III. — Arrâl prononcé contre Bobylone , prédiclion d
maux qui la doivenl accabtur , cl de sa niioe eRliërt-
« Aiguisez vos flèches’, remplissez vosoar- « quois (c’est le |vrophéte qui parle aux Mère des et aux Perses). Le Seigneur a suscité le « courage des rois de Médic ; il a formé sa ré- « solution conlre Babylone, afin de la perdre. « )>arcc que le temps de la vengeance du Seitr gneur est arrivé , le temps de la vengeam’c r< de son temple.
<i conte tuo ; Ego suni , et non est prtelcr me sinplitis : . non scdelio vidua.ct Ignorai» sterilitaleni. . (Is. H, 7-U.)
• (1 Iraliis sum super populum meum , et deili eosi" a manu tuâ (Babjlnn). Non posuisti cis mlsericordiaro : 0 super senenr agKraïa.sii juguni luum valtiè. Venielsupei O temalum. »(Is. 47, 6et7.)
• ifr ;.| . 11.
« Poussez des cris el des hurlements ' , parce n que le jour du Seigneur est proche... jour <1 cruel, plein d'indignation, de colère et de « fureur... Je vais visiter* dans ma colère le « roi (le Babylone cl son pays, comme j'ai vi- « sitè le roi *d'Assur...
« .Attaquez cette ville impie *; rendez-lui sea Ion ses œuvres. Traitez-la comme elle a « traité les autres. N'épargnez point ses jeu- « nés hommes*; exterminez toutes ses Irou- « pes... Quiconque sera trouvé dans ses mu- « railles'’, sera tué ; tous ceux qui se préseii- « leronl pour la défendre passeront au fil de CI l'épée. Les enfants seront écrasés contre la « terre à leurs yeux ; leurs maisons seront pil- « lécs, el leurs femmes seront violées. Je vais K susi iler contre eux les Modes, qui ne cher-
0 cheront point d'argent, et qui ne se mettront « iMjinl en peine de l'or : mais ils perceront « les petits enfants do leurs lléches , ils n’aua roiit point de compassion de ceux qui sont
1 encore dans les entrailles de leurs mères, cl « ils n’épargneront point ceux qui ne font que « de iiuttre... Maliicur à toi’, fille de Baby- « lone , heureux celui qni le rendra tous les K maux que lu nous as Ciils! heureux celui a qui prendra les petits enfants, et les bri- « sera contre la pierre !
a Babylone, .si magnifique et si superbe*,
« cette reine entre les royaumes du monde,
« qui avait porté dans un si grand éclat l'or- « gueil des Chaldéens, sera détruite comme « le Seigneur renversa Sodome el Gomorrhe.
« Elle ne sera plus habitée : on ne la rcbAlira « jamais. Les Arabes n’y dresseront pas même « leurs tentes , el les pasteurs n’y viendront « point pour y faire reposer leurs troupeaux.
« -Mais les bêtes sauvages s’y rçlireront : ses « maisons seront remplies d’oiseaux funestes « el nocturnes : les autruches y viendront ha- < liiler... Les hiboux hurleront à l'envi l’uti de * l’autre dans ses maisons superbes, et les dra-
■ l<ji.i:l,c-o.
> Jcr. 50, 18.
> Kn ruinant U ville de Mliive V Jcr. 50, tSel-ZS».
1 Jcr. 51 . 3.
‘ Irai 13, li-18.
> Pr. 13ü,»-0.
> tsai. 13. t'3-2-3.
U gons feront leurs demeures dans ses palais de « délices... Je la rendrai la demeure des hé- « ri.ssons '. Je couvrirai d’un marais le lieu « qu’elle occupe maintenant. Je rechercherai n avec soin jusqu’à scs moindres vestiges pour « les effacer. Le Seigneur des armées a fait ce « serment : Jtt jure que ce que j’ai résolu arri- « vera, et que ce que j’ai arrêté s’exécutera. »
IV. — Cyrus appels pourdSiruirc Itabylonc el imur <l(*livrcr Ic5 Juifs.
Cyrus, dont la Providence devait se servir comme d’un instrument pour accomplir scs desseins de bonté et de miséricorde sur son peuple, avait été nommé par son nom plus de deux cents ans avant sa naissance; el, afin qu’on ne fût point surpris de la rapidité étonnante de ses victoires. Dieu avait marqué en termes magnifiques qu’il serait lui-même son guide, qu’il le condiiirail par la main dans toutes scs cxpédil ons, el qu’il lui sonmeltrait tous les princes de la terre, roi'ci ce l'/iie dit le Seigneur à fgrus'', gui est mon christ, gue fai pris par la main pour lui assujettir les nations, pour mettre en fuite les rnis, pour ouvrir devant lui toutes les portes, sans gu' aucune lui soit fermée. Je marchercti devant vous ; f humilierai les grands de la terre ; je romprai les portes d'airain, et je briserai les gonds de fer. Je vous donnerai les trésors cachés et les richesses .secrètes et inconnues, afin gue vous sachiez gue je suis le .Seigneur, le Dieu d'Israël, qui vous ai appelé par votre nom, à cause de Jacob gui est mon serviteur, d'Israël qui est mon élu.
V. — Dieu donne le signât eux ciicfs el aux troupes pour marcher cunlrc Babjlonc.
Placez mon étendard', dit le Seigneur, sur une haute montagne, afin qu’il soit vu de fort loin, el que tous ceux qui doivent m’obéir connaissent mes onlres. Haussez la voi.v à l’égard de ceux qui peuvent vous entendre : faites signe de la main pour hâter la marche de ceux qui sont trop éloignés |)our discerner une
> Isai.lt, -2.1-21.
• Isai.iô.l-t » Isai. 13,2.
■f3jr§^ 21
nuire espèce de commandement. Que les oflîciers des troupes enlrent dans les pavillons des rois. Que chaque nation se range autour de son souverain, et s’empresse de venir lui offrir ses services dans son pavillon, qui est déjà tout dressé.
J’ai donne mes oi'dres à ce^ix que f ai consacre’s à l’exèculion de mes desseins ‘ ; et ces rois marchent déjà pour m’obéir, quoiqu’ils ne me connaissent point. C’est moi qui les ai placés sur le trône, et qui leur ai soumis divers peuples, pour accomplir par eux mes desseins. J'ai [ail venir mes (juerriers pour être les ministres de ma colère *. Ils tiennent de moi leur courage , leur capacité dans la guerre , leur patience, leur sagesse, le succès dans leurs entreprises. Ils sont invincibles, parce qu’ils me servent. Tout tremble devant eux , parce qu’ils sont les ministres de ma colère et de ma vengeance. Ils travaillent avec joie pour ma gloire L’honneur qu’ils ont do m'avoir pour chef, et d’élre mandés pour délivrer un peuple que j’aime, les remplit d'allégresse et d’ardeur, et ils triomphent déjà dans l’espérance certaine de la vicloirc.
