‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 3)Chapitre 38 sur 125 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

sü^^ Il dépeuplera celle ville qui élail si belle, el la changera en une lerre où personne ne passe, el en un déserl. Elle sera la demeure des bêles sauvages, cl la relraile des oiseaux de nuit. Voilà, dira-l-on, celle orgueilleuse ville qui élail si fière el si assurée, qui disail en son cœur : Je suis l’unique, el après moi il n’y en a poinl d’aulre. Tous ceux qui passeronl au Iravers d’elle lui insulleronl avec des sifllemcnls et des gestes pleins de mépris.

Les deux armées s’enrichirent des dépouilles de Ninive, el Cyaxare, poursuivant sa victoire, se rendit le mallre de toutes les villes du royaume d’Assyrie, excepté Babylone el la Chaldée, qui appartenaient à Nabopolassar.

Après celle expédition, Cyaxare mourut, el laissa l’empire à son fils.

Astyage *. ^ ans. 11 est aussi nommé A»suérus dans l’Écrilure. Quoique son règne ait été fort long, puisqu’il dura Irenle-cinq ans, l’hisloire ne nous en apprend poinl de particularités. Il eut deu.c enfants, dont les noms sont fort connus : savoir, Cyaxare d’Arjénis, el Mandanc d’une première femme. Du vivant de son père , il donna Mandane en mariage à 'CanïbySfc, fils d’Achéménes, roi des Perses; el de ce mariage naquit Cyrus, un an après la naissance de Cyaxare son oncle. Ce dernier succéda à son père dans le royaume des Mèdes.

Cyaxare ii. C’est le Darius Médus de l’Écrilure.

Cybüs, ayant pris Babylone conjointement avec Cyaxare, lui en avait laissé le commandement. Après sa mort et celle de Cambyse son père, il réunit en sa personne l’empire des Perses et celui des Médes, qui dans la suite ne feront plus qu’un seul et même empire. J’en commencerai l’histoire par celle de Cyrus, qui nous apprendra ce que l’on sait du règne de ses deux prédécesseurs, Cyaxare et Astyage ; mais auparavant je dirai un mot du royaume de Lydie, parce que Crésus, qui en était roi, aura beaucoup de part aux événements dont j’ai à parler.

• Sophon. 2, <3-J5.

* Ad. M. Si09; or. J. C. 605.

ir> <f^

HISTOIRE DES LYDIENS. — CANDACLB*. GYGÊS;

ARDYs; sadvattk ; alyatte; cr^scs.

Hérodote* appelle Aft/ades, c’est-à-dire descendants d'Alys, les premiers rois qui ont régné chez les Lydiens. Il dit qu’ils limienl leur origine de Lydus, fils d’Afys, el que Lydus donna son nom à ces peuples, auparavant appelés Méoniens.

Les Héraclides, ou descendants d’Hercule , leur succédèrent, cl tinrent cet empire pendant l’espace de 505 ans.

Argon*, arrièrc-pelil-fils d'Alcèe, dont Hercule était le père, fut le premier des Héraclides qui régna dans la Lydie. Le dernier fut

Candaule. Il avait une femme d’une rare beauté, que son mari, aveuglé par sa passion, ne cessait de vanter. Il voulut même que Cygès, l’un de ses premiers officiers, en jugeât par scs propres yeux , comme si son propre sentiment * eût été in.suffisanl pour lui, el que la beauté de sa femme eût pu souffrir quelque préjudice de son silence. Quelques précautions qu’eût prises (’andaulc, la reine aperçut Gygès lorsqu’il se relirait du lieu où le roi l’avait placé; mais elle n’en donna aucun signe. Persuadée, si l’on en croit l'historien, que le trésor le plus précieux d’une femme est la pudeur, elle songea à tirer une éclatante vengeance de l’injure qu’elle avait reçue, punissant la faute de son mari par un crime encore plus grand. Peut-être une secréte passion pour Gygf's cul-cllc autant de part à celte action que la douleur d’avoir été déshonorée. Quoi qu’il en soit, elle fil venir Gygès, el lui donna le choix d’expier son crime ou par sa propre mort, ou par celle du roi. Après quelques remontrances qui furent vaines, il prit le dernier parti, el, par le meurtre de Candaule, il devint le maître cl de sa femme et de son trône*, qui

■ * Ilcrod.ltb.l, cap. 7-13.

