‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 2)Chapitre 87 sur 178 · TACITE · texte numérisé non relu

TACITE

Tacite (C. Cornélius Tact tas] était plus âgé que Pline le jeune, qui était né en l'an de Jésus-Christ 6t.

Vespasicn commença àl'élcvcr aux dignités : Tite continua, et Domilien y en ajouta de plus grandes. Il fut préteur sous ce dernier, et consul sous Nerva, subrogé à Yergiuus Rufus ', dont il fit le panégyrique.

11 épousa la fille de Cn. Julius Agricola*. célèbre par la conquête de l'Angleterre. 11 était hors de Rome depuis quatre ans avec sa femme, lorsque Agricola mourut 3. Lipse croit que Tacite laissa des enfants, parce que l’empereur Tacite se disait descendu de lui ou de la même famille.

Les lettres ont rendu Tacite plus illustre que ses dignités. Il plaida*, même après avoir été consul, avec une grande réputation d’éloquence, dont le caractère particulier était la gravité et la majesté. 11 avait été fort estimé dès ses premières années.

• Pim. lib. S. epiit. 1.

• An. I. C. 77 ou 78.

• An. 93. — Vopiic. in vilâ Tacit.

« Plin.Hb. 2, rp. 1 et 11.

Pline le jeune fut un de ses premiers admirateurs ', et ils s’unirent ensemble par une amitié très-étroite. Ils se corrigeaient mutuellement leurs ouvrages : grand secours pour un auteur! Je l'éprouve tous les jours avec une vive reconnaissance; et je sens bien que je dois le succès de mon travail à un pareil secours, que me rendent des amis également éclairés et affectionnés.

Il parait* que Tacite avait donné au public quelques harangues ou plaidoyers. Il nvait fait aussi quelques vers. Il nous est resté de lui une lettre parmi celles de Pline.

Mais on ne le connaît aujourd'hui que par ce qu’il a ècjil sur l'histoire, à laquelle saint Sidoinc*ditqii'il ne s'appliqua qu'après avoir tâché inutilement de porter Pline à l'enl reprendre.

Il composa sa Inscription de l'Allemagne 4 durant le second consulat de Trajan : du moins il y a lieu de le conjecturer ainsi.

La vie d' Agricola son beau-père paraît aussi , par la préface, être un de ses premiers ouvrages, et faite au commencement de Trajan. Il emploie une partie de celte préface à décrire les temps orageux d'un règne cruel et ennemi de toute ver{u : tæca et infesta virtutibus lempora. C’était celui de Domilien. Il la conclut en marquant n qu’il consacre cet « écrit à la gloire d'Agricola son beau-père ; « et il ajoute qu’il espère que le sentiment de a respect et de reconnaissance qui l'a porté à « entreprendre cet ouvrage le fera paraître « louable, ou du moins excusable. » Uic intérim liber honori Agricolœ soceri mei destinatus, professions pietatis aut landatus erit , aut excusants.

Il entre ensuite en matière, et expose les principales circonstances et les principales actions de Ja vie de son beau-père. Cet écrit est un des plus beaux et des plus précieux morceaux de l'antiquité. Les gens de guerre, les courtisans, les magistrats y peuveul trouver d’excellentes instructions.

Le grand ouvrage de Tacite est celui dans lequel il avait écrit l’histoire des empereurs*,

i Id. lib. 7. epiit. 2. - ld. lib. 8, epist. 7

• Ibid. lib. 9, epist. 10.

» Sldoo. lib. 4. epist. 22.

s DeGerra cap. 37.

• Tacit. Ilisl lib. I , cap. t.

en commencent à la mort de t.aibact finissant à celle de Domitien : c’est ce qne nous appelons ses Histoires. Mais des vingt-huit ans que cette histoire contenait depuis l'an 69 jusqu’en 96, ij ne nous reste que l'année 69 et une partie de 70. Pour composer cet ouvrage', il demandait des mémoires aux particuliers, comme il en demanda à Pline le jeune sur la mort de son oncle. Et ceux * qui étaient bien aises que la postérité les connût lui en envoyaient d’eux-mêmes ; ce que nous voyons par le même Pline, qui espéra de s’immortaliser par ce moyen. Les lettres qu’il lui en écrivit semblent être de l’an 102 ou 103; et l’on peut juger par là du temps ayquel Tacite travaillait à cet ouvrage.

