‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 2)Chapitre 91 sur 178 · ÉPOUSE »E LEUTERECR T* A J AS A PURE · texte numérisé non relu

ÉPOUSE »E LEUTERECR T* A J AS A PURE

o Vous avez, mon très-cher Pline 1 , suivi la « voie que vous deviez dans l’instruction du « procès des chrétiens qui vous ont été dé- « fêrès : car il n’est pas possible d’établir une « forme certaine et générale dans cette sorte « d’affaires. Il ne faut pas en faire perquisi- • lion ; mais .s’ils sont accusés et convaincus , « il faut les punir. Si pourtant l’accusé nie o qu’il soit chrétien , et qu’il le prouve par sa « conduite, je veux dire en invoquant les « dieux , il faut pardonner à son repentir, de « quelque soupçon qu’il ait auparavant été « chargé. Au reste 9 dans nul genre de crime « l'on ne doit recevoir des dénonciations qui « ne soient souscrites de personne; car cela r est d'un pernicieux exemple , et ne convient « point à notre régne ni au temps où nous « riions. »

Je laisse au lecteur le soin de 6ire les réflexions que fournissent naturellement ces deux lettres , sur l’éloge magnifique qu’on y trouve de la pureté des mœurs des premiers chrétiens ; sur le progrès étonnant qu’avait déjà fait en si peu d’années le christianisme, jusqu’à faire détester les temples ; sur le nombre incroyable de fidèles de tout âge , de tout sexe et de toute condition ; sur le témoignage authentique que rend un paten à la croyance de la divinité de Jésus-Christ établie généralement parmi ces fidèles ; sur la contradiction frappante de l’avis de Trajan, puisque, si les chrétiens étaient coupables, il était juste de les rechercher avec soin , et , s’ils ne l’étaient pas, injuste de les punir, quoiqu’ils fussent accusés; enfin sur la maxime puisée dans le droit naturel , par laquelle l’empereur termine

> Epht. 96.

* « Sine auctorc vero propositi libelll , nullo erimine « locurn habere debeot. Nam el peuimi exempli , nec « nuslri seculi est. » .

sa lettre en déclarant qu’il trouverait son siècle déshonoré , si , pour quelque crime que ce fut (l’expression est générale ), on avait égard à des libelles sans nom d’auteur.

Pline , revenu à Rome, reprit les affaires et ses emplois. Sa première femme était morte sans enfants. 11 en épousa une seconde, nommée Calpurnia. Comme elle était fort jeune , et qu’elle avait beaucoup d’esprit, il n’eut pas de peine à lui inspirer le goût des belles-lettres. Elle en fit toute sa passion : mais elle la concilia toujours si bien avec l’attachement qu’elle avait pour son mari , que l’on ne pouvait dire si elle aimait Pline pour les belleslettres, ou les belles-lettres pour Pline*. S’il plaidait quelque cause importante, elle chargeait toujours plusieurs personnes de venir lui apprendre les premières nouvelles du succès ; el l’agitation où la mettait celle attente ne cessait que par leur retour. S’il lisait quelque harangue ou quelque autre pièce dans une assemblée d’amis, elle ne manquait jamais de se ménager quelque place , d’où elle pût, derrière un rideau , recueillir elle - même les applaudissements qu’il s’attirait. Elle tenait continuellement en ses mains les ouvrages de son mari ; et , sans le secours d’autre maître que de son amour9, elle composait sur sa lyre des airs pour les vers qu’il avait faits.

Les lettres qu’il lui écrivait font voir jusqu’où allait sa tendresse pour une épouse si digne d’être aimée el estimée. « Vous 5 me « mandez que mon absence vous cause beau- « coup d’ennui , que vous ne trouvez de sou- « lagement qu’à lire mes ouvrages , et souvent « à les mettre à ma place auprès de vous. Je « suis ravi que vous me désiriez si ardemment, a et que ces sortes de consolations aient quelu que pouvoir sur votre esprit. Pour moi , je « lis, je relis vos lettres, el les reprends de « temps en temps comme si c’en était de nou- « velles. Mais elles ne servent qu'à rendre a plus vif le chagrin que j’ai de ne point vous « voir : car quelle douceur ne doit-on point « trouver dans la conversation d’une personne

’ Llb. 4 . epist. 49.

• « Verni quidcin raeos canut fonnalque citbarâ , I non artifice aliquo doccntc . sed amure , qui magisicr a est optimus. o

> Llb. 6 , epist. 7.

« dont les lettres ont tant de charmes? Ne « laisser pas pourtant de m'écrire souvent , « quoique cela me fesse une sorte de plaisir * qui me tonrmente. » Dans une autre lettre *: « Je vous conjure avec la dernière instance « de prévenir mon inquiétude par une, et « même par deux lettres, chaque jour. Je me « rassurerai du moins tant que je lirai : mais « je retomberai dans mes premières alarmes

< dès que j'aurai lu. « Dans une troisième*:

< Il n’est pas croyable à quel point je sens « votre absence. Je passe une grande partie « des nuits à penser à vous. Pendant le jour , « et aux heures où j’avais coutume de vous « voir, mes pieds, comme on dit, me portent « d’eux-mémes à votre appartement; et, ne « vous y trouvant point, jem’en retourne aussi « triste et aussi honteux que si l’on m’avait « refusé la porte. »

Après s’être blessée dans une première grossesse, elle guérit à la vérité’, et vécut assez longtemps, mais elle ne lui laissa point de postérité.

On ne connaît ni le temps ni les particularités de la mort de Pline.

Je n’ai pas prétendu jusqu’ici faire un récit exact et suivi des actions de Pline , mais seulement donner quelque idée de son caractère par des événements plus marqués que les au- Ires , et plus capables de le faire connaître. J’y joindrai encore, dans Ja même vue, quelques faits, sans m’attacher à l’ordre des temps : je les réduirai à quatre ou cinq chefs.

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