* An. M. 2781 ; av. J. C. 1223

^ tt Non ronicniits voluptalum suarum tacilà coDsden- « tià... prorsùs quasi silrniium üamnum pulchritudiota « CS.SCI. » (.IcsT. lil). 1. cap. 7.)

* An. M.328(l;av.J. C. TIR

pnssa ainsi de la famille des Héraclides dans celle des Mermnades.

Le poCle Archiloque vivait de ce lemps-lè , et, comme l'érodole le remarque, il avait parlé dans ses poésies de l'aventure de Gygés.

Je ne dois pas omettre ce que dit ici Hérodole, que cliei les Lydiens, et presque chez tous les barbares, c’est une honte et une infamie, même é un homme, de paraître nu. Ces traces de pudeur qui se rencontrent chez des païens doivent paraître précieuses. On sait que chez les Romains ' un fils en âge de puberté ne se trouvait jamais au.x bains avec son père, ni un gendre avec son beau-pere; et ils regardaient cette loi de modestie et de retenue comme inspirée par la nature même, dont le violeraent était un crime. Il est étonnant que parmi nous la police n’empêche point ce désordre qui régne impunément au milieu de Paris dans le temps des bains; désordre si visiblement contraire auv règles de l’honnêteté publique et de la pudeur, si dangereux pour les jeunes personnes de l’un et de l’autre sexe, et si fortement condamné par le paganisme même.

Platon ’ raconte l’histoire de Gygés autrement qu’Hérodotc. C'est lui qui nous apprend que Gygés portait une hague dont la pierre le rendait invisible quand il la tournait de son côté, en sorte qu’il voyait les autres sans être vu de personne, et que, par le moyen de cette bague, de concert avec la reine, il détrôna Candaule en lui ôtant la vie. Ce qui signifie apparemment que, pour venir à bout de son criminel dessein, il employa toutes les ruses et toutes les fourberies d’une prudence qu’il plaît nu siècle d’appeler une fine et habile politique, laquelle pénètre dans les desseins les plus cachés des autres , sans jamais laisser entrevoir le.s siens. Cette histoire, ainsi appliquée, a bien plus de vraisemblance que celle qu’on lit dans Hérodote.

Cicéron, en rapportant l’histoire fabuleusedu

' M \u>iro quiücin mure cuin piireniibas puberrs filii .

« rum soceris gencri non lovanlur. RelinencLi esl igilur w liujiis gcncrisverenimli.1. pro'seilim n.-rlurâ ip^ mngiÿtrà « el dure. » (Clc. lib. I. Je Ojftc. n. teo.)

"biiidare se, nrriise&secredebilur. n fX'Ai.. Max. lib. 2, e.ip. 1.)

■ Pial, de Rpp. lib, 2, pag. 3i)0.

fameux anneau de Gygés, ajoute que le sage', quand il en aurait un pareil, ne s’en servirait jamais pour commettre aucune mauvaise action, parce que la vertu ne connaît el ne cherche point les ténèbres.

G VGKs *. 38 ans. Le meurtre de Candaule excita une sédition parmi les Lydiens. Les deux |iartis’,au lieu d'en venir aux mains,convinrenl de s’en rapporter à la décision de l’oracle de Delphes, qui se déclara pour Gygés. Il fit au temple de Delphes de grands présents, qui sans doute avaient précédé en partie et préparé la réponse de l’oracle. Entre beaucoup d’autres, Hérodote parle de six coupes d’or qui pesaient trente talents*, ce qui montait à prés d’un million.

Quand il se vit paisible possesseur du trône, il porta ses armes contre Milet, Smyrne el Co- I lophon, villes puissantes des états voisins.

11 mourut, après avoir régné trenle-buil ans, et eut pour succes.seur son Tils

Ardys *. 49 ans. C’est sous son règne que les Cymmériens, chassés de leur pays par les Scythes nomades, passèrent en Asie, et prirent Sardes, excepté la citadelle.

Sadvatr^ 12 ans. Il déclara la guerre à ceux de Milet et assiégea leur ville. Les sièges, |>our lors, qui souvent n’étaient que des Uocus, traînaient fort en longueur, et duraient plusieurs années. Il mourut avant que d’avoir achevé celui-ci , el eut pour successeur son rds

Alvatte 57 ans. Ce fut lui qui 01 la guerre contre Cyaxare, roi des Mèdes. 11 chassa les Cimmériens de l’Asie. Il attaqua el prit les villes de Smyrne cl de Clazoménes.

