‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 3)Chapitre 37 sur 125 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

nlSTOIRE DU ROYAUME DES MÈDES. ARBACE. DÈ- JOCE ; IL BATIT ECBATANE. HIRAORTE. CYA- XARE ; IRRUPTION DES SCYTHES; PRISE ET DES- TRUCTION DE NINIVE. ASTYAGE. CYAXARE II.

J'ai marqué, en parlant de la destruction de

' Dan. cap. 7.

■ Uan. cap. 8.

> Dan. cap. 5.

» An. M. aWS: *v. 7- C- ^

l'ancien empire des Assyriens ' , qu'Arbace , général de l'armée des Médes , avait été un des principaux auteurs de la conspiration contre ^rdanapale ; et plusieurs croient que dés lors il fut établi maître souverain de la Médie et de plusieurs autres provinces, et que d'abord il prit le nom de roi. Ce n'est pas le seiilimcnl d’Hérodote : je rapporterai ce que nous en dit ce célébré historien.

Les Assyriens * , qui avaient tenu durant plusieurs siècles l’empire de l'Asie , commencèrent à s’aflaiblir par la révolte de divers peuples. Les Modes furent les premiers qui secouèrent le joug. Ils se mainlinrenl quelque temps dans la liberté qu'ils avaient acquise par leur valeur; mais cette liberté se changea bicnlét en licence , et la faiblesse de leur gouvernement les jeta dans une espèce d'anarchie, pire que leur première servitude. Le vol, la violence et l’injustice régnaient partout, parce qu'il n'y avait personne qui eût ou assez de force pour les réprimer , bu assez d'autorité pour les punir. Mais tous ces désordres déterminèrent enfin les peuples à établir un gouvernement qui rendit l’étal plus fiorissant qu’il n'avait jamais été.

La nation des Mèdes était alors divisée en six tribus. Presque tous ces peuples habitaient dans des villages, lorsque Déjoce, fils de Pbraorte, .Méde de nation, érigea l’état en monarchie. Cet homme, voyant les grands désordres qui se commettaient dans toute la Médie, résolut de profiler de ces troubles, et commeni;a d’aspirer é la royauté. Il avait grande réputation dans son pays, et il y passait pour un homme qui non - seulement était fort réglé en ses mœurs, mais qui avait aussi toute la prudence cl toute l'équité nécessaires pour gouverner.

Dés que Déjoce eut formé le dessein de monter sur le Irène, il affecta de faire éclater plus que jamais les belles qualités qu’on avait déjà; remarquées en lui : ce qui lui réussit si heureusement, que les habitants du village où il demeurait l’établirent leur juge. Il s'acquitta de cette charge avec beaucoup de sagesse, et ses soins eurent tout le succès qu’on avait espéré; car il réduisit les habitants de ce village à vivre avec plus de retenue qu’à l'ordinaire.

• An. M.3ï>-;nv.J.r.7 7.

J V IleroO. lit). I. cap. tC>

Si08

Ceux des autres villages, que les désordres continuels empêchaient de vivre en repos, voyant le bon ordre que Déjocc avait mis dans celui dont il avait élé olaWi juge, commencèrent i s'adresser à lui pour le faire arbitre de leurs différends; et, la réputation de son équité augmentant tous les jours, tous ceux qui avaient quelque affaire de i:onséquence venaient à Déjoce, pour trouver en lui un juge équitable qu'ils auraient cherché inutilement ailleurs.

Lorsqu'il sevilsiavancédans ses desseins, il jugea qu'il était temps de faire jouer les derniers ressorts pour arriver à son but. Il se relira donc, feignant d'élre accablé par la foule de ceux qui venaient à lui de toutes parts, et il ne voulut plus exercer l'office déjugé, quelque insUuice que fissent ceux qui aimaient le bien et le repos public. Il disait & ceux qui s'adressaient é lui que scs affaires domestiques ne lui permcttaienl pas de s'appliquer à celles des autres.

La licence, qui avait élé quelque peu de temps réprimée par les soins de Uéjoce, commença à régner plus qu'auparavant, dés qu’il ne voulut plus se mêler d’affaires ; et le mal augmenta si fort, que les Médes furent obligés de s’assembler pour délibérer sur les moyens de remédier au désordre.

Il est des ambitions de plus d'une sorte. Quelques-unes, violentes et impélueu.scs, emportent comme d’emblée leurs prétentions, n’épargnant pour cela ni crimes ni meurtres; d’autres, plus douces, comme celle-ci, couvertes d’une apparence de mcxléralion et de justice, cheminent pour ainsi dire sous terre , mais n'arrivent pas moins sûrement à leur 'nul.

