‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 2)Chapitre 7 sur 178 · MEURT ES MÊME TEMPS · texte numérisé non relu

MEURT ES MÊME TEMPS

Nous avons vu que le principal objet de la commission1 des trois ambassadeurs romains, Cn. Oclavius, Sp. Lucrétius et L. Auréfus, qui’ passèrent d’abord en Egypte, avait été d’aller régler les affaires de la Syrie. Quand ils y dirent arrivés, ils trouvèrent que le roi avait plus de vaisseaux et d’éléphants que le traité fait avec Anliochus-le-Grand après la bataille du mont Sipyle ne portait. Ils firent brûler les vaisseaux et tuer les éléphants qui se trouvèrent passer le nombre stipulé dans le traité, et réglèrent toutes les autres choses de la manière qui leur parut la plus avantageuse aux Romains. Ce traitement parut insupportable, et souleva l’esprit- du peuple contre eus. Lu nommé Leptine en fut si indigné, que de rage

1 Au. M*. 3812 ; av. J. C. 1(>2. — Appinu in Syriar. pag. 117. — Polyb. Lcg. cap i U et 122. - CIc. Philip. U, n. 4, 0. — Justin lib. 34 , cap. 3.

il se jeta sur Octavius ' pendant qu'il était au bain, et le tua. On soupçonna Lysias , régent du royaume , d’avoir trempé sous main dans cet assassinat. Ou envoya aussitôt des ambassadeurs à Rome pour justifier le roi, et protester qu’il n'avait eu aucune part A cet attentat. Le sénat les renvoya sans leur donner aucune réponse, pour marquer par ce silence combien ii était indigné du meurtre commis dans la personne d’Oclavius, dont il se réservait l'examen et la vengeance. Cependant, pour honorer sa mémoire’, il lui érigea une statue parmi celles des grands hommes qui avaient versé leur sang pour la défense de la patrie.

Démétrius crut que le mécontentement des Romains contre Eupator était pour lui une conjoncture favorable dont il fallait profiler, et i| s’adressa une seconde fois au sénat pour en obtenir la permission de retourner en Syrie. Il fit cette démarche contre l’avis de la plupart de ses amis, qui lui conseillaient de se sauver sans rien dire. L'événement lui fit bientôt connaître qu’ils avaient raison. Comme les mêmes raisons d'intérêt qu’avait eues d’abord le sénat de le retenir à Rome subsistaient toujours, il en reçut la même réponse, et eut la douleur d’essuyer un second refus. Alors il revint au premier conseil de ses smis; et Polybe l’historien, qui était alors A Rome, fut un de ceux qui le pressèrent le plus vivement de l’exécuter secrètement, mais promptement. Il le crut. Après avoir pris toutes scs mesures, ii sortit de Rome sous prétexte d’une partie de chasse, se rendit à Oslie, et s'embarqua avec une petite suite dans un vaisseau carthaginois qui allait à Tyr et qui l’attendait1. Il se passa trois jours avant qu'on sût è Rome qu’il s'était dérobé par la fuite. Tout ce que put faire le sénat fut de députer, quelques jours après. Tib. Gracchus, !.. Lentulus et Servilius Glaucia en Syrie, pour

1 Cet Octavius avait été consul quelques années auparavant. et il était le premier de m famille qui fût parvenu à cet honneur. (Cic. Phil. 9, n 4. ) Octavius César . qui devint empereur de Rome, si connu sous le nom d'Auguste. était de la même maison que cet Octavius, mais d’une autre branche, dans laquelle jamais le consulat n’était entré. (Sieton. )

* Cic. Philip. 9. n. 4.

* O vaisseau allait portera Tyr, selon la coutume, les prémices des fruits et des retenu» de Carthage.

observer quel effet y produirait le retour de Démétrius.

Démétrius ayant débarqué à Tripolis en Syrie', le bruit se répandit que c'était le sénat qui l'avait envoyé prendre possession de ses états , et qu'il était bien résolu de l'y soutenir. Aussitôt on regarda Eupator comme un homme perdu , et tout le monde l’abandonna pour prendre le parti de Démétrius. Eupator et Lysias, arrêtés par leurs propres soldats, furent livrés au nouveau venu , qui les fit mourir. Ainsi Démétrius se trouva établi sur le trône sans opposition , et avec une rapidité prodigieuse;.