11 poussa vivement la guerre contre les Milésiens *, que son père avait commencée , el continua le siège de la ville, qui avait déjà duré

* « Hune ipsum annuiuro si habeal sapiens, niliil6 plus U sibi licerc puiei peccare, quâm si non baberet. Ilonesta « cnim bonis viris, non occuita queruolur.a (Cic. lib. 111. de Offte. n. 38.)

* An. M.32R6;aT. 1. C. 880.

’ Ilerod. )ib. i, cap, 13, li.

* Trente tnlenls d'or, sans doute eubdiquea. val«it i :U« 000 francs. E. B.

s An. M. 3321 ; av. 1. G. 600. Uerod. cap. 15. c An. M.3373;aT. J.C.631.

^ An. M. 3385; av. J. C. 619. - llcrod. cap. 16-ffi.

* ilerod. lib 1. cap. 21, 22.

‘i\ uns sous son |ii ru. cl qui eu iluia encore .-lutant sous lui. Voici comme il fui terminé. Sur la réponse d'un oracle de Delphes, Alyalle avait envoyé dans la ville un ambassadeur pour proposer une trêve pendant quelques mois. Thrasybule, tyran de Milet, averti de son arrivée, fit porter dans la place publique le blé et les antres provisions que lui et ses sujets avaient rassemblés'pour fournir à leurs besoins, et ordonna aux particuliers de se livrer aux plaisirs de la bonne chère à la vue d'un signal qui leur serait donné. La chose fut ainsi exécutée. L'ambassadeur de Lydie fut extrêmement surpris à son arrivée de voir l'abondance qui récitait dans In place. Son maître, auquel il en rendit compte, persuadé que le projet de réduire Milet par la famine ne réussirait jamais,

I référa la paix à une guerre qui lui paraissait ruineuse, et leva le siège.

CuÊscs*. Son nom seul, qui a tourné en prorerbe, porte l'idée de grandes richesses. Les siennes, à en juger par les présents qu'il envoya an temple de Del|>hes, devaient être immenses. Ces présents subsistaient encore la plupart, du temps d'Hérodote, et montaient à plusieurs millions. i.es trésors de ce prince pouvaient être en partie le fruit de certaines mines situées, selon Strabon’, entre Pergamc et Atome, aussi bien que d'une petite rivière qui roulait un sable d'or : c'est le Pactole. Du temps de Strabon, elle n'avait plus cet avaulagc.

Ces richesses’, chose assex rare, n'amollirent point son courage. Il jugeait indigne d'un roi de passer ses jours dons une molle oisiveté. Toujours les armes h la main, il fit plusieurs conquêtes, et ajouta à ses états toutes les provinces voisines : la Phrygie , la Mysic, la Paphlagonie , la Bilhynie , la Pamphylie, et tout le pays des Carions, des Ioniens, des Doriens et des Éoliens. Hérodote remarque qu'il fut le premier qui subjugua les Grecs, qui jusque-lù n'avaient jamais été soumis à une domiiialion étrangère : il entend sans doute les Grecs qui étaient établis dans l'Asie-Mineure.

Hais, ce qui est encore plus étonnant, quoi-

• .tn. M. aH2: av. J. C. .Vii,

• 9irab. lib. t3 , p«R. eü: <1 H-'. 1». P»B- ®*>.

» ll«rod. lib. ( . rap- *>-“•

que riche et guerrier, les lettres et .es sciences faisaient son plus grand plaisir. Sacourétaitle séjour assci ordinaire de plusieurs de ces fameux savants si connus dans l'antiquité sous le nom des sept sages de la Grèce.

Solon', l'un des plus célèbres d'entre eni , après avoir établi de nouvelles lois à Athènes,

I rut devoir s'en absenter pendant quelques an- ■ lées, et profiter de ce temps pour faire différents voyages. Il vint à Sardes, et il y fut reçu comme le demandait la réputation d'un »i grand homme. Le prince, accompagné d'une liOmbreuse cour, parut dans tout l'éclat de la royauté, et avec les habits les plus magnihques, où l'or et les pierreries brillaient de toutes parts. Quelque nouveau que fût ce spectacle pour Solon, on ne s'aperçut point qu’il eu fût ému, et il ne dit pas la moindre parole qui sentit la surprise ou l’admiration ; mais il laissa assez entrevoir aux gens de bon sens qu’il regardait toute celle pompe comme la marque il'un petit esprit, qui connaît mai en quoi consiste le beau et le grand. Un premier abord si froid et si indlRérent ne prévint pas Crësus en faveur de son nouvel hôte.

