‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 3)Chapitre 20 sur 125 · ÉTAT DES ARTS · texte numérisé non relu

ÉTAT DES ARTS

Les opinions sur le mérite des pixKlurlioiis quW faulèrenl les arts chez Us Égyptiens, sont lns-dlvei>cs On a beaucoup loue ces productions , comme on le» a viveimuit crttiqmvs. I.a louange me parait ici pim juNleiiienl ac(|uise »|ue la censure ii’isl méritée.

Le travail artistique saus doute est» avant tout, nue affaire de goût » cl c’est au seiilimeiil à le jngrr- (icpeiidaut ou ne peut , sons |K*inc d'erreur, ne pas tenir compte , dans u le pareille appicciatiou , îles mu'urs» duelimat et même de la couslilulion gi'olo giqiic des pays que l'on cludie.

tl’e.st ainsi (pi'un peuple grave , religieux , ni‘lhodt<|U(' eu tout » ne |K)iivail eonci'voir et représenter ses dieux et ses divinités secondairis comme l'ont fait les iuconslaiiLs, les spirituels et voluptueux AdiC' uiens.

Sous le soleil brûlant de l'Égy pte , et presque sou>

i'ôquatfiir , deYaiUon domicr aux tcm[>leâ h*s elTcts (le lumière et les colonnes légères du Partlu'iion ?

En Ëgypte^ où Ton ne trouve en abnudanre que le granit et la pierre , pouvait-on concevoir les arts comme dans la Grèce , où se trouvaient Parus et ses riches carrières? Là, pour frapper rimagination et appeler le respect des peuples , ne fallait-il pas songer à représenter des colosses dont la masse imposante fit oublier quelle en était la matière? Ici, ad contraire , ne suffisait-il pas à Tartiste de poursuivre et de saisir le beau idéal de la luiUire humaine, puisqu'il ^muvait donner à son marbre la gi*àcc , la flnessc , la légèreté , tout enfin , si ce n'est la parole et la vie !...

C’est en pai-tant de ce point de vue élevé , philosophique et dégagé de tout préjugé d'école , (pie je jugerai l'art chez les anciens , et qu'à ci)n<pic peuple je rendrai la justice (]uc scs travaux méritent.

Jrcliiiecture. L'archllecliirc , it faut le reconnaître , est le beau côté de l’art égj’pticn. Dans les dét .iis, tout c.st aussi bien calculé que bien assorti , cl reiiseinblc en est si parfaitement établi , (pi'il eût été pour ainsi dire éternel comme le temps , si le feu et le fer des barbares ne fussent venus cent fois l’attaquLT et se complaire à le détruire.

Cet art s'exerça, dans toute sa perfection et sa juiissance, sur (juatre espèces de inomimenls: les temples, les palais, lis pyramides et les hypogées.

1a*s temples égyptiens iKHlent le caiaclête bien distinct de trois époques : la première , dont il ne reste plus guère de vestiges , est celle on ils étaient creusés en entier dans le roc (plam lie 2 , fig. 1) ; la seconde est celle où iisctaicnl creusés cl construits inuilie dans le ii)c, moitié à rextérienr (planche 1 , fig. 2); dans la troisième ci>oque , tout est à l'cxtélieniMpiaaclie i , fig. 2 , etplam hc2 , fig. 2î.

L'n caractère particnlicc aux temples égyptiens était lin vaste ninr d’enceinte qui s'ouvrait par un magnifiipie pylône.

Les pylônes sont des constniclions formées de deux cor|>s de liâliincnts avci^ plate-forme, dans le genre de nos ioui*s caiTécs; ces liâlimcnU sont unis cnti-e eux par un portique moins élevé. L'entrée de rciiccinle ( urrcsiMUidail avec celle du temple. L'usage des i»yloncs était, selon les uns, de servir de logement aux gardiens des lenq»les cl d'aider à leiirdcfense 5 selon (l'anlres , ils éUiieul deslint's aux observations et aux cludes astronomiiiues ; peul-etrc bien rcndaicnl-ils l’on cl l'aiilrc de ces deux sen ices.

