CHAPITRE I
HISTOIRE DE CTRtIS.
L’histoire de ce prince est racontée diversement par Hérodote et par Xénophon. Je m’attache au dernier, comme inflnimenl plus digne de foi sur ce point que l’autre ; et je me contenterai, dans les faits oh ils diflérent , de rapporter sommairement ce qu’en dit Hérodote. On sait que Xénophon servit longtemps sous le jeune Cyrus, qui avait dans ses troupes un grand nombre de seigneurs persans avec lesquels sans doute cet écrivain, curieux comme fl était, s’entretenait souvent, pour s’instruire par leur moyen des moeurs et coutumes des Perses, de leurs conquêtes, et surtout de celles du prince qui avait fondé leur monarchie, et dont il se proposait d’écrire l’histoire. C’est ce qu'il nous apprend lui-méme dans le commencement de la Cyropédie. « Comme ce grand « personnage, dit-il, m’a toujours paru digne « d’admiration, j’ai pris plaisir à recherchei « sa naissance, quel a été son naturel, de « quelle façon il a été élevé, pour connal-
« tre par quels moyens il a pu devenir an si « grand prince, et je n’avance rien que je n’tie « appris. »
Au reste , ce que dit Cicéroa dans la pre- i miére lettre à son frère Quinlus , que Xéo phon ‘ avait compoii rhitUrire dt Cyrw , non suivant T exacte vérité , mais conum le modèle d’un bon gouvernement , ne doit ries i diminuer de l’autorité de ce judicieux èciivain , ni de la créance qui lui est due. Ce qu’oo i en peut conclure , c’est que le dessein de Xè- i nophon, aussi grand philosophe que grand ca- i pitaine , n’a pas été simplement d’écrire l’hisfoire de Cyrus, mais d’apprendre aux princes, i dans la personne de celui-ci , l’art de régner | et de se faire aimer de leurs sujets malgré le | faste et l’élévation de la puissance souveraine. | Il a pu, dans celle vue, prêter b sonbéroi , quelques pensées , quelques sentiments, quelques discours ; mais le fond des événemeals . et des faits qu’il rapporte doit passer pour vrai , et leur conformité avec l’Écriture sainle , en est une preuve évidente. On peut lire 1a dissertation de M. l’abbé Banier ’ sur ce sojet , dans les Mémoires de l’Académie des Belles- , Lettres.
Pour plus grande clarté , je divise rbisloire ' de Cyrus en trois parties. La première s’étendra depuis sa naissance jusqu’au siège de Babylone ; la seconde renfermera 1a description du siège et de la prise de celle ville, cl de tout ce qui regarde ce grand événement ; la troisième contiendra l’histoire de ce prince depuis la prise de Babylone jusqu’à sa mort
AancLB I. — HitTomt ui Cvacs, »cvm* ns iotiks
JOnD'AU ua«K DE BaBTLOSE.
Cet intervalle , outre l’éducation de Cyms et le voyage qu’il lit en Médie cher Asljagc , son grand-père, renferme les premières campagnes de ce prince et les importantes expéditions qui en furent la suite.
$ I. — Éducatioic de Gteos.
Cyrus * était fils de Cambyse, roi de Perse ,
■ • Cynu nie • Xenopboole , non ad hisloile IMca • scripliu , led ad effiaiem Jusli imperil. a
■ Tom. a, pag. MO.
' Xrnopb. Cyrop. Ub. i , pag. 3.
ans <#»«.
e( de Mandane , fille d'Aalyage , roi des Hèdes. Il naquit un an après Cyaitare son oncle , frère de Mandane.
Les Perses, divisés en douze tribus, étaient ilors renfermés dans une seule province de cette vaste région qui depuis a |iorlé leur nom, et ne faisaient tous ensemble que sii-vingt mille hommes. Dans la suite, cette nation ayant acquis l’empire de l’Orient parla sagesse et par la valeur de Cyrus, le nom de la Perse s’étendit avec leur fortune , et comprit ce vaste espace de pays qui s’étend du levant an couchant , depuis le fleuve Indus jusqu’au Tigre, et du septentrion au midi, depuis la mer Caspienne jusqu’b l’Océan. Ce nom a encore aujourd’hui la même étendue.
