‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 3)Chapitre 51 sur 125 · PERSES · texte numérisé non relu

PERSES

Je joins ici ce qui regarde les mœurs et les coutumes de toutes ces nations, parce qu’elles ont ensemble une grande conformité sur plusieurs |M)inls; que je me trouverais exposé à de fréquentes redites, si je voulais les traiter séparément ; et qu'è l'exception des Perses , tes auteurs anciens nous apprennent peu de chose des mœurs des autres peuples. Dans ce que je me' propose d’en dire, je traiterai principalement quatre chefs : le gouvernement, la guerre , les sciences cl les arts , la religion ; après quoi j’exposerai quelles ont été les principaies causes de la décadence et de la ruine du grand empire des Perses.

Article I. — Dn socveeseuest.

Apres avoir dit un mot de la nature même du gouvernement qui régnait en Perse , et de la mairière dont les enfants des rois y étaient élevés, je considérerai quatre choses : le conseil puüic, où s’examinaient les affaires de l’état , l’administration de la justice, le soin des provinces, le bon ordre dans les finances.

g I. Etat houabcuiqi'f.. Respect pobb les bois.

HAnitEE DORT LBCBB BMP ARTS BtAIERT AlEVÉS.

Le gouvernement monarchique , que nous appelons royauté, est, de tons lesgouvcmemenls, le plus ancien , le pins généralement répandu , le plus propre à maintenir les peuples dans la poix cl l’union, cl le moins exposé lui rérolutions cl aux vicissitudes qui agitciil

les états. C’est ce qui a porté les plus sages écrivains de l’antiquité , l'Ialon , Aristote , Plutarque, et , avant eux, Hérodote, & donner nettement la préférence A cette sorte de gouvernement sur tous les autres. C’est aussi le seul qui ait lieu dans tout l’Orient, où le gouvernement républicain était absolument inconnu.

Les peuples y rendaient de grands honneurs au prince régnant ‘, parce qu’ils respectaient en lui le caractère de la Divinité dont il était l’image vivante, et dont il tenait la place A leur égard , éUnt établi sur le trône par la main du souverain Maître, et revêtu de son autorité pour être envers eux le ministre de sa bonté et de sa providence. C’est ainsi que parlaient et que pensaient les païens mêmes : Pn'ncipem dat ikxu, qui erga omne hominum genut vice sud fungatur^.

Ces sentiments sont très-louables et très-, justes. 11 est certain que les respects les plus profonds sont dus A la souveraineté , parce qu’elle vient de Dieu , et qu’elle est toute destinée au bien public ; et il est visible en même temps qu’une autorité qui ne serait [«s respectée selon toute l’étcndne de son pouvoir , ou deviendrait absolument inutile, ou serait trèslimitée dans les bons effets qui en doivent suivre. Mais, dans le paganisme , ces hommages , justes et légitimes, en eux-mêmes, étaient souvent portés trop loin. 11 n’y a que la religion chrétienne qui sache se tenir dans de justes bornes, a Nous honorons l’empereur', disait « Tertullien au nom de tous les chrétiens, mais n de la manière qui nous est permise et qui R lui convient ; c’esl-A-dirc comme un homme n qui tient le premier rang après Dieu, de qui R seul il a reçu tout ce qu’il est, et qui ne voit R sur la terreau-dessus de lui que Dieu seul . n C’est pour cela qu’il l’appelle dans un autre endroit une seconde majesté , qui no le cède qu’A la première : keligio secundœ nuqestaiis*.

< Plut, in TlieRiIsl. pag. 125. Ad. priiic. Indoct. |iag. 700.

• PHn. In Paneg. Tnj.

a R Colinua impErUorcin ak , quoroodd el nobls Itect , R et ipsi eipedit ; ut homiucm à Dca aerunduni , et quir- « quid cal à Dco fonaoculum , cl aolo üco minorem. » (Tf.rtci.l. lib. ad icap.)

a .XiMjIog. cap- Où.

Cha les Assyriens , et encore plus chez les Perses , le prince se faisait appeler le grand roi , te roi des roie. Déni raisons purent porter ces princes à prendre ce titre faslueui : l’une, parce que leur empire était formé par la conquête de plusieurs royaumes réunis sous une seule domination ; l’autre , parce qu’ils avaient à leur cour ou dans leur dépendance plusieurs rois qui étaient leurs vassaux.

La royauté passait des pères aux Gis, et pour l’ordinaire à l’alné Quand celui qui devait un jour monter sur le trône était venu au monde, tout Vempire en témoignait sa joie par des sacriOces , des festins , et toutes sortes de réjouissances publiques ; le jour de sa naissance était dans la suite un jour de fête et de solennité pour tous les Perses.

La manière dont on élevait le futur maître de rpmpire est admirée par Platon, et proposée aux Grecs comme nn modèle parfait en ce genre.

