LETTRES
Pline eut pour amis tout ce que son siècle a produit de grands hommes , tous ceux que leurs rares vertus distinguaient le plus : Virginius Rufus, qui refusa l’empire ; Coretlius , que l’on regardait comme un modèle parfait de sagesse et de probité ; Helvidius , l'admiration de son temps ; Rusticus Arulénus et Sénécion, que Domitieu fit mourir; Cornuius Tertullus, que Pline eut plusieurs fois pour collègue.
Il se faisait honneur aussi d’être lié d’une amitié particulière avec ce qu'il y avait de personnes les plus distinguées de son temps dans les belles-lettres : Tacite, Suétone, Martial, Silius Italicus.
« J'ai lu votre livre, dit— il à Tac ite *, et j’ai a marqué avec le plus d’exactitude qu’il o m’a été possible ce que je crois y devoir être « changé, et en devoir être retranché ; car je « n’aime pas moins à dire la vérité que vous à « l'entendre 3 ; et d'ailleurs l’on ne trouve point u de gens plus dociles à la censure que ceux « qui méritent le plus de louanges. Je m’ata tends qu’à votre tour vous me renverrez « mon livre avec vos remarques. 0 l'agréa- « ble , ô le charmant échange* ! Que j’ai de « plaisir à penser que , si jamais la postérité « fait quelque cas de nous , elle ne cessera de
> • Ad unicum doloris levante nlum , iludit confugio . « quæ præstant ut advenu magls inlelligam , sed paticn- « lias feram. »
« Lib. 7, epist. 20,
a « Nam ego verura dfçere assuevi. et tu Itbenler an- « dira. Ne que enim ulli pulientlùi raprebenduntur, quant a qui maxime laudari mereniur. a
* « U jucundas, ô pulchras vices ! Quim me deiêrtat , « quôd , si qua poste ris cura nostrt . usquequaque narra- « bilur, quâ concnrdià, fide, simplicitate vixerimua! Frit a rarum, et insigne , duos homines tetalc , dlgnitatc pro- « pemodùm squales, nonnuliius in lilteris nomiois ( co- « gor enim de le quoque parcitts dicere. quia de me sitnul « dico) allcrum altciius sludia lotisse. »
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« publier avec quelle union, quelle franchise , « quelle amitié , nous avons vécu ensemble ! « il sera rare et remarquable que deu\ hom- « mes à peu près de même Age , de même « rang , de quelque nom dans l'empire des « lettres (car il faut bien que je parle modcs-
• tementde vous, puisque je parle en même a temps de moi), se soient si fidèlement aidés a dans leurs études. Pour moi , dès ma plus « tendre jeunesse, la réputation, la gloire que a vous aviez acquise, me faisaient déjà désirer « de vous suivre , de marcher et de paraître a marcher sur vos traces, non pas de près , a mais de plus près qu’un antre. Ce n’est pas « qu’alors nous n’eussions A Rome beaucoup « d’esprits du premier ordre, mais, entre tous a les autres, le rapport de nos inclinations a vous montrait A moi comme le plus propre A a être imité, comme le plus digne del’être.C’est a ce qui redouble ma joie quand j’entends dire a que, si la conversation tombe sur les bellesa lettres, on nous nomme ensemble. »
On peut connaître combien Pline cherchait A obliger Suétone, l’historien, par ce qu’il en écrit A un ami. Cette lettre , quoique courte , est, parmi celles qui sont venues jusqu’A nous, une des plus élégantes.
a Suétone \ qui loge avec moi *, a dessein a d’acheter une petite terre qu’un de vos amis a veut vendre. Faites en sorte, je vous prie , a qu’elle ne soit vendue que ce qu’elle vaut ;
• Lib. 1. epirt- 24.