Les pylônes éUiieiU d'ordinaire précédés de colos- M's, ipii qiielipiefüis (daient adossés aux murs memes du Intiment. Au-dessus de la plate-forme fioUaicut d(*s étendards. (Planche 2, fig. 2 ; il ne faut pas ouhlier que la vue est prise du vestibule.)

Ias temples égyptiens u'avaicut pas tous la même

foime, mais tousse divisaient en plusieurs parties dis* po<M‘rs pour servir aux cérémonies diverses du culte. I.(t sanctuaire était toujours dans la partie la plus reculée ; et là se trouvaient les images des dieux : tout autour du sanctuaire étaient les logements pour les prêtres. La grandeur des temples variait selon l’importance des villes auxquelles ils appartenaient, mais en général ils étaient vastes : et cela se coii(;oit en songeant au caractère éminemment religieux de» anciens Égyptiens.

L'intérieur (les temples égyptiens était rempli de plusieurs rangs de colonnes et de pilastres. Ils servaient à soutenir le plafond formé d'énoi nics pieiTes pnrfaiteiiient unies par juxtaposition. L'emploi des colomies cl des pilastres était rominandé par l'absence des voûtes, dont les Égyptiens ne firent pas lisage; ils les eussent probablement employées comme ont fait de{mis les Romains et tous les peuples qui ont élevé de grands monuments , s'ils n'eussent eu dcA can'ières où les pierres pouvaient se tailler sur des formes colossales. On en voit dans leurs moiiumcnU qui ont jusqu'à quarante-cinq pieds de long sur une largeur cl une épaisseur proijortiomiées.

I-i forme des colonnes Otait assez varice ; leurs chapiteaux étaient d'ordinaire symboliques et exécutés avec une rare perfection. Ils représentaient des feuilles de |>almier, des fleurs du lotus et d'autres formes prises dans les plus belles especes du règne végétal propre à l'Égypte. Les chapiteaux les plus grat'iciix étaient ceux dont le symbole était emprunté au palmier.

Les chapiteaux du même temple , pas plu» que ceux de la même colonnade , n’elaient astreints à runiformilê du genre grec Ils variaient à l’infini , et les pci’sonncs qui ont vu cette irrégularité n'en désapprouvent pas les elTets. A la partie de la sculpture et de la peinture , j'aurai à dire (fuel était leur usage dans la construction des temples.

Les palais ou demeures des rois , chez les Égyptiens , rivalisèrent avec les temples pour leur grandeur et leur magnificence. On voyait , dans leur enceinte , non-seulement des édifices, mais encore tout ce qui }>ouvait en embellir Icséjour. C'étaient des jardins, des bois, des eaux. Thebes, qui fut la première capiulc de l'Égypte, a de précieux débris de ces superbes demeures. (Planche 3.)Ily enaqui pensent, comme siîmblent raimoncer quelque inscriptions, que dans rcnceiiite des palais se trouvait le dépôt des bibUolhéqnes , et que là encore les corps de l'éUt se réunissaient à certaines époques pour diseiiler les alFaircs d'intcrél public. Cela n’est pas hors de. vraisemblance , car Pautorilé des rois de l’Égypte éUit loin U’élre absolue ; et dès lors il fallait bien un pouvoir qui traçât les règles auxquellesellc était soumise.

Les pyramides sont trop connues pour (pie j'en parle encore. Je dirai «‘ulemenl qu'il «^st constant aujourd'hui qu'elles ont été élevée pour servir de tomJieaux aux rois, eouime ailleurs dans ce même but furenlcreusêsles hypogées; dansquelqu<^8-unes, ona trouve des restes d'animaux consacrés sans doute à quelque divinité. (Planche 5.)

lnde|)€iidamment des pyramides de Gizch , qui éUient les plus célébrés', on en trouve en beaucoup d'autres lieux et même jusque dans la Nubie. Leur fonne est presque toujours la même , c’est-à-dire, (pi'elhs sont étiblies en gradins. L’entrée en était si bien dissimulée, que l’on a été longtemps sans pouvoir la derouvrir. Helzoni , dans ces derniers tem[)S, aeu le mérite d’entrer le premier dans rime des pyramides de Gizeh , visitées cependant extérieurement par beaucoup de voyageurs modernes. La deuxième pyramide de Gizeh avait un revêtement de marbre , (pii a été presque entièrement enlevé par deux motifs ; celui d'avoir le marbre , et relui aussi de s’emparer des tenons qui l'accrochaient à la pierre.