Le prophète, témoin en esprit des ordres qui viennent d’èlre donnés , est étonné de la promptitude avec laquelle les princes et les peuples exécutent. Déjà les montagnes, s’écrie-l-il, retentissent des cris différents d’une multitude de peuples. J’entends la voix des rois confédérés et des nations qui s’assemblent. Le Seigneur des armées fait passer en revue toutes les troupes qu’il destine à la guerre *.
Elles viennent des terres les plus reculées, et de l’extrémité du monde ®, où la voix du Dieu souverain qui en est le maître a su se faire entendre.
Mais ce n’est plus la vue d’une armée formidable, ni des rois de la terre, qui me frappe. Je ne vois que Dieu seul; cl tout le reste ne paraît à sa suite que comme des ministres de sa justice. C’est le Seigneur lui-méme qtii
* Isni. 13, 3. Ego mandavi sanrlincalis mcis.
* « Vocavi rortes in irè mcA. Jleb. in iram meani. n
^ n Eiultantes in gloriâ meâ. »
* «Præcipit miliiiæ bcllh Ueb. numéral exercitum ,( pradii.»
B « Venientibus. Iléb. vcniunl. » v. 5.
marche avec tous les instruments de sa coJirc pour exterminer toute la terre *.
Dieu m’a révélé une épouvantable prophétie^. L’impie ® Baltasar, roi de Babglone, continue d’agir avec impiété, et celui qui dépeuplait continue de dépeupler tout. Pour arrêter ces excès, « prince des Perses, parlez; ascend*
« Ælam : et vous, prince des Médes, forraer « le siège de Babj lone ; obside. Mode. Je vais « foire cesser tous les gémissements dont elkl « était la cause. » Omnem gemitum ejus cea-' sare fcci. Celte ville criminelle est prise et pillée. Elle est sans pouvoir : mon peuple est délivré.
VI. — Circonstances du siège et de la prise de Babrlone marquées en détail.
Rien n’est plus propre, ce me semble, à nous inspirer un profond respect pour la religion, et à nous donner une grande idée de Dieu, que de voir avec quelle précision il révèle à ses prophètes, plusieurs années cl même plusieurs siècles avant l’événement, lesprinci(Kiles circonstances du siège et de la prise de Babylone.
1° On a déjà vu que l’armée qui prenrlra Babylone doit être composée de Médes cl de Perses, et qu’elle doit avoir à sa télé Cyrus,
2° Celle ville sera attaquée d’une manière tout extraordinaire , à laquelle elle ne s'élail point du tout attendue i Veniet super temalum, et nescies ortum ejus*. Elle sera tout d’un coup, et en un moment, accablée de maux qu’elle n’avait pu prévoir: Venict super te repentè miseria, quam 'ne,scies. En un mol, elle sera prise comme dans un tilel, sans s’élre aperçue qu’on lui tendait des pièges : lltequeavi te, et capta es, Babylon, et nesciebas\
3” Babylone comptait que l’Euphrate seul pouvait la rendre imprenable, et elle était toule fiére de se voir ain.si défendue par un fleuve si profond : Quæ habitas super aquas multos^;
* «Dominus, et vasa Turoris ejus , ul dl.^pcrdat omnem « tcrraiti. »
* Isai.21,2.
* Cot le sens du mol hébreu.
* Isai. 47 , 11.
5 Jer, .'iO , 21
« Jcr. .'•>1 . 13.
c’cst Dieu m'm;; i;ui i'a dtiiiiic t\a la saile; cl ce sera l'Kuphralequi sera la cause de sa ruine. Cyms, par un slralagémc qui ii'avail point eu d'eceniple jusque-là, et qui n’en a point eu depuis, détournera le cours de ce Heiivc, mettra son lit à SCC, et par là s’ouvrira un passage dans la ville : Deaertum faciam mare ejtis, el iiccabo venam ejus.... Sicdlas super aquas ejus erit, el aresceiil Cyrus s'emparera des quais du fleuve, et les eaux qui rendaient Babylone inaccessible seront sécliées comme si le feu y avait passé ; Vada prœoccupala suiit, et paJudes incensœ suut igni
i* f;ile sera prise du nuit, un jour de fête et de réjouissance , pendant que tout le monde sera à table, et que ses liabilants ne songeront qu'à boire et à manger ; In cahre eorum panam palus eorum, el iiiebriabo eas, ut sopiantur, et dormianl sammtm sempitermim Il est remarquable que c’est Dieu qui fait tout ici, qui tend un piège à Babylonc, illaqueavi te; qui sèche les eaux du fleuve, siccafto venam ejus; qui enivre cl assoupit ses princes , inebriabo principes ejus.
5“ Le roi entrera tout d’un coup dans un trouble et une agitation incroyables. Mes entrailles saut pe'nétrées de douleur* ; je suis déchiré nu dedans de moi comme une femme qui est ru travail. Ce que j’entends me cause des convulsions ; ce que je rnis me jette dans le trouble. .lion citur souffre de violentes agitations. Je suis sai.si de terreur et d'effroi. Dieu a changé le commencement d’une nuit gui e'iail l'objet de mes désirs, en ww sujet de terreur*. C’est l’état de Baltasar, lorsqu’au milieu du repas il vît sortir de la muraille une main qui écrivait des caractères qu'aucun de scs devins ne put ni expli(iuerni lire ; et surtout lorsque Daniel lui déclara que ces caractères contenaient l’arrêt de sa mort. Alors, dit l’Écriture'', le visage du roi se changea , les pensées qui ugilairnt son esprit le troublèrent , ses reins se relâchèrent , el, dans son tremblement, .ses genoux se choquaient l'un l’autre. L’étonne-
I Jcr. SI . 06 . 50 . 38.
» 31 , 39 et m.
• Isai. 21 . 0-».
• On .1 irailuil selon l li '5reu,
• l>an. 5, 6.
ment, la t'r.iyeur, la d.faillance, le tremblement de Baltasar, sont exprimés par le prophète qui en a été le témoin , comme par le prophète qui les avait prédits deux cents ans auparavant.
