‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 3)Chapitre 47 sur 125 · IL DRESSE A BABTLOXE LE PLAS DE TOCTE LA «OV.VR · texte numérisé non relu

IL DRESSE A BABTLOXE LE PLAS DE TOCTE LA «OV.VR

CHiÉ. Pouvoir de Daribl.

Quand Cyrus crut avoir sulfi.samment donné ordreaux affaires de Bahylone, il songea à faire un voyage en Perse. Il passa par la .Médic poui y saluer Cynxnre, son oncle, à qui il fil de grands présents, el lui marqua qu'il trouverait à Bahylone un palais magnifique tout préparé quand il voudrait y aller, et qu'il devait regarder celle ville comme lui appartenant eu propre. En effet, Cyrus. tant que son oncle vécut, partagea avec lui l'empiie, quoique conquis

< ('yrop. lÜJ. 8. pflg. 2âO-'22t.

tout entier par sa valeur : il porta m£me la condescendance jusqu’à lui déférer le premier rang*. C'est Cyaxare qui est appelé dans l’Écriture Darius le Mède; et nous verrons que Daniel , sous son régne , qui ne dura que deux ans , eut plusieurs révélations. Il parait que Cyrus, lorsqu’il fut revenu de Perse, mena Cyaxare avec lui à Babylone.

Lorsqu’ils y furent arrivés, ils dressèrent de concert le plan de toute la monarchie *. Ils la divisèrent en six vingts provinces; et aBn que les ordres du prince y pussent être portés avec plus de diligence, Cyrus établit d’espace en espace des postes, où les courriers, qui marchaient jour et nuit, trouvaient des chevaux tout prêts, et, parce moyen, faisaient une diligence incroyable. Ils donnèrent le gouvernement de ces provinces à ceux qui avaient le plus aidé Cyrus à soutenir le faix de celte guerre, et qui lui avaient rendu de plus grands services ^ Ils établirent sur eux trois surintendants qui devaient toujours résider à la cour, et à qui ils devaient rendre compte de temps en temps de ce qui se passerait dans leur gouvernement, et qui devaient leur faire tenir les ordres du prince; de sorte que ces trois principaux ministres devaient avoir la surintendance et la principale administration des aiTaires de toute la monarchie. Daniel fut établi le premier des trois. Cette préférence lui était duc, tant à cause de sa haute sagesse, qui était renommée dans tout l’Orient, et qui avait éclaté d’une manière particulière dans le repas de Bnllasar, que par son ancienneté et par son expérience consommée dans les affaires : car il y avait alois soixante-huit ans, à compter depuis la quatrième année de Nabuchodonosor, qu’il avait été employé en qualité de premier ministre des rois de Babylone.

Comme celte distinction le rendait la seconde personne de l'empire * , et le mettait immédiatement au-dessous du roi , les autres courtisans en confurent une si grande jalousie, qu'ils se liguèrent ensemble pour le perdre. Ils ne pouvaient trouver de prise sur lui que du cOté de la loi de son Dieu , à laquelle ils $a-

> An. M. J.C. 538.

> Dan. 6. J. -- Cyrop. lib. 8. psig. S32.

s T)«n. C. ÿr-X

* Dan. 6. 4«-a7.

vaii nt qu’il était inviolablement attaché. Hj obtinrent de Darius un édit par lequel il éUit défendu à tout homme de demander, durant l’espace de trente jours, quoi que ce fût, i quelque dieu ou à quelque homme que ce pet être, sinon au roi, et cela sous peine d’élre jeté dans la fosse aux lions. Daniel fut surpris lorsqu’il faisait ses prières ordinaires, le visage tourné vers Jérusalem , et il fut jeté dans la fosse; mais y ayant été conservé miraculea$^ ment, et en étant sorti sain et sauf, ses calomniateurs y furent précipités, et dans le moment même dévorés par les lions. Cet éTépemenl. augmenta encore son crédit.

Sur la fin de la même année ' , qui était comptée comme la première de Darius le Mède, Daniel, par la supputation qu’il El, ayant connu que les 70 ans de la captivité de Juda, déterminés par le prophète Jérémie, tendaient à leur fin, pria Dieu instamment qu’il lui plût de se souvenir de son peuple, dr rétablir Jérusalem , et de regarder favorablement sa ville sainte et le sanctuaire qu'il y avait placé. Sur quoi l’ange Gabriel l’assura, dans une vision, non-seulement de la délivrancedes Juifs de leur captivité temporelle, mais encore (l'une délivrance beaucoup plus considérable, c’est-rà-dire, de celle de la servitude du pécbé et du démon , que Dieu devait procurer à son Église, et qui devait s’accomplir aprt'S 70 semaines, qui s’écouleraient depuis l’ordre qui serait donné pour le rétablissement de Jérusalem, c’est-à-dire après 490 ans : car, prenant chaque jour pour une année, selon le langage employé quelquefois dans l’Ecriture sainte, ces 70 semaines d'années font 490 ans.

Cyrus , étant revenu à Babylone ’ , avait donné ordre à toutes ses troupes de s’y rendre. Par la revue générale qu’il en fit, il trouva que ses forces montaient à six vingt mille chcvaui. à deux mille chariots armés de faux , et à sii cent mille hommes de pied. Après en avoir distribué dans les garnisons autant qu’il était nécessaire pour la défense des diverses parties de l’empire, il passa avec le reste dans la Syrie, où il mit ordre aux affaires de celte province, cl subjugua tous ces pays jusqu’à la mer Bouge i et aux confins de l’Éthiopie.