M. Jomard a calculé qu’il fallait plus d'une heure pmu’ arriver jusque sur la plate - forme de la grande pyrnuiide. 1.,’ascension et surtout la descente ne sc font pas sans quelque danger.

Leshy(K)géesoii catacombes étaient des lieux destines aux sépultures. Les plus beaux et lesmieuxeon- Berv«*8se trouvent dans la haute Kg^ pte , où ils sont • ans.si les plus nombreux. Ces raoimineiiLs, qui mnpia- ' raientlcspyraiiiidi’sct les nécropoles, consistaient dans

des grottes taillées avec plus on moinsd'artetde grandeur daius les chaînes do inoittagnes <pii avoisinaient |(‘s v illes. Par une suite de leur structure solide et du peu de facilité (pi'avnieut les étrangers à les connaitcc et à jwuvoir les visiter, ces monuments sc sont pai failcmcnt ('oiiserves. On les a retrouves avec h urs momies et leiii-s pciiiturw à peu prés tels que les anciens Égy’pticiLs h^s avaient laissés. Malheureusement , dt'piiis qu'ils ont vu les ICnropéens rechcr- « luT avec empressement les objets <pii y étaient rchfenms , les liabitants sc sont mis dénicheurs de tombeaux et vendeurs de restes humains ! et un quart de siècle a plus fait {>oiir In destniction de res beaux restes que trois mille ans d'oubli. (Planche S.)

L«s peintures des hypogées sont pour nous d'antant plus précieuses, qu'elles représentent un nombre inrmi de scènes de la vie privée , nous initiant par là aux mœurs de rancicnne Égypte , comme les pcintiuTs desU'tnples et des palais nous initient à sa religion et à la connaissance de beaucoup d'événements publics. Ces peintures, et les inscriptions qui les accompagnent, seront d'un bien autre iiilércH encore, lorsque les études hÛToglyphiques faites parles savants seront complétées et ne laisseront aucun doute

sur le vrai sens des caractères symboliques et tk l’écriture vulgaire.

Depuis le grand travail de la commission d 'Égypte, des ouvrages d'une haute im[)ortauce sont vcuus, qui nous ont révélé toute la richesse scientifique ain&i que la valeur artistique des hypogées. Ces ouvrages sont ceux de MM. Ifelzom , Cailliaud de Naute» d Rosellini : celui de Cbampollioii le jeune, dont Hosellini fut le compagnon de voyage, et <pie la mort est venue si malheureusement surprendre pendant qu'il en arrangeait les matériaux, paraîtra prucliaiiicmciit C’est un hommage que le pays et la science devaicui à sa mémoire et à ses infatigables travaux.

Les matériaux que les Égyptiens employaient daits la construction de leurs monuments étaient le granit, la pierre calcaire , le grés et la bri<|uc. Us tirairni le premier de ces produits des nombreuses carrières dont on voit encore les traites dans la chaine de« montagnes qui bordent les deux rives du Nil depuis Syéne jus<|u'au Delta. Los plus importantes étaient dans les environs de Syène. C’est de leur sein que sont sortis les colosses , 11*5 obelis(|iu*s, les nunmülli*'^ les plus célèbres qui ont couvert l’Égyplo et nmi§ étonnent encore. On les traînait jus4|u'au Nil, et là uo les chargeait sur des l'adcaux (|ui les transportaiesil jiLS(]u'aii lieu de leur destination ; quelquefoU oti prolilait, comme le dit Hollin, des crues du pour les enlever du pied de la carrière.