Une des premières actions de son règne fut de délivrer les Rnbyloniens de la tyrannie de Timarquc et d’Hèraclide, qui avaient été les deux . grands favoris d’Anliochus Epiphane. 11 avait fait le premier gouverneur , et le second trésorier de cette province. Timarquc ayant ajouté la rébellion è scs autres crimes, Démétrius le fit mourir. Il se contenta de bannir l’autre. Les Babyloniens eurent tant de joie de se voir délivres de l’oppression de ces deux frères, qu’à celle occasion ils donnèrent à leur libérateur le litre de Soler , ou «auteur , qu’il porta toujours depuis.

Alcime , qu’Aniinchus Eupator. avait fait souverain sacrificateur des Juifs après la mort de Ménélas , n’ayant pu être reçu parmi eux en cette qualité, parce qu'il avait souillé la sainteté du sacerdoce en suivant les usages profanes des Grecs sous Anliochus Epiphane , ramassa tou» les Juifs apostats qui s’étaient réfugiés à Antioche après avoir été chassés de la Judée , et, se mettant à leur tête, il vint supplier le nouveau roi de les défendre contre la violence de Judas et de ses frères, avançant mille calomnies contre eux. Il les accusait d'avoir tué tous ceux du parti de Démétrius qui étaient tombés entre leurs mains , et de l'avoir contraint, avec lousceuxqui l’accompagnaient, d’abandonner leur pays pour chercher ailleurs leur sûreté. Démétrius ordonna sur-le-champ à Bacchide , gouverneur de la Mésopotamie , de marcher à la tête d'une armée dans la Judée ; et , confirmant Alcime dans sa charge ,

* ]. Mafb.ib 7 . 8 . 9, et II. Marhab. II. — Joseph. Aniii|. Juil. I.b. I J. et 13. — Appl.in. in S;r. p.ig 117. — JuMiii. lib. al, ' ap 3.

3gle

il le joignit & Bacdiide dans sa commission , par laquelle il les chargeait tous deux du soin de cette guerre. Judas dissipa tous les efforts de cette première armée , et d'une seconde commandée par Nicanor. Celui-ci , irrité de la dernière défaite des troupes de Syrie , et indigné de ce qu’une poignée de soldats osait tenir tète à des armées si nombreuses et si aguerries, et sachant qu’ils ne mettaient toute leur confiance pour la victoire que dans la protection du Dieu d’Israël et dans les promesses faites au temple où il était honoré, avait vomi mille blasphèmes contre le Dieu d'Israël et contre son temple. Il en fut bientôt puni. Judas lui livra une sanglante bataille ; et de son armée, qui était de trente-cinq mille hommes, il ne s’en échappa pas un seul pour porter les nouvelles de la défaite & Antioche. Le corps de Nicanor fut trouvé parmi les morts. On lui coupa la tête et la main droite., qu’il avait étendue contre le temple en menaçant de le renverser, et on les mit sur une des tours de Jérusalem.

Judas , après cette victoire complète , ayant quelque relâche , envoya une ambassade à Home, jl se voyait continuellement attaqué par toutes Tes forces de Syrie , sans pouvoir raisonnablement compter sur aucun traité de paix. Il ne pouvait attendre aucun secours des peuples voisins, qui, loin de s’intéresser à la conservation de la nation juive , ne songaient, de concert avec les Syriens, qu’à l’exterminer. Il avait appris que les Romains, également estimés pour leur justice et leur valeur, étaient toujours prêts à soutenir les nations faibles contre l’oppression des rois dont la puissance leur causait de l'ombrage. Il songea donc à faire alliance avec ce peuple, -pour se soutenir , par sa protection , contre les entreprises injustes des Syriens. Ces ambassadeurs furent très-bien reçus du sénat, et on y fit un décret par lequel on reconnaissait les Juifs pour amis et alliés des Romains , et on entrait avec eux dans une ligue défensive. Ils obtinrent même une lettre du sénat à Démétrius , par laquelle on lui enjoignait de ne plus tourmenter les Juifs , et on le menaçait de la guerre s’il continuait de le faire. Mais , avant que les ambassadeurs fussent de retour, Judas était mort.

