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Voilà ce que sont dans la vérité la plupart de CCS prétendus héros que le siècle admire ; el c’est par de telles id>Vs qu’il faut corriger l’impression que les injustes louanges de quelques historiens et le sentiment de plusieurs personnes séduites par l’image d’une fausse grandeur, font sur les esprits.
Je ne sais si ma prévention pour Cyrus m'aveugle, mais il me semble qu’il était d’un cararlére tout différent de ceux dont je viens de tracer le portrait ; non que je veuille le justiOeren tout, ni l’exempter d’ambition, qui sans doute était l’âme de toutes ses entreprises ; mais il respectait les lois, et savait qu’il y a des guerres injustes où celui qüi les entreprend mal a propos se rend responsable de tout le sang qui y est répandu. Or, une guerre est telle lorsque le prince n’y est porté que par le motif d’étendre ses conquêtes , ou d’acquérir une vaine réputation, ou de se rendre terrible à ses voisins.
Nous avons vu Cyrus *, à l’entrée de la guerre, fonder uniquement l’espérance du sucrés sur la justice de sa cause , el scpréscnler aux soldats , pour les remplir de courage et d’assurance, qu’ils n’étaient point les agressi’urs, que c’était rennemi qui les avait attaqués, el qu’ils avaient droit à toute la protection des dieux , qui semblaient eux-mêmes leur aioir mis en main les armes pour marcher à la défense de leurs alliés injustement opprimés. IJuand on examine avec quelque soin les conquêtes de Cyrus , on reconnaît qu’elles furent pn'sque toutes la suite des victoires remportées contre Crésus , roi de Lydie , qui était maître de la plus grande partie de l’Asie Mineure, el contre le roi de la Babylone, qui l’élail de toute la haute Asie el de beaucoup d’autres contrées, qui tous deux étaient les agresseurs.
C’est donc avec raison que Cyrus est représenté comme un des plus grands princes qui aient paru dans l’antiquité, cl son règne proposé comme le modèle d’un gouvernement parfait, qui ne peut être tel si la justice n’eu est la base et le principe : Cyrus à Xenophonle scriptus ad justi effigiem imperii’.
' Xroopb. Cjrop. lib. 1 , pag. 25.
» (tic. liti. I . eP***- * Quiat- fr*U.
$ IV. — DirrâRE.xccs estre II2rodote et XtsopHus
AC SCJET DE CVRCS.
Hérodote et Xénophon, qui conviennent parf.iilemenl dans ce qui peut élrc considéré comme le fond et l’essentiel de l’hisloire de ' Cyrus, el surlout dans ce qui regarde son expédition contre Babylone el scs autres conquêtes, suivent des roules toutes différentes dans le récit qu’ils font de plusieurs faits Irés-importanls, tels que sont la naissance cl la mor' de ce prince, et l’élablissemenl de l’empire des Perses. Je me crois obligé de donner ici un abrégé de ce qu’en dit Hérodote.
11 raconte', el après lui Justin, qu’Aslvage, roi des Mèdes, sur un songe effrayant qui lui annonçait que le fils qui naîtrait de sa fdle le détrônerait, donna sa fdle Mandane en mariage à un homme de Perse, d’une naissance el d’une condition obscures, nommé Cambyse.
Un fds étant né de ce mariage, le roi chargea Uarpagus, l’un de sc*s principaux officiers, de le faire mourir. Celui-ci le donna à l’un des bergers du roi pour l’exposer dans une forêt. Mais l’enfant ayant été sauvé miraculeusement, et nourri en secret par la femme du berger, fut dans la suite reconnu par son grand-père, qui se coidenla de le reléguer dans le fond de la Perse , cl fil tomber toute sa colère sur le malheureux Uarpagus , à qui il donna son propre üls à manger dans un festin. Lejeune Cyrus, plusieurs années après, averti par Uarpagus de ce qu’il était, et animé par ses conseils et scs remontrances, leva une armée en Perse, marcha contre Aslyage, le défit dans un combat, et fit ainsi passer l’empire des Médes aux Perses.
