‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 2)Chapitre 8 sur 178 · ET PREND SA PLACE. IL SE SAISIT . PAR TRAHISON · texte numérisé non relu

ET PREND SA PLACE. IL SE SAISIT . PAR TRAHISON

de Jonathas, et le fait mocrir. Démétrius entreprend ONE EXPÉDITION CONTEE LES PaETHES , OUI LE FONT PRISONNIER. CLÉOPATaE . SA FEMME .

ÉPOUSE Antiochus SidEte, ferre de Démétrius,

ET LE FAIT MONTEE SUR LE TRONE DE SYRIE. Trt-

phon Est vaincu , et mis a mort. Excès de folies

ET DE DÉRAUCHES DANS PhTSCON. ATTALE PHILO- MÉTOE SUCCÈDE A ATTALE, SON ONCLE, ET LE FAIT REGRETTER PAR SES T1CES. IL MEURT LUI-MÊME , APRES AVOIR RÉGNÉ CINQ ANS, ET ATOIR LAISSÉ. PAR SON TESTAMENT , LE PEUPLE ROMAIN HÉRITIER DE SES ÉTATS. ARISTONIC S EN SAISIT. Il EST VAINCU , ISENÉ EN TBIOMPHE , ET MIS A MORT.

Cléopâtre , reine d'Égypte ‘ , après la mort de sou mari , qui était eu même temps son frère , tâcha de mettre la couronne sur la tête du fils qu’elle avait eu de lui . Comme il était encore en bas fige , d’autres travaillèrent à la procurer à Physcon , roi de la Cyrénaïque , frère du feu roi , et l'envoyèrent prier de venir à Alexandrie. Réduite par là à la nécessité de songer à sa défense , Cléopâtre fit venir à son secours Onias et Dosithée , avec une armée de Juifs. 11 se trouva alors à Alexandrie un ambassadeur romain, nommé 7'ermus, qui , par sa médiation , amena les choses & un accommodement. On convint que Physcon épouserait Cléopâtre ; qu’il élèverait son fils , qui serait déclaré héritier de la couronne ; et que Physcon l’aurait en attendant pendant toute sa vie. 11 n'eut pas plutôt épousé la reine, et pris par là possession de la couronne, que le jour même des noces il tua son fils entre ses bras.

1 Ad. M 3859 ; av. J. C. 115, cap. 8. — Jof. contra A pion. Il b. % - Val. Max. lib. 9, cap. 1

vgle

J'ai déjà remarqué que le surnom de Physeon , que l’on donne à ce prince , était proprement un sobriquet. Celui qu’il prenait luimême était Èvergite, qui signifie le bienfaiteur. Les Alexandrins le changèrent en celui de Cacoergèle , qui veut dire, tout au contraire , un homme qui se plaît à fatre du mal : surnom qu'il mérita à justre titre.

En Syrie, lesaflairesn’allaient guère mieux'. Démétrius, jeune prince sans expérience, laissait tout faire à Laslhène , qui lui avait procuré les Crétois par le secours desquels il était monté sur le trône. C’était un homme corrompu et téméraire , qui se conduisit si mal , qu’il fit bientôt perdre à son maître le cœur de ceux qui lui étaient le plus nécessaires pour le soutenir.

La première fausse démarche qu’il fit , ce fut à l’égard des soldats que Ptolémée avait mis, en passant , duns les villes maritimes de Phénicie et de Syrie , pour renforcer ces garnisons. S'il y eût laissé ces garnisons, elles lui eussent beaucoup servi à augmenter ses forces. Au lieu de les gagner , ou du moins de les bien traiter , sur quelque ombrage qu’il en conçut , il envoya des ordres aux troupes de Syrie, qui étalent dans les mêmes garnisons , d'égorger tous les soldats égyptiens, et ce massacre s’exécuta. L'armée d’Egypte, qui était encore en Syrie, et qui l’avait mis sur le trône, pleine d’une juste horreur pour une si barbare cruauté , l’abandonna sur-le-champ , et retourna en Egypte. Après cela il fit rechercher avec la dernière sévérité ceux qui avaient été contre lui ou contre son père dans les dernières guerres , et punit de mort tous ceux qu’on put saisir. Quand il crut, après toutes ces exécutions , n’avoir plus d'ennemis à craindre , il cassa la plus grande partie des troupes , et ne garda que ses Crétois, et quelques autres corps étrangers. Par là, non-seulement il se défit des vieilles troupes qui avaient servi sous son père, et qui , s’affectionnant à lui , l’auraient maintenu sur le trône; mais il les rendit ses plus grands ennemis , en leur ôtant le seul moyen qu’elles avaient de subsister. Il le sentit bien dans les soulèvements et les révolutions qui arrivèrent dans la suite.

i Dlod. InExcerpt. Vates. pag. 3IG. — t- Machab. il , 20-37. — Joseph. Aullq. Jud. Ilb. 13, cap. 8.

Cependant Jonathas , voyant que tout était tranquille en Judée , forma le dessein de délivrer enfin la nation des maux qu’elle souffrait de la citadelle que les Grecs idolâtres avaient encore à Jérusalem. Il l’investit, et fit venir des machines de guerre pour l’attaquer dans les formes. Démèlrins , sur les plaintes qu’on lui en porta , se rendit à Ptolémalde, et commanda à Jonathas de l’y venir trouver pour lui rendre compte de cette affaire. Jonathas donna ordre de pousser vivement le siège pendant son absence, et partit pour se rendre auprès de lui avec quelques-uns des prêtres et des principaux de la nation. Il porta quantité de présents magnifiques , et il adoucit si bien l’esprit du roi et de ses ministres , que nonseulement il fit rejeter les accusations qu’on avait formées contre lui , mais il obtint même de grands honneurs et de nouvelles grâces. On déchargea tout le pays de son gouvernement de tous impôts , péages cl tributs , pour In somme de trois cents talents ', qu’il convint de payer au roi en forme d’équivalent.

Le roi ’, étant retourné à Antioche, et continuant de s’abandonner sans mesure à toutes sortes d’excès , de violences et de cruautés , poussa à boutda patience des peuples, de sorte que tous ses sujets se trouvèrent disposés à une révolte générale.