Déjoce, qui vil bien que les choses se disposaient selon ses désirs, envoya ses émissaires à l'a.ssemblée, après lesavoir instruits dece qu’ils avaient à faire. Quand on vint à proposer des expédients pour arrêter le cours de tant de maux, les émissaires de Déjoce, parlant à leur tour, représentèrent que, si l’on ne changeait entièrement la face de la république, le pays deviendrait inhabitable ; que le seul moyen de remédier au désordre était d’élire un roi qui eût l'aulorilé de réprimer la violence cl de faire des lois pour le gouvernement; cl qu’ainsi chacun pourrait s’appliquer en paix à ses affai-

res, au lieu que l’injustice qui régnait partout lesobligerailbientûtdequitterle pays. Celavis fut universellement approuvé, et tous jugèrent qu’il n'y avait point de remède plus efficace au mal présent que d’ériger l'état en monarchie. Il ne fut donc plus question que d'élire un roi, cl la délibération ne fut pas longue. Tous demeurèrent d'accord qu’il n’y avait point dans la Médie un homme aussi capable de régner que Déjoce ; de sorte qu’il fut élu roi d’no commun consentement.

Pour peu qu’on fasse d’attention sur l’ètablisscmcnt des royaumes, en quelque temps et en quelque pays que ce soit, on trouvera que le litre primordial de la monarchie est le maintien de l’ordre et le soin du bien public. En effet, il ne serait pas possible d’établir Tordre cl la paix, si les hommes voulaient tous être indépendants, et s’ils ne se soumettaient à une autorité qui leur ôtât une partie de leur liberté pour leur conserver le reste. Ils seraient toujours en guerre, s’ils prétendaient toujours ou s’assujettir les autres, ou refuser de se soumettre aux plus puissants; et il faut, pour leur repos et pour leur sûreté, qu’ils acceptent un maître, et qu'ils consentent de lui obéir. Voilà l'origine humaine de l'autorité; cl l’Écriture' nous apprend que la providence divine n'en a pas seulement permis le projet et l'exécution, mais qu’elle Ta consacrée par une communication immédiate de son pouvoir.

Rien certainement n’est plus beau ni plus grand que de voir un particulier, homme de bien et de mérite, capable des plus hauts emplois par ses rares talents, mais, renfermé dans une vie privée par son inclination et sa modestie, refuser sincèrement l’offre qu’on lui fait de régner sur tout un peuple, et ne consentir enfin à SC charger du poids du gouvernement que dans Tunique vue d'être utile é scs citoyens. Par la première disposition , en témoignant qu'il est instruit des devoirs et par conséquent des dangers d'un souverain, il fait paraître un esprit plus grand et plus élevé que la grandeur même, ou, pour parler plus juste, que Tambilion qui la désire; et il prouve qu’il en est parfaitement digne, par la crainte même de ne Tétrc pas et d’y succomber. Mais, en sacrifiant

* Rom. 13, lpl2.

gi'néreusemenl le rcp<>8 et la douceur de sa vie à la sûreté et à la tranquillité iiubliquos, il marque qu'il coniiail ce qu'il y a de vérilaldement estimable dans la souveraineté, et ce (|ui la doit rendre précieuse, qui est de mettre un homme en état de devenir le défenseur de sa patrie, d'y établir beaucoup d'ordre, d'y remédier à beaucoup de maux, d'y faire fleurir la justice et les lois, d'y mellrc en hnmuur la probité et la vertu, d'y faire régner lu paix et l'abondance ; cl il sc console des peines et des chagrins où il s’expose par la vue des grands avantages qui en seront le fruit. Tel fut à Kome un Nunia ; tels furent quelques empereurs , qu’il fallut contraindre d’accepter la souveraine puissance.

Il faut avouer, je le répète, que rien n’est plus beau ni plus grand qu'une telle disposition. Slais prendre le masque de la modestie et de la vertu pour salislaire son ambition , comme fait ici Déjoce; affecter de paraître au dehors ce qu’on n’est point dans le fond; refuser même pendant quelque temps, et n'accciiler qu'avec une sorte de répugnance ce qu’on désire avec ardeur et ce qu'on a brigué par des voicÿ sourdes et cachées, c’est une duplicité pleine de petitesse et de bassesse, dont on ne peut s’empêcher d’être blessé, et qui lernil beaucoup l’éclat du mérite qu’un homme pourrait avoir d’ailleurs.