• « Tranquillua, conlubtrnilii meus, volt fmereagcl-
• lum , quero vtodiure smlcui Mira dlcitur. Rogo cura , « quanti ffquum est . eraat : Ma enlm delectabil emlue. a Nam mala emptio Kmper Ingrala est , eo maiimè quùd « exprobrare stuiUUam domino ridetar. In hoc autem
• agello ( al modA arrfserit pretium ) , Tranqnllll met alo- « raachum multa sollicitant .* tricinltat urbis, opportunt- « nllas via, mediocritaa villa : modui ruris, qui avocet « magis quant distringat. Scbolasticis porrA atudloaia, ut a hic est , sufticit abundc tantum soit , ut retevare caput , « refirere oculos, reptare per limitcm, unamque aemitam a lerere, omneaque vlticulai nias nAsse , et numerarear- « buaculaa poailnt. H« tibi etposai . quo magis sdre», a quantum ille e»et mlhl , quantum ego tibi debiturna , a si pravliolum islud, quod commendalur bis dotibus , « lamulubrlieremeril, ni prcnitentia locumnon relin- « quai. Vale. La langue français ne peut point r cnit dre ta délicatesse et t'élégance île i diminutifs el « des fréquentatifs répandus en abondance dans cette h petite lettre. Ageiium. rrndilare, reptare per Utnitem a viuculas, arbusculas, prædiotum. a
a c’est A ce pris qu’elle lui plaira. Un maua vais marché ne peut être que désagréable , a mais principalement par le reproche contia nuel qu’il semble nous faire de notre ima prudence. Cette' acquisition , si d'ailleurs a elle n’est pas trop chère , (ente mon ami a par plus d’un endroit; son peu de distance a de Rome, la commodité des chemins, la a médiocrité des bâtiments , les dépendances a plus capables d’amuser que d’occuper. £n a effet , il ne faut A ces messieurs les savants, a absorbés comme lui dans l'étude , que le a terrain nécessaire pour délasser leur esprit « et réjouir leurs yeux. Il ne leur faut qu’une a allée pour se promener, qu’une vigne dont « ils puissent connaître tous les ceps, que des a arbres dont ils sachent le nombre. Je vous a mande tout ce détail , pour vous apprena dre quelle obligation il m’aura , et toutes a celles que lui et moi vous aurons, s’il achète « A des conditions dont il n'ait jamais lieu de « se repentir une petite maison telle que je a viens de la dépeindre. »
Martial , si connu par ses épigrammes, était aussi desamis dePline', et la mort de ce poêle lui causa de vifs regrets, a J’apprends, dit-il, a que Martial est mort , et j’en ai beaucoup a de chagrin. C’était un esprit agréable, déa lié, piquant9, et qui savait parfaitement a mêler le sel et l’amertume dans ses écrits , a et en même temps rendre justice au mérite, a A sou départ de Rome, je lui donnai de quoi a l’aider A faire son voyage. Je devais ce petit a secours A noire amitié, je le devais aux vers a qu’il a faits pour moi. C'était 3 un ancien a usage d’accorder des récompenses utiles ou a honorablesA ceux quiavaient écrit A la gloire a des villes ou de quelques particuliers. Au- « jourd'hui la mode en est passée , avec tant a d’autres, qui n’avaient guère moinsdegrana deur et de noblesse. Depuis que nous ces- « sons de faire des actions louables, nous mé-
• Lib. 3, epirt. 21.
• « Eral homo logeai osus, acutus , acer, cl qui pluri- « tnùm in scribendo .et salis liabcrei el fellis , nec can- « doris minas. »
• Fuil moris anliqui, eus qui vel singulorqrn laudes vel « urbiomseripserant, aulhonoribus aul pecuntt oraare : « noslris ver6 temporibus. ut alia sperlosa el egregia , fia « hoc imprimig eiolcvil. Nam postquàm draiimus Cacere « laudanda, laudari quoque iuepluui pulamus.
« prisons la louange.» Pline rapporte l’endroit de ces vers où le poêle adresse la parole 4 sa muse , et lui recommande d'aller trouver Pline à sa maison des Esquilies, et de l’aborder avec respect.
Scd ne te m pore non luo disertam Puise* ebria jnnaam , videto.
l otos dat lelricæ die* Minerve ,
Dirai «vntum studet auribus virorum lloe quoi secula poslcrique posaiot Arpinis quoque comparai e charüs.
Seras tutior ibis ad lucernas :
Ma c hora est tua . quum furit Lyeus ,
Quum régnât roM . quum roadenl capilli ,
Tune me vel rigidi legant Calones.