Pour dètachn* les pierres du rocher, onpraliquaîl. dan.s les endroils qui présontaieiil des üs>uri*s , trous de deux à trois pouces de longueur sur autant de profondeur; ils étaient distants entre eux de neuf à dix pouces. On y mettait ensuite des roinsde Iki>et probablement on agissait alors (*oinme on le fût aujourd'hui , surtout dans les carrhit^s de pierr»' meulières: c’est-à-dire, qu’on mouillait It's (ohi?, et que le goulleiiient faisait éclater le rocher.

bri(|uc sc faisait avec le limon du .Nil, mcle avo de la iiaille hachée. TanliH elle était cuite . tanlut séchée setdemeiit nu soleil. La bri<iiie de cctlcder' nière i*spèce si*rvait à élever les murs d'iniceiiile, li'> pyramides 1rs plus communes, et, selon toute vt3isemhlance , les habitations particulières; rc (jui cause qu’il en reste à peine des vestiges.

Le mortier des f^ ptieiis était composé de cliaii* et de sable. Dans les grands momnnenls , ils eii e:ii* ployaient très- peu. Leur ciment était compose de bn(|ue cuite et de chaux.

Ce (|ui prouve que la solidité des monuments élc'fs par les Égyi>ticn.s tenait à leur syslèiiuMle conslnnlion , c’est (juc cos monuments ont géncralement survécu à ceux tjue les Grecs et les Homains élevèrciitsur le meme lien à d»‘s époipies bien plnsmcHlemcs.l.c' fuiulntions étaient toujoiii> plus epaîss(*s quelcsimc' intériem-s ; souvent même elles rrpo^^aient sur le rot

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Sculpture tl peinture. Le temps, maigre ses iiievitibles atteiiiU^ , nous a coiieiulaiit transmis de nombreux restes de lasimlpture des Égyptietu$. Nous cnavotis depuis les colosses de quatre-vingUdix pknls, jusqu'aux plus sinqdi^s amulettes qui faisaient partie de rornement des sépultures, et <|ue Pou a retrouvées dans les tombeaux. L'image des dieux et des rois était ce que la sculpture représentait le plus souvent. Deux figures , d'un caractère tout égyptien , se retrouvent aussi beaucoup dans les monuroeuLs : ec sont les statues que les Grecs ont appelées cariatides et les sphinx. I.a première de ces figures tendit lieu de colonnes ou servait d'uruemciit \ la seconde se plaçait isolément devant les édifices (planche 5 et planche 8 ). Dans l'écriture hieioglyphi(|uc , on voit souvent des têtes d'auiinaux couronner le corps humain.

statues servaient à la décoration des diverses parties des inonuincnU religieux et des palais, à l'iiitericur comme à l'exterieur. Elles y étaient multipliées à riiiGiû; il suffit de rappeler la fameuse allée de sphi nx «pii préet^init un d<s beaux palais de Tliél>es. Or assure qu'ils y étaient an nombre de six cents , et tous de fonne colossale. (Planches.)

Si les Égyptiens n'eu.ssciit peint que sur la toile , il ne noiLs serait pas donné d'apprecier leur art ; mais comme c’était surtout sur les murs de leurs moiiumciiU que leur pinceau s'cxerçail , k'iirs Œuvres nous sont restées j et même , grâce à la solidité des couleurs et à la seeheres.se du climat de l'Égypte, ces pro^luctions nous sont parvenues dans un état parfait de conservation.

Les murs des temples , les bas-reliefs , les colonnes , les lûlastres , le plafond , les cliapitcaiix , tout enfin était abandoimé à lapcinliirc et relevé par clic. Les cérémonies religieuses , les événements publics , les batailles, les supplices , les diirercntes scènes de .'a vie privée, le travail industriel, les occupations agricoles , tout était retracé , et par suite nous a été transmis. Entrer aujourd'hui daits les temples de l'Égypte , c'est donc ouvrir les feuillets de l'histoire la plus complète et la plus fidèle des générations ipii ont rendu cette terre si célèbre et infiihineiit digne d'étro étudiée dans ses grandes œuvres comme dans les plus petites choses.

Si je passe maintenant à l'appréciation de ces deux arts eti eux-inémes , c'est là qu'est la difüculU', et qu'on se heurte contre des niées aussi tranchantes qu'opposees.

