V. - Temple de Bel
Un des grands ouvrages, qui fût à Babylone, était le temple de Bel *. J’ai déjà dit qu’ii était situé prés du vieux palais. Ce qu’il avait de plus remarquable , était une tour prodigieuse, qui élait au centre de cet édifice, bâtie en carré, laquelle, selon Hérodote, avait un stade ’ de longueur sur autant de largeur, et, selon Slrabon, un stade aussi de hauteur. Elle consistait en huit tours bâties l’une sur l’autre, qui allaient toujours en diminuant ; c’est pourquoi Slrabon lui donne le nom de pyramiile. On prétend et on démontre que celte tour surpassait beaucoup en hauteur la plus grande des pyramides d’Égypte. C’est ce qui donne un juste lieu de croire ' , comme Bochart l’assure, que c’est la même qui fut bâtie lors de la confusion des langues ; (l’aulanl plus que les auteurs profanes remarquent qu’elle fut toute bâtie de brique et de bitume , comme l’Écriture le dit de la tour de Babel. On y montait par des degrés qui allaient en tournant par le dehors , ce qui signifie peut-être une rampe douce prise dans l’épaisseur du mur, laquelie, tourooyant huit fois avant que d’arriver au sommet, formait une apparence de huit tours posées l’une sur l’autre. On y avait pratiqué plusieurs grandes chambres , avec des voûtes soutenues par des piliers.
( Ber(». âpad Josrph. contr. ApUn. 11b. 1 , cap. S.
• Herod. lib. 1. c»p. IBl. - Diod.lib.ï, pag. 08. - SIrab. lib. 18 . pag. TJ8.
> Un ilade de longueur bll 157 mètna. E. B.
• Pbaleg. part. 1 . Ilh. 1 , cap. «.
Au sommet de la tour il y avait une espèce d'obscrvaloire, par le secours diKpiel les Babyloniens s’èüiienl rendus habiles en astronomie {‘lus qu’aucune autre nation, et y avaient fai (‘U peu de temps les grands progrès que Thisloire leur attribue.
Mais cette tourètail principalement destinée m culte du dieu Bel ou Baal, et à celui de plusieurs autres divinités. Il y avait , pour cette raison , plusieurs chapelles en différents endroits de la tour. Les richesses de ce temple en statues, tables, encensoirs, coupes et autres vases sacrés, le tout d'or massif, étaient immenses. Parmi ces statues, il y en avait une de quarante pieds de haut, qui seule pesait mille talents babyloniens *.
Le talent babylonien, selon Pollux, dans son Onomaslicon, vaut 7,000 dragmcsalliques,et par conséquent un sixième plus que le talent altique, qui n’en vaut que 0,000.
Selon le dénombrement que fait Diodore des richesses renfermées dans ce temple, la somme totale est de 0,300 talents d’or babyloniens.
Le sixième de G, .300 est 1,050. Par conséquent 0,.300 talents d’or babyloniens valent 7,350 talents d’or atliques.
Or, 7,350 talents altiqucs d’argent valent 22,050,000 liv. ; c’esl-ù-dire vingt-deux millions cinquante mille livres.
Comme nous mettons pour les anciens la proportion de l’or à l’argent de dix à un, 7,350 talents attiques d’or doivent valoir 220,500,000 liv. ; c'est-à-dire deux cent vingt millions cinq cent mille livres.'
Ce temple subsistait encore au temps de Xerxés-. Ce prince, à son retour de son expédition contre la Grèce, le démolit entièrement après en avoir enlevé les trésors immenses. Alexandre, quand il fut revenu des Indes à Babylone, forma le dessein de le rebâtir : et d’abord il employa dix mille hommes pour nettoyer la place et en écarter les ruines ; mais étant mort deux mois après, l’entreprise cessa.
Tels étaient les principaux ouvrages qui ont rendu Babylone si fameuse. Quelques-uns en sont attribués par les auteurs profanes à Sémi-
* Mille (alenb babyloniens font 21 700 kilogrammes.