Il avait dessein s, après l’avoir achevé, si Dieu lui conservait la vie, de faire aussi l'histoire de Nerva et de Trajan : temps heureux , dit-il, où l'on pouvait penser ce qu’on voulait, et dire ce qu'on pensait. Bord lemporum felicitate, ubi sentira quœ relis, et quee sentias dieere licet. Mais il ne parait pas qu'il ait exécuté ce projet.

An lieu de cela, il reprit l'histoire romaine depuis la mort d’Auguste jusqu’à Galba; et c’est ce qu'il appelle lui-même ses Annales, parce qu’il tâchait d'y marquer tous les événements sur leur année, ce qu’il n’observe pas néanmoins toujours quand il rapporte quelque guerre.

Dans un endroit de ces annales*, il renvoie à l’histoire de Domitien, qu’il avait écrite auparavanlrcequi marque que les Histoires sont antérieures aux Annales, quoique celles-ci soient placées les premières. Aussi l’on remarque que le slylede ses Histoires est plus fleuri et plus étendu, sans doute parce que, porté naturellement à la concision, il se fortifiait de plus en plus dans cette habitude à mesure qu'il écrivait davantage. Des quatre empereurs dont Tacite avait écrit l'histoire dans ses Annales, savoir Tibère, Caligula, Claude, Néron, il n'v a que le premier et le dernier dont nous ayons l’histoire à peu près entière : encore nous manque-t-il trois années de Tibère et les

< Plin. Mb. 6, epist. 16.

• là. >1*1.

■ Ttcil 'llltl. Mb. 1, cap. f.

4 Annal, lib. li, cap. il

dernières de Néron. Caligula est perdu tout entier, et nous n’avons que la Gn de Claude.

Il avait dessein d’écrire aussi l’histoired’Augusle : mais saint Jérôme 1 parait n’avoir connu de lui que ce qu’il avait fait depuis la mort de ce prince jusqu’à celle de Domitien : ce qui, dit-il , faisait trente livres.

Si ce que Quintilien dit d’un historien célèbre de son temps, qu’il ne nomme point, doit s’entendre de Tacite, comme quelques auteurs l’ont cru, il paraîtrait qu’il aurait été obligé de retrancher des ehdroits trop libres et trop hardis. Voici le passage de Quintilien : a 11 « est un historien qui vit encore pour la « gloire de notre siècle ’, et qui mérite de « vivre éternellement dans la mémoire des « siècles à venir. On le nommera un jour : « maintenant on voit bien de qui je veux parce lcr. Ce grand homme a des admirateurs et « peu d’imitateurs, l’amour de la vérité lui « ayant nui, quoiqu’il ait supprimé une partie « de ce qu’il avait écrit. Dans ce qui est resté « on ne laisse pas de sentir parfaitement un « génie élevé, et une façon de penser hardie « et généreuse. »

Il est fâcheux qu’on ne soit pas plus instruit des circonstances de la vie d’un écrivain si célèbre. On ne sait rien non plus de sa mort*. L’empereur Tacite, qui tenait à honneur de descendre de la famille de notre historien , ordonna qu’on mit ses ouvrages dans toutes les bibliothèques, et qu’on en fit tous les ans dix copies aux dépens du public, aDn qu’elles fussent plus correctes. C’était une sage et louable précaution, qui aurait dû , ce semble, nous conserver en entier un ouvrage si digne dans toutes ses parties de passer à la postérité.

Tacite se vante d’avoir écrit sans haine et sans prévention, sine ird et studio, et d’avoir suivi en tout l’exacte vérité, ce qui est le principal devoir d’un historien. Pour remplir ce

> llteroo. Ztcbar.

* • Superest adhuc , et exornat ætatis nostr* gloriam .

« vir scculorum memorià dignus , qui olim nominabilur,

« nunc intelligilur. Ilabet arnaiores, nec imitatores , ut « libellas, quanquam circumcisis quœdixhset, ei oocue- « rit; sed elalum abundè spiritum et audaces scnieuiiai « deprehendas eliam in iis quœ raanent. » ( Quint. lib 10, cap. 1. )

* Vopisc. in vitè Tacil imper, [g 10. ]