A prendre la chose ibits un sens absolu , c'est-àdire , jugeant l'ai t en lul-uiétne et sans acception de \H)sitiuii , de temps , ni de lien , il faut recoiuiailre , à tpielqiies exceptions près, que le travail égyptien <‘st iiifiniinenl imparfait ; et à tpii voudrait le hnre lutUi avec le travail iimiiurtel des Gret's , je dirai <|ue e'eat

comparer U*s traits inanimés et le rorpi raide du I^apon à la pliysionomie expressive et pleine de noblesse de la race raiirasieime. l'ous ceux qui ont véritablement le sentiment de Part doivent convenir de ce fait.

Ainsi, dans la statuaire, comment ne pas souffrir devanteette immobilité de la physionomie , elcelleraideurdu corps , qui caracteiisent si inalheiireusement les ouvrages égyptiens, que, l’étude d'un seul une fois faite , on se trouve posséder à fond lu caractère de l'art entier, et qu'on en garde à tout jamais le souvenir 1

Dans la peinture , comment ne pas s’offenser di* voir toutes les règles de la perspective mewimues et violées, et les couleurs crues et tranchantes employées sans aucune dégradation du ton !

C’est là lé côté faible de l’art egy'ptien.

Mais St , d'un autre côté , l'on examine quelle était la i>ositioii de rÉgy|>te il y a trois mille ans , c'est moins le génie artistique, que l’empire de ccrtaiin's iiLstitutions que l'on se croit en droit d'accuser .Abandonnes à eux-mèines, il n'est point douteux que les arts ne fussent tôt ou tard sortis des voies éléiuen- Uiires où ils paraissent s'étre maintenus. Alals l’artistt* égyptien n'elait pas l’artiste grec. Coiiuuc celui-ci , il ne foulait pas nue terre de liberté , oii il ireiHô consnlter que Dieu et ses inspiralioas. Il vivait , au contraire , sous un iMiuvoir qui , au nom du ciel qu'il invoquait et des lois humaines dont il avait la direction, lui imposant dos limites qu'un ne pouvait itiipiinéniciit franchir. De là aussi , non plus ces conceptions idéales et si parfaites du style grec , mais une éternelle uniformité , surtout dans lu représentation de tout ce qui tenait aux formes religieuses ou àl'ecriturc symbolique.

Ce qui prouve du reste que, livre à lui-méme, l’art égyptien se fût lancé dans les voies du progrès , c'est que les animaux et tout ce qui cUit accessoire dans les grandes coDq>ositioiis, était représenté d'une manière plus vraie et plus naturelle que les dieux cl Us hommes.

Dans le bel ouvrage de Ruscllini , on trouve des figures d’animaux, notamment de chiens et d'oiseaux, rendues avec assez de pcrreclioii, et, dau.s tous les cas , ayant une supériorité mai c|uce sur les figures principales.

Des peintures , restées inachevées sur plusietii-s monuments , nous ont révélé un fuit très-interessani pour l'histoire de l’art et véritable pronostic du progrès , si le progrès eût été facile : c'est que les Égy’ptiens procédaient absolument comme les morlemes dans les préparatifs de leurs compositions. Ainsi, â Ombos , on voit un plafond dont les figures ne sont qii'imliquécs au crayon , et qu'on a Iracces à traveis des eaneaux, moyen reconnu emore aujouni'hm

roiPiiH} le plui BÙr (>our distribuer sou sujet et trouver les véritables proportions.

Il ne me rcs^te plus sur ce sujet, susceptible de bien des développements , si c*était ici le lieu , que de dire un mot de riiabitiide où étaient les Kgvplieiis de marier les couleurs à la snilptiirc. Dans riiule, ou Ta aussi beaucoup [tratiqiiée , et ce u'est \ut& là la seule similitude que l'on Iroiivir entre rArricaiii et TAsiatique , comme j'aurai occasion plus lard de le faire observer.

Cette opération avait ravantage d'ajouter à la riclu*sse <les orneineiiLs , et de les rendre plus agréables à l'œil. Dans les |tays humides, comme l'est souvent le luHrc , elle aurait aussi celui d'aider à la conserialion des beaux ouviagt‘s de l'art que le tenqis ne détniit que trop vite.