Il commanda ensuite qu’on lui montré! tous scs trésors, et qu’on lui fit voir la somptuosité et la magniflcence de ses appartements etde ses meubles, comme pour vaincre par cette multitude de vases précieux , de pierreries , de statues, de peintures, rindilfércnce du philosophe : mais tout cela n'était point le roi, et c’était lui que Solon venait visiter, non les murs ni les chambres de son palais ; et il croyait devoir juger de lui et l'estimer, non par tout cet appaleil extérieur qui lui était étranger, mais par lui-méme et par scs qualités personnelles. Ce serait réduire bien des grands i une affreuse solitude que d’en user ainsi.

Quand il eut tout vu , on le ramena. Crésus alors lui demanda qui, dans les différents voyages qu'il avait faiLs, il avait trouvé qui fût véritablement heureux. « C’est, répondit Solon, un « bourgeois d’Athènes nommé Tellus , fort ! n homme de bien, qui, après avoir été toute sa i « vie à couvert de la nécessité, cl avoir vu sa 1 « patrie toujours tlorissanlc, a laissé après lui j >< des enfants généralement estimés de tout le

1 y Herod. lib. t , cap. 29-33. — Plut, in Sot. o». 933M.

« monde, a eu la joie de voir les enfanls de scs « enfants, et enün est mort glorieuscmenl en -« combattant pour sa patrie. »

Une telle réponse, on l’on complaiU'or et l’argent pour rien , parut ù Crésus d’une grossièreté et d’une stupidité sans pareille. Cependant, comme ilnc désespérait pas d’avoir au moins le -second rang dans la lélicité , il lui demanda qui, après Tellus, il avait vu de plus heureux. Solon répondit que c’était Cléobis et Biton, d’Argos, deux frères qui avaient été un modèle parfait de l’amitié fraternelle ‘ et du respect qui est dd aux parents. Un jour de f(Me solennelle, où la prêtresse leur mère devait aller au temple de Junon, ses bœufs tardant trop à venir, ils se mirent eux-mémes au joug, et traînèrent le char de leur mère jusqu’au temple, pendant plus de deux lieues. Toutes les mères, ravies en admiration, ccmgratulèrent celles-ci d’avoir mis au monde de tels enfanls. Pénétrée des plus vifs sentiments de joie et de reconnaissance, elle pria instamment la déesse de vouloir accorder é ses enfants, pour récompense, ce qu’il y avait de meilleur pour les hommes. Kilo fut exaucée. Après le sacrilice, ils s’endormirent dans le temple môme d’un doux sommeil, et Icrmincrenl leur vie par une mort ^ tranquille. Pour honorer leur piété, ceux d’Argos consacrèrent leurs statues dans le temple de Delphes.

U, Vous ne me mettez donc point du nom- « hre des gens heureux ? » dit Crésus , d’un ton qui marquait son mécontentement. Solon, qui ne voulait ni le flatter ni l’aigrir davantage „lui dit avec douceur : « Koi de Lydie , « Dieu nous a donné à nous autres Grecs , « outre plusieurs autres avantages, un esprit « de modération et de retenue qui a formé « parmi tious une sorte de philosophie simple « et populaire, accompagnée d’une noble har- M diesse, sans faste et sans ostentation , peu «< propre à la cour des rois , et qui , connais- « sanl que la vie des hommes est sujette à un « nombre infini de vicissitudes et de change- « ments, ne nous permet ni de nous glorifier U des biens dont nous jouissons nous-mêmes, « ni d’admirer dans les autres une félicité qui H peut n’ôtre que passagère cl n’avoir rien de

‘ ‘î*t).«5è)^ovç y.xi fùour.TOpCf.; v.'Apv.ç.

* I.a faliiiuc du \oyage pouvait l)ivn en êln.* la cause!

« réel.» A celle occasion, il lui représente que la vie de l'homme est ordinairement comj-o- .^ée de soixante-dix années, qui font en loul vingt-six mille deux cent cinquante jours, dont aucun ne ressemble à l’autre. « Ainsi l’avenir « est pour chaque homme un tissu d’accidents « loul divers, qui ne peuvent être prévus. Ce- « lui-là donc nous paraît seul heureux de qui « Dieu a continué la félicité jusqu’au dernier « moment de sa vie ; pour les autres, qui se « trouvent exposés ù mille dangers, leitr bon- « heur nous paraît aussi incertain qticlacou- « ronne pour celui qui combat encore, cl qui « n’a pas encore vaincu.» Solon se relira après ces paroles, qui ne tirent qu’aflliger Grèsus sans le corriger *.