• Dan. 9. 1-97.

I * (lymp. îih. fi . 233.

'lai 4^

Ce fut apparemment dans cet intervalle de temps que Daniel fut jeté dans la fosse aux lions, et qu'il en fut miraculeusement délivré, comme nous venons de le voir.

Ce fut peut-être aussi dans le même temps que furent frappées ces fameuses pièces d'or appelées dariques du nom de Darius Médus, lesquelles, pour leur beauté et leur finesse, furent préférées pendant plusieurs siècles à toutes les autres monnaies dans tout l’Orient.

I II. — ComiESCBHEIfT DU SOUVEL EMPIRE DES PERSES RT DBS URDES RioSlS ESSEMBLE, CËLEBRE ÉDIT DE

Ctrds. PropoIities de Dasiel.

C'est ici que commence, & proprement parler, l’empire des Perses et des Médes réunis sous une même autorité. Cet empire , depuis Cvrus, qui en fut le premier roi , jusqu’à Darius Codoman, qui fut vaincu par Alcxandre- Ic-Grand, a duré l’espace de deux cent six ans, depuis rannée du monde 3V68 jusqu’à 3G7^. Mais je ne dois parler dans ce volume que des trois premiers rois, et il me reste peu de chose a dire de celui qui a été le fondateur de ce nouvel empire.

Cybl's '. Cyaxarc étant mort au bout de deux ans, et Cambyse ayant aussi fini ses jours en Perse, Cyrus retourna à Babylone, et prit eu main le gouvernement de l’empire.

On compte diversement les années du règne de Cyrtis*. Quelques-uns lui en donnent trente, eu les commençant à sa première sortie de Perse, lorsqu’à la télé d'une armée il marcha au secours de Cyaiare ; d’autres ne lui en donnent que sept, en les comptant depuis que, par la mort de Cyaxare et de Cambyse, il posséda seul l’empire.

C’est dans la première de ces sept années, ou expirait précisément la soixante-et-dixième de la captivité de Babylone, que Cyrus donna ce célèbre édit qui permettait aux Juifs de retourner à Jérusalem. On ne peut pas douter qu’il n’eût été obtenu par les soins et à la sollli'ilation de Daniel, qui avait un grand crédit il la cour. Pour le porter plus promptement à lui accorder celte grâce, il lui montra sans

■ An.M.3l68:»r.I.C. j’.i * Cic- llb. 1. de Phin. n. i(î.

doute les prophéties d'isule ' , où, prés de deux cents ans avant sa naissance , il était désigné par son propre nom comme un prince que Dieu destinait à être un grand conquérant, et à ranger sous sa domination un grand nombre de peuples ; et en même temps à être le libérateur des Juifs, en ordonnant que leur temple fût rétabli , et que Jérusalem et la Judée fussent possédées par leurs anciens habitants. Je crois devoir rapporter ici en entier cet édit, qui est le bel endroit de la vie do Cyrus , et pour lequel on peut croire que Dieu lui avait accordé tant de vertus héroïques et une suite si constante d’heureux succès et de glorieuses victoires.

« La première année de Cyrus’, roi de Perse, <t le Seigneur, pour accomplir la parole qu’il « avait prononcée par la bouche de Jérémie, « suscita l’esprit de Cyrus, roi de Perse, qui « lit publier dans tout son royaume cette or- « donnance, même par écrit. Voici ce que dit « Cyrus, roi de Perse ; Le Seigneur, le Dieu « du ciel m’a donné tous les royaumes de la « terre , et m'a commandé de lui bâtir une a maison dans la villede Jérusalem, qui est en « Judée. Qui d’entre vous est de son peuple? « que son Dieu soit avec lui. Qu’il aille à Jé- « rusalem, qui est en Judée, et qu’il rebâtisse a la maison du Seigneur, Dieu d’Israël. Celui « qui est à Jérusalem est le frai Dieu. El que « tous les autres, en quelques lieux qu’ils ha- « bitenl, l’assistent du lieu où ils sont, suit en R argent et en or, soit de tous leurs autres R biens et de leurs bestiaux, outre ce qu’ils of- R frent volontairement an temple de Dieu, qui R est à Jérusalem, d Cyrus en même temps fil remettre entre les mains des Juifs les vases du temple du Seigneur , que Nabuchodonosor avait emportés de Jérusalem, et qu’il avait mis dans le temple de son dieu. Les Juifs peu de temps après, partirent sous la conduite de Zorobabel pour retourner dans leur pays.

Les Samaritains, anciennement ennemis déclarés des Juifs’, firent tout ce qu’ils purent pour arrêter la construction du temple ; et quoiqu’ils ne pussent changer l’édit de Cyrus,

• liai. cap. 4> cl iS.

• I. Ewir. 1.I I.

ils firenl laiil. à force de préseiils el par leurs iiilriguos auprès des minisires el des officiers di‘ qui la chose dèpendail, que l'eièculion en demeura suspendue : en sorle que pendanl plusieurs années l’ouvrage n’avança que forl lenlemenl.

Il parall que ce fui la douleur de voir l’ciéculion de cel édil si longtemps différée qui porla Daniel ' , le qualriéme mois de la Iroisiéme année de Cyrus, à cnlrer dans une espèce de deuil, el à jeûner pendanl Irois semaines de suite. II élail alors près du Tigre en l’erse. Quand ce temps de jeûne fut passé, il eut une vision qui regardait la succession des rois de Perse, l’empire des Macédoniens, el les conquêtes des Romains. Celle rèvélatton est rapportée dans les chapitres X, XI, et XII de la prophétie de Daniel. J’en parlerai bientôt.