Musique. Ilollin parait croire que la musique était un art p< u apprécié chez les Égyptiens , et même regardé comme dangereux. C'est là de sa pail une erreur. Ils reiu'cnl au i ontraire en grande estime , l'élevérent au rang d'art sacre , en réservèrent renseignement au collège (h‘s preires, et la firent servir à la pompe des cérémonies religieuses, comme on en voit la preuve dans les peintures des monuments.

Ce que Hollin eût pu dire avec raison , c'est que, dans le principe, la musique des Égyptiens consistait principalement dans le chant. Ce ne fut que plus tard qu'ils y inélèrcnl les iustrumeiits. Ils en eurent même d'assez variés j je ii'iiidiquerai que les priiicipaux.

Comme in.slniinent ft corde , ils connurent la lyre , la guitare, la harpe et le )>s;ilterioii * ; comme iiLstrument à vent , la llùle et la truinpcltc; comme instrument à percijfwion , le tambour et le sistre *.

Ils eurent des harpi's , dont la be.iiilé et le luxe «les unieinenU étaient peut-être siipérienrs à ce qu'on fait déplus riche aujourd'hui *. «PlancheO.)

Musique et gymnastique. Malgré leur caractère grave, Ici Égyptiens cultivaient la danse ; ils la regardaient comme l'cxpres-sion toute naturelle de la joie. I^ Juifs, qui avaient longt«>mps liabilé l’Égypte, en avaient retenu cette habitude.

Les Égyptiens connaissaient aussi la gymnastique; l«*s jeunes filles elles-mêmes se livraient à ces exer- « ices, comme ou le voit dans les peintures des hyl»ogécs.

* Le pultéfion est connu chez les modernes sous le nom de tjmpenon. Il a des cordes de laiton sur lesquelles on bal les fODs avec une baRueiic de boi>; on le trouve dans plusieurs provinces du Midi sous le nom de tambourin, il ajoute iMîaucoup ü cinlation à la niu&i<|ue daniuinte.

* Le sUtre est un in>lrumcnl bruyant, dans le genre des cymbales et du tani-Uui.

» Voir l'ouvrage de M. Ro^clliui cl le grand ouvrage d'Égypte.

Ér.VT ne L'iNMTiTItM.

agriculture. Comme la fécondité du sol de l'Égypte dépendait entièrement div debord« meiU annuel du Ml, il en rcsullailque le pays n’a jamais cuel n'aura probablement jamais une agriculture bien savante.

Les |u'intures que l’on trouve dans les hyi>ogm nous ont fait connaître, avec assez de délai! cl une pir* faite «‘xaclilude , les «llvers procédés de l'art agricole employés dans raiicienne Égypte.

Aptrs le retrait des eaux , qui dontiaWnt au sol sa grande préparation cl son meilleur umeiidemcnt , on opérait un léger lalmur et l'on semait ; le semeur jetait le grain à la volée. (Planche iO.)

Des semailles au tem|vs «le la récolte , le cultivateur n'avait rien à faire à ses champs. repoquc«le la maturité , les moissomicurs , armés d'une faucille peu «lilférciile «le la nôtre, coupaient le blé trt*s-haut; d’autres l'arrangeaicut et le liaient en g«Tbes. Onsc servait du piclinementdes bœufs, comme on le fait aie jourd'tiiii encore dans quelque provinces de l’Espagne et du midi de la France , pour séparer le grain de l'épi.

L(»s bœufs étaient les animaux employi^s au labourage ; on les attelait tantôt an joug , tantôt au collier. Le bouvier tes conduisait au moyen du fouet ou «le l'.n’giiillon.

Le gran«l produit de la ruitiire égyi>tienne étiil le idc. Il servait à la coiisommatioii locale comme à l'expo! talion. L'Égy pte fut même appelée pendant uu temps le grenier de l'Italie.

Le lotus ( espèce de Ils ), qui végétait au milien di‘s eaux peudant le temps «lu delvot'deinent, servait aussi , p;ir sa graine cl sa racine , à la nourriture tks h.ihitaiiU. Comme il iic fkinaiulait de leur part au* «•une culture, ils Pavaient (*ii grande vénération, et se [ilaisaient à rcproiluire l'image de sa fleur dans leur peinture comme «laiis leur .sculpture.