Dès que Démétrius sut la défaite et la mort

de Nicanor, il donna à Bacchide et a Alcime, pour la seconde fois, le commandement d'une puissante armée , qui était l’élite de toutes scs troupes , et les envoya en Judée. Judas n’avait que trois mille hommes avec lui quand elle y arriva. La terreur se mit si fort parmi eux , que tous l’abandonnèrent, à la réserve de huit cents hommes. Judas, avec ce petit nombre, par un excès de valeur et de confiance, eut la hardiesse de hasarder le combat contre cette nombreuse armée. Il y périt, accablé par le nombre. Sa perte-fut pleurée dans tout Juda et à Jérusalem avec toutes les marques de la plus vive douleur. Le gouvernement fut remis entre les mains de Jonathas , frère de Judas.

Alcime étant mort après avoir commis de grandes violences contre les vrais Israélites , et Bacchide ayant repris le chemin d'Antioche , le pays demeura tranquille , et ne fut point tourmenté par les Syriens pendant deux ans. Apparemment que Démétrius avait reçu la lettre du sénat en faveur des Juifs , ce qui l'obligea de rappeler Bacchide.

En effet 1 , Démétrius ménageait extrêmement les Romains dans ce temps-là, et se donnait de grands mouvements pour les engager à le reconnaître pour roi , et à renouveler le traité fait avec les rois ses prédécesseurs. Ayant appris que les Romains avaient trois ambassadeurs à la cour d’Ariarathe, roi dcCappadocc, il y envoya Ménochare , un de ses principaux ministres, pour entamer cette négociation. Trouvant à son retour, par le rapport qu’il lui fit de ce qui s’était passé , que les bons offices de ces ambassadeurs lui étaient absolument nécessaires pour y réussir, il renvoya encore en Pamphylie, et ensuite à Rhodes, les assurer qu'il se conformerait en tout à leur volonté ; et à force de sollicitations pressantes , enfin , par leur moyen , il obtint ce qu’il voulait. Les Romains le reconnurent pour roi de Syrie , et renouvelèrent les traités faits ave celte couronne.

Pour cultiver leur amitié5, il envoya l'année suivante le même Ménochare en nmbassade à Rome , conjointement avec quelques autres3.

1 Aa. M. 3R11 ; »v J. C. 160. - Polyb. Leg. 120.

• An. M. 3815; »v. J. C. 159.

> Polyb. Leg. 122.— Apptan. In Syr. pag. 118. — Diod. Leg. 25.

Ils furent chargés d’une couronne pesant dix mille pièces' d'or, dont il faisait présent au sénat , pour lui témoigner sa reconnaissance des bons traitements qu’il en avait reçus pendant qu’il était en otage à Rome. Ils amenaient aussi avec eux Leptine et Isocrate , pour les leur livrer, à cause de l’assassinat d'Oclavius. C'était ce Leptine qui l’avait tué è Laodicée. Isocrate était un Grec , grammairien de profession , qui , s’étant trouvé en Syrie dans ce temps-là , avait en toute occasion pris à tâche de justifier celte action également lâche et injuste. Le sénat reçut les ambassadeurs avec tous les honneurs ordinaires, et accepta le présent qu'ils apportaient : mais il ne voulut point entendre ni voir deux hommes vils , objets indignes de sa colère, se réservant sans doute le droit d’exiger , quand il lui plairait , une satisfaction plus éclatante pour le meurtre de son ambassadeur.

C'est â peu près dans ce temps-ci que Démètrius , comme je l’ai marqué auparavant , établit Holopherne sur le trône de Cappadoce. Il en fut bientôt chassé, et se réfugia à Antioche. Nous allons voir jusqu'où il porta l’ingratitude à l’égard de son bienfaiteur.

