‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 3)Chapitre 34 sur 125 · II. — QuaUel pODt · texte numérisé non relu

II. — QuaUel pODt

Lne branche de l'Euphrate traversait celle grande ville du nord au midi. On bâtit de chaque côté de la rivière*, pour lui servirde quais, une grande muraille de brique et de bitume , de la même épaisseur que les murs de la ville; on y mil des portes d'airain vis-à-vis de toutes les rues qui coupaient le fleuve , avec des de»-

• Ital.45,2

■ Q. Curt llb. 5 . csp. 1.

» llerod. lib. 1, cap. iSO et 1S6. — Dlod. lib. 9, pag. 96.

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cenlcs qui y conduisaient, et dont les habitants avaient accoutumé de se servir pour passer en bateau d’un bord à l’autre, n’ayant pas d’autre passage sur le fleuve avant que le pont eût été construit. Ces portes étaient ouvertes pendant le jour, mais la nuit on les tenait fermées.

Le pont ne le cédait pour la beauté à aucun des outres ouvrages. 11 avait un * stade , c’est-à-dire cenl-quati e toises de long sur trente pieds de large. Les arches étaient bâties de grosses pierres qu’on avait liées ensemble avec des chaînes de fer et du plomb fondu. Lorsqu’il s’était agi de le construire , on avait détourné le fleuve , et mis son lit à sec , pour • d’autres raisons encore, comme je le dirai bientôt; et, comme tout était préparé de loin, le pont fut construit , pendant cet intervalle , aussi bien que les quais dont j’ai parlé.

III. — Lacs , (ligues , canaux faits pour la décharge du fleuve.

Ces travaux , objets de l’admiration des plus habiles connaisseurs, avaient encore plus d’utilité que de inagnilicence. A l’approche de l’été *, le soleil venant à fondre les neiges des montagnes d’Arménie , il en naît une grande crue d’eau dans les mois de juin, juillet et août, qui , se jetant dans l’Euphrate , lui font franchir ses bords dans celle saison , de la même manière que le Nil se déborde en Égypte. Comme la viile et le pays en souITraieiil beaucoup de dommage ® , pour y remédier on lit tirer fort haut au-dessus de la viile deux canaux artiliciels , pour détourner dans le Tigre ces eaux débordées, avant qu’elles fussent parvenues à Babylone.

Afin que le pays fût encore plus en sûreté contre les inondations on fît construire une prodigieuse digue de brique cimentée de bitume des deux côtés du fleuve, pour le relenfr dans son lit, laquelle s’étendait depuis la télé

* Uiodore dilque ce pont avait cinq slad(» de longueur ,

qui fait un quart de lieue ; mais cela ne peut être , puisque l'Euphrate n’avait qu'un stade de largeur selon Slrabon. (Lib. 16, pag. 738.)

* Strab. lib. 16, pag. 7i0. — Plin. lib. 5, cap. 26.

* Ab)d. apud Euseb prsp. ev. lib. 9.

* Abyd. ibid. — Herod. iib. 1, cap. 185.

des canaux artifîciels jusqu’à la ville, et un peu au-dessous.

Pour faciliter la construction de la plupart des ouvrages dont nous avons parlé, il avait fallu détourner le cours de la rivière. On avait pour cela creusé, à l’occident de Babylone, un grand lac, qui, selon Hérodote, avait quatre cent vingt stades en carré c’est-à-dire vingt cl une lieues , et trente-cinq pieds de profondeur, ou, selon Mégaslhène, soixante-quinze pieds. Le fleuve fut conduit tout entier dans ce vaste lac par un canal qu’on avait coupé à son bord occidental; cl lorsque- tous les ouvrages furent fînis, on le fît rentrer dans son lit ordinaire. Cependant, de peur que l’Euphrate, dans le temps de ses crues, n’inondât la ville par les portes qui y conduisaient, on conserva * le lac avec son canal. L’eau qui y était conduite et reçue dans le temps des débordements y était conservée comme dans un réservoir commun, d’où on la lirait, par le moyen des écluses, dans les temps convenables pour arroser les terres voisines. Ce lac servait donc en même temps à défendre le pays contre les inondations et à le fertiliser. Je rapporte ce qu’ont dit les anciens des merveilles de Babylone ; mais il y en a que j’ai de la peine à concevoir; et de ce nombre est la vaste étendue du lac que je viens de décrire.

