortd’Angustc ; espace qui comprend cent cinquante ans, et quelque chose de plus. C’est ici le
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beau siècle de Rome par rapport aux belleslettres et aux arts, et, comme ou l'appelle , le siècle d’or, pendant lequel une foule d’auteurs du premier mérite porta la pureté et l’élégance de la diction à son dernier période par des écrits entièrement différents pour le style et pour la matière, mais tous également marqués au coin de ta pure latinité et du bon goût.
Ce progrès si rapide de la langue latine doit moins étonner, quand on se souvient que des hommes tels que Scipion l'Africain le jeune et Lélius d'un côté, et de l'autre Cicéron et César, ne dédaignaient pas, au milieu de leurs importantes occupations , les premiers, de prêter leur main et leur plume à un poète comique, les autres, de composer eux-mémes des traités sur la grammaire.
Celte pureté du langage alla toujours en déclinant depuis la mort d'Auguste, aussi bien que le goût de la saine éloquence ; car leur sort est presque toujours le même. Pour peu qu’on ait de discernement, on voit une différence sensible entre les auteurs du temps d’Auguste et ceux qui ont vécu après lui. Mais deux cents ans après, la différence est extrême, comme on le sentira aisément par la lecture des écrivains de l’histoire d'Auguste. La pureté du langage ne s'est conservée presque ( encore avec quelque altération ) que parmi les jurisconsultes Ulpien, Papinien, Paul, etc.
Je ne sais si j'ai eu raison de dire que le sort du langage et celui du go(U étaient toujours le même. Nous avons de vieux auteurs français, comme Marot, Amiot, Montaigne, et d’autres, dont la lecture plaît encore infiniment, et sans doute plaira toujours. Qu’ est-ce qu’on aime et qu’on estime dans ces auteurs ? Ce n'est point le langage, puisque nous ne pourrions maintenant en souffrir un pareil. C’est un je ne sais quoi, qu’on sent mieux qu’on ne peut l'exprimer : un air simple et naïf, un tour gracieux, des manières naturelles, une noblesse et une grandeur de style sans affectation et sans enflure, surtout des sentiments puisés dans la nature, qui partent du cœur et qui vont au cœur: en un mot, c’est ce goût antique d’Athènes et de Rome, qui est de tous les temps et de tous les pays , et qui jette dans les écrits un certain sel, dont la finesse et la délicatesse se fait sentir à tout lec-
teur spirituel , et ajoute un nouveau prix à la force et à la solidité des choses mêmes.
Mais pourquoi ce vieux langage ne plalt-il plus? je parle seulement des mots. Il en manque un très-grand nombre dans notre langue. On eu trouve d'excellents dans ces vieux auteurs : les uns clairs, simples, naturels ; les autres, pleins de force et d’énergie. J’ai toujours souhaité qu'une main habile fit un petit recueil des uns et des autres, c'est-àdire de ce qui nous manque et de ce que nous pouvons acquérir pour nous montrer le tort que nous avons de négliger ainsi le progrès et l’avancement de notre langue, et pour piquer { qu’on me pardonne celte expression ) la stupide indolence où nous demeurons sur ce sujet; car, si la langue française, riche d’ailleurs et opulente, éprouve eu certaines occasions une sorte de disette et de pauvreté, c’est à notre fausse délicatesse que nous devons imputer ce défaut. Pourquoi ne pasl’enrichirpeu à peu de nouvelles expressions excellentes que nos auteurs anciens, ou que les peuples voisins même nous fourniraient, comme nous voyons que les Anglais le pratiquent si utilement? Je sais bien qu'il faut être, sur cet article, fort discret et fort réservé ; mais il ne faut pas aussi pousser la discrétion jusqu’à une timide pusillanimité.
Nous avons lieu de croire que notre langue a été conduite au plus haut point de perfection où elle puisse arriver; et l’honneur qu'on lui fait de l'a.iopler dans presque toutes les cours de l’Europe en est une glorieuse preuve. S’il lui manque quelque chose, ce ne peut être, ce semble, qu’une plus riche abondance, quoique cependant ceux qui savent manier la langue ne s’aperçoivent presque pas qu’elle manque d'aucun mot pour exprimer leurs pensées ; mais elle pourrait en avoir un plus grand nombre. La France a eu dans le siècle passé, et a encore dans celui-ci des écrivains d’un mérite distingué et fort capables de lui procurer ce nouvel avantage; mais ils respectent et craignent le public; ils se font, avec justice, un devoir de se régler sur son goût et de ne point le heurter. Ainsi, pour ne pas courir le risque de lui déplaire, ils n’osent presque jamais hasarder aucune expression nouvelle, et ils laissent en ce point la langue dans l’état où
ils l’ont trouvée. O serait donc au public 6 se rendre, pour l'honneur de la langue ou de la nation, moins délicat et moins dédaigneux ; et aux auteurs, à devenir aussi un peu moins timides, mais, je le répète, en gardant toujours beaucoup de discrétion et de réserve.
Mois je ne m'aperçois pas que moi-méme peut-être , en hasardant ainsi mes réflexions sur notre langue , je pourrai paraître manquer de respect pour le public ; ce qui serait bien contraire à mon intention. Je flnis cet article, qui regarde la grammaire , en prenant la liberté d’avertir encore les lecteurs que cette étude est très-importante et ne doit point être négligée. Je vois avec joie qu’on fait voir régulièrement dans plusieurs classes de l’université la grammaire française