Diodolc, surnommé ensuite Tryphott , qui avait autrefois servi Alexandre , et avait eu le gouvernement d’Antioche avec Hiérax, voyant ces dispositions des peuples , trouva l’occasion très - favorable pour entreprendre un coup hardi : c’était de se mettre la couronne sur la tète à la faveur de ces désordres. Il alla en Arabie trouver Zabdiel , à qui était confiée la personne et l’éducation d’Antiochus , le fils d’Alexandre. Il lui mit devant les yeux l'état des affaires de Syrie, lui fit voir le mécontentement des peuples , et surtout des soldats, et lui représenta vivement que l’occasion ne pouvait être plus favorable pour établir Antiochus sur le trône de son père. Il demanda qu’on lui donnât ce jeune prince , pour faire valoir ses

* Trois ccnt mille écus.

* Justin. 11b. 38, cap. 9. — I. Machab. 11, 39-74 ; 12 , 21-34. —Joseph. Aniiq. Jud. Ilb. 13, cap. 9. — Appian. in Syr. pag. 132. — Eplt. lib. 52. — Slrab. lib. 16 , pag. 752. — Diod. in EicerpU Vales. pag, 3i6.

ogle

droits. Son plan était de se servir des prétentions d'Antiochus jusqu’à ce qu’il eût détrôné Démétrius, et ensuite de se défaire de ce jeune prince , et de prendre la couronne pour luimême , comme il fit. Zabdiel , soit qu’il pénétrât son véritable dessein , ou qu’il ne goûtât pas tout à fait son plan , n’y donna pas d'abord les mains. Tryphon fut obligé de demeurer assez longtemps auprès de lui pour le solliciter et le presser. Enfin , à force d'importunités ou de présents , il fil consentir Zabdiel , et obtint ce qu’il demandait.

Jonathas * pressait vivement la citadelle de Jérusalem ; mais voyant qu'il n’avançait point, il députa vers Démétrius pour le prier de retirer la garnison , qu’il ne pouvait pas chasser par la force. Démétrius , qui se trouvait alors dans un grand embarras , causé par les tumultes fréquents qui arrivaient à Antioche , où l'on avait une aversion insurmontable pour lui et pour son gouvernement, accorda à Jonathas tout ce qu'il demandait , à condition qu’il lui enverrait des troupes pour châtier les mutins. Jonathas lui envoya aussitôt trois mille hommes. Dès que le roi les eut , se croyant assez fort pour tout entreprendre , il voulut désarmer les habitants d’Antioche, et ordonna, pour cet effet , qu’ils eussent tous à apporter leurs armes. Ils se soulevèrent au nombre de sia vingt mille hommes , et vinrent investir le palais , dans le dessein de tuer le roi. Les Juifs accoururent aussitôt pour le dégager, écartèrent cette multitude par le fer et par le feu, brûlèrent une grande partie de la ville, et tuèrent ou firent périr par le feu près de cent mille des habitants. Le reste , intimidé par un si grand malheur, demanda la poix. Elle leur fut accordée , et le tumulte cessa. Les Juifs , après avoir tiré cette terrible vengeance des maux que ceux d’Antioche avaientfaits à Juda et à Jérusalem, principalement sous le règne d’Antiochus Epiphane, revinrent dans leur pays chargés d’honneur et de butin.

Démétrius , continuant toujours scs cruautés, sa tyrannie et ses oppressions, fil encore mourir plusieurs personnes pour la dernière sédition, confisquâ tes biens de plusieurs, et en chassa un grand nombre d’autres. Tous ses

I An. M. 3800; av. I C.

sujets en conçurent tant de haine et d’animosité contre lui , qu’il ne leur manquait qu’une occasion pour éclater, et lui faire sentir les effets les plus terribles de leur vengeance.

Malgré les promesses qu’il avait faites à Jonathas, et les grandes obligations qu’il lui avait du secours qui l’avait sauvé, il n’en usa pas mieux avec lui qu’avec les autres. Croyant désormais pouvoir se passer de lui, il ne tint pas le traité dont il était convenu. Quoique la somme de trois cents talents lui eût été payée , il ne laissa pas de demander tous les impôts , les péages, et les tributs ordinaires, avec la même rigueur qu’auparavant , et avec menaces à Jonathas de lui faire la guerre s’il y manquait.

Pendant qucjes choses étaient dans cet état chancelant, Tryphon ameua en Syrie Antiochus, le fils d’Alexandre , et fit déclarer partout ses prétentions à la couronne par un manifeste. Les soldats que Démétrius avait cassés , et un grand nombre d’autres mécontents , se rangèrent en foule auprès du prétendant et le proclamèrent roi. Us marchèrent sous sés étendards contre Démétrius, le battirent, et l’obligèrent à se retirer â Séieucie. Ils lui prirent tous scs éléphants, se rendirent maîtres d’Antioche , y placèrent Antiochus sur le trôno des rois de Syrie , et lui donnèrent le surnom de Théos , qui signifie le dieu.

Jonathas , mécontent de l’ingratitude de Démètrius, accepta l’invitation qu’on lui fil de la part du nouveau roi pour l’engager dans ses intérêts. Lui , et son frère Simon , furent comblés de faveurs. On leur envoya une commission, qui leur donnait pouvoir de lever des troupes pour Antiochus dans toute la Célésyrie et la Palestine. Us formèrent de ces troupes deux corps d’armée , avec lesquels ils agirent séparément, et remportèrent plusieurs victoires contre les ennemis.

Tryphon *, voyant tout au point où il le voulait pour commencer à exécuter le projet qu’il avait formé de faire périr Antiochus, et de prendre pour lui-même la couronne de Syrie , ne trouvait plus d’obstacle à scs desseins-que de la part de Jonathas, dont il con-

i-I. Maohab. 12, 39-54; 13, 1-30. — Joseph. Aotiq. Jud. lib. 13. cap. 10 el il.. — Justin. Ub. 30, cap. 1. — > Liv. Epil. lib. 55.

naissait trop la probité pour tenter même de le faire entrer dans ses vues. Il résolut de se défaire , à quelque prix que ce fût , d'un ennemi si redoutable. Il entra donc en Judée avec une armée pour le prendre et le faire mourir. Jonathas , de son côté , vint aussi à Belslian, à la tête de quarante mille hommes. Trvphon vit bien qu’il ne gagnerait rien par la force contre une armée si puissante. 11 tâcha donc de l'attirer par de belles paroles , et par les assurances les plus vives d’une amitié sincère. Il lui fit entendre qu’il n’était venu là que pour le consulter sur leurs intérêts communs, et pour mettre entre scs mains l’tolémaldc , qu’il avait résolu de lui donner en pur don. Il le trompa si bien par ces protestations d’amitié et ces offres engageantes , qu'il lui Gl renvoyer toutes ses troupes , a la réserve de trois mille hommes, dont il ne garda même que mille auprès de sa personne. Il envoya les autres du côté de la Galilée , et suivit Tryphon à l’tolèmatde , comptant , sur le serment de ce traître, qu’il en serait mis en possession. Il n’y fut pas plutôt entré avec ses mille hommes , qu’on en ferma les portes. On se saisit aussitôt de Jonathas, et on Gt main-basse sur tous les autres. On détacha aussi en même temps des troupes pour aller surprendre les deux mille hommes qui étaient allés en Galilée. Ils avaient déjà eu avis de ce’ qui était arrivé à Jonathas et à sa troupe dans la ville de Ptolémaidc ; et s'étant exhortés les uns les autres à se bien défendre, et à vendre bien cher leur vie , l’ennemi n’osa pas les attaquer. On les laissa passer, et ils arrivèrent tous sans aucun mal à Jérusalem.