Bérose, Mégaslhène et Abydéne, cités par Josèphe et par Eusébe, font Nabuchodonosor auteur de presque tous ces ouvrages; mais Hérodote attribue le pont, les deux quais de la rivière et le lac, à Nilocris, belle-tille de ce monarque. Peut-être que Nilocris mil la dernière main à ce que son beau-père avait laissé imparfait à sa mort; ce qui lui a valu chez cet historien l’honneur de toute l’entreprise.

-lY. — Palais, Jardins suspendus.

Aux deux extrémités du pont • il y avait dci.i palais qui communiquaient ensemble par une voûte , qu’on avait construite sous le lit du fleuve pendant qu’il était à sec. Le vieux palais des rois de Babylone, situé au côté oriental du fleuve, avait trente stades de circuit,

* Quatre cent vingt stades valent 15 lieues. E. B.

* Diod. lib. 2, pag. 96 et 97.

c’es(-l-dire nne liene e( demie. Toul près de là élait le (eniple de Bel , dont duus parlerons bientôt. I..e nouveau palais, situé vis-à-vis de l’autre, au cOlé occidental du fleuve, avait soixante stades * de circuit, qui font trois lieues. Il élait environné d’une triple enceinte de murailles séparées l’une de l’autre par un espace assez considérable. Ces murailles, aussi bien que celles de l'autre palais, étaient embellies d’âne infinité de sculptures, qui représentaient au naturel toutes sortes d’animaux. On y voyait surtout une chas.se où Sémiramis, de dessus son cheval , lançait un javelot contre un léopard, et ou Ninus son mari perçait on lion.

Dans ce dernier palais étaient ces jardins suspendus, si renommés parmi les Grecs *. Ils formaient un carré dont chaque côté avait quatre cents pieds. Ils étaient élevés, et formaient plusieurs larges terrasses posées en forme d’amphithéâtre , dont la plus haute égalait la hauteur des murs de la ville. On montait d’une terrasse à l’autre par un escalier iarge de dix pieds. La masse entière élait soutenue par de grandes voûtes bâties i'une sur l’autre, et fortifiée d’une muraille de vingt-deux pieds d’épaisseur, qui l’entourait de toutes parts. Sur le sommet de ces voûtes on avait posé de grandes pierres plates de seize pieds de long et de quatre de large. On avait mis par-dessus une couche de roseaux enduits d’une grande quantité de bitume, sur laquelle il y avait deux rangs de briques liés fortement ensemble avec (lu mortier. Tout cela élait couvert de plaques de plomb; et sur cette dernière couche élait poste la terre du jardin. Ces plates-formes avaient été ainsi construites afin que l’humidité de la terre ne perçât point en bas , et ne s’écoulât point an travers des voûtes. La terre qui T avait été jetée élailf si profonde, que les plus grands arbres pouvaient y prendre racine. Aussi toutes les terrasses en étaient-elles couvertes, aussi bien que de toutes sortes de plantes et de fleurs propres à embellir un lieu de plaisance. Sur la plus haute terrasse il y avait nne pompe qui ne paraissait point, par le moyen de laquelie on tirait en haut l’eau de la rivière, et on en arrosait de là tout le jardin.

• Soiuole sladec valent un peo plus de 2lieues. E. B.

• Diod. II . pae- **-<•#• - Slrab. lib. W . pag. 738. - Curl. Mb. 5. eap. *•

ün avait ménagé , dans l’espace qui séparait les voûtes sur lesquelles était appuyé tout l’édifice , de grandes et magnifiques salles , qui étaient fort éclairées, et avaient une vue trèsagréable.

Amytis *, femme de Nabuchodonosor, ayant' été élevée dans la Médit;, dont Astyage son père était roi, s’élait beaucoup plu aux montagnes et aux forêts de ce pays-là. Et comme elle souhaitait d’avoir à Babylone quelque chose de semblable, Nabuchodonosor, pour lui complaire , fit construire ce prodigieux édifice. Diodore dit à peu prés la même chose, mais ne nomme point les personnes.

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