Démétrius *, qui se trouvait sans guerre et sans occupation , commençait à donner dans les plaisirs, et menait une vie oisive et d’une bizarrerie assez singulière. Il lit bâtir un château près d’Antioche, flanqué 'de quatre bonnes tours. Il s'y renferma, pour s’abandonner tout entier, d'un côté à l’indolence , ne voulant plus entendre parler d’affaires, et de l'autre au plaisir de la bonne chère et aux excès du vin. Il était ivre plus de la moitié du jour. Les requêtes qu’on voulait lui présenter n'étaient point reçues , la justice n’était point administrée, les affaires d’état languissaient ; en un mot, c’était une suspension générale du gouvernement, qui souleva bientôt tous les esprits contre lui. Il se forma une conspiration pour le déposer. Holopherne, qui demeurait à Antioche , entra dans cette conjuration contre son bienfaiteur, se flattant de parvenir a la couronne , si l’entreprise réussisait. Elle

t Elle valait plus de dix mille pistolet.

* An. M. 38ü0; av. J. C. 154. — Joseph. Antlq. Jud lib. 13. cap. 3.-Athcn llb. 10. pqg. 440. -Justin. Iib.35, Lan. 1.

fut découverte, cl Holopherne mis en prison. Démétrius 11e voulut point lui ôter la vie. Il aima mieux le garder pour s'en servir dans l’occasion contre Ariarathe roi de Cappadoce, sur la couronne de qui il avait des prétentions.

Malgré la découverte' . la conjuration ne fut pas éteinte. Les mécontents étaient soutenus sous main parPtoléméePhilométor, qui avait sur le cœur les mouvements que s’était donnés Séleucus pour lui ôter l’Ile de Chypre, et par Attale et Ariarathe , qui cherchaient à se venger de la guerre que Démétrius avait eiilreprisc contre eux en faveur d’Holopherne. Ces trois princes , de concert , employèrent Héraclide pour dresser quelqu'un à jouer le personnage de (Ils d'Antiochus Epiphane , et pour le charger des prétentions héréditaires à la couronne de Syrie. Cet Héraclide avait été, comme je l'ai déjà dit, un des grands favoris d’Antiochus Epiphane, et trésorier de la province de Babylone pendant que Timarque, son frère, autre favori, en était gouverneur. A l'avènement de Démétrius à la couronne, les deux frères ayant été convaincus de malversation et d’autres crimes, Timarque avait été exécuté, et l’autre, s’étant sauvé, était allé demeurer à Rhodes. Ce fut là qu’il travailla à former l’homme qu’on voulait pour le dessein que j’ai marqué. Il choisit pour cela un jeune homme nommé Bala , de basse extraction , mais fort propre à jouer le rôle qu’on lui donnait. Il le façonna, l'instruisit bien de tout ce qu’il fallait dire et faire.

Quand il fut dressé * il commença par le faire reconnaître par les trois rois qui étaient du secret. Ensuite il le mène à Rome , et y mène aussi Laodice, fille véritable d'Antiochus Epiphane , afin de mieux couvrir l’imposture. A force de sollicitations. et d'adresse, il l’y fait •aussi reconnaître , et obtient un décret du sénat en sa faveur , qui non-seulement lui permet de retourner en üvfie pour recouvrer scs états, mais qui lui accorde même son assistance pour cet effet. Quoique le sénat vît bien l’imposture et que tout ce qu’on lui disait

1 Polyb. Leg. f38cti40. — Appian. in Syr.pag. 131.

— Aibcn. llb. 5, pag. 211. — I. Machab. 10, 1-50. — Joseph. Aniiq. lib. 13.

» An. M. 3H5J;ar. J. C. 143.

vogle

de ce prétendant n 'était qu’une pure Action , il entra dans tout ce qu’on voulut contre Démétrius, dont il était mécontent, et fit ce décret en faveur de l'imposteur. Avec cette déclaration des Romains pour lui , il n’eut pas de peine à trouver des troupes. Il se saisit de Ptolématdc, dans la Palestine , et là, sous le nom d’Alexandre , fils d’Antioclius Epiphane, il prit le litre de roi de Syrie , et plusieurs des mécontents vinrent l’y trouver et se ranger autour de lui.

