‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 2)Chapitre 68 sur 178 · CATULLE · texte numérisé non relu

CATULLE

Catulle ( Caïui ou Quintut Valerius Catullus ) naquit à Vérone, l'an de Rome 666 '. la délicatesse de ses vers lui acquit l'amitié et l’estime des savants et des beaux esprits, qui étaient pour lors à Rome en grand nombre.

Il écrivit contre César deux épigrammes satiriques, dans l’une desquelles il le traite avec une hauteur et un air méprisant que Quinlilien a raison de traiter d’extravagance *.

NU Blmlum , Cbmt, tludeo tlbi relie placera ;

Nec Kire utrtim ili lier en ilbtu borne.

Ces vers, quelque injurieux qu’ils fussent, ne servirent qu’à faire éclater la modération de la personne offensée. César ne dissimula pas son mécontentement, mais il se contenta d’obliger le poète à - lui faire satisfaction , et il l’invita à souper pour le soir même.

Une simplicité élégante , des grâces naturelles , font le caractère de Catulle. Heureux, s’il n’avait point déshonoré souvent cette aimable naïveté par une impudence cynique !

LAftiMus ( Décima*. )

Labérius3, chevalier romain, réussit admirablement à faire des mimes , qui étaient de petites pièces comiques. A Rome , un homme de naissance qui composait des poésies pour le lliéâtre ne se dégradait point ; mais il ne pouvait les représenter lui-même sans se déshonorer. Malgré cette opinion établie de longue main, Jules César pressa vivement Labérius de monter sur le théâtre pour y jouer une de ses pièces , et lui donna pour cet effet une somme considérable. Le poêle s’en défendit longtemps , mais enfin il fallut céder. Les

> An. M. 3916.

* «■ Ncgtt se magni facere aliquis poeUirum . utrum a Ccetar ater an albus homo sit ; Insania. • (Qcistil. lib. Il, cap. 1. }

• Ad. M. m-2.

prières d’un prince *, en de pareilles occasions, sont des ordres. Dans le prologue de cette pièce , Labérius exhale sa douleur d’une manière fort respectueuse pour César, et en même temps fort touchante. C’est un des plus beaux morceaux de l'antiquité. Je l’ai inséré tout entier, avec la traduction, dans le premier tome du Traité des études. Macrobe nous l’a conservé avec quelques autres fragments de la même pièce.

Il nous apprend aussi que ce chevalier romain , outré de dépit d’avoir vu ainsi sa vieillesse déshonorée, pour s’en venger en la manière seule dont il le pouvait , fit malignement couler dans la pièce dont nous venons de parler quelques traits piquants contre César. Un valet , maltraité par son maître , s’écriait : Romains , à mon secours ! nous perdons la liberté

Porro , Quintes ! tiberutem perdimus.

El peu après il ajoutait : Il faut nécessairement que celui qui se fait craindre de beaucoup de personnes en craigne aussi lui -même beaucoup.

Necesse est multos Umcat. quem multl liment.

Tout le peuple, à ces traits , reconnut César, cl jeta les yeux sur lui. Quand la pièce fut finie. César, comme pour le réhabiliter dans la dignité de chevalier romain, à laquelle il avait dérogé par complaisance pour lui, le gratifia d'un anneau qu’on pouvait regarder comme de nouvelles lettres de noblesse. Labérius alla ensuite pour prendre sa place parmi les chevaliers , qui se serrèrent de telle sorte, qu’il n’en trouva point.

SYJtCfi.

P. Syrus était Syrien de nation , d’où lui est venu son surnom de Syrus. D'esclave qu’il

' «Potestas, non sotiun si Invitet, sed et si suppUctl , « cogil. » (Mac* on.)

« Quod est potentlsitmum Imperaudi genus , rogslMl • qui jubere poteral. » ( Atison.)

était a Home, où on l’avait amené encore enfant, il devint affranchi très-jeune, et fut ins'ruit avec beaucoup de distinction. Il excella dans la poésie mimique, où il devint le rival de Labérius, qu’il surpassa même au jugement de Jules César. Mais on croit que cette préférence qu’il lui donna ne fût que pour mortifier Labérius, qui avait jeté dans sa pièce quelques traits malins contre lui.

Nous avons un ouvrage de Syrus qui renferme des sentences en vers iambes libres , rangées selon l’ordre alphabétique. Sénèque le père rapporte le sentiment de Cassius Severus, qui mettait eps sentences au-dessus de ce qu’il y a de meilleur dans les poètes comiques et tragiques. C’est beaucoup dire. Sénèque le fils les regardait aussi comme un excellent modèle.

On a donné depuis peu au public une traduction de ces sentences , et d’un poème de Cornélius Severus intitulé , l’Etna , qui n’avaient jamais paru dans notre langue. On doit savoir gré aux auteurs qui cherchent ainsi b l’enrichir d’ouvrages anciens, qui lui sont inconnus, et nouveaux pour elle. Ce traducteur 1 observe que La Bruyère a. répandu dans ses Caractères presque toutes les sentences de P. Syrus; et il en rapporte plusieurs exemples , tels que ceux-ci :

Fortuits usu dat multa, mancipto nlltll.

Levis est fortuna : cilô rcposcit quod dcdiL

« La fortune ne donne rien : elle ne fait que u prêter pour un temps. Demain elle rede- « mande à scs favoris ce qu’elle semble leur u donner pour toujours. »

Morton liraerc rrudclius est, quàm mori.

<t La mort n’arrive qu'une fois, et se fait sen- « tiré tous les moments de la vie. Il est plus « dur de l'appréhender que de la souffrir.»

Et vlu miser» longs, feltcl brevli.

« La vie esl courte pour ceux qui sont dans

t M. Accuias de Séflouoc. «vocal au conseil.

«Ni#* 43»

« les joies du monde : elle ne parait longue r qu'à ceux qui languissent dans l’affliction. »

rouioi .

Pollion (C. Asinius Pollio) , homme consulaire, et célèbre orateur, avait aussi composé des tragédies latines fort estimées de son temps. Horace en parle plus d’une fois.

Paulùm lèvera mu» tragœdlæ Desit Ihcatris *.

Pollio regum Facla canit pede 1er percùsso ».

Virgile fen fait aussi mention avec éloge.

Pollio el Ipsc foc H nova earmina \

Il est le premier qui ouvrit à Rome une bibliothèque à l’usage du public *.

Auguste le pressant de se joindre à lui contre Antoine , il lui représenta que les services qu’il avait rendus à Antoine et ceux qu’il en avait reçus ne lui permettaient pas de prendre parti contre lui ; qu'ainsi il avait résolu de demeurer neutre , comptant bien qu’il deviendrait la proie du vainqueur.

Le même prince ayant , dans une autre occasion , écrit contre lui des vers fescennins. Je me donnerai bien de garde, dit-il , d'y répondre. Il n’eit pat sûr d’écrire contre un homme gui peut nous proscrire *.

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