Ce qu’on trouve * à la lin du douzième chapitre donne lieu de conjecturer qu’il mourut bientôt après; et en effet son grand âge ne permet pas de croire qu’il ail pu guère vivre plus longtemps; car il avait pour lors au moins quatre-vingt-cinq ans, en sup|x>sant qu’il en avait douze lorsqu’il fut transporté à Babylone avec les autres captifs. Dès ce temps-là il avait donné des marques d’une sagesse plus qu’humaine dans le jugement de Susanne. 11 fut depuis fort considéré sous tous les princes qui régnèrent à Babylone, el toujours employé avec distinction dans le ministère.

La sagesse de Daniel ne s’étendait pas seulement aux choses divines el aux affaires politiques, mais encore aux arts et aux sciences, el particulièrement à l’architecture. Josèphe ‘ nous parle d’un fameux èdilicc qu’il avait bâti à Suse* en forme de château, qui subsistait encore de son temps, et qui élail si admirablement construit, qu’il semblait ne venir que d’èlre achevé , tant il conservait son premier éclat. C’était dans ce palais qu’était la sépulture ordinaire des rois des Perses et des Par-

’ Au. M. JITO;.!». J.(:..v;u. - Don. ID, 1 3.

■ Cl Tu aulpm vaüe Aii prsfioiium : o( rcqiiir$rps . el »|a- (I biâ in sorle luâiii fincm dieiutn. » (Dax. 12, 13.)

» Anliq. lib. 10 , cap. 12.

* C'csl ainsi qu'il faut lire , selon saint Jérôme, qui rapjtorlfi le même fnil {i'ouiruent. in Dan. 8, 2.); et non Ecbaiane . comme on Ut maintenant dans le texte de Josépbc.

thes; el, en considération de son fondateur, h garde en était encore, du temps de Josèphe, commise à un homme de la nation des Juifs.

Izi tradition du pays était que Daniel était mort dans cette ville, et l’on y montrait encore son tombeau. Il est bien certain qu’il y allait de temps en temps, el il nous apprend luimème ' qu'il y faisait les affaires du roi, en qualité de gouverneur pour le roi de Baliylone.

Réllnioiu sur tes prophéUea de Daniel.

J’ai différé jusqu’ici à faire quelques ràflexions sur les prophéties de Daniel, qui sont certainement, pour tout esprit raisonnable, une preuve bien convaincante de la vérité de notre religion.

Je ne m’arrêterai point à celle qui était personnelle à Nabu<;ho<lonosor*, el qui marquait comment, en punition de son orgueil, il devait être réduit à la condition des bêles; puis, après un certain nombre d’années, rétabli sur le trône. On sait que la chose arriva précisément comme Daniel l’avait prédit : c’est le prince lui-même qui en fait le récit dans une déclaration qu’il adresse à tous les peuples de son empire. Daniel a-t-il pu attribuer â Nabuchodonosor un manifeste qui n’aurait pas été de lui ; le donner comme ayant été envoyé dans toutes les provinces, quoique personne ne l’eùt vu ; et publier au milieu de Babylone, pleine de Juifs et de gentils, une attestation d’une telle importance et si injurieuse au prince, dont tout le monde aurait su la fausseté?

Je me contente de représenter ici en abrégé, et sous un même point de vue, les prophéties de Daniel qui marquent la succession des quatre grands empires, el qui ont, comme on le voit clairement, un rapport essentiel el nécessaire avec la matière que je traite dans mon ouvrage, qui n’csl autre que l’histoire de CCS mêmes empires.

Iai première de ces prophéties ’ regarde le songe qu’eut Xabuchodonosor d’une statue composée de différents métaux, d’or, d’argent,

■ Dan. 8,27. *

* Dan. cap* 1-

- D.<n. cap. 2.

20i «fri-ia*-

d'airain, de fer; laquelle fut bris^ et réduite en poudre par une petite pierre détachée de la DHxilagne, qui se changea elle-même en une noDlagne d'une grosseur et d'une hauteur extraordinaires. J'ai rapporté ce songe ailleurs aisetan long.

Prés de cinquante ' ans depuis, le même Daaiel eut une vision qui a beaucoup de rapport i celle dont je viens de parler : c'est la vision des quatre grandes bétes qui sortaient de la mer. La première était comme une lionne, et elle avait des ailes d'aigle ; la seconde ressemtèit è un ours; la troisième était comme un léopard qui avait quatre tètes; enlin la dernière', plus forte encore et plus terrible que les autres, liait de grandes dents de fer; elle dévorait, elle mettait en pièces, et foulait aux pieds ce qui lestait. Du milieu des dix cornes qu'elle avait m sortit une petite, qui avait les yeux d'un homme, et une bouche qui disait de grandes rhoscs, et celte corne devint ensuite plus fuande que les autres ; elle faisait la guerre contre les saints, et avait l’avantage sur eux , jusqu'à ce que l’Ancien des jours, c’est-à-dire l'Êternel, s’étant assis sur son Irène environné de raille raillions d’anges, prononça un jugement irrévocable sur ces quatre bétes, dont il avait marqué la durée , et donna au Fils de l'homme puissance sur tous les peuples et toutes les tribus, mais une paissance éternelle qui ne lui sera point ôtée, et un royaume qui ne sera jamais détruit.