Mais il fallait qu’Lsale frtl éclairé d’une lumière bien divine pour ajouter, immédiatement après la description du trouble de Baltnsar , les paroles qui suivent : Couvrez la lable.-.considêrez avec attention du haut d'une guérite; mangez , buvez *. C'est que Baltasar, d’abord effrayé et perdant courage , sera consolé , et ensuite rassuré par scs courtisans , et plus encore par la reine sa mère, qui lui avait dit dés le commencement qu’il ne devait pas se livrer à scs craintes et à ses alarmes : Non te conlurbent cogitaliones tuæ , neqtie fades tua immutetur*. ün l'exhortera donc à se contenter de donner de bons ordres, pour être averti de tout par les sentinelles ; à faire servir de nouveau , comme si rien n’était arrivé, et à rappeler la joie et la tranquillité que des craintes excessives lui avaient Otées : Pone mensam ; conlemplare in .spécula ; comede , kibe. Ileb.
6" Mais pendant que les hommes donnent ces ordres , Dieu donne aussi les siens de son côté ; Levez-vous, princes, et polissez vos boucliers C’est Dieu lui-méme qui commande aux princes de s’avancer, de prendre les armes , el d’entrer sans crainte dans une ville noyée dans le vin , ou plongée dans le sommeil.
7“ Isaïe qpus apprend deux circonstances importantes de la prise de Babylone. La première est que les troupes dont elle est remplie ne feront ferme nulle part , ni au palais , ni dans la citadelle , ni dans aucune place publique; qu'elles se débanderont , sans penser à autre chose qu’à la fuite ; et qu’elles se diviseront en fuyant par diverses routes, comme un troupeau de daims ou de brebis se dissipe dés qu'il est effrayé : Et erit quasi damula fugiens, et quasi ovis ; et non erit qui congreget *. Iæ seconde circonstance est que la plu|iart de ces troupes étaient à la solde des Babyloniens ,
• l5at.2l ,5.
« Dan, 5.10
* i«i. rj, U.
mais ii’flaicnl (msdc Babylonc; cl qu'elles reloiirneronl dans les provinces d'où elles avaient été tirées , sans être poursuivies par les vainqueurs , parce que c'était principalement sur les citoyens de Babylonc qnc la vengeance divine devait tomber : Lnusquisque ad populum siium converletur, et singuli ad terram suant fiigient.
8" Enfln^ sans parler du carnage horrible qui doit se faire des habitants de Babylone, où l’on n’épargnera ni les vieillards, ni les femmes, ni les enfants, pas même ceux qui seront encore enfermés dans le sein de leurs mères , ce qui a déjà été marqué ci-devant , une dernière circonstance est ta mort du roi même , qui sera privé de sépulture, et l’extinction entière de la famille royale, annoncées dans l'Ecriture d’une manière bien effrayante, mais en même temps bien instructive pour les princes.
Pour loi, tu seras jet^ loin de Ion sépulcre, comme un tronc abominable 7’u ne seras point mis dans le tombeau de les ancêtres , parce que tu as ruiné ton royaume, lu as fait périr ton peuple. Il est juste qu’on oublie un roi qui ne s’est jamais souvenu qu’il était le protecteur et le père de son peuple. On doit rcfu.scr jusqu’au tombeau à celui qui n’a vécu que pour ruiner son propre pays. Il doit être séparé de tous les hommes , puisqu’il eu a été l'ennemi. Il était semblable aux bêles farouches, et il en aura la sépulture : et puisqu’il n’avait aucun sentiment humain, il est indigne qu’on en ait aucun à son égard. C’est l’arrél que Dieu lui-méme prononce coiürc Baltasar; et il étend celte malédiction jusque sur scs enfants, qu’on regardait comme associés au Irôce, et comme la source d'une longue postérité de rois , et que les flatteurs n’entrclenaicnt que de leur future grandeur. Préparez ses enfants à être égorgés comme des victimes, à cause de l'iniquité de leurs pères... Ils m seront point les héritiers du royaume de leur père. Jem’é- Iccerai contre eux; je perdrai le nom de Babylone ; j'exterminerai les restes de celle famille , le fils et le petit-fils, dit le Seigneur *.
• iMi.It.lO-jO.
■ Isa?. 14,21-:*:*.
9 II. — Desciuptio:*( i>f i.a pmsKnEDABTi.o?iK.
Après avoir vu la prédiction de tout ce qui doit arriver à l’impie Babylonc , il est leni|)î maintenant d’en voir l’exécution , et de reprendre le récit de la prise de celle ville.
Quand Cyrus vil que le fossé auquel on travaillait depuis longtemps était achevé , il songea sérieusement à exécuter son grand dessein, dont il n’avait encore fait part à personne, b Providence lui en fournit une occasion telle qu’il la pouvait souhaiter. Il apprit qu’on devait célébrer à Babylone une grande fêle , et que les Babyloniens avaient accoulunié, dans cette solennité , de passer la nuit culiéreelà boire et à faire la débauche.
Baltasar prit part, plus qu’aucun autre, 5 celle réjouissance publique ', et lit un festin magnifique aux premiers ofliciers de son royaume et aux dames de la «lur. Dans b chaleur du vin, il fil apporter les vases d’or et d’argent qui nvaieiil été enlevés du temple de Jérusalem; et, comme pour insulter an Dieu d’Israél , il y but lui et toute sa cour, et il y fil boire toutes ses concubines. Dieu, irrité d’une telle impiété et d’une telle insolence, lui fil sentir dans le moment même à qui il s’élail attaqué, et fit paraître tout à coup sur la muraille une main qui écrivait certains cararlércs Le roi , élrangcmeul surpris et elTrayé de celle vision , manda sur-le-champ tous scs sages , tous scs devins, tous ses astrologues, pour lire celle écriture et en expliquer le sens; mais ce fut inutilement. Aucun d’eux ne put ni expliquer ni lire * ces caractères. C’est peut-être par rapport à cet événement qu’ls,are‘, apn's avoir prédit à Babylone qu’elle se trouvera tout d’un coup accablée de maux auxquels elle ne s’attendait point , ajoute : Appelez à votre secours vos enchanteurs... Que vos astrologues, qui contemplent le ciel, qui étudient le cours cl la disposition des astres, .se présentent maintenant et vous .sancent. La reine-mérc (c’élail Nilocris , princesse d’un grand mérite), étant venue, au bruit de ce prodige, dans la salle du
' Dan, 5. MU.
> L,i raison pourquoi ils ne puronl lire rcUc scnlf t:rr . c’csl qu'elle clail êcrile en leiircs liôbraOiucs , qui sool ai*pt'lêes aujouril'hui les cararteres s.amari(ains , que tes Bab) Ioniens ne connaissaient [loiul.
V Isai. n. là-ia.
fpsliii, lâcha de rassurer l’espril du roi son fds, cl lui parla de Daniel, dont elle connaissail l’Iiabilelé dans ces sortes de matières, et qu'elle avait toujours employé dans le gouvernement de l'Ctal.