Cette nouvelle fil sortir Démétrius de son cliâteau et de son indolence ponr songer à se défendre. Il assembla tout ce qu’il put de troupes. Alexandre de son côté , armait aussi. L’assistance de Jonalhas étant de grande conséquence dans cette conjoncture . les deux partis lui faisaient leur cour. Démétrius lui écrivit le premier, et lui envoya la commission de général des troupes du roi en Judée ; ce qui le rendit pour lors trés-supéricur à tous ses ennemis.

Alexandre , voyant ce qu’avait fait Démétrius pour Jonathas, lui fit faire aussi des propositions pour l’attirer dans son parti. Il le faisait souverain sacrificateur , lui accordait le titre d’ami du roi , lui envoyait une robe de pourpre et une couronne d’or , marques de la haute dignité dont il le révélait ; car personne ne portait alors la pourpre que les princes et les nobles du premier rang. Démétrius , qui en eut avis, enchérit encore sur lui pour s'assurer d’un allié de cctlc importance. Mais , après les maux qu’il avait faits à tous ceux qui avaient eu à cœur les vrais intérêts des Juifs, et à toute la nation en général , ils n’osaient se fier à lui , et résolurent de traiter plutôt avec Alexandre. Jonathas accepta donc de lui la souveraine sacrificalure ; et, avec le consentement de tout le peuple , à la fête des tabernacles , qui arriva peu de temps après , il mit les habits pontificaux , et officia comme souverain sacrificateur.

La place avait été vacante sept ans depuis la mort d’Alcime. La souveraine sacriflcature , qui entra alors dans la famille des Asmonéens , y demeura jusqu'au temps d'Hérodc , qui , d'héréditaire qu'elle avait été jusque-là, en fit une charge dont il disposait à sa fantaisie.

Les deux rois s'étant mis en campagne ', Démétrius , qui ne manquait ni de cœur ni de bon sens quand le vin ne lui troublait pas la raison, remporta la victoire dans la première bataille ; mais il n’en lira aucun avantage. Alexandre cul bientôt de nouvelles troupes que lui fournirent les trois rois qui l'avaient produit, et qui continuaient à le soutenir vigoureusement Ayant avec cela les Romains et Jonalhas pour lui, il se releva , et se maintint. Les Syriens continuaient aussi à déserter, parce qu’ils ne pouvaient supporter Démétrius. Ce prince, commençant à craindre l’issue de cette guerre , envoya à Cnide, ville de la Carie, ses deux fils Démétrius et Antiochus pour les mettre à couvert en cas de malheur. Il les confia, avec une somme d'argent considérable, aux soins d'un ami qu’il avait dans cette ville, afin que, s’il luijxrrivait quelque accident, ils pussent y demeurer en sûreté , et y attendre quelque conjoncture favorable.

C’est dans ce même temps’, et peut-être à L'imitation d’Alexandre Bala.qu’Andriscus joua le même rôle d’imposteur en Macédoine. Il s’était pour lors retiré chez Démétrius, qui le livra aux Romains pour lâcher de se les rendre favorables.

Les deux concurrents pour la couronne de. Syrie , ayant assemblé toutes leurs troupes , en vinrent à une bataille décisive3. D’abord l’aile gauche de Démétrius enfonça celle de l’ennemi qui lui était opposée , et la mit en fuite. Mais, s’étant trop échauffée à ta poursuite, .faute ordinaire dans les batailles, et qui en cause presque toujours la perle, quand elle revint elle trouva la droite, où Démétrius combattait en personne, battue, et le roi tué dans la déroute. Tant qu'il avait été en état de soutenir l'ennemi, il n’avait rien omis de ce que peuvent la bravoure et la conduite pour procurer un succès plus favorable. Enfin on plia , et dans la retraite son cheval le plongea dans une fondrière , où ceux qui le poursuivaient le tuèrent i coups de flèches. 11 avait régné douze ans. Alexandre, par cette victoire, se trouva maître de l'empire de Syrie.'

< An. M. 3852 ; av. J. C. 152.