Ésope , l’auteur des fables, était alors à la cour de ce prince , qui le traitait trés-favorahlemcnl. Il fui fdché du mauvais accueil que Solon avait re^u, et lui dit, par forme d’avis*: Solon^ il faut ou n approcher point du loul des rois , ou ne leur dire que des choses qui leur soient ayre'ahles. Dites plutôt^ répondit Solon, qu'il faut ou ne les point approcher, ou leur dire des choses qui leur soient utiles.

Dès le temps de IMularque, quelques savants croyaient que celle entrevue de Solon avec Grésus cadrait mal avec les dates de chronologie , mais comme ces dates sont fort inceriaines, ce judicieux auteur n’a pas cru que celle objection dût |)révaloir contre i’aulorilè de plusieurs écrivains dignes de foi qui ont rapporté celle histoire.

Ce que je viens de raconter de Grésus cd une peinture bien naturelle de ce qui sepass<‘ chez les rois et chez les grands , dont la plupart se laissent séduire par la flatterie, et nous montre que cet aveuglement vient , pour l’ordinaire, de deux causes ;-la première Csl l'inclination secréte qu’ont tous les hommes , cl surtout les grands, ù recevoir la louange s;ins précaution et à juger favorablement de tous

* Av7r»i'T«ç y.h, où vovTîOô'raf os tov Kfoiîov. ( Plut, in Sofone. ]

• Il {tfn), roîç jÇao-t;,£Û(Ti v/«7Tx f,

ôuù.îî'J. ‘ ÎVlà Ai’ (îi-îv), ài).

«•/«TTK À v.pujru. [ Plut. Hl). 1. ] l.e jeu de mois du texie grec. o>ç r,y.ic7v. ij mç ï.ntrjTy. et oiç uptcru, eslim;i!)le, piircc ([u'il est fondé d.-.ns k* sens même, ne peut point être rendu dans une auUc

CCTU qui les admirent, ou qui It'moignenI (lour leurs volontés une soumission et une complaisance sans bornes ; la seconde est la ressemblance de la flatlerie avec uneatTection sincère et avec un respect légitime , qui est quelque- Ibis si parfaitement imitée , que , sans une grande attention, les plussagcsy sont trompés.

Crésus, à en juger par ce que l’hisloire nous en apprend, était un fort bon prince, et estimable par beaucoup d'endroits. Ila>ait un grand fonds de douceur, d’affabilité, d'humanité. Son palais était la retraite des savants et des gens d'esprit ; ce qui marque qu'il n’en manquait pas Ini-méme , et qu’il avait du goOt pour les sciences. Son faible était de faire grand cas des richesses et de la magniOcence , de se croire heureux et grand é proportion de ce qu’il en possédait , de substituer l’éclat et la pompe de la royauté à ce qu’elle a de véritable et de solide grandeur, et de se nourrir des respects excessifs de ceux qui étaient comme en adoration devant lui.

Ces savants, ces beaux-esprils, et les autres courtisans qui environnaient ce prince, qui mangeaient à sa table, qui étaient de ses plaisirs, qui avaient part à sa confidence, qui profitaient de sa libéralité, et s’enrichissaient par ses largesses, n’avaient garde de heurter le gotU du prince, ni de songer é le détromper de ses erreurs et de ses fausses idées. Ils n’étaient occupés, au contraire, qu’à l’y entretenir et qu’à fy fortifier, en le louant sans cesse comme le prince le plus opulent de son siècle, et ne parlant jamais de l’abondance de ses richesses et de la magnificence de son palais qu'avec des termes et des sentiments d’admiration et d’extase, parce qu’ils savaient que c’était là un moyen sûr de lui plaire et d’avoir ses bonnes grâces ; car la flatterie n’est autre chose qu’un commerce de mensonge , fondé d'un côté sur l’intérét, et de l’autre sur la vanité. Le flatteur vent s’avai)cer, et faire fortune ; le prince veut être loué et admiré , parce qu’il est son premier flatteur, et qu’il porte dans son coeur un poison plus subtil et mieux préparé que celui qu’on lui présente.