• Hcrod. lib. 1 . rnp. 138 — Slrab. lib. 16, jKig. 738,— Airuii |iî>.T,|K»g tH).
ramis, dont il est temps que nous reprenions i l’histoire. • (
Après qu’elle eut achevé tous ces grands • ouvrages*, elle crut devoir parcourir toutes i les parties de son empire, et elle laissa partool i des marques de sa magniûcence par de super- ; bes bâtiments qu’elle construisit, soit pour la i commodité, soit pour l’ornement des villes, i s’appliquant surtout à faire conduire de Veau i par des aqueducs dans les lieux qui en roan- i quaient, et à rendre aisées les grandes roules < en perçant des montagnes et comblant des i vallées. Du temps de Diodore on voyait encore i en plusieurs endroits des monuments qui por- i Inientsoii nom. *
11 parait qu’elle avait une grande autorité i sur les peuples *, puisque sa présence seule \ éüiit capable d’arrêter une sédition. Un jour, | pendant qu’elle était à sa toilette, on vintlui j annoncer qu’il y avait quelque inouvemeut | dans la ville. Elle partit sur-le-champ, la télé j à demi coiffée, et ne revint point que le trou- | blc ne fût entièrement apaisé. On lui érigea , une statue où elle paraissait dans celle même , altitude et cet état négligé , qui ne l’avaient , point empêchée de voler ù son devoir. i
Non contente de la vaste étendue d’ étals que | son mari lui avait laissés, elle fît la conquête g d’une grande partie de l’Éthiopie. Pendant j qu’elle était dans ce pays, elle eut la curiosité de visiter le temple de Jupilcr-Ammon pour , savoir de l’oracle quand sa vie Unirait. II lui fut répondu , si l'on en croit Diodore , que ce serait lorsque son fils Ninyas lui dresserait des embûches, et qu’après sa mort une partie de l’Asie lui rendrait des honneurs divins.
Sa grande et dernière expédition fut contre les Indes. Elle amassa dans celle vue des troupes innombrables de toutes les provinces de son empire : le rendez-vous fut à Baclre. Comme la force des Indiens consistait principalement dans le grand nombre d’éléphants qu’ils avaient, elle fil accommoder des chameaux en forme d’éléphants, dans l’espérance de tromper ainsi les ennemis. On dit que Persée, longtemps après, en fil autant contre les Romains; mais cet artifice ne leur réussit ni à l’un ni à 'autre. Le roi des Indes, ayant appris qu'elle
• Diod. lib. 2 . pag. 100-108.
* Vai. •* cap. 3.
approcfaail, lui envoya des ambassadeurs pour lui demander qui elle élaft , et de quel droit , sans avoir reçu de lui aucune injure, elle venait de galtë de cœur attaquer scs ëtats ; et il ajoutait que son audace serait bientôt punie comme elle le méritait. Dites à votre maître , répondit-elle, que dans peu je lui ferai savoir moi— même qui je suis. Elle s’avance aussitôt vers le fleuve ‘ qui donne son nom au pays. Elle avait fait préparer un grand nombre de barques. I>e passage lui eu fut longtemps disputé; mais après un sanglant combat elle mit les ennemis en fuite. Plus de mille barques de leur côté furent coulées à fond, cl elle fit sur eux plus de cent mille prisonniers. Animée par cet heureux succès , elle avança aussitôt dans le pays, ayant laissé soixante mille hommes pour * garder le pont de bateaux qu elle avait fait construire. C'est ce que demandait le roi, qui exprès avait pris lafuite, afin de lui donner lieu de s’engager dans l’intérieur du pays. Quand il l’y crut assez avancée, il tourna face. Alors se donna un second combat, plus sanglant encore que le premier. Les faux éléphants ne soutinrent pas longtemps le choc des véritables : ceux-ci mirent l’armée en déroute, écrasant tout ce qu’ils rencontraient. Sémiramis lit ce qu’elle put pour rallier et ranimer ses troupes, mais inutilement. Le roi, la voyant dans la mêlée , s’avança contre elle , et la blessa en deux endroits, mais sans que ces plaies fussent mortelles. La vitesse de son cheval la déroba a la poursuite des ennemis. Comme on courait en foule vers le pont pour repasser le fleuve, le désordre et la confusion, inévitables dans de telles conjonctures, y firent périr un grand nombre de troupes. Quand elle eut mis eu sûreté celles qui avaient pu se sauver, elle rompit le pont , et par là arrêta les ennemis , à qui le roi , pour obéir à un oracle , avait défendu de poursuivre plus loin Sémiramis et de passer le fleuve. Cette princesse ayant fait à Bactre i’échange des prisonniers, retourna dans ses états, Y ramenant à peine le tiers de son * armée.
■ L'Induv.
■ Celle armée . »i l’on en croit Clévias . élail de trois nlllioas d'hommes et de cinq cent niilic chevaux sans (omplrr les chameaux el ics chars armés en guerre . dont le nombre élalt tiés-considérahle. Je ne doute point qu’il n'y lit ici beaucoup d’exagérnlion . ou faute dans les chiffres.