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deVoir, Tacite aurait en besoin, non-sculcment d'un grand amour pour le vrai, mais d'un discernement très-fin et de beaucoup de précaution. « Car il remarque lui-même, en pariant « des bistoiresde Tibère, deCatus.de Claude, « de Néron, que, soit qu’elles fussent écrites « de leur vivant, ou peu après leur mort, la « fausseté y réguait également, parce que la « crainte avait dicté les unes, et la haine les o autres. » 1 Florentibus ipsit, ob tnetum falsc p; p ostquàm occiderunt, recentibus odiis composites sunL — « Il y a, dit-il ailleurs, • deux grands défauts qui donnent atteinte à « la vérité : la fureur de louer oulrémenl les « puissances pour leur plaire, le plaisir secret « d'en dire du mal pour se venger. Il ne faut « pas s’attendre que de tels historiens, qui « sont ou flatteurs ou ennemis déclarés, mé- « nagent fort l’estime de la postérité. » Veritas' pluribus modis infracta libidine as-

sentandi, aut rursus odio adversité dominantes. ha neulris cura posteritatis, inter infensos vel obnoxios. — « On est choqué d’une « basse flatterie, parce qu’elle sent la servitu- « de; mais on ouvre volontiers ses oreilles à la « médisance, dontla malignité se couvre d'un « air de liberté. » Sed ambitionem scriploris facili adverseris. oblreetatio et livor pronis auribus accipiuntur : quippe adulationi (<tdum crimen servilutis, malignitati falsa speciesliberlatis inest. — Tacite promet de s’écarter de ces deux excès, et protested’une fidélité à l’épreuve de toute séduction. Incorruplam /idem professis, nec amore quitquam et sine odio dieendus est.

Le morceau du règne de Tibère passe pour le chef-d’œuvre do Tacite par rapport à la politique. Le reste de son histoire, dit-on, pouvait être composé par un autre que par lui; et Rome ne manquait pas de déclamaleurs pour dépeindre les vices de Caligula, la stupidité de Claude, et les cruautés de Néron. Mais, pour écrire la vie d’un prince comme Tibère, il fallait un historien comme Tacite, qui pût démêler toutes les intrigues du cabinet, assigner les causes véritables des événements, et discerner le prétexte et l’apparence d’avec la vérité. .

< Annal- Mb. l.cap. 1.

1 Histor. Mb. 1. cap. 1.

Il est utile et important, je l’avoue, de démasquer les fausses vertus; de pénétrer dans les ténèbres où l’ambition et l<— autres passions se cachent, et de mettre les vices et les crimes dans tout leur jour pour en inspirer de l'horreur. Mais n’est-il point à craindre qu'un historien qui affecte presque partout de fouiller dans le cœur humain, et d'en sonder les replis les plus caché, ne donne scs idées et ses conjectures pour des réalités, et ne prête souvent aux hommes des intentions qu’ils n’ont point eues, et des desseins auxquels ils n’ont jamais pensé? Salluste ne manque pas de jeter dans son histoire des réflexions de politique; mais il le fait avec plus d’art et de réserve, et par là se rend moins suspect. Il semble que Tacite, dans l'histoire des empereurs, est plus attentif à faire apercevoir le mal qu’à montrer le bieu, ce qui vient peut-être de ce que ceux dont nous avons les vies sont presque tous de mauvais princes.

Pour ce qui regarde le style de Tacite, on ne peut pas nier qu’il ne soit fort obscur; il est même quelquefois dur, et n'a pas toute la pureté des bons auteurs de la langue latine. Mais il excelle à renfermer de grands sens en peu de mots, ce qui donne à son discours une force, une énergie, une vivacité toute particulière. Il excelle encore à peindre les objets, tantôt d’une manière plus courte, tantôt avec plus d’étendue, mais toujours avec de vives couleurs qui rendent sensible ce qu’il décrit , et (ce qui est son caractère propre) qui font beaucoup plus penser qu’il ne dit. Quelques exemples en convaincront mieux que mes paroles. Je les tirerai seulement de la vie d’ Agricole.

{ KDB011E UC TACITE PLtI.VS DE VIVACITÉ.

1. Tacite parle des peuples de la Grande- Bretagne , qui fournissaient volontiers les levées, payaient les tributs, et satisfaisaient à toutes les autres charges , quand les gouverneurs envoyés de Rome les conduisaient avec douceur, a mais qui souffraient avec peine les « traitements durs et violents , assez domptés « pour obéir , non pour être traités en cs- « claves. » ü as ( injurias ) œtjrc tolérant', jam

• Cap. 13.

domiti ut partant , ttonditm ut serviant.