Quelques autours ont pensé que la vigne n'éuH pas cultivée en Égypte ; mais l'oi>inioii contraire doit prévaloir, aujounPhui que l'on a trouvé, dam les pi intures des hypog« «'s, l'operation des vendanges imifaitemeiit représentée. Ainsi l'on voit les voiidangi iirs, sous le costume égy ptien , cueillir le raisin , l'apporter au pressoir ; là, le fouler avec les pieds, presser le marc, et verser le vin dans les cruches.

Celte culture d'ailleurs ii’avait rien d’extraordinaire , puisqu’on trouve en Égypte la vigne à Pctal naturel , et qu’on la ciillivc eiu orc dans la province du Fayoïim, autrefois «lu nom d'Arsinoè.

.Ne trouvp-l-on pas d'ailleurs, dansHénxlote, qu'aux f.'les «le Itubasle l'on consommait beaucoup pim de vin qu'oii ne le faisait pendant le restant Pannêc? Il est runstaiU aussi que les soldats rccC' valent une ration de vin. De telles habitudes ne

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pouvaient n^ccssaimnfnt npp.iitonir qifi nn quiciiUivailb vigne, lonupie siii tout ses rap{>ort!«ks plu» frequents étaient anrieiim-mcnt avec l'iiiüe et le restant de l'Afrique, bien plus (iii'avcr la Grèce cl rUalic , d'uù l'on ne peut présumer dès lors qu’il tirait scs apitrovisionnemcnls de vin.

Le lin fut encore nue des grandes cultures des ^^'ptiens : on ncsait pas bien s'ils ruUivaieiit enX' mêmes le cnlon , on bi**n s'ils le recevaient, en échange , de quelque autre peuple.

L'Égypte avait un sol trop ncees-saircâla niUiirc, et des montagnes trop ariiles, [>our qu'elle piU produire le bois: celui qu'elle employait lui venait de l'etranger.

Les travaux du lac Mirris furent une amelioration toute agricole; ils contribuaient à fertiliser une des plus helh*^ provinces de l'Égypte, leFayoum. Ce bassin aidait aussi à modérer comme d suiqtleer les granlies inondations pour le restant de l'Égyplc. Mallieul etHcment tous ees Ix'aux ouvrages sont détruits , et le lae est aujourd'hui à peu prés ùiutile.

,lrts industrielt. I.es arts iiuliistnels, dans l'anriejiiie Égypte, forent plus avances que l'art agricole ; leur piTfectioii même alla plus loin qu'on ne le pense géncralemcnt : c'est ce qu'il sera faeilc de voir par l'examen rapitlc des principales fabrications auxquelles les Ég)‘pticns sc livrèrent. {Hanche il.)

L'art du tissage fut poussé IKs-loin, comme on peut le juger par les beaux et nombreux échaiitiilon.'i qui servent d'enveloppe aux momies prépaies avec le plus de luxe. Ces toiles pourraient rivaliser avec les nôtres. Le fil de 1a rhaine était dilTérenC de celui (le la trame : ce qui suppose une bbricatiuii bien entendue, et ce que même Ton n'est pas encore arrivé à faire pailout en France.

Les Égv’pticns savaient fabriquer la mousseline, comme l'iiidiqiic la traaspareiiee de leurs costtimcs . rejii'oiliiite clans leurs peintures. Ils conoaissaicul aussi le travail du velours et du tricot.

La matière employée dans la fabrication de ces divers produits était le lin et le coton : ou a douté de remploi du coton dans leur tissage; mais comme on lu retrouve dans la plupart des toilesqui enveloppent les momies et autres tissus , il faut bien se rendre à l'uvidence.

Les métiers employt^i au tissage étaient peu coiupliqtirs ; les hommes , les femmes , les enfaiiU sc parlageaieiil les diircrentt^ opérations de cette fabrication.

L)(^ rostmnes orm^ de broderies sont parvenus juviu'à nous ; un a aussi trouvé des tuniques eu perles de verre, qui enveloppaient des momies : il ii'<st pas probable qu'elles servissent à ce seul usage. L'habitude des Egyi>ticiis était de renfermer, dans le rercueil, les momies avec tous les attributs de leur raii et leur cosluiiie ordinaire.