Le même Hérodote’ fait mourir Cyrus d’une manière peu digne d’un si grand conquérant. Ce prince, selon lui , ayant porté la guerre contre les Scythes , et les ayant attaqués dans un premier combat, fit semblant de prendre la fuite, après avoir laissé dans la campagne une grande quanlilé de vin cl de viandes. Les Scythes ne manquèrent pas de se jeter dessus. Cyrus revint contre eux, et, les ayant trouvés tous enivrés et endormis, les délit sans peine,
• HrnxI. Ub. t , CEp. 107 130. — JuMin. Ub. 1, cap. 1-6.
• llcrwl. lib. 1 , c«p. 20.V21 1. - Juslln. Ilb. 1 . c/ip. 8.
et fil un grand nombre de prisonniers , parmi lesquels se Irouva le fils de la reine, nommée Tomyris , laquelle commandait l'armée. Ce jeune prince, que Cyrus avait refusé de rendre il sa mère, étant revénu de son ivresse, et ne pouvant souffrir de se voir captif, se donna la mort. Tomyris , animée par le désir de la vengeance, présenta un second combat aux Perses, et, les ayant attirés à son tour dans des embûches par une fuite simulée, en tua plus de deux cent mille, avec le roi Cyrus; puis, ayant fait couper la tête de Cyrus, elle la mit (larjs une outre ])leine de sang, en lui insultant par ces paroles : « Cruel ‘ que lu es, ras- « sasie-loi après la mort du sang dont lu as « eu soif pendant la vie, et dont lu as toujours « été insatiable. »
Le récit que fait Hérodote des premiers conunencemenls de Cyrus, a bien plus l’air d’une fable que d’une histoire. Pour ce qui regarde sa mort, quelle apparence qu’un prince si expérimenté dans la guerre, et plus recommandable encore par sa prudence que par son courage, eût donné ainsi dans des embûches qu’une femme lui aurait préparées? Ce que le même historien ® rap|)orle du brusque emportement et de la puérile vengeance de Cyrus contre un fleuve * où l’un de ses chevaux sacrés s’élail noyé, et qu’il fil couper sur-lechamp par son armée en trois cent soixante canaux *, combat directement l’idée qu'on a de ce prince, dont le caractère était la doiiceurel la modération. D’ailleurs, est-il vraisemblable que Cyrus , marchant à la conquête de Babyjone, perdit ainsi un temps qui lui était si précieux, consumât l’ardeur de ses troupes dans un travail si inutile, et manquât l’occasion de surprendre les Babyloniens en s’amusant à faire la guerre à un fleuve au lieu de la porter contre les ennemis ?
Mais ce qui décide sans réplique en faveur de Xénophon, est la conformité de son récit avec l’Écriture sainte, où l’on voit que, bien loin que Cyrus eût élevé l^cmpire des Perses sur la ruine de celui des Médes , comme
‘ « Snlia le , Inquil, sanguine quem silisti , rujusque iu- « saliabllis semper fuisü. « (JtsTi.t. Itb 1 , cap. 8.)
• llerod. lib. 1 , cap. 185)
^ Gyndc.s.
* Scncc. lib. 3. de Ird, c.ap.2l.
le marque Hérodote, ces deux peuples, de concert , attaquèrent Babylone , et joigiiirenl leurs forces pour abattre celle redoutable puissance.
D’où peut donc venir une si grande différence entre ces deux historiens? Hérodote nous l’explique. Dans l’endroit même où il rapporte la naissance de Cyrus, et dans relui où il parle de sa mort, il avertit que dés lors il y avait différentes manières de raconter ces deux grands événements. Hérodote a suivi celle qui était de son goût, et l’on voit qu’il aimait les choses extraordinaires et merveilleuses, et qu'il y ajoutait foi Irés-facilemciil. Xénophon était plus sérieux et moins crédule; et il nous avertit dés le commencement de celle histoire qu’il s’élail informé avec grand soin de la naissance de Cyrus, de son caractère cl de son éducation.
CHAPITRi: II.