L’aGliction de ce qui venait d’arriver à Jonathas y était extrême. Les Juifs cependant ne perdirent point courage. Ils choisirent d'un consentement universel Simon pour leur général ; et sur-le-champ, par ses ordres , ils se mirent à travailler dê toute leur force à achever les fortiGcations de Jérusalem, que Jonathas avait commencées ; et quand on apprit que Tryphon approchait , Simon marcha contre lui à la tête d’une belle armée.

Tryphon n’osa pas lui livrer bataille , et eut encore une fois recours au même artiüce qui lui avait si bien réussi contre Jonathas. Il envoya dire à Simon qu'il n'avait fait arrêter

Jonathas que parce qu'il devait cent talents1 au roi ; que s’il voulait lui envoyer cette somme, et les deux Gis de Jonathas en otage pour lui répondre de la fidélité de leur père , il le feruit mettre en liberté. Quoique Simon vil bien que ce n'était qu’une feinte , cependant pour n'avoir rien à se reprocher d’avoir causé la mort de son frère en refusant de faire ce qu’on lui proposait , il envoya l'argent et les deux enfants de Jonathas. Le traître ne relâcha point pour eela son prisonnier : mais il revint une seconde fois en Judée avec une plus grosse armée qu’auparavant, dans le dessein de mettre tout à feu et à sang. Simon le côtoya de si près dans toutes scs marches et contre-marches , qu’il prévint tous scs desseins, et l'obligea de se retirer.

Tryphon, à son retour au quartier d'hiver dans le pays de Galaad , Gt mourir Jonathas ; et, croyant après cela n’avoir plus personne à craindre , il donna ordre de tuer secrètement Ântiochus. Il fit ensuite courir le bruit qu'il était mort de la pierre , et en même temps il se déclara roi de Syrie en sa place , et prit possession de la couronne. Quand Simon apprit la mort de son frère , il envoya prendre scs os, les enterra dans la sépulture de scs pères à Modin , et lui Gt ériger un superbe monument.

Tryphon souhaitait avec passion5 de se faire reconnaître par les Romains. Son usurpation était si chancelante sans cela, qu'il voyait bien qu’il avait besoin de ce support pour se soutenir. Il leur envoya une ambassade magnifique, qu’il chargea d’une victoire d’or du poids de dix mille pièces d'or. Il fut la dupe des Romains. Ils reçurent la statue , et firent mettre dans l'inscription le nom d'Antiochus , qu’il avait fait assassiner , comme si elle fût venue de lui. -,

Les ambassadeurs que Simon 5 envoya à Rome y furent reçus bien plus honorablement, et l'on y renouvela tous les traités faits avec ses prédécesseurs.

Démétrius cependant * s’amusait à se di-

* Cent raille éru§.

* An M. 3661; av. J. C. 113. - Died. Légat. 31.

» I. Maehab. 11.16-10.

* Diod. in Eirerpt. Voles, pag. 353. — I. Maehab. 13. 31.42; et 14. 38-11. — Joseph. Aotiq. Jud. lib, 13,

i cap. 11.

vertir à Laodicéc , et s'abandonnait aux plus •infâmes débauches. Sans devenir plus sage par l'adversité , et sans qu’il parût même sentir le moins du monde ses molheurs. Comme ïrvphon avait donné aux Juifs un Juste sujet de 's'opposer à lui et à son parti, Simon envoya ù Démétrius une couronne d'or , et des ambassadeurs pour traiter avec lui. Ils obtinrent de ce prince la confirmation de la sacrificalure et la principauté pour Simon, l’exemption de toutes sortes de tributs et d'impôts, avec une amnistie générale pour tous les actes d’hostilité passés, & condition que les Juifs se joindraient à lui contre Tryphon.

Démétrius enfin revint un peu de sa léthargie â l'occasion des députés qui lui vinrent de l’Orient pour l’inviter à y passer'. LesParthcs ayant inondé presque tout l'Orient et subjugué tous les pays d'Asie qui sont entre l’Inde et l'Euphrate , ceux des habitants de ces payslà qui étaient descendus des Macédoniens, ne pouvant souffrir cette usurpation, ni l’orgueil ni l’insolence de leurs nouveaux maîtres, pressaient extrêmement Démétrius par des ambassades réitérées de venir se mettre à leur tête, l'assuraient d'un soulèvement général contre les Parlhes, et promettaient de lui fournir assez de troupes pour chasser ces usurpateurs et recouvrer toutes les provinces de l’Orient. Plein de ces espérances, il entreprit enfin cette expédition, et passa l'Euphrate , laissant Tryphon en possession de la plus grande partie de la Syrie. Il comptait qu’étant une fois maître de l’Orient, avec ce surcroît de puissance il serait plus en état à son retour de réduire ce rebelle.

Dès qu’il parut en Orient , les Eiyipéens , les Perses, et les Baclriens se déclarèrent en sa faveur ; et avec les secours qu'il en tira , il défit plusieurs fois les Parthes. Mais à la fin , sous prétexte de traiter avec lui, ils l'attirèrent dans une embuscade, où il fut fait prisonnier, et toute son armée taillée en pièces. Ce fut par ce coup-là que l'empire des Parthes s’établit d'une manière si ferme , qu’il se soutint en-

• An. U. 3863; av.I. C. lit. - Just. lib. 30, cap. 1 ; lib. 38, cap. 9; lib. 4i , cap. 5el6. — I. Machab. 14, 1- - Joseph. Antiq. lib. 13. cap. 9 cl 1*2. — Oros. Ilb. 5 . cap. 4 - Üiod. In Eicerpl. Voies. pag. 250. - Appian. In Sjr. p. 132.

suite pendant plusieurs siècles, et devint la terreur de tous ses voisins; jusqu'à aller de pair avec les Romains mêmes , pour la force des armes et la réputation des exploits militaires.