On convient que les différents métaux dont la statue était composée, et les quatre bétes sorties de la'mer, signifiaient autant de monarchies différentes qui se succéderaient les unes aux autres, dont les premières seraient détruites par les suivantes, et qui toutes feraient place à l’empire éternel de Jésus-Christ, pour lequel seul elles avaient subsisté. Un ronvicntaiLSsi que ces quatre monarchies sont I elles des Babyloniens, des Perses et des Mt'-les unis ensemble , des Macédonieus et des domains *. L’ordre seul de leur succession en .‘St une preuve bien certaine. Mais où Uaniél

' O rut la première année de Ballaaar, roi de Babylone. ' flan. cap. 7.

I Quelques interprètes mettent à la place des Romains 5 roif de Syrie et d'Égyple . mcccsseurs d'Aleiandre.

voit-il celle succession et cet ordre? Qui lui découvrait le changement des empires, sinon ' celui qui est le maître des temps et des monarchies, qui a tout réglé par ses décroîs, et qui en donne la connaissance à qui il lui plait par une lumière surnaturelle?

Ce prophète, dans le chapitre suivant, parle encore d’une manière plus détaillée et plus précise; car, après avoir marqué la monarchie des Perses et celle des Macédoniens sous la ligure de deux bêles , il s’explique ainsi clairement : Le bélier ’ , qui a deux cornes inégales, représente le roi des Mèdes et des Perses ; le bouc , qui le renverse et le foule aux pieds, est le rot des Grecs ; et la grande corne que cet animal a sur le front représente le premier auteur de cette monarchie. Comment Daniel a-t-il vu que l’empire des Perses ser.iil composé de deux nations différentes , .Mèdes et Perses, cl que cet empire serait détruit par celui des Grecs? Comment a-t-il connu la rapidité des conquêtes d’Alexandre, qu'il marque si dignement en disant qu'il ne touchait pas la terre : Aoti langebal lerram? Comment a-t-il appris qu'.VIcxandre n’aurait aucun successeur qui lui fût égal , et que le premier auteur de la monarcliie des Grecs serait aussi le plus puissant?

Mais quelle autre lumière que celle de la révélation divine ‘ a pu lui découvrir qu’Alexandre n’aurait point de fils qui lui succédàl; que son empire se démembrerait en quatre principaux royaumes ; que ses successeurs seraient de sa nation et non de son .sang; et qu’il y aurait dans les débris d’une monarchie formée en si peu de temps de quoi composer dos étals, dont les uns seraient à l’orient, les aulres au couchant, les uns au midi, et les aulres au septentrion ?

Le détail des faits prédits dans la suite des

< « I|MC mulit L'niponi et sl^iles. tr.in$rerl rcRnnai jiic « coDslituU. ipse roeUl profunda et abucoodila . cl lux « cum CO est. » (Par. 31 et 32.)

* Dan. cap. 8.

a « Surget rci forlia , et dominabitur potesUle muliA : « et dividetur regnum ejus in quatuor veniobcii'li, geti a non in posterot ejU5, nc<{ue sccuiidùm polcuiiam iitiub O qui dominatusesl. • Dar. 11,3 cl 4.)

«I Quatuor reges de gente ejus coosurgeot , sed non ir* « forliluHine ejus. » 8 , 22.)

clinpUres Imiliémc et onzit^ine n'ust p:i!> moins èlonnant. Comment Daniel, qui vivait sous Cyrus, a-t-il pu prédire ‘ que le quatrième * de scs successeurs assemblerait toutes ses forces contre la Grù<e‘? Comment ce prophète, qui était si éloigné du temps des Machabées, a-t-il pu marquer en particulier toutes les persécutions d'Antiochus contre les Juifs; la manière dont il abolirait le sacrillce qui s'offrait tous les jours dans le temple de Jérusalem; la profnialion qu’il ferait de ce lieu saint en y établissant une idole, et la vengeance que Dieu en tirerait “ ? Comment a-t-il pu, dans la première année du régne des Perses, jtrédire les guerres que se feraient les successeurs d'Alexandre dans les royaumes de Syrie et d'Égypte, leurs invasions mutuelles, leur peu de sincérité dans leurs traités, leurs alliances par des mariages qui ne serviraient qu'à couvrir l'artilice ?

Je laisse au lecteur intelligent et religieux le soin de tirer la conclusion qui suit naturellement de ces prédidions de Daniel *, si claires et si précises, que Porphyre, l'ennemi déclaré du christianisme, n’a pu trouver d'autre moyen d’en contester la divinité qu'en prétendant qu’elles avaient été faites après coup, et sur le passé plutôt que sur l’avenir.

Avant que de terminer l’article des prophéties de Daniel, je prie le lecteur de faire attention ou contraste que le Sainl-Esprit met entre les empires du monde et l’empire de Jésus- Christ. Dons les premiers, tout parait grand, éclatant, magnifique. La force, la puissance, la gloire , la majesté semblent eu être l’apanage. Ün y reconnaît aisément ces grands guerriers, ces fameux conquérants, ces foudres de guerre, qui portaient partout la terreur, et à qui rien ne résistait. Mais ce sont des bétes féroces, des ours, des lions, des léopards, qui ne savent quedéchirer, que dévorer, que détruire. Quelle image ! quelle peinture ! et combien nous apprend -elle à rabattre de l’idée que nous nous formons ordinairement et des empires

* U Ecce adhuc 1res reges sUbunt in Perside : et quar- • lus dilabitur opibus nimüs super omnes , et concitabil tf oiimes advcrsùiii regnuin Gmcia-, w (Uan. Il , S.)