> An. M. 3853 ; iv J. C.451. '

5 An. M. 3854; av J. C. 150.

Dès qu’ Alexandre se vit tranquille' , il envoya demander en mariage & Plôlèmée , roi d’Egypte, Cléopâtre, sa fille. Elle lui fut accordée, et son père la conduisit lui-même jusqu’à Ptolémalde, eù se célébra le mariage. Jfonathas fut invité à cette fête. Il s’y rendit, et y fut reçu avec toutes sortes d’honneurs de la part des deux rois.

Ornas, fils d’Onias III*, ayant manqué la souveraine sacrificature après la mort de son oncle Ménèlas, s’était retiré en Egypte. Il avait trouvé le secret de s’y mettre si bien dans l'esprit de Ptolémée Philométor et de Cléopâtre , sa femme, qu’il était devenu leur favori et leur plus intime confident. H se servit du crédit qu’il avait à celte cour pour obtenir du roi la permission de bâtir un temple pour les Juifs , en Egypte, comme celui de Jérusalem, l’assurant que cette faveur attirerait sa nation dans son parti contre Antiochus Epiphane : il obtint en même temps que lui et ses descendants en seraient à perpétuité souverains sacrificateurs. La grande difficulté était de faire goûter cette innovation aux Juifs, à qui la loi défendait d’offrir des sacrifices ailleurs que dans le temple de Jérusalem. Il vint è bout, non sans peine , de vaincre leur répugnance par un endroit d'Isaie où ce prophète prédit cet événement en ces termes: Alors il y aura cinq villes dans V Égypte qui parleront la langue de Chanaan, et qui jureront par le Seigneur des armées*. L'une d'entre elles sera appelée la ville du Soleil , ou Hèliopolis. Il y aura en ce temps-là un autel du Seigneur au milieu de l'Égypte , et un monument au Seigneur à f extrémité du pays. Cesera dans l'Egypte un signe et un témoignage pour le Seigneur des armées : car ils crieront au Seigneur étant accablés par ceux qui les opprimaient; et il leur enverra un sauveur et un grand qui les délivrera. Alors le Seigneur sera connu de f Égypte : et les Égyptiens connaîtront le Seigneur -, ils l’ honoreront avec des hosties et des Mations: ils lui feront leurs taux, et les lui rendront.

L’événement que prédit ici Isaïe est des plus singuliers, et en même temps le plus éloigné de toute vraisemblance. Rien n’était interdit

* I. Machab. 10, 51-06.

* Jos. conlra A pion. Ub- 2.

* Isai. 19. 18-21.

plus sévèrement aux Juifs que d’offrir à Dieu des sacrifices dans un autre lieu que dans In temple bâti par son ordre à Jérusalem : combien plus par conséquent de bâtir ailleurs un autre temple, surtout dans une terre souillée par l’idolâtrie la plus grossière, comme l'Egypte, et toujours ennemie du peuple de Dieu ! Cela néanmoins arriva exactement comme Isaïe l’avait prédit. Je n’entre point dans l'explication détaillée de cette prophétie, qui me mènerait trop loin.

Alexandre Bala, se trouvant paisible possesseur de la couronne de Syrie', crut qu’il n’y avait plus rien à faire qu'à prendre tous les plaisirs que lui fournissaient l'abondance et le pouvoir où il était parvenu. Il s’abandonna donc à son penchant naturel, qui le portait au luxe, à l'oisiveté et à la débauche. Il laissa entièrement le soin des affaires à son favori, nommé Ammonius. Ce favori, insolent et cruel, fit mourir Laodice, soeur de Démélrius, cl veuve de Persée, roi de Macédoine ; Antigone, fils de Démélrius, qui était resté en Syrie quand on envoya les deux autres à Cnide ; enfin tous ceux du sang royal qu’il put trouver, afin d’assurer par là à son maître la possession de la couronne qu’il avait usurpée sur eux par une imposture. Cette conduite leur attira bientôt la haine des peuples.