Les Egyptiens avaient des chaussures de ptiisieiirs sortes ; il y en avait d'un travail lrès-re« herclié , et chaque pied avait sa cliaiKsiire distincte.

I.CS costumes variaient suivant les eondilions de richesses et les professions ; les prêtres et h‘s guei riers portaient les plus riches. Les robes de femnns éUient longues, larges, et les manches avaient beaucoup d'ampleur ; les Iravailleiiis avaient un lialiillernent très-lcger , le plus souvent un simple tablier.

Les meubles di's persoum's riches éUient établis avec nn luxe que notre éj>oqiic conçoit à peine. Les sièges, les fauteuils, les instnimeuU de musique et mille autres objets qu'on a trouvés eu nature, ou qui sont repn'seiiles daits les hypogées , en fournissent la preuve, ^ous avons aussi plusieurs restes niricux de leiu- habileté dans le travail de la marqueterie.

Les ebariots de guerre, et ceux employi's dans les eeréniunies , renbariiaehement des ebcvatix, b's armes, les boucliers , tout répondait aux babituiles de luxe d«*jà signalées. iHaiiebe 6.)

Quehjues villes de l'Ég^ple avaient acquis une grande réputation dans Part de fabriquer la (>oterie. On en a retrouvé d'un aiis-si beau grain que celui de nos belles |voreelaiiies : on leur duimait la couleur et l'émail.

Il est encore beaucoup de personnes qui croient la fabrii-alion du verre le n'sullat d'mie invention moderne. Eh bien , loin de là, les Égyptiens ont fait en ec genre, il y a quatre mille an.s, tout ce que nous faisons aiijourd'iiiii ; c*est-à-<lire qu'ils soufilaient le verre, qu'iU le coulaient, le taillaient, l'incrustaient, le gravaient, le coloraient. Ils avaient même pousse si loin Part de la fabrication, (|ii'ils éUient aiTi ves à imiter parfaitement les pierres précieusi's li's plus Unes. La seule chose à la(|uelle les Egyptiens purais.si>nl n'avoir pas employé la matière vitreuse , c'est à faire les miroirs, et cii général le verre plane.

De grands ouvrages en verre eUient également exécutes par les Égyptiens. Ils coulaient dt:s statues et des colonnes. Le grand Sésostris avait fait faire une statue en verre, couleur d'émeraude, qu'on assure avoir été d'un très-beau travail.

Les Egyptiens eurent longtemps le secret de ta fabrication des vases murrkint, dont on ne connaii pas encore au juste la matière ; Home dégénérée les rechercha avec |iassioii , et les payait à des prix qui dénotaient quelle était alors sa folie.

Leur habileté à travailler les métaux n'était pas moins grande que celle qu'ils apportaient dans la faliricaliondu verre. lU seservaieut peu du fer, mais bcancoup du bronze , et devaient posséder le secret (Pline excellente trempe , comme l'indique le grand p.nrti qu'ils tiraient du granit, que nou.s-mémes, avec nos arts avancés, pouvons à peine travailler.

Les feuilles d’or qui recouvrent, en tout ou en par-

CSI .

tic, les riches momies , montrent que les Kgypticns avaient su tirer parti de la ductilité de ce métal. Ils doraient aussi le verre, le bois et divers métaux ; rivoirc, qu’ils tiraient de l’Inde, était travaillé avec beaucoup de godt et employé surtout aux ornements.

L’art de la gravure était assez avancé en Égypte; on y gravait sur l’agatbe, l’améthyste, la cornaline, le jaspe et le verre.

L’or, l’albAtre, le basalte, et bien d'autres matières encore, servaient à faire des vases sculptés.

Au chapitre «les seiences , j’ai mentionné l’art des Égyptiens à fabriquer des couleurs solidi's, au moyen des végétaux , des acides et des sels , il est dès lors inutile d’y revenir : il suffit de «lire que l’application aux arts utiles en était aussi bien entendue «pie la fabrication.

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