/ Cyms était bien fait de corps, et encore plus estimable par les qualités de l’esprit ; plein de douceur et d’humanité, de désir d’apprendre, (fardeurpour la gloire. Il ne fut jamais effrayé d’aucun péril, ni rebuté d’aucun travail, quand il s’agissait d’acquérir de l’honneur. Il fut élevé selon les lois des Perses, qui pour lors étaient eicellentes par rapport à l’éducation.
Le bien public , l’utilité commune ’ étaient le principe et le but de tontes leurs lois. L’éducation des enfants était regardée comme le devoir le plus important et la partie la plus essentielle du gouvernement. On ne s’en reposait pas sur l’attention des pères et des mères, qa’unc aveugle et molle tendresse rend souvent incapables de ce soin : l’état s’en ,chargeait. Ils étaient élevés en commun, d’une manière uniforme. Tout y était réglé : le lien et la durée des czercices, le temps des repas , la qualité du boire et du manger, le nombre des maîtres, les différentes sortes de châtiments. Tonte leur nourriture, aussi bien pour les enfants que pour les jeunes gens, était du pain , du cresson et de l’eau ; car on voulait de bonne heure les accoutumer à la tempérance et â la sobriété ; et d’ailleurs, cette sorte de nourriture simple et frugale, sans aucun mélange de sauces ni de ragoûts, leur fortifiait le corps, et leur préparait un fonds de santé capable de soutenir les plus dures fatigues de la guerre jusque dans l’âge le plus avancé.
• An. M. 3*05 : av. 1. C. 609.
■ Cirop lit»- * ' ^
lis allaient aux écoles pour y apprendre la justice, comme ailleurs on y va pour apprendre les lettres et les sciences ; et le crime qu’on y punissait le plus sévèrement était l’ingratitude.
La vue des Perses, dans tous ces sages établissements, était d’allerau-devant du mal , persuadés qu’il vaut bien mieux s’appliquer à prévenir les fautes qu’à les punir; et au lieu que, dans les autres états , on se contente d’établir des punitions contre les méchants, ils tâchaient de foire en sorte que parmi eux il n’y eût point de méchants.
On était dans lu classe des enfants jusqu’à seize ou dix-sept ans , et c’est là qu’ils apprenaient à tirer de l’arc et à lancer le javelot ; après cela, onentrait dans celle des jeunes gens. C’est alors qu’on les tenait de plus court , parce que cet âge a plus besoin que tout autre d’étre veillé exactement. Ils étaient dix années dans celle classe : pendant ce temps , ils passaient toutes les nuits dans les corps-de-garde , tant pour la sûreté de la ville que pour les accoutumer à la fatigue. Pendant le jour, ils venaient recevoir les ordres de leurs gouverneurs, accompagnaient le roi lorsqu’il allait ù à la chasse , on se perfectionnaient dans les exercices.
La troisième classe était composée des hommes faits ; et ils y demeuraient vingt-cinq ans. C’est de là qu’on tirait tous les officiers qui devaient commander dans les troupes, et remplir les différents postes de l’état, les charges, les dignités. On ne les forçait point à porter les armes hors du pays, quand ils avaient passé cinquante ans.
Enfin ils passaient dans la dernière classe, oo l’on choisissait les plus sages et les plus expérimentés pour former le conseil public, et les compagnies des juges.
Par là , tous les citoyens pouvaient aspirer aux premières charges de l’état; mais aucun n’y pouvait arriver qu’après avoir passé par ces différentes classes, cl s'en être rendu capable par tous ces exercices. Ces classes étaient ouvertes à tous, mais il n’y avait ordinairement que ceux qui étaient assez riches pour entretenir leurs enfants sans travailler, qui les y envoyassent.