• Xeriès.

s Dan 11 , 5 tû.

s S. llieion. in P.'.rrni. atl Commcul. in Dan.

et de ceux qui les fondent ou les gouveraeiil !

C’est tout le contraire dans feinpire de Jésus-Christ. Qu’on en considère l’origine et la naissance, qu’on en étudie avec soin les suites et les progrès dans tous les temps, et l’oa reconnaîtra que l’un de ses caractères dominants est au dehors la petitesse, la faiblesse , ei même, s’il est permis de le dire, la basseæe. C’est le levain de la pâte, c'est le grain de sénevé, c’est la petite pierre détachée de la moabigiie. Et cependant il n’y a de véritable grandeur que dans cet empire : le Verbe élemcl en est le fondateur et le roi; tous les IrOnes de la terre viennent rendre hommage au sien .et s’abaisser devant lui. Le but de son règne e.st de sauver les hommes, de les rendre éternellement heureux, et de se former un peuple de saints et de justes qui soient tous autant de rois et de conquérants. Le monde entier ne subsiste que pour eux; et quand le nombre en sera rempli, « alors, dit saint Paul ', vien- « dra la On et la Consommation de toul^

« choses, lorsque Jésus-Christ aura remis sou « royaume à son Dieu et à son père, et qu’il K aura détruit tout empire, toute domination <1 el toute puissance. »

Un écrivain qui voit dans les prophéties de Daniel, que les divers empires du monde, après avoir duré le temps que le souverain arbitre des royaumes leur a fixé, vont tous aboutir et se terminer à l’empire de JésusChrist, peut-il s’em|)échcr, au milieu de tous ces objets profanes qui l’environnent, de tourner les yeux de temps en temps vers ce grand et divin objet, et de l’envisager toujours, au moins en éloignement , comme le but et la fin de tous les autres ?

g. lU. — Dnasikans Assées de Cvecs. SIoet DE CE PElIfCK.

Il faut revenir à Cyrus *. .Éigalemcnt aimé de scs sujets naturels et des nations conquisi's. il jouissait en paix du fruit de ses travaux ci de ses victoires. Son empire était terminé à l’orient par l’Inde; au nord par la roerCaspicnno et le Ponl-Euxiii ; au couchant par la

• 1. Cor. 15.21.

* Cjiop. lib. H, |Mig. '233g clC-

mer Egée; au midi par l'Ethiopie et la mer d'Arabie. 11 établit sa demeure au milieu de tous ces pays, passant ordinairement sept mois à Babylone, pendant l'hiver, parce que le climat y est chaud ; trois mois à Susc, pendant te printemps; et deux mois à Ecbatane, durant 1rs grandes chaleurs de l'été.

^pt années s'étant ainsi écoulées, Cyms vint en Perse pour la septième fois depuis l’établissement de sa monarchie ; ce qui marque qu'il y allait régulièrement une fois chaque année. Cambyse était mort il y avait déjà quelque temps, et lui-roéme était assez vieux, avant pour lors soixante-dix ans, dont trente s’étaient passés depuis qu'il avait été déclaré général des Perses, neuf depuis la prise de Babylone, et sept depuis qu’il avait commencé à régner seul après la mort de Cyaxare.

Il conserva jusqu’à la fin une santé forte et robuste ' , qui était le fruit de la vie sage et frugale qu'il avait toujours menée. Et au lieu que ceux qui s'abandonnent à la crapule et aux débauches ressentent souvent toutes les incommodités de la vieillesse, lors même qu’ils sont encore jeunes; Cyms, dans un âge fort avancé, avait encore toute la vigueur de la jeunesse.

Sentant approcher le jour de sa mort, il flt venir ses enfants , car ils l'avaient suivi dans ce voyage , et assembla les grands de l’empire. Après avoir remercié les dieux de toutes les faveurs qu'ils lui avaient accordées pendant sa vie, et leur avoir demandé une pareille |in>teclion pour ses enfants, pour ses amis, pour sa patrie, il déclara Cambyse, son fils ilné, son successeur, et laissa à l’autre, qui s'appelait Tanaoxare, plusieurs gouvernements fort considérables. Il leur donna à l’un et à l’autre d'excellents avis, en leur faisant entendre que le ferme appui des trônes ii'étail ni la vaste étendue des pays , ni le grand nombre des troupes, ni les richesses immenses, mais le n-specl pour les dieux , la bonne intelligence entre les frères , et le soin de se faire et de se conserver de fidèles amis. « Je vous conjure

* ■ Cjrus quldem «pud Xenophoiuem co sfrtnone. t <iueni moriens habuil. qiiiim admodiim srnci cssel, nc- « gai se unquâm scnslvse senrcluteoi suam imbecitliorcm . farlam , qu.vm adoloscvntia fuisscl. » (Clc. île Senecl.

n.JO.)