Elle est la seule, et Alexandre après elle, qui ait osé porter la guerre au delà du fleuve Indus.
Je ne puis pas n’êlre point frappé d’une difliculté que l’on peut faire sur tout ce que j’ai rapporté d’extraordinaire de N'iiius et de Sémiramis, qui parait ne pouvoir guère convenir à des temps si proches du déluge : je veux dire cette multitude de troupes , cette nombreuse cavalerie, ces chars armés de faux , ces trésors immenses d’or et d’argent, qui sentent plus les temps postérieurs; et il en faut dire autant de la magnificence des batiments qui leur sont attribués. Il y a bien de l’apparence que les histuriciis grecs, qui sont venus tant de siècles après, trompés par la ressemblance des noms, par l’ignorance des dates, el par quelques rapports des événements, ont pu attribuer à des princes anciens ce qui appartenait aux rois postérieurs, cl charger un seul des exploits et des entreprises qui doivent être partagés successivement entre plusieurs. Ainsi il peut y avoir eu deux Béliis el deux Ninus. I.e premier Bélus est Xemrod , comme je l’ai supposé, père de Ninus, qui a donné son nom à Niiiive. Le second Bélus sera Bélus fAssjrien, qu’L’ssérius fait régner à Babylone l’an du monde 2082 el 1322 avant Jésus-Christ; el ce second Bélus aura eu un fils appelé aussi Ninus. Mais je n’entre point dans ces sortes de discussions critiques.
Sémiramis, quelque temps après son retour, découvrit que son fils lui dressait des embûches, et qu’un de ses principaux ofliciers s’était offert à lui prêter son ministère. Elle se ressouvint alors de l’oracle de Jupiter-.Ammon ; el, avertie que la fin de sa course approchait,sans faire souffrir aucune peine àcet officier, qu’elle avait arrêté , elle abdiqua volontairement l’crapiie, remit le gouvernement entre les mains de son fils , cl se déroba à la vue des hommes , dans l’cspéranée de jouir bientôt des honneurs divins, comme l’oracle le lui avait promis. En effet , on dit qu’elle fut honorée par les Assyriens comme une divinité sous la forme d’une colombe. Elle avait vécu soixante-deux ans, dont elle en avait régné quarante-deux.
On peut voir dans les Mémoires de l’Acacadémiedes Belles-;Lcllrcs ' deux savantes dis-
' Toni. 3. P*g. 3>3, etc
iertalions sur l'empire des Assyriens , el en particulier sur le régne et les aclions de Sémiramis.
Ce que dit Justin ' de Sémiramis, qu'aprés la mort de son mari, n'osant ni rcmellre l'empire à son fils qui élait encore Irop jeune , ni s’en charger elle-même ouverlement, elle gouverna sous le nom et sous l'habit de Ninyas ; et qu'aprés avoir régné de la sorte pendanl plus de quarante ans, devenue passionnée pour son propre flls, elle voulut le porter au crime et en fut tuée : tout cela , dis-je , est tellement destitué de toute vraisemblance, que je croirais perdre le temps si j'entreprenais de le réfuter. Il faut pourtant avouer que presque tous les auteurs qui ont parlé de Sémiramis ne nous donnent pas une idée fort avantageuse de la pureté de ses mœurs.
Je ne sais si le régne éclatant de celle princesse n’a pas en partie engagé Platon ’ à soutenir, dans ses livres de la Itépubliquc, que les femmes, aussi bien que les hommes , doivent être admises au maniement des alTaircs publiques, à la conduite des guerres, au gouvernement des étals; el, par une conséquence nécessaire, qu’on doit les appliquer aux mêmes exercices dont on fait usage par rapport aux hommes pour leur former le corps et l’esprit; il n’excepte pas même de ces exercices ceux où la coutume était de combattre entièrement nu , prétendant que les femmes seraient suflisamment vêtues et couvertes de leur vertu ’.
On est surpris avec raison de voir un pbilosophe, d’ailleurs si éclairé, renoncer si ouvertement aux maximes les plus communes el les plus naturelles de la modestie et de la pudeur, vertus qui font le principal ornement du sexe, et insister si fortement sur un principe auquel, pour le réfuter, il suflirait d’opposer la pratique constante de tous les siècles , el de presque tous les peuples de la terre.
