UISTOHE DE SMERDIS LE MAGE
L’Écriture lui donne le nom (rArtaxene'.
Il ne régna 'que sept mois , ou peu de chose plus. Dés que, par la mort de Cambyse, il lui alTermi sur le trône, les Samaritains lui écrivirent une lettre contre les Juifs, qu’ils lai représentaient comme un peuple remuant, séditieux et toujours prêt à se révolter. Ils en obtinrent un ordre qui portait défense ani Juifs de pousser plus loin la construction de leur ville et de leur temple. L’ouvrage demeura suspendu jusqu’à la seconde année de Darius, environ l’espace de deux ans.
Le mage , qui sentait bien de quelle importance il était pour lui qu’on ne pùt découvrir son imposture, affecta, dés le commcnccmenl de son régne, de ne se point montrer en public , de se tenir enfermé dans le fond de son palais, de traiter toutes les affaires par l’entremise de quelques eunuques, et de Délaisser approcher de sa personne que ses plus intimes confidents.
Pour mieux s’affermir encore sur le tréoe qu’il avait usurpé ’, il s’appliqua, dés les premiers jours de son régne, à gagner l’affection de ses sujets, en leur aceordant une exemption de taxes et de tout service militaire pendant trois ans; cl il les combla de tant de grSca. que sa mort fut plcurée de tous les peuples d’Asie, excepté les Perses, dans la révolution qui arriva bientôt après.
Mais les précautions mêmes qu’il prenait ‘ pour dérober la connaissance de son état nai grands de la cour et au peuple faisaient soupçonner de plus en plus qu’il n’était pas le vé-
< An. M. 348Ï ; IV. J. C. 5*î. — 1. Ewlr. ♦, 7-14.
s Ilerod. lib. 3, cap. G7.
> Cap.M.
riUMe Smerdis. Il avait épousé tonies les femnies de son prédécesseur, entre autres Atosse, qui était fiile de Cyrus , et Phédime : celle-ci élait fille d’Otanes , l’un des plus grands seigneurs de Perse. Son |>ére lui envoya demander par un homme bien sûr si le roi était le véritable Smerdis, ou quelque autre. Elle répondit que, n’ayant jamais vu Smerdis, fils de Cyrus, elle ne pouvait dire ce qui en était. Otanes, ne se contentant pas de celle réponse, lui envoya dire de s’informer d’Alosse , à qui son propre frère devait être connu , si c’était lui ou non. Elle répondit que le roi , quel qu’il fût, du premier jour qu’il était monté sur le Irène, avait distribué ses femmes dans des appartements séparés, afin qu’elles ne pussent avoir entre elles aucune communication, et qu’ainsi elle ne pouvait approcher d’Alosse pour savoir d’elle ce qu’il souhaitait. Il lui envoya dire que, pour s’en éclaircir, lorsque Smerdis serait avec elle lu nuit, et qu’il dormirait d’un profond sommeil , elle examinai adroitement s’il avait des oreilles. Cyrus les avait bit autrefois couper au mage pour de certains crimes dont il avait été convaincu. Il fil entendre à sa fille qu’en cas que ce fût lui, il n’était digne ni d’elle, ni de la couronne. Phédime promit que , quand son jour viendrait, elle exécuterait les ordres de son père, é quelque danger qu’ils l’exposassent. En effet, elle profila de la première occasion pour faire cette épreuve; et ayant trouvé que celui avec qui elle couchait n’avait point d’oreilles, elle en avertit son père; et la fraude fut ainsi sûrement découverte et constatée.
Otanes sur4e-champ forma une conspiration avec cinq des plus grands seigneurs persans ‘, et Darius, illustre seigneur persan, dont le père, Uystospe, élait gouverneur de la Perse , étant survenu fort k propos dans le moment même, fut associé aux autres, et pressa fort l’eiécalion* L’aSiirc fut conduite avec un grand secret, et fixée au jour même, de peur qu’elle ne s’évenUt.