Il fut donc mandé sur-le-champ, et parla au roi avec une liberté vérilahlement prophétique. Il le fit souvenir de la manière terrible dont Dieu avait puni l'orgueil de son grand- (ére Nabuchodonosor et l'abus criant qu'il faisait de sa puissance , ne reconnaissant d'autre loi que sa volonté , et se croyant le maître d'i'lsver l'un , d'abaisser l'autre, de ruiner celui-ci, de faire mourir celui-là, uniquement parce que tel était son bon pdaisir. « Loin de pro- € filer de son exemple, dit-il au roi, vous qui 1 êtes son fils, vous avez affecté d'enchérir sur n son orgueil et sur son impiété. Vous vous êtes « i levéconirc le dominateur du ciel; vous avez I fait apporter devant vous les vases de sa mai- 1 son sainte, et vous avez bu dedans, vous, vos « feoiroes et vos concubines , avec les grands < de votre cour. Vous avez rendu un hom-
• range public de louange et d'honneur à vos « dieux d’or et d’argent , de bois et de pierre , « qui ne voient point, qui n'entendent point,
• qui ne sentent point, et vous n'avez point
• rendu gloire au Dieu qui lient votre souflle > dans sa main, cl qui est le maître de toutes « vos actions et de tous les moments de votre ■ vie. C'est pour cela que Dieu a envoyé les
• doigts de cette main qui a écrit ce qui est n marqué sur la muraille. Ur, voici ce qui est « écrit : ’ uane' , thkcel, puares, et en voici « rinicrprèlalion ; maxe'. Dieu a compté les " jours de votre règne, et il en a marqué la
• lin ; THKCEL, vous avez été jvesé dans la ba-
• lance, et on vous a trouvé trop léger ; pha- « BKs, votre royaume a été divisé , et il a été
• donné aux Mèdes et aux Perses. » Celle in- Icrprélation devait encore augmenter le trouille, mais on sc rassura, apparemment sur ce i|uc le malheur n’était pas annoncé comme prérfnl , et que l’avenir pourrait fournir des expédients pour le détourner. Ce qui est certain, c’est que, la crainte de troubler une Joie
' « Quofi volcbal . inlcriicicbat ; et quos volcbal . pcrcu- « tifbat : et qiios volchal . cxallabat ; et quos >oleba( , hu-
• miüabat. n (ÜA?f. b. 19.)
* Ces (lois mots signiûcnl nombre . i>oùis, Jinsion.
universelle et présenic ayant fait renvoyer la discussion dos affaires sérieuses à un autre temps , on sc remit à tablé , et l’on poussa la ilébauchc fort avant dans la nuit.
Cependant Cyms , bien informé de la con- . fusion ' que celle fêle avait coutume de répandre dans le palais et dans la ville, avait poslè une partie de scs troupes à l’endroit où le fleuve entrait dans la ville, et l'autre parlic à celui où il en sortait, et leur avait commandé d’en- Irer celte nuit dans la ville par le lit du ileiive dès le moment qu’ils le trouveraient guèable. Après avoir donné tous les ordres nèi essaires, et exhorté les oITiciers à le suivre, en leur représentant qu’il marchait sous la conduite des dieux, il fit ouvrir sur le soir la tranchée des| deux côtés de la rivière, au-dessous et aedessus de la ville, afin d’y faire écouler lés eaux : par ce moyen le lit de l’Euphrate se trouva bientôt à sec. Alors les deux corps de troupes , selon leurs ordres, s’y jetèrent, conduits, l'un parCobryas, et l’autre par Gadalas, et s’avancèrent sans trouver d’obslacle. I.(v guide invisible, qui avait promis à Cyrus de lui ouvrir toutes les portes, s’èlail servi de la négligence et du désordre qui régnaieul partout pendant cette nuit de dissolution, pour laisser ouvertes les portes d’airain qui fermaient les descentes du quai vers le fleuv c, qui seules auraient pu faire échouer son entreprise. Ainsi ces deux corps de troupes pénélrérenl jusque dans le cœur de la ville sans trouver de résistance, et s'ëlanl rencontrés au palais royal comme ils en- étaient convenus, surprirent la garde et la mirent en pièces. Us se jetèrent aussitôt dans le palais, dont quelques-uns de ceux qui étaient au dedans avaient ouvert les portes pour sav oir d’où venait le bruit qu’on entendait. Ils s’en rendirent les mailres; et ayant rencontré le roi, qui venait à eux, l'épée à la main, à la télé de ceux qui s’étaient trouvés à portée de le secourir, ils le tuèrent, et firent main -basse sur lousceux qui l’accompagnaieut. Le premier soin dos vainqueurs fut de remercier les dieux d'avoir enfin puni et, roi impie. Celte remarque de Xénophon mérite d’être pesée, et elle s’accorde merveilleiisemenl avec tout ce que l’Ecriture nous dit de l’impie Baltasar.
• Cy rop. llb. 7 , pa7. 1' 0 JIÜ
A la priso de Babjlone* fiiiil l'empire babjlonicr., après avoir duré 210 ans depuis le eoinni ’iieemcnl du régne de Bi'lésis. Par là fui aiu anlie la puissance de celle ville superbe, cimiuanle ans |!récisémenl après qu elle eul délruil Jérusalem cl son temple. Par là furenl accomplies les prédiclions qii'Isale, Jérémie cl Daniel avaienl prononcées conlre elle, comme on l'a vu par loul ce qui a élé rapporlé jus- ([u'ici. Il en reste une, la plus importanle de loulcs, la plus incroyable, et celle néanmoins qui est marquée dans l'Écriliire de la manière a plus précise et la plus forte ; prédiction ac- X)inplie à la lellre dans Ions ses poitils, el donl a preuve est acluellemenl subsistante, la plus Facile à vérifier, cl la plus incontestable. C’est la prédiction de la ruine totale et entière de Babylone, en sorte qu’il n’i*n doit pas rester le moindres vestige. Je crois devoir exposer l’accomptisscmcnl de celle fameuse prophélie, avant que de passer à ce qui suivit la prise de Babylone.
g III. >> .-\CC0MPI.1SSEUE7IT DE LA PROPIlflTlB Qt'l FUÉDls.VIT LA RU15B TOTALE DE Ba1iVLO?IE.