« donc, ieur dit-ii, mes enfants, nu nom des « dieux, de vous porter respect l’un à l'autre, B si vous avez encore quelque envie de me « plaire à l'avenir ; car je ne ])cnse pas qu’à B cause que vous ne me verrez jilus après ma B mort, vous estimiez que je ne sois plus rien. B Vous n’avez pas vu mon âme jusqu'à prè- B sent : vous n'avez pas laissé de connaître , B par ses actions, qu'elle existait vérilnble- B ment. Pensez-vous que l'un cotitinuât d'ho- B norer ceux de qui les corps ne sont plus que B cendre, si leurs âmes n’avaient plus aucune B puissance? Non, non, mes enfants, je n’ai B jamais pu croire que l’âme vécût tandis B qu'elle est dans un corps mortel, et qu’elle a mourût lorsqu’elle s’en sépare. Que si je me U trompe, et qu'il ne reste plus rien de moi B après ma mort, du moins craignez les dieux B qui ne meurent point, qui voient tout, et de B qui la puissance est infinie ; craignez-le.s, et B que celle crainte vous empêche de rien faire B jamais, ni même de rien mettre en délibéra- B lion qui soit contraire ou â la religion ou à B la justice. Après eux , craignez tes hommes B et les siècles à venir. Les dieux ne vous ont a point cachés dans l’obscurité, mois vous ont B exposés sur un grand théâtre à la vue de tout B l’univers. Si vos actions sont pures et droites, B soyez certains que vous en serez et plus ho- B norés et plus puissants. Pour mon corps , a mes enfaids, lorsqu’il sera privé de vie, ne a l’enfermez ni dans l’or, ni dans l'argent, ni B dans quelque autre matière que ce soit. Re.va DEZ-LE PROMPTEHEXT A LA TERRE. Y a-t-Ü B rien de plus heureux que d’être mêlé, et en B quelque sorte incorjioré â la bienfaitrice et à B la mère commune de tons les hommes?»

Après avoir donné sa main â baiser à tous ceux qui étaient présents , se sentant défaillir, il prononça encore ces dernières paroles : à Adieu, mes chers enfants; puissiez-vous me- B ner une vie heureuse ! portez de ma part ce a dernier adieu & votre mère. Et vous, mes B fidèles amis, tant absents que présents, re- B cevez mes derniers adieux, et vivez en paix. » Après avoir dit ces paroles, il se couvrit le visage, et mourut également regretté de tous les peuples *.

1 An. M. 3ni;.o.J.t:. 52a.

L’ordre que oonne Cyrus en mouranl de RENDRE SON CORPS A LA TERRE IDC paraît bien remarquable. Il regarderait son corps comme avili et dégradé, si on le couvrait d'or ou d'argent. Il veut qu’on le rende i la terre. Où ce prince païen a-t-il appris qu’il en lirait son origine'? Voilà de ces traces précieuses d’une tradition aussi ancienne que le monde. Cyrus, après avoir fait du bien à scs sujets pendant toute sa vie, demande d’étre incorporé à la terre, cette bienfaitrice du genre humain, pour perpétuer ce bien , en quelque sorte , même après sa mort.'

Eloge el c«r»clére de C) nu.

On peut regarder Cyrus comme le conquérant le plus sage et le prince le plus accompli dont il soit parlé dans l'histoire profane. Aucune presque des qualités qui forment les grands hommes ne lui manquait : sages.se, modération , courage , grandeur d’âme , noblesse de sentiments , merveilleuse dextérité pour manier les esprits el gagner les cœurs, profonde connaissance de toutes les parties de l'art militaire autant que son temps le comportait , vaste étendue d'esprit soutenue d’une prudente fermeté pour former el pour exécuter de grands projets.

Il est assez ordinaire à ces héros qui brillent dans les combats el dans les actions guerrières, de paraître Irés-faibles el très-médiocres dans d’autres temps, et par rapport à d'autres objets. On est étonné, quand on les voit seuls el sans armées, combien il y a de distance entre un général et un grand homme : combien , dans le particulier, ils conservent de petitesses el de lias sentiments; combien ils sont dominés par .la jalousie et gouvernés par l’intérél; combien ils se rendent désagréables el même odieux. )iar une lierté cl une hauteur qu’ils croient nécessaires (vour conserver leur autorité, et qui ne servent qu'à leur attirer le mépris.

Cyrus n’avail aucun de ces défauts. Il paraissait toujours le même, c'est-à-dire toujours grand, jusque dans les plus petites choses. Sûr de sa grandeur , qu’il savait maintenir par un mérite réel, il ne songeait qu'à se rendre aCTable et d’un facile accès; et le ppuple lui rendait dans le fond de son cœur, par des senli-

raents d’amour el de respect, beaucoup plu qu'il ne quittait pour s’abaisser jusqu'à lui.

Jamais prince ne posséda mieux que lui l’art des insinuation: , si nécessaire pour le gouvernement, el si peu pratiqué. Il savait en per^ feclion ce que peut un mot placé à propos, une manière obligeante, une raison mêlée au commandement, une grâce accompagnée d'uo éloge , un refus adouci par des termes honnêtes. Son histoire est pleine de ces traits.

Il était riche dans une sorte de bien qui manque à la plupart des souverains , qui ont tout . excepté des amis fidèles, cl à qui l’abondance el l’éclat qui les environnent cachent celle secréte indigence. Cyrus était aimé parce qu’il aimait lui-même ‘ ; car, quand on n’aime point, a-t-on des amis? et mérile-l-on d’en avoir? Rien n’est plus beau que de voir dans Xénophon comment il vivait et conversailavec scs amis , retenant de la dignité avec eux toni ce qui était nécessaire aux bienséances, mais intiniment éloigné d'une mauvaise neiTé qui prive les grands du plus innocent plaisir de la vie. en leur ôtant celui d’un commerce doux el aimable aéec des personnes de mérite, quoique d’une condition très-inférieure.