Le roi qui régnait alors sur les Parlhes était Mithridatc, fils de Priapalius, princo brave et sage. On a vu comment Arsace avait fondé cet empire, comment son fils Arsace II l'avait établi et fixé par un traité de paix avec Antiochus-le-Grand. Priapalius était fils de ce second Arsace , et il lui succéda : il portait aussi le nom d’Arsace , qui a été commun à tous ceux de cette maison. Après avoir régné quinze ans , il laissa la couronne, en mourant, à Phraate, son fils aîné ; et celui-ci la laissa à Mithridale son frère, préférablement 1 à ses propres enfants , parce qu'il reconnut en lui plus de mérite et plus de capacité pour bien gouverner les peuples , persuadé qu’un roi , lorsqu'il est maître du choix , doit être plus attentif nu bien de l'ctat qu'à l'avancement de sa famille , cl oublier en quelque sorte qu’il est père pour se souvenir seulement qu'il est roi. Ce Mithridale est le roi des Parthes, entre les mains de qui tomba Démétrius.

Ce prince, après avoir subjugué les Mèdes , les Élyméens, les Perses, les Bactricns, poussa encore ses conquêtes jusque dans l'Inde , et au delà des bornes de celles d'Aleiandre; et, après avoir défait Démétrius, il assujettit aussi la Babylonie et la Mésopotamie; de sorte que son empire eut depuis ce temps-là pour bornes l’Euphrate à l’occident , et à l'orient le Gange.

Il mena Démétrius, son prisonnier, dans toutes les provinces qui tenaient encore pour le roi de Syrie, dans la vue de les obliger à se soumettre à lui, en leur montrant celui qu’ils avaient regardé comme leur libérateur, réduit à un état si bas et si honteux. Après cela il le traita comme un roi ; il renvoya en Hyrcanie, qui lui fut assignée pour sa résidence , et lui donna sa fille Rhodogunc en mariage. Cependant il était toujours regardé comme prison-

» « Non mollo posl decessit , mullls filits relicll* ; qui a bus pralerills . fralri pollssimum Milhridati , intignls « virtutis vlro . reliqult imperium : plus regio quâm pa- • trio debcrl noralnl ratus, poUùsquc pair!® quam liber!» « cooiulfndum. » (JctTilv#)

nier de guerre, quoiqu'il eût d'uillours toute la liberté qu’on peut accorder dans cet état. Son fils l’hraale, qui lui succéda, le traita de la même sorte.

On remarque, en particulier, de ce Mitliridate, qu’ayant subjugué plusieurs nations différentes, il prit de chacune ce qu'elle avait de meilleur de scs lois et dans scs coutumes , et qu'il en fit un excellent corps de lois et de maximes d’état pour le gouvernement de son empire. C’est là faire un bel usage de ses victoires, d’autant plus louable, qu’il est rare et presque inouï d’être plus attentif à profiler des sages coutumes des peuples vaincus qu'à s’enrichir de leurs trésors. C’est par ce moyen que Milhridate donna des fondements solides à l'empire des Parthes, qu’il lui procura une consistance ferme, qu’il lia étroitement les provinces conquises, qu’il les réunit dans un même corps de monarchie, qui se soutint pendant plusieurs siècles sans se démentir, malgré la diversité des nations. On peut le regarder comme le N'uma des Parthes, qui apprit à cette nation belliqueuse à tempérer une bravoure féroce par la discipline , et à mêler l'autorité sage des lois à la force aveugle des armes.

En ce même temps arriva un changement considérable dans l'état de la nation juive. Elle combattait depuis longtemps avec des efforts incroyables contre les rois de Syrie, non-seulement pour se metlre en liberté, mais aussi pour sauver sa religion. Elle crut devoir profiter de l’occasion favorable de la captivité du roi de Syrie et des guerres civiles qui déchiraient continuellement cet empire, pourassurer l'une et l'autre. Dans une assemblée générale des prêtres, des anciens , et de tout le peuple à Jérusalem , elle choisit pour chef Simon, à la famille duquel elle avait des obligations essentielles, cl lui donna le gouvernement en titre de souveraineté, aussi bien que la souveraine sacrificaturc , et déclara celte double puissance, civile et sacerdotale, héréditaire dans sa famille. Ces deux titres lui avaient été conférés par Démétrius, mais seulement pour sa personne. Après sa mort, l’une et l'autre dignité passèrent conjointement à sa postérité, et demeurèrent unies pendant plusieurs générations.

Quand la reine Cléopâtre 1 vit son mari pris et retenu par les Parthes , elle se renferma avec ses enfants dans Séleucie, où plusieurs des soldats de Tryphon vinrent se jeter dans son parti. Cet homme, naturellement brutal et cruel, avait caché ses défauts avec soin sous les apparences de douceur et de bonté , tant qu’il avait cru avoir besoin de chercher à plaire aux peuples pour venir à bout de ses desseins ambitieux. Quami il se vit en possession de la couronne, il déposa un personnage qui le gênait, et se livra sans contrainte à scs mauvais penchants. Plusieurs donc l’abandonnèrent , et vinrent en assez grand nombre se donner à Cléopâtre. Ces désertions ne grossissaient pas pourtant assez son parti pour la mettre en état de se soutenir dcllc-même. Elle craignait aussi que le peuple de Séleucie ne la livrât à Tryphon plutôt que de soutenir un siège pour l'amour d’elle. Elle fit donc proposer à Ântiochus Sidèlc, frère de Démétrius, de s'unir avec elle, et promit en ce cas de l’épouser, et de lui procurer la couronne; car, quand elle apprit que Démétrius avait épousé lthodogune, elle en fut si outrée, qu’elle ne garda plus de mesures et résolut de chercher de l’appui par un nouveau mariage. Ses enfants étaient encore trop jeunes pour soutenir le poids d'une couronne chancelante , et elle n’était pas de caractère à respecter beaucoup leurs droits. Comme donc Antiochus était après eux le plus proche héritier de la couronne, elle se fixa à lui, et le prit pour mari.

Cet Antiochus était le . second Gis de Dé— métrius Soter, et avait été envoyé à Cnidc avec son frère Démétrius pendant les guerres qu'avait eues leur père contre Alexandre Bala , pour liTs mettre à couvert des révolutions qu'on appréhendait, et qui arrivèrent effectivement, comme on l'a dit plus haut. Ayant accepté les offres de Cléopâtre, il prit le litre de roi de Syrie.