ÜKJOCE. ans. Lorsque Déjoce ' fut monté sur le trône, il travailla à prouver qu’on ne s’était point trompé dans le choix qu on avait fait de lui pour rétablir l’ordre. Il voulut da- Wd joindre à la qualité de roi toutes les marques qui ont coutume d’en relever l’éclat, et qui pouvaient inspirer pour sa personne de la crainte et du respect , et choisit entre les Médes, pour être ses gardes, ceux rpii lui paraissaient les plus attaches à ses intérêts, cl sur la lidélilé desquels il pouvait le plus compter.

Après qu’il eut ainsi pourvu a sa sûreté , il s’appliqua ù polir et à civiliser les Mf-des, qui, étant accoutumés à v iv re ù la campagne et dtins les villages, presque sans lois et sans police , avaient contracté une humeur tout à lait sautage. 11 leuf commanda de bûtir une ville,

1 An M. 3i9*i»v. J. C. 710. — Heroil. lib. 1, cap.

désignanl lui-méme le lieu et le plan des murailles. 11 lit f rire sept enceintes de murs, disposées en lellc sorte que la prcniiére en dehors n’empéchail pas qn’on ne vil le parapet de la seconde, cl la scconrle n’ûlail pas la vtie de ctdui de la Iroisiéme, et ainsi des autres. I.a situation du lieu était fort favorable pour un tel dessein ; car c’était une colline qui s’élevait également de Inus côtés. Dans la demmie cl la plus petite des enceintes était le palais du roi avec tous .ses trésors ; dans la si.\iémc, qui joignait celle-là , il y avait plusieurs appartemeirts pour loger les officiers de sa maison, et les entre-deux des cinq antres enceintes étaient destinés à loger le peuple. La première et la plus grande enceinte était à peu prés de la grandeur d’Athènes. Le nom de cette ville est Echalane.

L’aspect en était magnifique et brillant; car, outre qne la disposition de ses murs faisait une espèce d’amphithéâtre, les différcnles couleurs dont on avait peint les parapets formaient une Irés-agréable diversité.

Après que la ville eut été bâtie , cl que Déjoce eut obligé une partie des .^lédes à s’y établir, il s’appliqua tout cnlicrh dresser des lois jiotir le bien de l’élal. Persuadé que la majcslé des rois sc fait plus respeclcr de loin ', il mit d’abord un grand intervalle enire le peuple et lui , se rendu presque inaccessible et comme invisible à ses sujets, et ne, leur permit de lui parler el de lui communiquer leurs affaires que par îles placels el des personnes interposées. ('.eux mêmes qui avaient le privilège de l’approciier ne pouvaient ni rire ni cracher en sa ))résence.

Cet baliile poliliqne fit ces réglements pour s’assurer la couronne; car, ayant affaire à des bomnies encore féroces, et qui ne se connaissaient pas bien en vrai mérite, ilcraignil qu’une trop grande familiarité ne lui attirât le mépris, et ne donnât lieu à des complots et â des coiispiralioiis contre une autorité naissante , qui ne manque, jamais de faire des jaloux et des mécontents. Mais, demeurant ainsi caché aux yeux du peuple, cl ne se faisant connaître que par les sages lois qu’il élablissail el par l’exacte justice qu’il se piquait de rendre â chacun , il

* Mujorcxlonginfiuorevercnliû.TACiT.

s'aUirait le it'specl cl l’estime de ses sujets.

On dit que du fond de son palnis il voynil tout ce qui se passait dans ses ('lais par le moyen de ses émissaires , qui lui rendaieiil compte cl rinrormaienl de tout. Ainsi nul crime n'échappait ni à la connaissance du prince, ni à la rigueur des lois ; et la peine, suivant de près la faute, contenait les méchants et arrêtait les violences.

Cela pouvait être ainsi jusqu'à un certain point; mais il n’y a personne qui ne sente les grands inconvénients de la coutume que Déjoce suivit pour lui-même, et que d'autres rois d’üricnl imitèrent , de se tenir caché dans son p.ilais ; de gouverner par des officiers répandus par tout son royaume; de s’en rapporter uniquement à leur bonne fui de l’information des f'.iils, et de ne laisser approcher la vérité, les plaintes des opprimés , les justes raisons des innocents, que par des canaux étrangers, c’està-dire par des hommes sujets à être prévenus ou connmpus , qui ne laissaient plus lieu aux remontrances ni a la réparation des injustices, et ()ui pouvaient les commmetlre d’autant plus lai ilenient et plus hardiment, que leur prévarication demeurait secrète , et par conséquent impunie; outre que, dans cette affectation des pr inces à se rendre invi.-'ihles, il y a , ce semble, urr aveu de leur peu de mérite, r|Ui ne peut soutenir le grand jour.