Pendant qu’ils délibéraient ainsi entre eux*, un événement auquel on ne pouvait pas s’attendre déconcerta ëlrangemenl les mages.
• Hercd. IH>. 3. cap.70-T3.
‘ Cap. 71-75.
Pour délcurner tout soupçon, ils avaient proposé à Prexaspe de déclarer devant le peuple, qu’ils feraient assembler pour cet effet, que le roi était vérilablemenl Smerdis, fils de Cyrus; et il l’avait promis. Ce jour-là même le peuple fut assemblé. Prexaspe parla du haut d’une tour; et, au grand étonnement de tous les assistants, il déclara avec une entière sincérité tout ce qui s’était passé; qu’il avait tué de sa propre main Smerdis par l’ordre de Cambyse son frère ; que celui qui occupait le trône était le mage, qu’il demandait pardon aux dieux et aux hommes du crime qu’ii avait commis mab gré lui et por nécessité. Après avoir ainsi parlé, il se jeta du haut de la tour la tête en bas, et se tua. Il est aisé déjuger quel trouble cette nouvelle répandit dans le palais.
Les conjurés ' , qui ne savaient rien de ce qui venait d’arriver, y entrèrent sans qu’on soupçonnât rien d’eux. Comme c’étaient les plus grands seigncuis de la cour, la première garde ne songea pas même à leur demander à qui ils en voulaient. Mais quand ils furent prés de l’appartement du roi, et que les officiers firent mine de leur en refuser l’entrée, alors tirant leurs sabres, ils firent main-basse sur tout ce qui se présenta à eux. Smerdis le mage et son frère , qui délibéraient ensemble sur ce qui venait d’arriver , ayant entendu du bruit , prirent leurs armes pour se défendre, et blessèrent quelques-uns des conjurés. L’un des deux frères fut tué sur-le-champ ; l’autre, s’étant sauvé dans une chambre plus reculée, y fut poursuivi par Gobryas et Darius. Le premier, l’ayant saisi par le corps, le tenait serré fortement entre ses bras. Comme iis étaient dans les ténèbres , Darius n’osait lui porter de coup, de peur de tuer l’autre en même temps. Gobryas , sachant son embarras , L'obligea de passer son épée à travers le corps du mage, dût-il les percer tous deux ensemble ; mais il le fil avec tant d’adresse et de bonheur, que le mage seul fut tué.
Dans lu moment même * , les mains encore ensanglantées, ils sortirent du palais, parurent en public , exposèrent aux yeux du peuple la tète du faux Smerdis et celle de sou frère Pa-
< Herod.llb. 3,cip.7S-78.
■ Csp.T»
tisithe, et (lèfoiivrirenl loiite \’iiii|)oslure. Le peuple en fui si Iransporie de foreur, qu’il se jela sur lous roux qui eiaienl de la sorte de rusurpaleur, et en massacra autant qu'il en put rencontrer. Pour cette raison , le jour où celte exécution fut faite devint dans la suite une fête annuelle chez les Perses, qui la soleniiisaicnt avec grande joie. Klle fut appelée le massarre des mayes. Aucun d’eux, ce jour-lù, n’osait paraître eti public.