Celle prèiliclion se trouve dans plusieurs propbèlcs, mais surtout dans Isaïe, chap. l.’l, depuis le verset 19 jusqu’au 22, el chap. H, versets 23 et 2V. Je l’ai rapportée dans son entier ci-devanl, pag. 2V8. 11 y est marqué que Babylone sera entièrement déiruile, comme le furent autrefois les villes criminelles de Sodome et de Comorrlic : qu’eUiî ne sera jilus babitée ; qu’on ne la rebâtira jamais : que les Arabes n’y dresseront pas même leurs tentes, el que Uss i>asteurs n’y viendront point pour y faire reposer leurs lroupeau.\ : qu’elle devien- <!ra la retraite des bétes sauvages el des oiseaux nocturnes: qu’un marais couvrira le lieu qu’elle avait occupé, en sorte qu il ne restera pas mémo de vestiges de l’endroit où elle aura élé. C’est Dieu même qui avait prononcé cet arrêt , et il est utile à la religion de vérifier avec quelle evactilude elia(iue article en a élé successivemeid aicompli.
I. Babylone perdit d’abord la qualité de ville rnyalp. I.es rois de Perse lui préférèrent un autre séjour. Susc, Kcbalane, Persépolis, tonte
antre demeure leur plut davantage; cleumémes ruinèrent uiie partie de la ville.
fl. Slralvon ‘ et Pline* nous apprennent que les Macédoniens, qui succédèrent aux Persc-s*, non-s<'ulement la négligèrent cl ne furenl (H'cupés ni du soin de l’embellir ni de celui ilc la réparer, mais qu’ils affectèrent même de bâtir dans son voisinage Séleucic, pour la faire abandonner, el pour lui ôter ce qui lui restait d’babitanis. Il n’y a rien de plus propre à expliquer ce que le prophète avait prédit ; .Von hahilahilur. Ses propres maîtres s’appliquent à la rendre déserte.
III. Les nouveaux rois de Perse qui devinrent maîtres de Babylone aciievéreni de U ruiner en bâtissant * Clésiphon , qui lui enleva ce qui lui restait d’habitants; el il semblait que, depuis qu’elle avait été frappr d’anathème, ceux qui devaient être ses protecteurs devenaient scs ennemis, el que tous croyaient être chargés du soin de la réduire ta solitude, mais par des voies indirectes, el sms employer la violence, afin qu’il fût plus manifeste que c’était la main de Dieu plutôt qwcelle des hommes qui s’ap|iliquail à l’anéantir.
IV. Elle fut si universellement abandoim v. qu’il ne resta plus que l’enceinle de ses imirailles , et elle était réduite à cet étal au temps que Pausauias ‘ écrivait ses remarques sur la Grèce Ilia aulem Babylon, omnium q'u»
unquam sol aspexil urbium inaxima, ja»
prœler muros uihil babel reliqui. Pausan. in Arcad. pag. 509.
V. Les rois de Perse, la voyant déserte, en firent un parc, où ils enfermèrent des bêlesauvages pour la chasse. Elle devint aiii.d. comme le prophète l’avait pré:Uil. la demeure des aidmaux cruels cl ennemis 'de l’homme, ou fugitifs el timides. Scs citoyens furenl cou-
* « Partem urbls Persaî diruerunl. parlom tempu^foo* If sumpsil, el Maredonum np(tlig4'nlia ; m.-ninic poflfiu^ir « Sel'urus Nii’ator S<‘lcuriim art Tigrim condidil. MaiÜ» « lanlùm Irecenlls à Habjlune dissilam. n (Sriui- Ub.l6 pag. 738.1
* » In kjliliidinent rediil cxbaustn Nic'nilalc SHeu(.T> « ob id l’üiidilJD a Niralore inlra noiiage&imum (ouqi:*- « dragesiiniitn) lapidem. h (Plin. lib. G . cap. 26.)
» An. M. 3880.
* « Pro nid .Spknici.im cl Cie.siphontcTn «rbes Pprsanm • iiirtjlas fiTprunl. » {S, lliKnoîf. iii cap. t3 hai.)
B Ili'crivaU sous AiUoilii* succes;ivii d'Adrirn.
c Au. J.C. Cfl.
<»«l> isaa
vertis en des sangliers, des léopards, des ours, des ânes sauvages, des cerfs. Babylone fui la reiraile des béU’s funestes, sauvages, ennemies «le la lumière. Hequiesrent ibi be.iliœ et replebuiilur doiiius illorum draconibu», etc.
S.iitil Jc’riVme ’ nous a conservé celle précieuse rimiarque; el il la Icnail d'un religieux i'ersan, qui avail vu ce qu’il lui avail rapporté. Didicimus à qtiodam fratre elamilà, (/ui, de Ulis Ijiülms rf/rediens, riunc Jerosolymis vitam exiijil iiioiiaiiiorum, renationes reyias esse m liabijlone, et omnis ejeneris bestias tnurornm ejtis ambitu lanliim conlineri'.
VI. .Mais c'était encore trop que les murs de Bîibjione subsistassent. Us lombérenl en plusieurs endroits, et ne furent pas réparés. Le reste suivit par divers accidents. Les bêles qui servaient aux plaisirs des rois de Perse -orlirent. I.es serpents cl les scorpions demeulèrcnl, el elle devint un lieu redoutable pour ceux qui auraient eu quelque curiosité pour visiter ses antiquités. L'Euphmle, qui la traversait, n'ayant plus un canal libre, prit avec le temps son cours ailleurs •; el il ne restait, su temps de Tbéodoret, qu'un lilcl d’eau qui roulait à travers les masures, et qui, n'ayant plus de pente ni d’écoulement libre, dégénérait nécessjiireinent en un marais.
Vil. Par tous ces changements, Babylone devint entièrement déserte *, el tou, s ses environs devinrent aussi aO'reux el aussi abandonnés que le lieu qu elle avait occupé ; et les gièogra plies les plus habiles ne savent aujourd'hui où le déterminer. Ainsi fut accompli à la lettre ce que Dieu avait prédit : Je perdrai le nom de Babylone..,. je couvrirai d'un marais le lieu qu'elle occupe maintenant. Je rechercherai avec soin jusqu'à ses moindres vestiges pour tes effacer Je ferai moi-môme la n*clierche, dit le Seigneur, avec un œil jaloux, pour découvrir s’il ne restera rien d'une
< l,»i. 13, v.21-iB
• An. J. C. 4U0.
» In Isji. 13. v.21-22.
• Cl Eui«hrat«si «(unnilaiii urbem ipvim meHiam divide- 4 Un, uuiic nulcin nuviuvronvcrsus est in iiliam vialo , cl a per rudern ^)illimu.^aquarulu mcalu« lliiil » (Tunonoa. in cjp. .«O. Jerem. v. 38 cl 30.)
• «Auni' omiiiniV destrucln; iu ut vix ejus supersint a rudera. • (BaonRAN.)