Aristote*, plus habile en cela que Platon son maître , sans donner atteinte en aucune sorte au solide mérite et aux qualités essentielles du sexe, a marqué avec sagesse la différente des-
< Ub. t , r«p. S.
• Uh. 5, dt Rep. pag. 4M-I57.
• t^TTîtirip «piTpV ft»tl (flttTtliiV àftfliffOVTUê.
• Dt curi Kl tamil. Ilb I . np. 3
lination de l’homme et de la femme par la iltfférence des qualités ‘du corps el de l’esprilqne l’auteur même de la nature a mise entre eux, en donnant à l’un une fon-e de corps et une intrépidité d’Ame qui le mettent en étal de porter les plus dures fatigues el d’alfronler les plus grands dangers , el donnanl ii l’autre au conlraire une complexion faible et délicate , accompagnée d’une douceur naturelle el d’une modeste timidité, qui la rendent plus propre à une vie sédentaire, el qui la-porlenli se renfermer dans l'intérieur de la maison et dans les soins d’une industrieuse et prudente économie.
Xénophon ' pense comme Arislole;el,poor relever les travaux de la femme qui se renferme dans l’enceinte de In maison , il la compare agréablement A l’abeille-mére, appelée ordinairemenl le roi des abeilles , qui seul gouverne toute la ruebe eten a l'intendance, qui distribue les cm plois, qui anime les travaux , qui préside k la construction des petites cellules, qui veille A la nourriture cl à la subsistance de sa nombreuse famille , qui régie la quantité de miel destinée ù cet usage, et qui , régulièrement dans les temps marqués, envoie en colonieau dehors les nouveaux essaims pour décharger la ruche. Il remarque, comme Aristote, la dilTércnce de constitution el d'inclinations que l’auteur de la nature a mise avec dessein dans l’homme et dans la femme, pour leur marquer ainsi b Von el ù l’autre leur destination particulière el bs fonctions qui leur sont propres.
Ce partage, loin d’avilir el de dégrader la femme, rélève et l’honore véritablement , en lui confiant une espèce d’empire el de gouvernement domestique, qui ne s’exerce que par la douceur, la raison, l’équité el le bon esprit; cl en lui donnanl lieu souvent de cacher et de mettre en sûreté les plus rares et les plus esliniables qualités sous le précieux voile de la modestie cl de l’obéissance. Car, il faut l'avouer de bonne foi, il s’est rencontré dans tous les temps cl dans toutes les conditions des femmes qui, par un mérite solide, se sont élevées au-dessus de leur sexe , comme il y a eu une innnité d’hommes qui ont déshonoré le leur par leurs défauts : mais ce sont des cas parti-
* DcadminiM. domcviliri. {la;:. Ktn
nilirrs, qui ne font point la r^qlc, et qui ne doivent point prévaloir contre une deslinnlion fondée dans la nature et prescrite par le Créateur meme.
Nixyas. Ce prince ' ne ressembla en rien i rem dont il avait reçu la vie , cl sur le trdne desquels il était assis. Uniquement occupe de ses plaisirs, il se tenait toujours renfermé dans le palais, et se montrait rarement aux peuples. Pour les contenir dans le devoir, il avait toujours à ?iinive un certain nombre de troupes réglées, que les différentes provinces de son empire lui fournissaient pour un an seulement, après quoi un pareil nombre d'autres troupes leur succédait aux mêmes conditions; et il mettait à leur tête un chef , de la Ddélilé duquel il était bien assuré. Il en usait ainsi pour ne point laisser le temps aux officiers de gagner le cœur des soldats, et de tramer des conspirations contre lui.
Ses successeurs, pendant trente générations, suivirent son exemple, et enchérirent encore sur sa nonchalance. Leur histoire est absolument inconnue, et il n’en reste point de traces.
Du temps d'.Vbraham *, l’Écriture parle d’Amrapbel, roi de Sennnar, pays où était située Babylone , qui suivit avec deux autres princes Chodorlabomor, roi des Élamites, dont il était peut-être tributaire, dans la guerre que ce dernier porta contre cinq rois du pays de Cbanaon.
C'est sous le gouvernement ’ de ces rois fainéants que Sésostris, roi d’Égypte, poussa si loin ses conquêtes dans l’ürient; mais comme elles furent de peu de durée, et peu soutenues par ses successeurs , elles laissèrent l’empire des Assyriens dans son premier état.
