‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 2)Chapitre 92 sur 178 · Aveucatioi» d* Pure a l'ktide · texte numérisé non relu

Aveucatioi» d* Pure a l'ktide

Il était difficile que Pline , élevé sous les yeux et par les soins de Pline le naturaliste son oncle, n’eût pas beaucoup de goût pour les sciences, et ne s’y donnât pas tout entier. On peut croire qu’il suivit dans ses premières éludes le plan qu’il prescrit à un jeune hpmme qui l’avait consulté sur ce sujet. J’insérerai ici une partie de celte lettre : elle peut être utile aux jeunes gens.

« Vous me demandez comment je. vous

1 Lib. 6, epist. 4.

* Llb. 7, epist. 7.

• Ub. 8, epist. 10 « Ub. 7, epist. 9.

« conseillerais d’étudier. L’une des meilleu- « res manières , selon l’avis de beaucoup de a gens, c’est de traduire du grec en latin, ou u du latin en grec. Par li vous acquerrez la « justesse et la beauté de l’expression , la ri- « chesse des figures , la facilité de vous expli- « quer; et dans cette imitation des auteurs « les plus excellents vous prendrez insensibloa ment des tours cl des pensées semblables v aux leurs. Mille choses qui échappent à un « homme qui lit, n’échappent point à un « homme qui traduit. La traduction ouvre * l’esprit et forme le goût.

« Vous pouvez encore, après avoir lu quel- « que chose seulement pour en prendre lesu- « jet, le traiter vous-même, résolu de ne pas « céder à votre auteur; ensuite conférer vos a écrits avec les siens, et soigneusement exa- « miner ce qu’il a dit mieux que vous, ce que « vous avez dit mieux que lui. Quelle joie si « l’on s’aperçoit que l’on prend quelquefois « le dessus ! quel redoublement d’émulation a si l’on voit que l’on demeure toujours au- « dessous!

« Je sais que votre étude présente est l’éloa quence du barreau; mais pour cela je ne « vous conseillerais pas dé vous en tenir unia quement b ce style contentieux, qui ne resa pire que la guerre et les combats. Comme « les champs se plaisent à changer de diffé- « rentes semences, nos esprits aussi veulent « être exercés par différentes éludes. Je vou- « drais tantôt qu’un beau morceau d’histoire « vous occupât, tantôt que vous prissiez soin a d’écrire une lettre, quelquefois que vous

a fissiez des vers C’est ainsi que les grands

a orateurs , et même que les plus grands a hommes s’exerçaient ou se délassaient; ou a plutôt c’est ainsi qu’ils se délassaient et a s’exerçaient tout ensemble. Il est surprea nant combien ces petits ouvrages éveillent a l’esprit et le réjouissent

a Je n’ai point dit ce qu’il fallait lire, qüoia que ce soit l’avoir assez dit , que d’avoir a marqué ce qu’il fallait écrire. Souvenez-vous a seulement de bien choisir les meilleurs livres a dans chaque genre; caron a fort bien dit a qu’il fallait beaucoup lire, mais non beaua coup de choses ’. »

> • Aluni mullùm legendum este , non malts. >

Nous avons vn que Pline, a l’ûge de quatorze ans, avait fait une tragédie grecque, et qu’ensuite il s'exerça dans différents genres de poésies *. La lecture de Tite-Live faisait ses délices. Il admirait les anciens , mais il n'était pas de ceux qui méprisent les modernes *. Je ne puis croire, disait-il, que la nature, épuisée et devenue stérile, ne produise plus rien de bon.

Il expose à un ami comment il s’occupait pendant les divertissements publics *. « J’ai « passé tous ces derniers jours à composer , « à lire dans la plus grande tranquillité du >< monde. Vous demandez comment cela se « peut au milieu de Rome ? C’était le temps « des spectacles du Cirque , qui ne me tou- « chent pas, même légèrement. Je n’y trouve « rien de nouveau , rien de varié, rien qu’il « ne suffise d’avoir vu une fois. C’est ce qui « redouble l’étonnement où je suis, que tant

« de milliers d'hommes et même de fort

a honnêtes gens aient la puérile passion

a de revoir si souvent des chevaux qui cou- « rent et des hommes qui conduisent des cha- « riots. Quand je songe qu’ils ne se lassent « point de revoir avec tant de goût et d’assia duilé des choses si vaines et si froides 4, et a qui reviennent si souvent , je sens un piaf— a sir secret de n’en point trouver à ces baga- « telles, et j’emploie volontiers aux belies-let- » 1res un loisir que les autres perdent dans de a si frivoles amusements. »

On voit que l’étude faisait toute sa joie et toute sa consolation *. a Les belles - lettres , a disait-il, me divertissent et me consolent; a et je ne sais rien de si agréable qui le soit a plus qu'elles, rien de si fâcheux qu’elles « n’adoucissent. Dans le trouble que me cause a l’indisposition de ma femme, la maladie de

< Lib. 6, epist. 21.

• a Sun» e» Ils qut mirer antiques ; non tamen , al « quidam, lemporum noslrorum ingénia despiclo. Ne a que enim quasi lassa et effœla nalura, ut nibij jam Jaua dabiie pariai. »

> Lib. », epist. 8.

a a Qaos ego (quosdam graves homines) quum record» a In re inani , trigldà, asskluà, lam insaliabiiiter desidere, a capio aliquam voluplalem , qudd hic votuplaie non a caplar. Ac per bos dies libeniissimè otium meum in a lltteris colloco, quos ait! oUosissirnls occupatlonibus per- « dunt. »

* Lib. 8, epist. 1»

« mes gens, la mort même de quelques-uns, « je ne trouve d'autre remède que l’étude '. « Véritablement elle me fait mieux compren- « dre toute la grandeur du mal, mais elle me a le rend aussi plus supportable. »

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