Quand le tumulte et le trouble ', inséparables d’un tel événement , furent apaisés, les sei(;çneurs qui avaient fait périr l’usurpateur tinrent conseil , et délibérèrent ensemble sur la forme de gouvernement qu’il étiiit à propos d’établir. Otanes parla le premier, et commença par se déclarer contre la monarchie , dont il exagéra avec force les dangers et les inconvénients. tels, selon lui surtout à cause du pouvoir absolu et sans bornesqui y est attaché, que le plus homme de bien ne peut pas tenir contre, et en est prcs(]ue infailliblement renversé. Il conclut ù remettre l’autorité entre les mains du iMîuple. Mégabyse , qui opina le second , adoptant tout ce que le premier avait dit contre l’état monarchique , réfuta ce qui regardait le gouvernement populaire. Il représenta le peuple comme un animal violent, féroce, indomptable , qui n’agit que par caprice et par passion. Encore un roi, disait-il, sait ce qu’il fait; mais le peuple ne connaît rien , n’écoute rien et se livre aveuglément à ceux qui ont su se rendre maître de son esprit. Il se rabattit donc ù l’aristocratie, où un petit nombre d’hommes sages et expérimentés ont tout le pouvoir. Darius parla le troisième , et montra les inconvénients de l’aristocratie , appelée autrement l’oligarchie , ofi régnent l’envie , la déliance, la discorde , le désir de l’emporter sur les autres, sources naturelles des factions, des séditions, des meurtres , auxquels, pour l’ordinaire, on ne trouve de remède qii’en se soumettant à l’autorité d’un seul, ce qu’on api>elle mimarchie , qui , do tous les gouvernements, est le plus louable, le plus sOr, le plus avantageux, rien n’étant comparable au bien que l>eut faire dans un état un bon prince, dont le pouvoir égide la bonne volonté. « Enfin , dit-
‘ lIcMQd. liî). 3, f-ap. 8(»-h3.
« il , pour terminer la question par un fait qui « me parait décisif et sans réplique, j) qurfle « sorte do gouvernement l’empire des l^rses « doit-il la grandeur où nous le voyons? n’est- « ce pas à celle que je propose?» Tous les autres seigneurs se rangèrent de l’avis de Darius, et il fut arrêté que la monarchie seraK continuée sur le même pied que Cyrus l’avait établie.
Il ne s’agit plus que de savoir qui d’entre eux serait roi , et de déterminer la manière dont on procéderait ù cette élection ils crurent devoir s’en rapporter au choix des dieui. Pour cela, on convint que le lendemain ils se trouveraient ù cbeval au lever du soleil dans un certain endroit du faubourg de la ville qui fut marqué , et que celui-là serait roi , dont le cheval hennirait le premier; car, le soleil étant la grande divinité des Perses, ils pensèrent que de prendre cette voie , ce serait lui déférer l’honneur de l’élection. L’écuyer de Darius, ayant appris ce dont ils étaient convenus, s’avisa d’un artifice pour assurer la couronne i son maître. Il attacha la nuit d’auparavant une cavale dans l’endroit où ils devaient se rendre le lendemain matin, et il y amena le cheval de son maître. Les seigneurs s’étant trouvés le lendemain ou rendez-vous, le cheval de Darius ne fut pasplutét dans l’endroit où il avait senti la cavale, qu’il hennit : sur quoi Darius fut salué roi par les autres, et placé sur le Iténf . Il était fils d’Hystnspe, Perse de nation, de la famille royale d’Achémène.
L’empire des Perses étant ainsi rétabli et affermi par la sagesse et par la valeur dures sept seigneurs , iis furent élevés sous le nouveau roi aux plus grandes dignités, et honorés des plus grands privilèges. Ils eurent le droit d’approcher de sa personne tontes les fois qu’ils le voudraient , et d’opiner les premiers sur toutes les afTaires de l’empire. Au lieu que tons les Perses portaient la tiare du le tiirlun le bout renversé en arrière, à la réserve du mi (jui le portail droit, ceux-ci eurent le pririléje de le porter le bout tourné en avant , en inivmoire de ce que , lorsqu’ils atlaquèrcnl les mages, ils l’avaient tourné de cette manière , afin lie se mieux reconnaître dans la confusion.
‘ lliioi!. ilb. 3, raji.
Ucpnig ce lemps-là les rois de Perse de celte race ont loojoors eu sept conseillers ainsi privilégiés.
Je termine ici l’iiisloire du royaume des Perses, réservant le reste pour les volumes suivants.