2. « Agricola s’étant appliqué , dés la pre- « mière année, à arrêter ces désordres, remit < la paix en honneur chez ces peuples, la- « quelle auparavant , soit par la négligence . k soit par la connivence des gouverneurs, était « autant appréhendée que la guerre. » Hac primo slatim anno comprimendo' , tgregiam fumam paci cirrumdedit , quœ, vel incuriâ , vtl tolerantià priorum, haud minus quàm bellum timeliatur.

3. La réception d'Agricola par Domilien, au retour de ses glorieuses campagnes, est un des beaux endroits de Tacite, mais dont on ne peut rendre la vivacité dans une traduction. Exceptas brevi oscuio*, et nu llo sermone, lurba icrvientium immixtus est ■ «Après une « embrassade froide , sans que l’empereur lui « dit un mot, il se confondit dans la foule « des courtisans. »

4. Il en faut dire autant de ce qui suit immédiatement. Agricola , qui connaissait parfaitement le génie de la cour, et qui savait combien la réputation d’un homme de guerre qui a réussi est à charge à ces courtisans oisifs et sans mérite , pour en tempérer l’éclat, et pour amortir l’envie , se réduisit à urte vie tranquille et retirée. Cœterùm, ut militare nomen , grave inter otiosos, aliis virtutibus temperarel, tranquillilalem atque otium pendu* auxit. — a II avait un équipage mé- « diocre, se rendait affable à tout le monde, « et marchait accompagné seulement d'un ou « de deux amis; de sorte que le grand nombre, « qui a coutume de juger du mérite des « hommes par l'éclat et la magnificence de « leur train, après avoir vu et considéré Agri- « cola, se demandait si c'élait donc là cet « homme si célèbre, et peu le reconnaissaient « sous cet extérieur. » Cultu motlicus, sermone facilis , uno aut allero amicorum comitatus : adeô ut plerique , quibus magnos viros per ambitionem œstimare nios est, q murèrent famam, pauci interpretarentur. Quel moyen de rendre ces deux dernières phrases, quœrerent famam, pauci interpretarentur, qui ont un sens profond , et qu’il faut presque

< Cap. 20.

* Cap. W.

deviner. L’historien y a préparé en disant qu'on ne juge ordinairement des grands hommes que par l’éclat extérieur qui les environne : pterisque magnos viros per ambitionem æstimare mos est. Il distingue deux sortes de spectateurs. Les uns, qui faisaient le grand nombre, en voyant la modestie de l'extérieur d'Agricola , cherchaient sur quoi pouvait être fondée sa réputation , n’en apercevant pas les marques ordinaires ; ut plerique quœrerent famam. D’autres, et ils étaient en très-petit nombre, s’élevant au-dessus des préjugés populaires, comprenaient qu’un grand mérite pouvait être caché sous des dehors simples et modestes, et que l'un n’était pas incompatible avec l’autre : pauci interpretarentur.

5. Tacite mêle quelquefois aux faits qu’il expose, des réflexions bien sensées : c’est ce qu’il fait d’une manière merveilleuse, en relevant la sagesse et la modération avec laquelle Agricola ménageait et adoucissait l’humeur violente de Domiticn, quoiqu'il en eût reçu beaucoup de mauvais traitements.

« Proprium humani ingenii est , odtsse quera læstris '. Domiliani verO natura præceps in iram , et quô obscurior, e6 irrevocabilior, moderatione tamen prudentiâque Agricolæ leniebatur : quia non contumaciA , ncque inani jactatione libcrtatis, famam fatnmque provocabat. Sciant quibus ntorii itlicita mirari , pusse etiam sub malis principibus magnos viros esse , obsequiumque ac modestiam , si industria ac vigor adsint , cO laudis excedere , quo plerique per abrupta , sed in nullum reipublicæ usura , ambitiosA morte inclaruerunt. »

« Quoique ce soit le propre de l’homme de a haïr celui qu’on a offensé , et que Domitien « fût d’un naturel violent, et d'autant plus ir- « réconciliable , que sa .haine et sa colère « étaient plus cachées, Agricola savait l'a- « dourir par sa modération et sa prudence « parce qu’il ne provoquait point le courroux « du prince , et n’allait point nu trépas et à la « réputation par une vainc et Hère affectation « de liberté qui tient de la révolte. Que ceux « qui n’admirent qu’une générosité téméraire

> Cap ti.