L’usage qu’il faisait de scs amis * est un modèle parfait pour tous ceux qui sont dans les premières plact's. Ils avaient reçu de lui, nonseulement la liberté, mais un commandement exprès de lui dire tout ce qu’ils pensaient. Quoique beaucoup supérieur en lumières à tous lesoflicicrs, il ne faisait rien sans les consulter ; el soit qu’il s’agit de réformer quelque chose dans le gouvernement, ou de faire quelque changement dans les troupes, on de former quelque entreprise , il voulait que tout le monde dit son sentiment, cl souvent il en prnniait; bien différent de celui dont Tacite* dit, qu’il lui suffisait, pour se déclarer contre les meilleurs avis, qu’ils ne fussent pas venus de lui : Consilü, quamvis etjregii, quoi ipse non afferret, inimicus.

Cicéron ‘ remarque que pendant tout le Icmps de son gouvernement, il ne lui échappa jamais une seiile parole de colère et d’empor-

< a llabcs amiL'0<:,quiuaniii'U!» ipse c&. u (/'aneff. TraJ.)

* Plat lib. 3, de log. pag. Cji.

> llist. Mb, 1 , rap. ‘iti.

* Lib. 1 , epi»(. 2, ad Quint. fMtr.

■Ole

lemeut : Cujm «timmo m impa io nemo uni/iiàm verbum ullum asperius audivit. Ce petit mol est un grand éloge pour un prime. Il fallail que Cyrus, au milieu de tant d’agita- '.ioiis, et malgré renivremcnl de la puissance souveraine, fftt bien maître de lui-méme pour conserver toujours son âme dans une assiette calme et tranquille, sans qu’aucun conlrelemps, aucun accident imprévu, aucun mécontentement pût donner atteinte â sa douceur, ni lui arracher aucune parole dure ou oITensanle.

Maïs ce qu’il y avait en lui de plus grand cl de plus véritablement royal ', c’est l’intime conviction où il était que tous ses soins et toute son attention devaient tendre â rendre b peuples heureux, et que ce n’était point par l’éclat des richesses, par le faste des équipges, par le luxe et les dépenses de la table, i|u’un roi devait se distinguer de ses sujets, mais par la supériorité de mérite en tout genre, n surtout par une application infatigable à veiller sur leurs intérêts et à leur procurer le repos et l’abondance. Il disait lui-même, en s’entretenant avec les grands de sa cour sur les devoirs de la royauté*, qu’il faut qu’un prince se regarde comme pasteur (et c’est le nom que l’antiquité * sacrée et profane donnait aux bons rois], qu’il doit en avoir la vigilance, l’attention, la bonté; veiller, afin que les peuples soient en sûreté ; se charger des .soins et des inquiétudes, afin qu’ils en soient exempts ; choisir lout ce qui leur est salutaire, écarter tout ce qui leur peut nuire, mettre sa joie â les voir croître et multiplier, cl s’exposer avec courage pour les défendre. Voilà, disaitil, la juste idée et l’image naturelle d’un bon roi. Il est raisonnable que ses sujets lui rendent tous les services dont il a besoin ; mais il est encore plus raisonnable qu’il s’applique à les rendre heureux, parce que c’est pour cela qu’il est roi, comme un pasteur ne l’est que pour prendre soin de son troupeau.

En effet, c’est la même chose d’élre à la république et d’élre roi , d’être pour le peuple ï d’élre souverain. On est né pour les au-

' Xenopb. Cvrop. lib. 1 . pag. 27.

* CjTop. lih. 8. pag.210.

’ n iKipcIum (nriim » , avait dll Dieu à Davhi

/tcj. 5, i.). Homère, en une iofiuilè d'endroits.

très dés qu'on est né pour comniander, parce qu’on ne leur doit commander que pour leur être utile. C’est le fondement et comme la base de l’étal des princes, de n*être point à eux ; c’est le caractère même de leur grandeur, d’être consacrés au bien public. Il en est d’eux comme de la lumière, qui n’est placée dans un lieu éminent que pour se répandre partout. Est-ce dégrader la royauté que d'en penser ainsi?

Ce fut par le concours de toutes ces vertus que Cyrus vint à bout de fonder en assez peu de temps un empire qui embrassait un si grand nombre de provinces; qu’il jouit paisiblement pendant plusieurs années du fruit de ses conquêtes; qu’il sut se faire tellement estimer et aimer, non-seulement de ses sujets naturels, mais de toutes les naliona qu’il avait conquises, qu’après sa mort il fut généralement regretté comme le père commun de tous les peuples.

Au reste , nous ne devons pas être étonnés que CvTus ait été si accompli en tout genre (on comprend assez que je ne parle ici que des vertus païennes] , nous qui savons que c’est Dieu lui-même qui l’avait formé pour être l’instrument et l’exécuteur des desseins de miséricorde qu’il avait sur son peuple.