Uêjocc fut si occupé à adoucir, à humaniser k‘s mœurs du la nation , et à faire des lois pour le guuverrreine.nl, qu'il n’entreprit jamais rien contre ses voisins, quoique son ri'gne ait été fort long, car il mourut après avoir régné cinquante-trois ans.

PuuAOiuK '. -2i itns. Après la mort de I)cjoce, son lil.-> l’irraorle ou Aphraarle* lui succéda. la seule corriormilé du nom porterait à croire que c'est le roi qui est appelé Arp/iajod daus l'Kcriture ; mais ce sentiment est fondé sur beaucoup d’autres raisons très-solides, que l'on peut voir dans la savante dissertation du | f*. Murilfaucun, dont j'ai fait ici beaucoup d'u.-age. Ce qui est dit dans Judith qu’Ar-

* An.M. 33W ; «V. J. C. 657. — Herod. [ l-Jcap. Uü.

> C’cKl ainsi que l'appelle Eusèbo , Chron. gr<te., et fkorg. SvDCcIle.

* Jodilb* 1.

phaxad bâtit une ville très-forte qu'il appela Ecbatane, a trompé lu plupart des auteurs, tl leur a fait croire que c’était lJéjoce,quircrtaine.

menla été le fondaleurd’Ecbalane; maislelcxlc

grec de Judith ', traduit dans la Vulgale par œdifiravit, dit seulement qu’Arpbaxad ajouta de nouveaux bâtiments à la ville': elil(;sl fort naturel que , le père n’ayant pu achever entièrement un ouvrage si considérable, le fils y ail mis la dernière main, en ajoutant ce qui y manquait.

Phraorle ’, qui était d’une humeur fort belliqueuse, ne se contentant poinldu royaume de la Alédie, que son père lui avait laissé, attaqua les Perses, et , les ayant vaincus dans un grand combat , il les assujettit à son empire. Fortifié par leurs troupes , il attaqua les nations voisines les unes après les autres, en sorte qu’il se rendit le maître de presque toute la liaulc Asie, qui comprend tout ce qui est an nord du mont Taurus, depuis la Mêdie jusqu’au fleuve llalys.

Ces heureux succès lui enflèrent extrêmement le cœur. Il osa porter la guerre contru les Assyriens, affaiblis pour lors à la vérité p:;r la révolte de plusieurs nations, mais ei\j.’or.' très-puissants par eux-mêmes. Nabuchodonusor leur roi appelé autrement Saosduthin, assembla dans son pays une grande armée, et envoya des ambassadeurs* à plusieurs peuple.' de l’Orient pour leur demander du secour.-. Tous le refusèrent avec mépris, et trailéreni ignoininicuscmenl ses ambassadeurs, lémuignant bien qu'ils ne craignaient plus cet cni- |iire, qui avait autrefois tenu la plupart d’entre eux dans une dure servitude.

Le roi, aigri à l’excès d’un traitement si indigne, jura par son trône et par son régne qu’il se vengerait de toutes ces nations, et qu’il IC' passerait au fil de l'épée. Il se disposa cnsaiie au combat avec ce qu’il avait de troupes dans la pleine de Ragau. Ce fut là où se donna celle grande bataille qui fut trés-funcst(; à Fhraorlc. Il fut défait; sa cavalerie prit la fuite; si’S chariots furent renversés et mis en désordre : en-

* Judilh, icitegrec.

* tri E*Ç«T«vot;.

» Hcrod. lib. l,fâp. 102.

* Le telle grec met cc$ ivanl la bataille.

Bn Nabachodonosor remporta une victoire eotière. Profilant de la déroute des Médes, il entra dans leur pays, se rendit le maître des villes, poussa ses conquêtes jusqu’il Ecbatane, emporta d’assaut ses tours et ses murailles, donna la ville au pillage h ses soldats, et la dépouilla de tous scs ornements.

L’infortuné Phraorte, qui s’élail sauvé dans les montagnes de Ragau, tomba enfin entre les mains de Nabuchodonosor, et ce cruel prince le fit mourir à coups de javelots. Après cela il s’en retourna & Ninive avec toute son année, qui était encore fort nombreuse, et il fut quatre mois entiers à se donner du plaisir et i faire bonne chère avec tous ceux qui l’avaient accompagné dans celle expédition.