Il écrivit à Simon une lettre où il se plaignait de l'injyste usurpation de Tryphon, dont il se promettait de tirer bientôt vengeance. Pour l’engager dans ses intérêts, il lui faisait de grandes concessions et lui en faisait espérer de plus grandes encore quand il serait monté sur le trône.

> An. M.3SC1 ar. J,C. «0.

En effet au commencement de l’année suivante, il fit une descente en Syrie avec une armée de troupes étrangères qu’il avait prises à sa solde en Grèce , dans l’Asie Mineure et dans les Iles : et, après avoir épousé Cléopâtre , et joint ce qu’elle avait de troupes aux siennes, il se mit en campagne pour aller combattre Tryphon. La plupart des troupes de cet usurpateur , lasses de sa lyrannie, le quittèrent, et vinrent grossir l’armée d'Antiochus, qui se trouva alors monter jusqu’à six vingt mille hommes d’infanterie , et huit mille chevaux.

Tryphon n’avait pas de quoi lui faire tète ; il se retira à Dora, ville proche de Plolémaïde en Phénicie. Antiochus l’y assiégea par mer et par terre avec toutes ses forces. La place ne pouvait pas tenir longtemps contre une si puissante armée. Tryphon se sauva par mer à Orlhosie, autre ville maritime de Phénicie; et de là ayant gagné Apamée, où il était né, il y fut pris, et on le fit mourir. Ainsi Antiochus mit fin à cette’ usurpation, et monta sur le trône de son père, qu'il occupa neuf ans. Sa passion pour la chasse lui fit donner le surnom de Sidéte, ou U chasseur, du mot' zidah, qui. signifie la même chose dans la langue syriaque.

Simon, établi dans la souveraineté de la Judée du consentement général de la nation , crut devoir envoyer des ambassadeurs à Borne pour y être reconnu sous ce titre, et pour renouveler les anciens traités, lis y furent trèsbien reçus, et obtinrent tout ce qu’ils demain liaient. Le sénat , en conséquence , fit écrire par le consul Pison à Ptolémée, roi d’Egypte; à Attale, roi de Pergamc; à Ariarathe, roi de Gappadoce ; à Démétrius *, roi. de Syrie ; à Mithridatc , roi des Parthcs ; aussi bien qu’à toutes les villes et à tous les états de la Grèce , de l’Asie Mineure et des lies , avec qui les Romains étaient en alliance , pour leur notifier que les Juifs étaient leurs amis et leurs alliés , et qu’ainsi ils n’entreprissent rien à leur préjudice.

• An. M. 3805 ; av. J. C. 139. — I. Machab. 15, 1-11; 16, 1-10. — Joseph. Anliq. lih. 13, cap. 12 cl 13.

1 Cette lettre fut adressée â Démétrius , quoiqu’il fût prisonnier chez les Parthes , paree que les Romains n'avaient reconnu ni Trjphoo ni Antiocluu^idéie.

Comme Antiochus n’avait accordé à Simon une alliance si avantageuse que forcé par le pressant besoin où il se trouvait pour lors, et contre l'intérêt de l’état aussi bien que contre la politique de ses prédécesseurs, la lettre des Romains ne l'empécha pas de se déclarer contre Simon , malgré toutes les promesses magnifiques qu’il lui avait faites , et d’envoyer en Judée des troupes sous la conduite de Cendébée , qui fut vaincu dans une bataille par Judas et Jean , fils de Simon.

11 y avait sept ans que Physcon régnait en Egypte '. L’histoire ne rapporte rien de lui pendant tout ce temps-là que ses vices monstrueux et ses cruautés détestables. Il n’y a guère eu de prince si perdu de débauche, et en même temps si cruel et si sanguinaire. Tout le resle de sa conduite était aussi méprisable que scs vices étaient criants : car il faisait et disait eu public des extravagances d’enfant ; de sorte qtl’il s'attira en même temps le mépris et In haine de ses peuples au dernier degré. Sans lliérax, son premier ministre, il eût été infailliblement détrôné. Cet lliérax était né à Antioche, et c’était le même à qui, sous le règne d'Alexandre Bala , le gouvernement de cette ville avait été laissé conjointement avec Diodole , surnommé ensuite Tryphon. Après la révolution qui arriva en Syrie , il se retira en Egypte , entra au service de Ptolémée Physcon, et devint bientôt son premier général et son premier ministre. Gomme il était brave et habile , en faisant bien payer les Iroupcs , et en réparant par un gouvernement sage et équitable les fautes que son mailre faisait , et en les prévenant , ou y remédiant autant qu'il lui était possible , il avait eu jusque-là le bonheur cl l’adresse d'entretenir la tranquillité dans cet état.

Mais dans les années suivantes’, soit qu’Hiérax fût mort, ou que la prudence et la sagesse de ce premier ministre ne pussent plus arrêter la folie du prince , les affaires de l’Egypte allèrent plus mal que jamais. Physcon fit mourir sans sujet la plupart de ceux qui avaient témoigné le plus de zèle à lui procurer la couronne

* An M. .‘Î8G6 ; av. J. C. 138. — Justin, lfb. 38 , cap. 8. — Diod. in Excerpt. Vales. pag. 3fiî. — Alhen. lib. 4, pag. 181 ,.et lib. 6 pag. 252. —Val. Max. lib. 9, cap. 1 et 2.

« An. M. 38G.8; av. J. C. i30..

après la mort de son frère , et à la lui conserver ensuite. Athénée met de ce nombre Hiérax, mais sans en marquer le temps. II fit encore mourir, ou du moins bannir, la plupart de ceux qui avaient été en faveur sous Philomélor , son frère , ou qui avaient seulement eu des emplois sous lui ; et en léchant scs troupes étrangères , 4 qui il permettait de piller et de tuer comme il leur plaisait, il jeta si fort la terreur dans la ville d’Alexandrie , que la plupart des habitants, pour éviter sa cruauté, prirent le parti de se retirer dans les pays étrangers, et la ville demeura presque déserte. Pour les remplacer, quand il s’aperçut qu’il ne lui restait plus que des maisons vides, il fit publier dans tous les pays du voisinage, qu’on ferait de grands avantages à ceux qui voudraient venir s’y établir , de quelque nation qu'ils fussent. Il se trouva assez de gens que ce parti accommodait. On leur donna les maisons abandonnées , et ou leur accorda tous les droits, privilèges et immunités dont jouissaient les anciens citoyens , et la ville se repeupla.