6 liai. 1 1 . 22-23
ville ennemie de mon nom et de Jérusalem. Je balaierai avec soin la [dace où elle aura été, cl je la rendrai si nette, en effaçant jusqu'aux moindres vestiges d’une ville, que personne ne pourra conserver la mémoire du lieu cimisi par Nemrod, et aboli par moi, qui suis le Seigneur. Seopabo eum in scopd lercns, dicit Dominus ejccrcituum.
■ VIII. Dieu ne s’était pas contenté de faire prédire tous ces changements; il avail voulu terminer et sceller celle prédiction par un serment pour en marquer davaidage la certitude. Le seigneur des armées a fait ce serment : Je jure que ce que j'ai résolu arrivera, el que ce que j'ai arrête s'exécutera'. Mais, pour donner à ce formidable serment toute son étendue, ; il ne faut pas le borner ni ù Babylone, ni au‘ peuple qui l'a habilée, ni aux princes qui y ont régné.
C’est la malédiction du monde entier que nous lisons ici; c'est l'analbéme général di'S impies; c’est l’arrêt foudroyant qui séparera pour toujours les deux cités de Babylone el do Jérusalem, el qui mettra un éternel divorce entre les saints et les réprouvés. Les Écritures qui l’ont prédit subsisteront ju.s«iu’au jour où il sera exécuté. La sentence eu est écrite ici, el mise comme en dépôt dans les archives publiques de la religion. Juravit Dominus exercituum, dicens : Si non, utputavi, ita erit; el quotnodo mente tractavi, sic eveniet.
Ce que j’ai dit sur la prophétie qui regarde Babylone est presque entièrement tiré d’un excellent ouvrage encore manuscrit sur Isaïe.
g IV. — Suites de là prise de Babtlore.
Cyrus, étant entré dans la ville de la manière que nous l’avons marqué’, Dt faire mainbasse sur tous ceux qui se rencontrèrent dans les rues ; puis il ordonna aux bourgeois de lui ap|)orler toutes leurs armes, et de se tenir ensuite renfermés dans leurs maisons. Le lende main ù la pointe du jour, quand la garnison qui était dans la citadelle eut appris que la ville était prise et le roi tué, elle se rendit à Cyrus. Ainsi, presque sans coup férir et sans trouver
< lui. 11,21.
I • Cv 1 op. lib. 7 , pog. 19-2 , Itn , 200.
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aucune rfsistance, il sc vil maître paisible la plus forte place qui fût nu monde.
Cyrus commeiu’a par remercier les dieux (le riieureuv suci ès qu’ils venaient de lui accorder. Il assembla les principaux ofliciers, dont il loua publiquement le courage, la sagesse, le zèle cl l’attacliemenl pour sa personne, et distribua des récompenses d toute l’année. Il leur remontra ensuite que l’unique moyen de conserver ce qu’ils avaient acquis était de persévérer dans leur ancienne vertu : que le fl uil de la victoire n’élail pas de s’abandonner aux délices et à l’oisiveté : qu’aprés avoir vaincu les ennemis par 1a force des armes, il .serait honteux de se laisser vaincre par les attraits de la volupté ; qu’enlin, pour conserver leur ancienne gloire, il fallait maintenir à Babylone, parmi les Perses, la même di.scipliiic qui était observée dans leurs pays, et pour cela donner leurs principaux soins à la bonne éducation des enfanis. « Par là, dil- « il, nous deviendrons nous-mêmes plus ver- « liieux de jour en jour, en nous efforçant de « leur donner de bons exemples; et il sera O bien diflicile qu’ils sc corrompent, lorsque « parmi nous ils ne verront cl n’entendront « rien qui ne les porte h la vertu , et qu’ils « seront continuellement dans une pratique « d’exercices louables et honnêtes. »
Cyrus conlia à différentes personnes', selon les qualités qu’il leur connaissait, différentes parties et différents soins du gmivernement ; mais il se réserva à lui seul celui de former des généraux, des gouvernimrs de provinces, des ministres , des ambassadeurs , persuadé que c’était là proprement le devoir et l’occupation d’un roi, et que de là dépendaient sa gloire, le succès des affaires, le repos et le bonheur de l’empire. Son grand talent était d’étudier le caractère des hommes, alin de marquer à chaque personne sa place; de donner de l’autorité à proportion du mérite; de faire concourir le bien particulier au bien public, et de conduire tout l’état par un mouvement si réglé , que tout se liât et s’enlrc-tint et que la force des uns ne fût employée ([ue pour l’utilité des autres. Chacim avait son district et son objet particulier, dont il rendait compte à
■ Cyrrj . iib. 7, pag, i'C.
celui qui était au-dessus de lui, cl celui-là à un troisième, et ainsi de tous les autres, jusqu’à ce que, par ces différents degrés et par cette subordination réglée, la connaissante des affaires parvint jusqu’au roi, qui ne demeurait point oisif au milieu de tout ce mouvement, mais était comme l’àme du corps de l’état, qu’il gouvernait par ce moyen avec autant de facilité qu’un père gouverne sa famille.
Lorsque dans la suite il envoya des gouverneurs, qu’on appelait satrapes’, dans lespru vinces qu’il avait subjuguées, il ne voulut pas que les gouverneurs particuliers des places, ni les officiers des troupes entretenues pour la sûreté du pays, dépendissent d’eux , ni obéissent à d’autres qu’à lui, afin que si un satrape, en lié de sa grandeur et de ses richesses, venait à abuser de son autorité , il trouvât dans son propre gouvernement des témoins et des censeurs de sa mauvaise conduite : car il n’ évitait rien tant en tout genre que de conüer un pouvoir absolu à un seul homme , sachant qu’un prince se repentira bienlûl d’avoir élevé cet homme unique , s’il consent qu’il abaisse tous I les autres.
Il établit un ordre merveilleux pour la guerre , pour les finances, pour la police. Il avait dans toutes les provinces des petsonuos d’une probité reconnue , qui lui rendaient compte de tout ce qui s’y passait. Il était atlenlit à honorer et à récompenser tous ceux qui sc dislinguaicid par leur mérite , et qui excellaient en quelque genre que ce fût. Il préférait infiniment la clémence au courage guerrier , parce que celui-ci entraîne souvent la ruine et la désolation des peuples , au lieu que l’autre est toujours bienfaisante et salutaire. Il savait que les lois peuvent beaucoup contribuer au réglement des mœurs ; mais, selon lui , le prince devait être par son exemple une loi vivante; et il ne croyait pas qu’il fût digne de commander aux autres, s’il n’avait plus de lumières et plus de vertu que ses sujets *. Il était persuadé aussi que le moyen le plus sûr de s’attirer le respect des grands de sa cour et de tous ceux qui rapprochaient , était «le leur en porter assez de son cûlé pour ne vouloir ja-
' Cyrop. Itb. 8 . p.ig. ito • L:b. 8, itis. 2ua.
liiJO «ftÿo»
de
mats en leur présence rien faire ni rien dire qui fût ronlraire aux règles de l’honnèlelè et de la pudeur.