Le petit mol d’Ésope, ancien esclave, qui c’en avait pas perdu tout l’esprit ni le caraclérc, mais qui y joignait l’odressc du plus fin et du plus bahile courtisan ; ce petit mol, dis-

je, par lequel il avertit Solon qu’i7 faut ou ne point approcher des rois, ou leur dire des choses agréables, nous apprend de quels hommes Crésus avait rempli sa cour, cl comment il était venu à bout d'en bannir la sincérité, la bonne foi, le devoir. Aussi ne put-il souffrir la noble et généreuse liberté du philosophe, dont il aurait da faire un cas infini, s’il avait connu de quel prix est un ami qui, ne tenant qu'à la personne et non à la fortune du prince , a le courage de lui dire des vérités désagréables et amères à l’amour-propre pour le pr^nl, mais qui peuvent lui être très-utiles et très-salutaires pour l’avenir. Die iltis , non quod volunt audire, sed quod audisse semper volent. C’est Sénèque qui parle ainsi , en montrant de quel secours peut élrc pour un prince un ami fidèle et sincère; et eu qu’il ajoute parait fait exprès pour Crésus ; Uoiinez-lui', dit-il, un conseil utile ; faites-lui entendre une fois en sa vie une parole de vérité , à ce prince doof les oreilles retentissent sans cesse de flatteries. Vous me demandez quel service vous pouvez lui rendre, arrivé comme il est à une sonveraine félicité ? C'est de lui apprendre à ne s’y pas fier; c’est de lui ôter cette vaine confiance qu’il a dans sa puissance et sa grandeur, comme si elle devait toujours durer, c’est de lui faire connaître que tont ce qui vient de la fortune et qui est de son ressort se ressent de son instabilité, et peut nous être enlevé promptement; et qu’entre la plus haute élévation et la chute la plus funeste , l’intervalle peut n’étre que d’un momeiiL

Crésus * ne fut pas longtemps sans éprouver la vérité de ce que lui avait dit Solon. U avait deux enfants, dont l’un devcim mimt, était pour lui un sujet continuel de douleur; l’autre, nommé Alys, se distinguait par toutes sortes de bonnes qualités entre ceux de son âge , et faisait toute sa consolation. Il crut voir en songe que ce fils bien-aimé devait périr par le fer; nouvelle source de chagrins et d’iuquié-

i a plenjs aures adulaüonibus aliquandô vera vox In- « tret : da ronsillum utUe. Qusrris, guiil felici prsxlare R posais ? EfBce , ne feÜcilaU sun credat. Parùm In ilium « roninierii , si llli semel stulum fidociam permansurc a semper potenüa» eioiMeris , docuerisque mobllia esac « qus Jcditcasus . ac tapé inter forlunam maiimam et « ultiniain nihil intéressé ?n (Sencc. de denef. lib. 0, cap. 33.)

* licrud. Ub. Ucâp.3i-t3.

Dig:-i/oa !îy

(udes. On écarte avec soin d’auprès de ce jeune prince loul ce qui a rapport au fer, perluisanrs, lances, javelots; il n’est plus mention ni de sièges, ni de guerre, ni d’armée. On fil un jour une célèbre partie pour prendre un sanglier qui ravageait tout le voisinage : tous les jeunes seigneurs de la cour devaient s’y trouver. Atys demanda avec empressement é son père qu’il lui fût permis d’y aller au moins comme spectateur ; il ne put lui refuser celle gréce , et il le confia à la garde d'un jeune prince fort sage qui s’était venu réfugier chez lui : il s’appelait Adrasle; et ce fut cet Adraste même, qui , croyant lancer son javelot contre le sanglier, tua Atys. On ne peut exprimer ni quelle fut la douleur du père quand il apprit cette funeste nouvelle, ni cdle d’Adraste, auteur innocent du meurtre, qu’il punit sur lui-méme en se perçant le sein de sa propre épée sur le bOcher de l’infortuné Atys.