Comme , parmi ceux qui avaient quitté Alexandrie , il y avait quantité de grammairiens , de philosophes, de géomètres, de médecins , de musiciens , et d'autres maîtres de sciences et d'arts libéraux, il arriva de lé que les sciences et les beaux-arts commencèrent à renaître en Grèce, dans l'Asie Mineure, dans les îles , en un mot partout où ces illustres réfugiés les portèrent. Les guerres continuelles des successeurs d'Alexandre avaient presque éteint les sciences dans tous ces pays-là ; et elles seraient tombées absolument parmi ces troubles , si elles n’avaient trouvé de la protection sous les Ptolémées à Alexandrie. Le premier de ces princes , par l’établissement de son muséum où il entretenait des savants, et par la fondation de sa belle bibliothèque, avait attiré chez lui presque tout ce qu’il y avait d’habiles gens en Grèce. Le second et le troisième ayant suivi en cela les traces du fondateur, Alexandrie était devenue la ville du monde où les sciences et les arts libéraux étaient le plus cultivés , pendant que presque partout ailleurs ils étaient absolument négligés. La plupart des habitants de celte grande ville étudiaient , ou s'attachaient à quelqu’un de ces bcaux-àrts , qu'on leur faisait apprendre dans leur jeu-

nesse. Ainsi , quand la cruauté et l’oppression du tyran dont je parle les obligea de chercher des retraites dans les pays étrangers, la ressource la plus générale qu'ils trouvèrent, pour gagner leur vie , fut de se mettre à enseigner ce qu’ils savaient. Ils y ouvrirent donc des écoles ; et comme la nécessité les pressait , ils enseignaient à bon marché , ce qui grossissait beaucoup le nombre de leurs écoliers. Par ce moyen, les arts et les sciences commencèrent à revivre dans tous les endroits de leur dispersion, c’est-à-dire dans tout ce que nous appelons l’orient, précisément de la même manière qu’elles se sont renouvelées, en occident , à l'occasion de. la prise de Constantinople par les Turcs.

Justement dans le temps 1 que les étrangers venaient en foule repeupler Alexandrie, P. Scipion l'Africain le jeune, Sp. Mummius, et L. Métellus , y arrivèrent de Borne en ambassade. C’était une maxime des Komains d'envoyer souvent des ambassades chez leurs alliés pour prendre connaissance de leurs affaires et accommoder leurs différends. Ce fut dans cette vue que l’on envoya alors en Egypte trois des plus grands hommes de l’état. Ils avaient ordre, comme je l'ai dit Ailleurs , de passer en Egypte, en Syrie , en Asie et en Grèce, et de voir en quel état étaient les affaires de tous ces pays-là; d’examiner comment on y observait les traités qu’on avait faits avec eux , et de remédier à lous les désordres qu’ils y trouveraient. Ils s’acquittèrent de leur commission avec tant d’équité, de justice et d’habileté, et rendirent de si grands services à ceux à qui on les avait envoyés, en remettant l'ordre parm i eux et en accommodant leurs différends, que, dès qu’ils furent de retour à Rome , on y vit arriver des ambassades de tous les endroits où ils avaient passé , qui venaient remercier le sénat de leur avoir envoyé des personnes d’un si grand mérite , et dont ils ne pouvaient trop louer la sagesse et la bonté.

Le premier endroit où ils allèrent , suivant leurs instructions, fut Alexandrie. Le roi les y reçut avec une grande magnificence. Pour eux, ils l'affectaient si peu , qu’à leur entrée ,

1 CIc. in somn. Scip. — Aihcn. lib. fi, pag. 273, cj lih. .12, pag. 5S9. — Yoi. .Mai Ub. 4, cap. 3. — Dio<l. Log. 32

Scipion , qui était le plus grand seigneur de Rome , n’avait avec lui qu'un ami , c’était le philosophe Panétius, et cinq domestiques. On comptait , dit un historien , non ses. domestiques, mais ses victoires 1 ; et on l’estimait, non pour son or et son argent, mais pour ses vertus et ses qualités personnelles. Quoique , pendant tout le séjour qu’ils y firent , le roi leur fit servir à table tout ce qu’il y avait de plus délicat et de plus recherché, ils ne touchaient jamais qu’aux mets les plus simples et les plus communs , méprisant tout le reste, qui ne sert qu'à affaiblir l’esprit aussi bien que le corps. Telle était encore en ce temps-là la modération et la tempérance des Romains : mais le luxe et le faste en prirent bientôt la place.

Quand les ambassadeurs eurent bien vu Alexandrie et réglé les affaires qui les y amenaient, ils remontèrent le Nil pour visiter Memphis et les autres parties de l’Egypte. Ils virent de leurs propres yeux , ou par des informations faites sur les lieux mêmes , le grand nombre de villes et la multitude prodigieuse d’habitants que contenait cet état , la force que lui donnait sa situation , la fertilité de son terroir, et tous les autres avantages dont il jouissait. Ils trouvèrent qu'il n’y manquait rien , pour le rendre puissant et formidable, qu’un prince qui eût de Incapacité et de l’application : car l’hyscon , qui y régnait alors , n’était rien moins qu'un roi. Il ne se peut rien de plus pitoyable que l'idée qu’il leur donna de lui dans toutes les audiences qu’ils en eurent. Pour sa cruauté , sa barbarie , son luxe, et scs outres vices, j’en ai déjà dit quelque chose, et je serai obligé dans la suite d’en donner de nouvelles preuves. Son corps répondait assez a la laideur de son âme®. On ne pouvait guère en voir un plus contrerait. 11 était de petite

* « Quuni per socios et esteras gentes iter fiicercl , non <* mancipia sert Victoria numcrobaiilur ; nec quantum ■ nuri et argenti , setJ quantum ampiiludiuis onus sccum a ferret. asitmabatur. * (Val. Max. )

* « Quant cruenlus civibus, tain ridiculus Romanis « fuit. Erat enim et vultu deformis, et statuii 1» revis , et « siginè ventris non bornini , srd-belluæ similis. Quam a faditatem nimia subtililas periueida vestis auge bat , n prorsùs quasi astu inspicleoda prirbcrentur, que otnni « studio occultanda podibunrto viro crant. » ( Justi.v lib. 38. cap. 8. )

taille , et avec cela son ventre était d’une si énorme grosseur, qu’il n’y avait point d'homme qui pût l'embrasser. C'est celle grosseur de ventre qui lui fit donner le sobriquet de Physcon. Sur un si vilain corps, il portait une étoffe si claire , qu’on en voyait toute la difformité. Il ne paraissait jamais en public que sur un char ne pouvant porter celle masse de chair, qui était le fruit de son intempérance , sinon lorsqu’il se promena avec Scipion. Aussi celuici , se tournant vers Panétius , lui dit à l’oreille en souriant : Ltt Alexandrins nous ont l'obligation de voir marcher à pied leur roi.