La libéralité lui paraissait une tertu véritablement royale, et il ne trouvait rien de grand ni d’cslimable dans les richesses que le plaisir de les distribuer aux autres. « J'ai de granit des richesses, disait-il à scs courtisans , je a l'avoue, et je suis bien aise qu'on le sache ; < mais vous devez compter qu'elles ne sont pas « moins à vous qu'à moi. En effet, dans quelle « vue les amasserais-je? Serait-ce pour mon a propre usage , et pour les consumer moia même? cela me serait impossible, quand je B le voudrais; c'est pour être en étal de disu tribuer des récompenses à ceux qui servent « utilement le public, et d'accorder quelque U soulagement à ceux qui me feront connaître U leurs besoins. »
Un jour Crésus lui représenta qu'à force de donner il se rendrait lui-même pauvre, au lieu qu'il aurait pu être le plus riche prince du monde , et amasser des trésors infinis. Et à ■(uellc somme pensez-vous , reprit Cyrus , qu'auraient pu monter ces trésors? Crésus fixa une certaine somme, qui était immense. Cyrus tu écrire un petit billet aux seigneurs do sa cour, par lequel il leur faisait savoir qu'il avait iiesoin d'argent. Sur-le-champ il lui en fulapporté beaucoup ]dus que la somme que Crésus avait marquée. Voilà, lui dit-il, mes trésors ; voilà les coffres où je garde mes richesses : le cŒur et l'alfeclion de mes sujets.
Il estimait donc beaucoup la libéralité; mais il faisait encore plus de cas de la bonté, de l'affabililé, de l'humanité , qualités propres à gagner les cœurs et à se faire aimer des peuples, ce qui est proprement régner ; outre que ,
1 d’aimer plus que les autres à donner , quand on est infiniment plus riche qu’eux , est une chose moins surprenante que de descendre en quelque sorte du Irène pour s’égaler à ses sujets.
Mais ce qu'il préférait à tout , était le culte des dieux cl le respect pour la religion. Ce fut .mssi à quoi il crut devoir donner ses premiers soins, dés que , par la conquête de Babylone, il se vit plus libre et plus maître de son temps. Il commença par y établir des mages pour (Iwnler des ranliqncs dés le malin en l’hon-
I neur des dieux, et pour leur offrir des sacrifices ; ce qui fut toujours pratiqué de la même sorte dans les temps suivants.
L’exemple et le goût du prince devinrent bientôt, comme cela est ordinaire , le goût t^l la régie des sujets. Les Perses , qui voyaient que le régne de Cyrus n’avait été qu’une suite et un enchaînement de prospérités continuelles , crurent qu’en servant les dieux comme lui , ils jouiraient d'un bonheur semblable au sien ; et d’ailleurs, ils sentaient bien que c'était là le moyen le plus sùr de lui plaire et de lui faire utilement leur cour. Cyrus, de son côté , était fort aise de voir en eux ces sentiments , persuadé que quiconque était vertueux et craignanl Dieu était en même temps bon et fidèle serviteur des rois, et inviolablement attaché à leur personne cl au bien de l’état. Tout cela est admirable, mais n'est vrai et réel que dans la vraie religion.
Cyrus, ayant résolu d'établir sa principale demeure à Babylone ‘ , ville puissante qui ne pouvait pas lui vouloir de bien , crut devoir prendre plus de précautions qu'il n’avait fait jusque-là pour la sûreté de sa personne. Les temps les plus dangereux pour les princes , dans l’intérieur du palais, et où l'on pourrait le plus facilement allenlcr à leur vie, sont ceux du bain, delà table et du sommeil. Il songea donc à ne laisser approcher de lui que ceux sur la Gdélilé desquels il pouvait absolument com ter; et les eunuques lui parurent, préférablement, à tqus autres , du caractère qu'il cheichait; parce qu'étant sans femme, sans enfants, sans famille , et d’ailleurs , généralement méprisés par la bassesse de leur naissance et par la honte de leur étal , toutes sortes de raisons les engageaient à s’attacher uniquement à leur maître , de la vie duquel dépendait toute leur fortune , et de qui seul ils tenaient et biens et considération. Il leur confia donc tous les ministères de sa maison, et cet usage, déjà connu avant lui , devint général dans tout l'Uricnl.
On sait qu'il passa aussi dans la suite chez les empereurs romains , auprès desquels les eunuques étaient tout puissants : et cela n’est pas étonnant. Il était tout naturel que le prince, leur ayant confié le soin de sa personne , cl
• Cyrop. tih. 7.p.ig lOO. ,,
Ironvant en eux du zèle et du mérite, leur confiât aussi la conduite de qucliiues afiaires , et que pou à peu il se livrât entièrement à eux. Ces habiles courtisans surent bien profiter de ces moments favorables , où les princes, délivrés du poids de leur dignité qui leur est â charge, deviennent hommes, et se familiarisenl avec leurs officiers. Parce moyen, s'étant emparés de leur esprit , et de leur confiance , ils s'accréditèrent dans le palais, dominèrent dans les cours , s'attirèrent le maniement et la conduite des afTaires publiques , se rendirent malircs de la distribution des charges et des honneurs, et parvinrent eux-mémes aux premières dignités de l'état.
Mais les bons empereurs ', tels qu' Alexandre Sévère, abhorraient les eunuques, comme des hommes vendus uniquement â leur fortune, et ennemis par principe du bien public ; qui ne songeaient qu'à s'emparer de l'esprit du prince , a lui dérober la connaissance des affaires , ù écarter d'auprès de lui tous les gens de mérite , et à le tenir resserré dans l'enceinte étroite de trois ou quatre officiers , qui ledominaientet le maltrisaicntabsolument: Claudentes principem suum, et agentes ante oinnia ne qitid sciât.
Après queCyruscutdonnéordreàtoutcequi regarde le gouvememeut ’, il songea à se donner en spectacle an peuple nouvellement conquis etâ ses propres sujets, dans une cérémonie auguste de religion , en allant en cavalcade et en pompe aux endroits consacrés aux divinités pour leur offrir dos sacrifices. Il affecta d'étaler dans celte marche tout ce que la magnificence a de plus brillant et de plus capable d'imposer aux peuples. Ce fut alors pour la première fois qu'il songea à s'attirer le respect, non-seulement ]>ar l'éclat de la vertu , mais, dit l'historien , par celui d'mie parure extérieure, qui fût propre à éblouir les yeux *, et qui liul quelque chose du charme et de l'enchaulcment. Il manda les hauts officiers des Perses et des alliés, et leur donna à chacun des habits à la mode des Médes , c'est-à-dire de longues robes qui descendaient jusqu'aux
» Lamprid. In VU. AI<'x. Se^er.