Quand je dis que Dieu a formé lui-même ce prince, je n’entends pas que ç’ail été par un miracle sensible, ni qu’il l’ail tout d'un coup rendu tel que nous l’admirons dans ce que l’histoire nous en apprend. Dieu lui avait donné un heureux naturel en mettant dans son esprit les semences de tontes les plus grandes qualités, et dans son cceur des dispositions aux plus rares vertus. Mais surtout il eut soin qu’on cultivât cet heureux naturel par une excellente éducation, et qu’on le préparât ainsi aux grands desseins qu’il avait sur lui. On l>eul dire sans crainte de se tromper, que Cyrus dut ce qu’il y avait de plus grand en lui à la manière dont il fut élevé; qui, le confondant en quelque sorte avec le reste des sujets et le soumettant comme eux à l’autorité des maîtres, amortit en lui cet orgueil si naturel aux princes, lui apprit à écouter les avis cl à obéir avant que de commander, l’endurcit au travail et à la fatigue, l'accoutuma à la sobriété et à la frugalité, en un mot, le rendit tel que nous l’avons vu dans toute sa conduite.

doux, muilcstc, houiiélc, oflablu, compaiissaut, ennemi du faste et des délices, et encore plus de la flatterie.

Il faut avouer qu’un tel prince est un des plus précieux présents que le ciel puisse faire à la terre. Les infidèles mêmes l'ont reconnu, et les ténèbres de leur fausse religion n’ont pu leur cacher ces deux vérités : que Dieu seul donnait les bons rois, et qu’un tel don en enfermait beaucoup d’autres, parce que rien n’est plus excellent que ce qui ressemble le plus parfaitement à Dieu, et que l’image la plus noble de la divinité est un prince juste, modéré, chaste, réglé dans scs moeurs, et qui ne régne que pour faire régner la vertu. C’est le portrait que Pline ' nous a laissé de Trajan, qiii ressemble bien i celui de Cyrus. Nullum est pr<fstabilius et pulchrius J)ei munus erga mortales, quàm castus, et sanetus, et Deo simillimus prinreps.

Quand j’examine de prés la vie de notre héros, il me semble qu’il a manqué à sa gloire un trait qui l’aurait beaucoup relevé; c’aurait été d’élre livré pendant quelque temps à quelque grande disgrAce, et d'avoir quelque revers subit de fortune A essuyer. Je sais que l’empereur Galba, en adoptant Pison, lui disait que la prospérité a un aiguillon et une pointe inflniment plus perçante que l’adversité, et qui met l’Ame A une tout autre épreuve ; Fortunam adliuc tantum adversam tuUsti; secundæ res acrioribus stimulis explorant animos ’. Et la raison qu’il en apporte, c’est que, le malheur accablant l’Ame de tout son poids, elle se roidit et rappelle toutes ses forces : au lieu que la prospérité, l’attaquant d’une manière sourde, lui laisse toute sa faiblesse, et lui insinue un poison d’autant plus dangereux qu’il est plus subtil : quia miseriœ tolerantur, felicitate corrumpimur.

llfaut pourtantavoucr que l’adversité, quand elle est portée avec dignité et noblesse, et surmontée par une patience invincible, ajoute un grand éclat A la gloire d’un prince, et lui donne lieu de déployer bien des qualités et des vertus (|ui seraient demeurées ensevelies dans le sein de la prospérité : une grandeur d’Amc indé-

* PanoR. Trnj.

* Tac. Ilisi. lib, i , cap. 1.'».

pendante de tout ce qui lui est étranger, une constance immobile et A l’épreuve des plus rades coups, un courage intrépide qui s’anime à la vue du danger, une fécondité de ressources qui naît dos contre-temps mêmes, une présence d’esprit qui envisage tout et donne ordreà tout, enfin une fermeté d’Ame qui se sulTit à ellemême et qui est capable de soutenir les autres.

Cette sorte de gloire a manqué à Cyrus'. 11 nous apprend lui-méme que, pendant tout le cours de sa vie, qui fut assez longue, jamaisaccun accident fAcheux n’en troubla la l'ouceur. et que tout lui avait réussi comme il pouvait le souhaiter. Mais il nous apprend en même temps une chose qui est presque incroyable, et qui étaiten lui la source de cette égalité d’toe et de cette modération qu’on ne pouvait se lasser d’adm i rer ; c’est qu’au milieu d’une prospérité si constante , il conservait toujours au fond du cœur une crainte secrète dans la vue de ce qui pouvait lui arriver, laquelle ne lui permcllait point de s’abandonner ni A une fierté insolente, ni même à une joie excessive.

Il me resterait A examiner un point décisil pour la réputation de ce prince , mais que je ne loucherai que légèrement : c’est la naluri' de ses victoires et de ses conquêtes ; car si elles n’étaient fondées que sur l’ambition , l’injustice, la violence, Cyrus , loin de mériter les louanges qu’on lui donne, ne devrait être ranüe que parmi ces brigands fameux de l’univers, ces ennemis publics du genre humain *, qui ne connaissaient d’autre droit que la force , qui regardaient les régies communes de la justice comme des lois qui n’obligent que les particuliers , et qui aviliraient la majesté royale ; qui ne bornaient leurs desseins et leurs prétentions que par l'impuissance d’aller aussi loin que leurs désirs ; qui sacrifiaient A leur ambition la vie d’un million d’hommes; qui menaient leur gloire A tout détruire , comme les torrents et les embrasements; et qui régnaient comme le feraient les ours et les lions’, s’ils étaient les maîtres.

* Cyrop. lib. 8, pag. 23t.

* « Id in suromi rortuoi cquiiu: , qaod vatidius. £t su tt rclinerf , prisais domùs: de aticnis ccrtarc, regiam

I « laudfm es*e. » (Tacit. Amui/. lib. iô, cap. 1.)

I ^ « Qds alla viia e.s5il . si Icoiips ursique regaareon*

! 'Sb."«ec. de C/ern. lib. 1. tap. 20.1

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