Démétrius, l'alné des fils de Démètrius, était à Cnide, et commençait à entrer dans un âge capable d'entreprendre et d'agir. Quand il eut avis de cette haine des peuples, il crut l’occasion favorable pour rentrer dans ses droits. Lasthène, l’ami chez qui il demeurait, lui fit avoir quelques compagnies de Crétois, avec lesquels il alla débarquer en Cilicie. Il y vint bientôt assez de mécontents pour en faire une armée, avec laquelle il se rendit maître de tout ce pays-là. Alexandre se réveilla, et quitta son sérail pour songer à ses affaires. Il laissa le gouvernement d’Antioche à Hiérax et à Diodote, qui est aussi appelé Tryphon, et se rail à la tête d’une armée qu’il forma de toutes les troupes qu’il put assembler : et, sur l’avis qu'il eut qu’ Apollonius, gouverneur de Célésyrie

i An. M. 37Î8; «v. 1. C. 118. - Ltv. Epll. 11b. 50. — Justin. Iib. 35. cap. 2.— Joseph Antkj. Jud. ilb. 13 , cap. 8. — I. Macbab. 10, 07-89. — Diod. In Eieerpt. Valet, pag. 318-

ogle

et de Phénicie, l'était déclaré pour Démétrius, il envoya demander du secours à Ptoiémée, son beau-père.

Apollonius songea premièrement è réduire Jonathas, qui demeurait attaché à Alexandre ; mais il y réussit mal , et dans un seul jour il perdit plus de huit mille hommes.

Ptoiémée Philométor' , è qui Alexandre s’était adressé dans l'extrême danger où il se trouvait , vint enfin au secours de son gendre, et entra avec une grosse armée dans la Palestine. Toutes les villes lui ouvrirent leurs portes, selon les ordres qu'elles en avaient reçus d'Alexandre. Jonathas vint le joindre à Joppé , et le suivit à Ptolèmatde. En y arrivant , on découvrit un complot qu’ Apollonius avait formé contre la vie de Philométor. Comme Alexandre refusa de lui livrer ce perfide , il conclut qu’il était entré lui-même dans ce complot ; et , en conséquence , il lui Ota sa fille , la donna à Démétrius , et fit un traité avec lui par lequel il s'engageait à lui aider à remonter sur le trône de son père.

Ceux d’Antioche, qui haïssaient mortellement Ammonius, crurent qu'il était temps d'éclater. L’ayant découvert déguisé en femme, ils le sacrifièrent à leur colère. Non contents de celle vengeance , ils se déclarent contre Alexandre même , et ouvrent leurs portes à Ptoiémée. Ils le voulaient même prendre pour leur -roi. Mais ce prince, ayant déclaré qu'il se contentait de ses états , au lieu d'accepter celte offre , leur recommanda Démétrius, l’héritier légitime , qui fut , en effet , mis sur le trône de ses ancêtres, et reconnu par tous les habitants.

Alexandre , qui était alors en Cilicie *, marcha en diligence avec ses troupes, et mit tout à feu et à sang autour d’Antioche. Les deux armées se battirent. Alexandre perdit la bataille , et s’enfuit avec cinq cents chevaux vers Zabdiel 3 , prince arabe , è qui il avait confié ses enfants. Trahi par celui en qui il avait eu le plus de confiance, on lui trancha la tête, et elle fut envoyée è Ptoiémée, qui témoigna beaucoup de joie de la voir. Cette joie ne- fut pas de longue durée ; car il mourut , peu de jours

* An. M. 3858 ;»r. J. C.1M.

■ An.M.3SW;nv.J.C.«5.

« Il es) nommé dans le livre dw MacbxbÉM Emalcutl

après, d’une blessure qu'il avait reçue dans le combat. Ainsi Alexandre , roi de Syrie , et Ptoiémée Philométor , roi d'Égypte , moururent en même temps ; le premier après avoir régné cinq ans, et le second trente-cinq. Démétrius , qui était parvenu à la couronne par cette victoire , prit le surnom de Nicalor , qui veut dire vainqueur. La succession d’Égypte souffrit plus de difficultés.

# I y — Phtmon épouse Cléopâtre . «T monte sur le trùne d'Egypte, niai Émirs, en Strie, i'uin-

DONNE A TOUTES SORTES D'EXCES. UlODOTE. SUR- NOMMÉ Tryphon. fait proclamer roi deStrieAn- Tiocncs. fils d'Alexandre Kala , pris le tue ,

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