Platon *, curieux observateur des antiquités. Elit le royaume de Troie, du temps de Priam ‘, une dépendance de l’empire des Assyriens; et Ctésias dit que Teutamus, le vingtième des rois qui succédèrent à Ninyas , envoya un corps considérable de troupes au secours des Troyens, sous la conduite de Memnon, Gis de 'Tithonus, dans un temps où l’empire des
• plod. Ilb. a. cap. 108.
• Aü. M. aoua : av. J. c. ma.
» An. M. 3513; av. J. c. im.
* Dr 1rs. lit'. 3 pag. 685.
* ,\n. XI.3830, av.J.C.llM
Assyriens avait déj;'l duré plus de mille ans ; ce qui s’accorde parfaitement avec la date où j’en ai mis la fondation. Mais le silence d’Hor mère sur le nom d’un peuple si puissant , et qui devait être fort connu, fait révoquer ce fait en doute; et il faut avouer que tout ce qui regarde le temps de l’hisloire ancienne des Assyriens soulfre de grandes diGicullés, dans lesquelles mon plan me dispense d’entrer.
Pull'. L’Écriture * nous apprend quePhuI, roi des Assyriens, étant venu dans la terre d’Israël, Manahem, roi des dix tribus, lui donna mille talents d’argent, afin qu’il le secourût et qu’il affermit son régne.
On croit que Phul est le roi de N'inive qui fit pénitence avec tout son peuple à la prédication de Jouas.
On le croit aussi père de Sardanapale, dernier roi des .\ssyriens, appelé, selon la coutume des Orientaux, Sardan-PuI, c’est-à-dire Sardan, fils de Phul.
Sabdanapalk L 11 surpassa tous ses prédécesseurs en luxe , en mollesse , en lâcheté. Il ne sortait point de son palais, et passait sa vie au milieu d’une troupe de femmes, habillé et fardé comme elles, et s’occupant comme elles à filer. Il faisait consister son bonheur cl sa gloire à posséder des trésors immenses, à être toujours dans les festins, et à prendre sans cesse les divertissements les plus honteux et les plus criminels. Il ordonna qu’on mit sur sou tombeau deux vers qui signifiaient qu’il emportait avec lui tout ce qu’il avait mangé et tout ce qu’il s’était procuré de plaisirs, mais qu'il laissait tout le reste :
Hcc hobro qus edi , qucqne eualuraU libido Hausit ; ai ilia Jaccot multa et przclara rclicta *•
épitaphe, remarque Aristote, digne d’un pouN ceau *.
I An. M. 323.1; av.I.C.TÎt.
• 4.Reg.l5-19.
> DIod. lib. 3, pag. 109-115. - AUien. Ub. 13. pag. 529. 530. — Justin. lib. 1 , cap. 3.
* Kïiv’ voo’ ipayov, xai ip’jÇ/îca*, eai fiiT cpa*To; Ti|5Trv oraOev ■ Ta Si 7TOÀ/âxatoXCtaitâvTaÀi^ftîrT«i.
• • Quid allud . inquit Arislotelea , in bovU non in rrgli « aepulcro insciibereal Hec haberc se mortuura dirlt . « qiis ne v Ivus quidem diuliùs habebal, quant truebalMt .•
; iDc. Tuic. Qu<r$(. lib. 5, n. lOl.j
Arbacc, gouverneur des MMes, qui avnil trouvé le moyen de pénétrer dans le palais, et qui avait vu de scs yeux Sardanapnle au milieu de son inféme sérail, outré d’un tel spectacle , et ne pouvant souffrir que tant de gens de courage fussent soumis à un prince plus mou et plus efféminé que les femmes mêmes, forma contre lui une conspiration. Bélésis, gouverneur de Babylone , et beaucoup d autres , entrèrent dans ses vues. Au premier bruit de cette révolte, le roi se cacha dans le fond de son palais. Obligé ensuite de se mettre en campagne avec quelques troupes qu'il avait ramassées, il remporta d’abord trois victoires consécutives sur ses ennemis ; puis il fut vaincu , et j)Oursuivi jusqu’aux portes de Ninive, on il s'enferma , dans l’espérance que les révoltés ne pourraient jamais venir à bout de prendre une ville si bien fortifiée, et munie de vivres pour un temps considéraide. En effet, le siège traîna fort en longueur, l'n ancien oracle avait déclaré, du moins c’était le bruit comlnun, que Ninive ne pourrait jamais être prise, à moins ([ue le fleuve ne devint ennemi de la ville. Ces dernières paroles, où Sardanapale voyait de l’impossibilité, le mettaient en repos; mais quand il vit que le Tigre, en se débordant avec violence, avait abattu vingt stades du mur, et ouvert un passage aux ennemis , il comprit le sens de l’oracle et se crut perdu. Il voulut au moins finir par une mort qui, scion lui, couvrirait la honte de sa vie molle et efféminée '. Il avait fait préparer dans le palais un bûcher; il y mit le feu , et s’y brûla, lui, scs eunuques, ses femmes et tous ses trésors. Athénée fait monter ses trésors à mille myriades de talents d’or, et dix fois autant de talents d’argent; ce qui , sans compter tout le reste , monterait û des sommes incroyables’. Myriade signifie dix mille; une seule myriade de talents d’argent vaut trente millions. On se perd ici en voulant évaluer la somme entière ; ce qui me fait croire qu’il y a beaucoup d’exagération dans ce calcul d’Athénée, mais ce qui laisse pourtant entrevoir que ces trésors élaient immenses.