Il faut avouer, à la honte de la royauté, que la plupart des rois dont nous parlons actuellement déshonoreraient non-seulement le trône, mais l'humanité même, par les vices les plus affreux. On est effrayé de voir, dans cette longue liste de rois dont j'ai rapporté jusqu’ici l’histoire, combien il y en a peu qui soient dignes de ce nom. Quelle comparaison de ces monstres de dissolution et de cruauté avec Scipion l’Africain, l’un des trois ambassadeurs de Rome , qui était un prodige de sagesse et de vertu, telle qu'on la pouvait trouver parmi des païens! Aussi Justin dit-il de lui que pendant qu'il visitait avec curiosité et considérait les raretés d'Alexandrie , il était lui-méme le spectacle de toute la ville. Dum inspicil urbem sptclaculo Alexandrinis fuit.

Attale , roi de Pergame *, mourut environ dans le temps dont nous parlons ici. Son neveu qui porlail le même nom, et qui fut surnommé Philométor, lui succéda. Comme ce dernier était en bas âge quand Eumène son père mourut, il avait été sous la tutelle de son oncle, à qui la couronne fut aussi laissée par le testament d’Eumène. Attale donna à son neveu la meilleure éducation qu’il put , cl en mourant lui laissa le trône , quoiqu’il eût lui-méme des fils: procédé très -rare et très -louable, la plupart des princes né songeant pas moins à

* On Ht rtans Athénée : Kpoiist unSinors «t

ur, Six Zxtriétvu. L’Interprète a traduit : Pedibus ille nu ut] mata ex regià prodibat,scd perpétua tcipionêsubnixus , au lieu de nisi propter Scipionem.

* An. M. 3806.; a?. J. C. 138. - Justin. lib. 30. cap. 4.

— Strab. lib. 13 . pag. 6*21. —Plut, in Dcractr. pcg. 837.

— Diod.in Eiccrpl. Voies, pag 370.

transmettre la couronne à leur postérité qu'à se la conserver à eux- mêmes pendant leur vie.

Ce fut un malheur pour le royaume de Pergame. Philométor le gouverna de la manière du monde la plus extravagante et la plus pernicieuse. A peine ful-il sur le trône , qu’il le souilla du sang de ses plus proches parents et des meilleurs amis de sa maison. H fit égorger presque tous ceux qui avaient servi avec une extrême fidélité son père et son oncle , sous prétexte que les uns avaient tué sa mère Slratonicc , qui était morte de maladie dans un âge fort avancé, et les autres sa femme Bérénice , morte d'un mal incurable, qui lui était survenu fort naturellement. Il en fit mourir encore d'autres sur des soupçons tout à fait frivoles ; et leur mort entraînait celle de leurs femmes, de leurs enfants et de toute leur famille. Il faisait faire ces exécutions par des troupes étrangères , qu’il avait fait venir exprès de chez les barbares les plus sauvages et les plus cruels, pour en faire les instruments de son énorme barbarie.

Après avoir ainsi massacré et sacrifié à sa fureur les plus honnêtes gens de son royaume, il cessa de se montrer. On ne le vit plus paraître dans la ville , ni manger en public. Il mit un habit usé, laissa croître sa barbe saus en prendre aucun soin, fit tout ce que faisaient dans ce temps-lù les personnes accusées d'un crime capital , comme s’il eût voulu par là reconnaître les crimes qu’il venait de commettre.

De là il passa à d'autres rspèccs de folie. Il abandonna le soin de toutes les affaires , se retira dans son jardin , s'y mil à bêcher luimême, et y sema toutes sortes d'herbes vénéneuses , aussi bien que des bonnes ; puis , empoisonnant les bonnes du suc des méchantes, il les envoyait ainsi en présent à ses amis. Il passa dans ces extravagances cruelles tout le reste de son règne, qui, heureusement pour ses sujets, ne dura pas longtemps , car il ne fut que de cinq ans.

Il s'était mis en tête d’exercer le métier de fondeur. Il forma lè projet d'un monument de cuivre ' pour sa mère : et, un jour d'été que

• An, M. 3871 , »r. J. c. 133.

la chaleur était excessive , pendant qu'il travaillait à en fondre le mêlai , il lui prit une fièvre chaude, qui l'emporta au bout de sept jours , et délivra ses sujets d'un abominable tyran.

Il avait fait un testament , par lequel il instituait le peuple romain son héritier. Eudême de Pergame porta ce testament à Rome. L’article dont il s’agit élait exprimé en ces termes * : que le peuple romain soit heritier de mes biens. Dés qu’on en eut fait la lecture, Tibérius Gracchus, tribun du peuple, toujours attentif à se concilier sa faveur , saisit cette occasion , et , étant monté sur la tribune aux harangues, il proposa une loi, qui portait que tout l'argent comptant qui reviendrait de In succession de ce prince serait distribué aux pauvres citoyens , qui seraient envoyés en colonies dans le pays légué au peuple romain , afin qu'ils eussent de quoi s’établir dans leurs nouvelles possessions, et se pourvoir des outils nécessaires à l'agriculture. Il ajouta que , quant aux villes et aux terres qui étaient de la domination d'Attale. il n’appartenait pas au sénat d’en ordonner, et qu'il en laisserait la disposition au peuple, ce qui choqua extrêmement le sénat. Ce tribun fut tué peu de temps après.

Cependant Arislonic *, qui se disait de la famille royale , travailla à s’emparer des états d'Attale. En effet, il était fils d'Eumène, mais né d’une courtisane. Il n’eut pas de peine à engager dans son parti la plupart des villes , parce qu’elles étaient accoutumées de longue main à être gouvernées par des rois. Quelques villes, par la crainte des Romains , refusèrent d’abord de le reconnaître ; mais elles y furent contraintes par la force.

Comme son parti se fortifiait de jour en jour , les Romains envoyèrent contre lui le consul Licinius Crassus. On a remarqué qu’il possédait si parfaitement tous les dialectes de la langue grecque, qui formaient comme cinq langages différents, qu’il prononçait ses arrêts

* Plut, in Gracth. — Flor. lib. 2, cap. 20. — Justin, lib. 30, cap. 4; et 37, cap. 1.— Vell. Palcrc. iib. 2, cap. I. — Slrab. lib. 1*. pog.GiÜ. — Gros. lib. 5. cap. 8-10.— Eutrop. lib. 4. — Val. Max. lib. 3, cap. 2.