On peut voir dans Judith comment le roi d’Assyrie envoie Holoplierne avec une puissante armée pour se venger de ceux qui avaient refusé de le secourir; les progrès et la cruauté de ce commandant ; l’épouvante générale de tous les peuples; la courageuse résolution que forment les Israélites de lui résister, dans la confiance qu’ils ont que leur Dieu saura bien les défendre; l’extrémité où est réduite Bélhuiie, aussi bien que toute la nation; la délivrance miraculeuse de celte ville par le courage et la hardies.se de la sage Judith ; enfin, la défaite entière de l’armée des Assyriens.

CvAXAUF. I '. ïO ans. Il avait succédé à son père aussitôt après sa mort. Ce jeune prince, qui était fort brave et entreprenant, sut bien profiter de la déroute des Assyriens. Il se rétablit d’abord dans son royaume de Médie; puis il SC rendit aussi le maître de toute la haute Asie : mais ce qu’il eut le plus à cœur, fut d’aller attaquer Ninive, pour venger la mort de son père par la ruine de cette grande ville.

Les Assyriens vinrentù sa rencontre, n’ayant plus que les débris de la grande armée qui avait péri devant Béthulie. 11 se donna une bataille où les Assyriens furent vaincus et poussés jusque dans Ninive. Cyaxare, poursuivant sa victoire, en forma le siège. Elle allait tomber infailliblement entre ses mains ; mais le temps o’était pas encore venu où Dieu la vou-

< Ab. U. 3369; «v. J. C. 633.-Bctod. Ilb. I, cap. 103-

loa.

lait punir de scs trimes cl des maux qu’elle avait fait souffrir aux autres nations cl à son peuple. Voici comment eljj; fut alors délivrée du péril qui la menaçait.

Une armée formidable de Scythes sortis des environs des Palus-Méotides, qui avaient chassé les Cimmériens de l’Europe, marchait sous la conduite du roi Madyés, en poursuivant toujours les Cimmériens. Ceux-ci trouvèrent le moyen d’échapper aux Scythes, qui s’avancèrent jusque dans la Médie. Lorsque Cyaxare eut appris la nouvelle de celle irruption, il leva le siège de devant Ninive , et marcha avec toutes ses troupes contre celte puissante armée, qui, comme un torrent impétueux, allait inonder toute l’Asie. Les deux armées en vinrent aux mains : les Médes furent vaincus. Ces barbares, ne trouvant plus aucun obstacle, se répandirent non-seulement dans la Médie, mais aussi dans prevue toute l’Asie. Ils marchèrent ensuite vers l’Égypte, d’où le roi Psaramitique les détourna à force de présents. Ils revinrent dans la Palestine, où quelques-uns d’entre eux pillèrent à Ascalon le temple de Vénus, le plus ancien qui eût été consacré à cette déesse; d’autres s’établirent é Bethsan, ville de la tribu de Manassé, en deçà du Jourdain, qui depuis fut appelée de leur nom ScylhopoUs.

Les Scythes tinrent durant vingt-huit ans l’empire de la haute Asie ; savoir les deux Arménies, la Cappadoce, le Pont, la Colchide et l’Ibéric; cl, pendant ce lemps-là, ils désolèrent presque tous les pays où ils mirent le pied. Les Médes ne purent s’en défaire que parla fraude. Sous prétexte d’entretenir et de fortifier l’alliance qu’ils avaient faiteensemble, ilsen invitèrent la plus grande partieé un festin qui se faisait dans chaque famille : chacun enivra scs hèles, et les Scythes furent ainsi massacrés. Les Méfies s’emparèrent de nouveau de toutes les provinces qu’ils avaient perdues; et étendirent encore une fois leur empire jusqu'aux bords de l’Halis , qui en était l’ancienne borne au couchant.