* C) Top. lib. 8 . paj^. 213-2S0.
* XdTKyor.TîvU» «STO «
I pieds. Elles étaient de différentes couleurs , plus brillantes les unes que les autres, et toutes richement brodées d'or et d'argent. Il leur en donna outre cela un grand nombre d'autres, très-magnifiques aussi, mais moins riches, pour en faire présent aux officiers subalternes. Les Perses ' , en celte occasion , prirent pour la première fois rbabillcment des Médes , et commencèrent, à leur imitation , à se peindre les yeux et à se mettre du rouge au visage, afin d'avoir l'œil plus vif et le teint plus vermeil.
Quand le jour de la cérémonie fut arrivé , tout le monde, dès la pointe du jour, se rendit auprès du roi. Quatre raille soldats des gardes, rangés quatre à quatre , se placèrent devant le palais, et deux mille autres aux deux côtés du même palais. Toute la cavalerie se trouv a là , les Perses à droite , les alliés à gauche. Les chariots de guerre se rangèrent moitié de chaque côté. Quand les portes du palais furent ouvertes, on en vit sortir premièrement quantité de taureaux d'une beauté merveilleuse , qu'on menait quatre à quatre pour sacrifier à Jupiter et aux autres dieux, selon les cérémonies prescrites par les mages. Suivaient les chevaux qui devaient être sacrifiés au Soleil. Puis , d'abord un chariot blanc couronné de fleurs , dont le timon était doré ; il devait être offert à Jupiter ; ensuite un second chariot de même couleur, et paré de même, pour le Soleil :’enûn , un troisième , dont les chevaux étaient caparaçonnés de housses d'écarlate. Derrière, marchaient les hommes qui portaient le feu sacré dans un grand foyer. Quand tout cela fut en marche , Cyrus commença à paraître sur son chariot , portant sur sa tête la tiare droite , ceinte du diadème ou bandeau royal. Sa tunique de dessous était de pourpre mi-partie de blanc , couleur qui ne convient qu'au roi. Par-dessus le tout il avait un grand manteau de pourpre. Ses mains étaient nues. Un peu au-dessous de lui était assis son écuyer , d'une taille assez avantageuse , mais inférieure à celle de Cyrus , qui par là en paraissait encore plus grande. Dè-s
I ciu'on l'aperçut , tous si^ prosternèrent devant
I lui et l'adorèrent , soit que des gens apostés
I ' C) top lih. 8 , pou. ÎOG.
vr;;ügle
exprès, el placés d'espace en espace, en cussenl donné aux autres rcxcnipl ' el le signal , soit qu'ils s'y portassent d'eux-méines, élimnés par la magnificeticc de cette pompe , et éblouis par l'éclat de la majesté du roi. Jamais jusque-là aucun des Perses ne s'était prosterné (kianl lui de la sorte.
Ués que le chariot de Cyrus fut sorti du palais, les quatre mille soldats des gardes commencé/enl à se mettre en marche; les deux mille autres partirent en même temps, el se mirent aux deux côtés du chariot, les eunuques ou grands-nlliciers de la maison du roi, au nombre de trois cents magniliquemenl vêtus, le javelot à la main, et montés sur de superbes chevaux, suivaient immédiatement le chariot de Cyrus. Après eux on menait en main lieux cents chevaux de selle de l'écurie du n>i, chacun ayant la couverture en broderie et le frein d'or : puis marchait la cavalerie persane, divisée en quatre cotps de dix mille hommes chacun ; el après elle la cavalerie des Modes el celle des alliés. Les chariots, rangés quatre à (|ualre, fermaient la marche.
Quand ils furent arrivés aux champs consacrés aux dieux, on offrit dos sacrifices, d'abord à Jupiter, puis au Soleil. On brûla en l'bonnour du premier des taureaux, el des chevaux en l'honneur du second. On égorgea aussi quelques victimes à la Terre, selon l'ordonnance des mages, puis aux demi-dieux patrons cl protecteurs de la Syrie '.
Cyrus, pour égayer un peu les esprits, jugea à propos de terminer celte cérémonie grave el sérieuse par des jeux el des courses de chevaux et de chariots. L'endroit où l'on s'élail arrêté était large el spacieux. Il désigna un certain espace d'environ un quart de lieue, et proposa des prix aux vainqueurs, séparément pour chaque nation. Il remporta celui de la course parmi les Perses : car personne n'était si bon homme de cheval que lui. Les chariots «lururenl aussi seul à seul-.
Ces sortes de cavalcades se faisaient encore l^ciiglcmps après chez les Perses de la même sorte, si ce n'est qu'on n'y immolait pas toujours des V ictirnes. Toutes les cérémonies étant
I Là Sfrie, rhez les Acicioiu, eit souvent prise pour * Aovrie.
achevées, ils relouniércnl à la ville dan." le même ordre.
Quelques jours après ‘ , Cyrus, pour célébrer la victoire qu'il avait remportée dans la course aux chevaux, donna un grand repas aux principaux olliciers, tant des Perses cl des .Modes que des él rangers : on ii'avail encore rien vu (te si superbe et de si somptueux. Il le termina par des présents magnifiques qu’il leur fil à tous. Il les renvoya ainsi comblés de joie, d'admiration, de rcconnaissniice; el tout puissant qu'il était, maître de loul l'Orient cl de tant de royaumes, il ne craigiiil point de dégrader sa majesté en les reconduisant tous jusqu'à la porte de son appariement. Telles étaient les mœurs de ces temps anciens, où l'on savait joindre beaucoup de simplicité à beaucoup di; grandeur.
AutICLE III. — IIISTOIRF. OK CVRCS , DEPCrs I » PICIE DR BabVLOSE JCSQU'A 9A MORT.
Cyrus, SC voyant maître de l'Orient par la prise de Bahylone, n'imila pas la plupart îles conquérants, qui Icrnissenl la gloire de leurs expédilions par une vie molle el voluplucu.se. à laquelle ils s'imaginent avoir droit de s'ab.mdonner après les longs travaux qu'ils ont sujiportés; mais il crut devoir soutenir .sa répiilation par les mêmes moyens qui la lui avaient j acquise, c'est-à-dire par une cotiduite sage, el 1 par une vie laborieuse et toujours occupée de ses devoirs.
g I. — CïRCS FAIT ra TOTAOEER PERSE. A SORRETOCR,