Deux années se passèrent ainsi dans un grand deuil ', ce malheureux père n’ètant occupé que de la perte qu’il avait foite. Mais la réputation naissante et les grandes qualités de Cyrus, qui commençait à se faire connaître, le réveillèrent de son assoupissement. 11 crut devoir songer à mettre une barrière à la puissance des Perses, qui prenait tons les jours de nouveaux accroissements. Comme il était fort religieux ù sa mode , il ne songea point è former aucune entreprise sans avoir consulté les dieux ; mais pour ne point agir à l’aveugle, et pour être en état d’asseoir un jugement certain sur les réponses qu’il en recevrait, il voulut auparavant s’assurer de la vérité des oracles. Pour cela il envoya à tous ceux qui étaient les plus célèbres, soit dans la Grèce, soit dans l’Afrique, des députés qui avaient ordre de s’informer, chacun de leur côté, de ce que faisait Grés us dans un certain jour et à une certaine heure qu’on leur marqua ; sesordres furent ponctuellement exécutés. Il n’y eut que la réponse de l’oracle de Delphes qui se trouva véritable. Elle fut rendue en vers grecs hexamètres, et voici quel en était le sens : Je connais le nombre des grains de sable de la mer et la mesure de sa vaste étendue. J" entends le muet et celui qui ne sait point encore parler. 3fes sens sont frappés de

I llcrod. cap.

r odeur forte d'une tortue qui est cuite dttiu l'airain avec des chairs de brebis : airain des. sous, airain dessus. En eflet, le roi ayant voulu imagjner quelque chose qu’il ne fût pas possible de deviner, s’était occupé à cuire luimême, au jour et à l’heure marqués, une tortue avec un agneau dans une marmite d'airain, qui avait aussi un couvercle d’airain. Saint Augustin remarque en plusieurs endroits que Dieu , pour punir l’aveuglement des païens, permettait quelquefois que les démons leur rendissent des réponses qui se trouvaient conformes A la vérité.

Assuré ainsi de la véracité du dieu qu’il voulait consulter, il fit immoler en son honneur trois mille victimes, et fit fondre une infinité de vases, de trépieds, de tables d’or, qu’il convertit en lingots d’or, au nombre de cenldiisept, pour enrichir le trésor de Delphes. Chacun de ces lingots pesait au moins deux talents. Il y ajouta encore un grand nontbre d’autres pré^nts, parmi lesquels Hérodote compte un lion d’or du poids de dix talents, et deux vaisseaux d'une grandeur extraordinaire, l’un d'or, qui pesait huit talents et demi et douze mines; l’autre d'argent, qui tenait six cents mesures nommées amphores. Tons ces présents, et beaucoup d’autres que j’omets pour abréger, se voyaient encore du temps d’Hérodote.

Les députés avaient ordre de consulter le dieu sur deux articles ; premièrement si Crésus devait entreprendre la guerre contre les Perses ; puis s’il devait appeler à son secours des troupes auxiliaires. L’oracle répondit, sur le premier article, que, s’il portait les armes contre les Perses, il renverserait un grand empire ; sur le second, qu’il ferait bien de s'associer les plus puissants peuples de la Grèce. Il consulta de nouveau l’oracle pour savoir quelle serait la durée de son empire. La réponse fut qu’il subsisterait jusqu’à ce qu'on rit un mulet remplir le trône de Alëdic : il regarda celte réponse comme une assurance de l'éternité de son empire.

En conséquence de l'oracle, Crésus, fit alliance avec les Athéniens, qui avaient pour lors à leur télé Pisistrate, et avec les Lacédémoniens, qui étaient sans contredit les deux peuples de la Grèce les plus puissants.

Un Lydien , fort estimé pour sa prudence ,

«Hfl» ai»

ioaoi à CrèSQS un avis Irès-sensé « Grand < prince , lui diWl , à quoi songei-vous de « rouloir lourner vos armes contre des peu— f pies comme les Perses , qui , nés dans un « pays rude et âpre, sont endurcis dés l’et»- I bnce à tonte sorte de travaux et de fatigues; • qai, vétosgrossiérementetnourrisdeméme, f M contentent de pain et d'eau; qui ignorent f ahsolument ce que c’est que commodités et c délices de la vie; en un mot, qui n’ont < Uerod. lib. 1 , cap. 71

« rien à perdre si vous les vainquez « et tout à « gagner s’ils vous vainquent, et qu’il serait « bien difficile d'écarter de nos terres, s’ils en « avaient une fois godté les douceurs? Loin « donc de penser à porter la guerre contre « eux, je crois que nous devrions remercier « les dieux de n’avoir pas rais dans l’esprit des « Perses de venir attaquer les Lydiens. » Crésus avait pris son parti, et ne changea point.

On trouvera le reste de l’histoire de Crésus dans celle de Cyrus que je vais exposer.

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