Ceux des Scythes qui ne s’étaient pas trouvés à ces festins' , ayant appris la mort de leurs compagnons, s'enfuirent en Lydie, auprès du roi Alyatte, qui les reçut humainement. Ce fut

* Herod. ni». 1, cap. 71.

lin sujol de guerre entre les deux princes. Cynxare conduisit aussitôt scs troupes sur les froiilii'res de I.ydie^ll se donna pendant cinq nos plusieurs combats arec un avantage à peu l>fcs égal de part et d'autre; mais la bataille qui se donna la sixième année fut remarquable par une éclipse de soleil qui changea tout d’un coup le jour en une nuit très-obscure. Celle éclipse avait été prédite par Thalés le ■Milésien. Les Mèdes et les Lydiens, qui étaient alors dans le plus fort du combat, effrayés de cet événement imprévu, qu’ils regardaient comme un signe de la colère des dieux, se retircrent de part et d’autre, et tirent la paix. Syennésis, roi de Cilicie, et Nabuchodonosor', roi lie Babylonne, en furent les médialeurs. l’our la rendre plus ferme et plus inviolable, les deux princes voulurent l’assurer par le lien du mariage ; et ils arrêtèrent qu’.41yalte donnerait sa fille Aryénis à Astyage, Gis aîné de Cyaxare.

La manière dont ces peuples contractaient alliance est Irés-remarqiiable. Outre les autres cérémonies qui leur étaient communes avec les Crées, ils avaient encore ceci de parliculêT, que les deux parties qui contractaient se faisaient des incisions aux bras, et léchaient matiicllement leur sang.

Le premier soin de t^yaxare*, dés qu’il se vit en repos, fut de reprendre le siège de Ninive, que l’irruption des Scythes lui avait fait lever. Nabopolassnr, roi de Uabylonc, avec qui il venait de contracter une alliance particulière, se ligua avec lui contre les Assyriens. Ayant donc joint leurs forces, ils assiégèrent Ninive, la prirent, tuèrent Suracus qui en était roi, et ruinèrent de fond en comble cette grande ville.

Dieu avait fait prédire par ses prophètes, plus de cent ans auparavant, qu’il saurait bien venger sur cette ville impie le sang de ses serviteurs, dont scs rois, comme autant de lions cruels, s’étaieiit enivrés ; qu’il se mettrait luimême à la tète des troupes qui viendraient l’assiéger ; qu'il ferait marcher devant elles la terreur et I épouvante; qu’il livrerait au bras meurtrier des soldats les vieillards, les mères,

• Il est .ipprlé Libîiiri (Isns llCro^lotc.

■ An. St. ttarS ; av. J. C. Oit» — Hcto<I. IU». t , c.lp. 100.

les enfants ; qu il abandonnerait à des maint avides et insatiables tous les trésors de la ville; et qu’il la détruirait tellement elle-même de fond en comble, qu’il n’en resterait pas même de trace, et qu’on demanderait un jour où avait donc été la superbe Ninive.

Mais écoulons le langage même des prophètes '. Ville de sang, s’écrie Nahum , qui ne te repais que de rapines et de brigandages, celai qui doit renverser tes murailles approche. Le Seigneur va venger l’injure faite à Jacob et à Israël. J’entends déjà les fouets qui retentissent de loin, les roues qui se précipitent avec un bruit horrible , les chevaux qui hennissent fièrement, les chariots qui courent comme la tempête, et la cavalerie qui s’avance à tonte bride. Je vois les épées qui brillent et les lances qui étincellent. Le bouclier de ces braves jette des flammes de feu; les yeux des soldats brillent comme des lampes, et leur course est plus prompte que féclair. Le Seigneur est un dieu jaloux et un dieu vengeur. La terre, le monde, et tous ceux qui l’habitent, Ircmblcnt devant lui. Et qui pourra soutenir sa colère ? Je viens à loi, dit le Seigneur des armées : je te dépouillerai de tous tes ornements. Pillez l'argent, pillez l’or; ses richesses sont infinies, ses vases et scs meubles précieux sont inépuisables. C’en est fait; Ninive est détruile : elle est renversée, elle est déchirée. Son temple est détruit jusqu’aux fondements. Tous ses gens de guerre sont pris : ses femmes emmenées captives, gémissent comme des colombes. Je vois une mullitude d’hommes percés de coups, une défaite sanglante et cruelle, un carnage qui n’a point de fin, des monceaux de corps qui tombent les uns sur les autres *, Où est maintenant celte caverne de lions? où sont ces pâturages de lionceaux? celte caverne où le lion SC retirait avec ses petits sans que personne les y vint troubler;. où le lion apportait les bêles toutes sanglantes qu’il avait égorgées pour en nourrir ses lionnes et ses lionceaux, remplissant son antre de sa proie, et ses cavernes de ses rapines?... Le Seigneur perdra As-

* Nahum, i, 2. 3. 4, Ptc.

* magi)in>]ur de la cnielle avarice des rois d’Assy» rie, qui allaient piller toutes les nations voisines, et priDCi— p.ilcrnerit la Judée, cl en apportaient les dépouilles à Ninhc.

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