* An. M. 3872; av. J. C. 132.

» An. M 3873; av.J. C. 131.

ogle

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selon la langue particulière de ceux qui plaidaient devant lui ; ce qui le rendit fort agréable à tous les peuples de l’Asie Mineure. Tous les princes voisins alliés du peuple romain , les rois de Billiyiiie , de Pont , de Cappadoce, de Paphlagonie, joignirent leurs troupes aux siennes.

Malgré de si puissants secours 1 * , ayant engagé mal à propos un combat , son armée , qu'il commandait alors en qualité de proconsul, fut mise en déroute, et lui fait prisonnier. 11 évita la honte d’être livré au vainqueur par une mort qu’il s’attira lui-même. Sa tête fut portée à Arislonic , qui fit enterrer son corps i Smyrne.

Le consul Pcrpenna , qui avait succédé à Crassus, vengea bientôt sa mort. Etant accouru en Asie , il livra un combat à Aristonic , défit entièrement son armée , l’assiégea peu après lui-même dans Strntonice, et enfin le fit prisonnier. Toute la Phrygie se soumit aux Romains.

Il lit partir pour Rome Aristonic sur la flotte *, qu'il chargea de tous les trésors d’Allale. Manius Aquilius.qui venait d’être nommé consul, se hiltn de venir prendre sa place pour terminer celle guerre, et lui ravir l'honneur du triomphe. Il trouva Aristonic parti ; et peu de temps après , Pcrpenna , qui s’était mis en chemin, mourut de maladie A Pergame. Aquilius mit bientôt fin à cette guerre , qui avait duré près de quatre ans. La Lydie , la Carie , l’Hellespont, la Phrygie ; en un mot , tout ce qui composait le royaume d’Atlale fut réduit en province de l’empire romain , sous le nom commun d'Asie.

Le sénat avait ordonné qu’on détruisit la ville de Phocée, qui s’était déclarée contre les Romains, et dans la guerre dont on vient de parler, et auparavant dans celle contre Anliochus. Les habitants de Marseille, qui étaient une colonie de Phocée, touchés du danger de leurs fondateurs, comme s’il se fut agi de leur propre ville, députèrent à Rome pour implorer en leur faveur la clémence du sénat et du peuple. Quelque juste que fût leur indignation contre Phocée , ils ne.purcnt refuser sa grêce

i An. M.387t; av. J. C. 130.

An. ït. 387 . ; «v. J. C. 139.

aux vives sollicitations d’un peuple pour lequel ils avaient anciennement une extrême considération, et qui s’en renduit encore plus digne par la tendre reconnaissance qu’il témoignait pour ses pères et ses fondateurs.

La grande Phrygie fut accordée à Mithri— ■date Évcrgète, roi de Pont, en récompense du secours qu'il avait donné aux Romains dans ‘celle guerre : mais, après sa mort , ils l’enlevèrent à son fils (c’est le grand Mithridale), et la déclarèrent libre.

Ariarathe, roi de Cappadoce, qui était mort dans' celte même guerre, avait laissé six enfants. Rome, pour récompenser dans les fils les services du père, ajouta A leurs états la Lycaonie et la Cilicie. Ils trouvèrent dans la reine Laodice nou une mère, mais une cruelle marâtre. Pour assurer A elle seule l’autorité , elle fit périr par le poison cinq de ses enfants ; et le sixième aurait eu le même sort , si ses proches ne l'avaient enlevé aux mains parricides de cette Mégère, dont les peuples vengèrent bientôt les crimes par une mort violente.

Manius Aquilius de retour A Rome, reçut l’honneur du triomphe. Aristonic , après y avoir été donné en spectacle au peuple*, fut conduit dans la prison , où on l’étrangla. Telles furent tes suites du testament du roi Atlale.

Mithridate, dans la lettre qu'il écrivit dans la suite A Arsace , roi des I’arthes, accuse les Romains d'avoir supposé un faux testament d’Attalc pour frustrer Aristonic, fils d’Eumènc, du royaume de son père , qui lui appartenait de droit : mais c’est un ennemi déclaré qui les charge de ce grief. Ce qui "est plus étonnant , c’est qu’Horace, dans une de ses odes5, semble faire ce reproche au peuple romain , et insinuer que c’est par fraude qu’il avait eu celte succession.

Pieque Allai!

Ignotus hæics regiam occupa*!.

Cependant il ne reste dans {'histoire aucun*

» An. M 3878 ;av. J. C. 1*26.

* a Simulato impio lesiamenio , l'ilium ejus i Eumenis) a ArMonicum, quia palrium regnum pcüveral , hoslium « more, pcrtiiumphum tluicril. « ( Apud Sallust. it « Fragment.)

• 11 oral. 11b. 2, od. 18.

«*fS* 2« <§»«*

trace de brigue secrète ni de sollicitation de la part des Romains.

J'ai cru devoir rapporter sans interruption tontes les suites de ce testament. Je reprends maintenant le 01 de l’histoire.

g V. — Antiochus SlDÉTB Assîtes J BAS Hircar

DANS JCBL SAI.SSI , SI REÇOIT LA LILLE A CAPITU- LATION, Il ports la guerre contre les Partues .. ET T PÉRIT. P8RAATE, ROI DES PAHTHES, EST VAINCU A SON TOUR PAR LES SCTTBES. PlITSCON ETEBCB

o’horribles cruautés eis Egtpte. Dre révolte

GÉNÉRALE L'OBLIGE D'EN SORTIR. CLÉOPÂTRE . SA PREMIERE FEMME, EST REM15E SCR LE TRÔNE. Elle IMPLORE LB SECOUES DE DÉMÉTRIUS, ET EST BIENTÔT OBLIGÉE DE QUITTER L'EgVPTE. PHTSCOR T RE- TOURNE, ET RECOUTEE SOR ROTAUME. PAR SOR NOTER, ZÉBIRA CBASSB DU TRONE DÉMÉTRIUS .QUI EST TUÉ BIENTOT APRÈS. Lr ROTAUME EST PARTAGÉ

entre Cléopâtre , femme de Démétrius, et Zêeina. Celui-ci est vaincu et tué, Artiochus Grtpus morte sur i.etrorr de Strie. Le fameux Mitiiridate commerce a régner dans le Pont.

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