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• apprennent pnr son exemple qu’il peut y « avoir de grands hommes sous de mauvais « princes ; et que la soumission cl la modestie, « si elles sont soutenues d'une vigueur et < d’une activité propre aux grandes affaires . « peuvent arriver au même point de gloire où « tendent la plupart des hommes par des pro- « cédés hardis et violents, sans aucun avan- « lage pour le bien public , et sans autre fruit

• pour eux-mêmes que de se signaler par une a chute éclatante. »

^wiaie-cuiici. ( Quintu» Curtmi BuCus )

J’ai déjà remarqué ailleurs qu’on ne sait point précisément dans quel temps Quinte- Curce a vécu. C’est le sujet d'une grande dispute parmi les savants ; les uns le plaçant sous Auguste ou Tibère, d’autres sous Vespasien , quelques-uns sous Trajan.

Il a écrit l’Histoire d’Alexandre-le-Grand en dix livres, dont les deux premiers ne sont pas venus jusqu’à nous : ils ont été suppléés par Frcinshémius. Son style est fleuri, agréable , rempli de réflexions sensées et de haraugues fort belles, mais pour l’ordinaire trop longues, et qui sentent quelquefois le déclamaleur. Ses pensées , ingénieuses et souvent très-solides, ont néanmoins un éclat et un brillant affecté , qui ne parait pas marqué tout à fait au coin du siècle d’Auguste. Il serait assez étonnant que Quintilien , dans le dénombrement qu’il fait des auteurs latins , n’eût fait aucune mention d’un historien aussi recommandable que Quinle-Curce , s’il avait vécu avant lui.

On lui reproche plusieurs défauts d’ignorance par rapport à l’astronomie , à la géographie , aux dates des événements , et même aux effets de la nature les plus connus , comme d’avoir pensé que la lune s'éclipse indifféremment quand elle est nouvelle et quand elle est pleine. Lunam deficerc, eùm aut terram subirez , aut solepremerelur1.

Nous avons une excellente traduction de Quinle-Curce par M. deVaugelas.

> |jb 4 . cap. tO.

Si.éro«E ( Cd mi* Suctoiiius TraoqmlliM.)

Suétone était fils de Suétonius Lénis', tribun de la treizième légion , qui se trouva à la journée de Bédriac , où les troupes de Vitel— lius vainquirent celles d’Othon. Il a fleuri sous l'empire de Trajan , et sous celui d’Adrien.

Pline le jeune l'aimait beaucoup , et voulait l’avoir toujours auprès de lui *. Il dit que plus fl le connaissait , plus il l'aimait , à cause de sa probité , de son honnêteté , de sa bonne conduite, de son application aux lettres, de son érudition ; et il lui rendit plusieurs services.

Suétone composa un fort grand nombre de livres, qui sont presque tous perdus. Il ne nous reste que son histoire des douze premiers empereurs , et une partie de son traité des illustres grammairiens et rhéteurs.

' Cette histoire est fort estimée par les savants. Elle s'attache beaucoup moins aux affaires de l’empire qu’à la personne des empereurs , dont elle fait connaître les actions particulières , la conduite domestique . et toutes les inclinations tant bonnes que mauvaises. Suétone n’observe point l’ordre des temps , et jamais l'histoire ne fut plus différente des annales que celle-ci. Il réduit tout à certains chefs généraux , et met ensemble ce qui se rapporte à chaque chef. Son style est fort simple , et l’on voit bien qu'il a plus recherché la vérité que l’éloquence. On lui reproche 'avec raison d'avoir donné trop de licence à sa plume , et d'avoir été aussi libre et aussi peu mesuré dans ses récits que les empereurs dont il fait l'histoire l’avaient été dans leur vie.

rujRU».

On croit que Ftorus pouvait être Espagnol5, de la famille des Sénèques, et avoir eu les noms de L. Annœus Stneca par la naissance , et de L. Julitu Florus , par atioption. Nous avons de lui un abrégé de l'histoire romaine en quatre livres, depuis le règne de Romulus jusqu’au

1 Suei. in Olh. csp. 10.

* Plin. lit). 10. fpiit. 100.

V VojMUI.

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temps d’Auguste , qui paraît écrit sous Trajan. I Il n’a point le défaut ordinaire des abrégés , d'étre sec , décharné cl ennuyeux. Le style en est élégant , agréable , et tient quelque chose de la vivacité poétique ; mais on y trouve en quelques endroits trop d’emphase et de pompe , et quelquefois même de l’enflure. Ce n’est point un abrégé de Tile-Live, avec qui sou- 1 vent il ne s'accorde pas. Nous avons déjà dit qu’on doute avec fondement que les épitomes ou sommaires qui sont à la tête des livres de Tite-Live soient de Florus.

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