Plutarque’, dans le second des traités qu’il
• An. M. J. C.7i7.
• One votiimc rri)r('scnlcrîiil I OOO niCliards de francs.
a consacrés û la louange d’AlexandreqiHiranil, où il examine en quoi consiste la véritatpie grandeur des princes , après avoir monlrt qu’elle ne peut venir que de leur mérite personnel, le prouve par deux exemples bien différents, tirés de l’histoire des Assyriens qae nous venons de rapporter. Séraimmis et Sardanapnle, dit-il, possédaient le même royautiK', C’étaient, pour l’un et pour l’autre, mêmes peuples, même étendue de pays, mêmes revenus, mêmes forces, même nombre de troupes; mais ce n’étaient pas même caractère ni mes vues. Sémiramis, s’élevant au-dessus de son sexe, bâtissait de superbes villes, équipait des flottes, armait des légions, subjuguait les peuples voisins, pénétrait dans l’Arabie cl lÉthiopie , portait ses armes victorieuses jusqu’aux extrémités de l'Asie, répandant partoul la terreur et la consternation. Mais Sardanapale, comme s’il eût entièrement renoneé i son sexe, passait toute sa vie dans le fond de son palais, environné continuellement dnnr troupe de femmes, dont il avait pris l’habit et encore plus les mœurs, maniant comme elles le fuseau et la quenouille, ne sachant et ne faisant autre chose que filer, manger , boire , et se livrer aux plaisirs les plus inlïlmcs. Aussi, après sa mort, lui érigea-t-oii une statue niiil était représenté dans l’attitude d’un homme qui danse; et on y mit une inscription dans laquelle il apostrophe ainsi le passant ; Mange, bon. direrlis-toi bien; tout le reste n’est nen'.’ inscription bien conforme û celle que nous avons vu qu’il avait ordonné lui— même aue l’on mit sur son tombeau.
riutaïque juge ici de Sémiramis comme le font presque tout les historiens profanes, de la gloire des conquérants. Mais, ù juger stinenient des choses, l’ambition effrénée de cette reine est-elle bien moins condamnable que la mollesse de Sardanapale"? Lequel des deux défauts a fait le plus de mal au genre humain?
Il tic doit pas parailre étonnant de voir finir l’cmiiirc des Assyriens sous un tel prince : ce fut sans doute après avoir passé par beaucoup d’accroissements, d’affaiblissements et de révolutions qui sont ordinaires aux états, cl même aux plus grands, pendant la suite de
tî>»
plusieurs siècles. Celui-ci avait duré plus de liâO ans.
Des débris de ce vaste empire se formèrent trois grands royaumes : celui des .Mèdes, qu'.4rbare, le principal chef de la conjuration, rétablit dans leur liberté ; celui des Assyriens de Babylone, qui fut donné à Bélésis, qui en était gouverneur; enliu, celui des Assyriens de Ninive, dont le premier roi se fit appeler A'mus le jeune.
Pour entendre Thistoire du second empire des Assyriens, qui est fort obscure, et doirt les historiens n’ont pas beaucoup parlé, il est utile, et même absolument nécessaire, de comparer ce qu’en disent les auteurs profanes avec ce que l’Écriture sainte nous en apprend, afin que, réunissant celte double lumière, on puisse avoir une idée claire et précise des deux empires de Ninive et de Babylone, qui ont été pendant quelque temps séparés, puis réunis ensemble cl confondus. Je commencerai par ce second empire des Assy riens, après quoi je reviendrai a celui des Mèdes.