Il n’était point livré totalement au pouvoir de la nourrice, qui pour l’ordinaire était une femme d'une basse et obscure condition. On choisissait parmi les eunuques , c’est-à-dire parmi les premiers olliciers du palais , ceux qui avaient le plus de mérite et de probité, pour prendre soin du corps et de la santé du jeune prince, jusqu’à l’àge de sept ans, et pour commencer à former ses mœurs. Alors on le tirait d’entre leurs mains, et on le conQait à d’autres maîtres, pour continuer de veiller à son éducation, pour lui apprendre à monter à cheval dés que ses forces pouvaient le permettre, et pour t’exercer à la chasse.

A l’àge de quatorze ans, lorsque l'esprit commence à avoir plus de maturité, on lui donnait pour son instruction quatre hommes des plus vertueux et des plus sages de l’état. Le premier, dit Platon, lui apprenait la magie, c’est-à-dire, dans leur langage, le culte des dieux selon les anciennes maximes, et selon les lois de Zoroastre, Gis d’Uromase ; et il lui donnait en même temps les principes du gouvernement. Le second l’accoutumait à dire la vérité et à rendre la justice. Le troisième lui enseignait à ne se laisser pas vaincre par les volnplés, aHn d’étrc toujours libre cl vraiment

roi, roattre de Ini-mérae et de ses dèws. Le quatrième fortiGait son courage contre U crainte, qui en eût fait nn esclave, et loi inspirait une sage et noble assurance, si oéces- ^ire pour le commandement. Chacun de ces gouverneurs excellait éminemment daai la partie de l’éducation qui lui était conGèe. L’un était recommandable surtout par la connaissance de la religion et l’art de régner ; f autre par l’amour de la vérité et de la justice; celailà par la tempérance et l’éloignement des plaisirs; un dernier, eoGo, par une force et uns intrépidité d’àmc non communes.

Je ne sais si celte multiplicité de matltti, qui avaient sans doute différents caractères, et peuUétre diOérents intérêts, était fort propre pour le dessein qu’on se proposait, et s’il était possible que quatre hommes convinssent ensemble des mêmes principe^ et tendissent de concert au même but. On craignait apparenrment de ne pas trouver réunies dans une seule personne toutes les quaHtés qu’ils jugeaicul nécessaires pour bien élever l’héritier présomp tif de la couronne, tant ils avaient, même dans ces temps de corruption, une grande idée de l’éducation d’un prince.

Quoi qu’il en soit, tous ces soins, comme le remarque Platon au même endroit, étaient rendus inutiles par la pompe, le luxe, la magniGcence qui environnaient le jeune prime de tous côtés ; par le nombreux cortège d’ofSciers qui le servaient avec une soumission servile; partout l’attirail d’une vie molle et voluptuense , oû l’on ne paraissait attentif qu'à inventer de nouveUes délices : dangers que le plus excellent naturel ne pouvait surmonter. I-es mœurs corrompues de la nation l’entraînaient donc bientôt dans les plaLsirs, contre lesquels nulle éducation ne peut tenir.

Celle dont parle ici Platon ne peut regarder que les enfants d’Artaxerxe, surnommé Longue-Main, Gis et successeur de Xerxès, du temps duquel vivait Alcibiade, qui est introduit dans le dialogue dont cette obsenation est tirée; car Platon, dans un autre endroit que nous citerons dans la suite, nous apprend que ni Cyrus, ni Darius ne songèrent à donner une bonne éducation aux jeunes princes leurs Gis : et ce que l’histoire raconte d’Arlaiorxc Longuc-.Main donne lieu de croire qu’il

I Ftal. in Aldb. i . pag. 121.

fut plus attentif que ses prédécessean à bien filtre élever ses enfants ; mais il fut peu imité par ceux qui lui succédèrent.

(U. — CoHscn. mue , os •'ixximiiuniT

LM AfrAlAKI DB L’AtAT

Quelque absolue que fût l’autorité des rois cftei les Perses, elle était pourtant retenue dans de certaines bornes par l'établissement du conseil que l'éhit leur donnait, conseil composé de sept des principaux chefs de la nation, plus recommandables encore par leur habileté et leur sagesse que par leur naissance. Nous avons vu l'ori^ne de cet établissement dans la conspiration des seigneurs de Perse, lesquels, au nombre d ■ sept, conjarérent contre Smerdis le mage, et le firent mourir.

L’Écriture marque qu’Esdras fUt envoyé I dans la Judée au nom et par fantorilé du roi I Artaxerxe et de ses sept conseillers ; A faeie rtgit et leptem emsiKariorum «ÿtis missus I rst '. La même Ecriture, longtemps auparavant, et sous le régne de Darius, appelé aussi I Assuérus, qui succéda au mage, noos apprend I que ces consefilers étaient instruits à fond de I la disposition des lois, des maximes de l’état, I des coutumes anciennes ; qu'ils suivaient partout le prince, qui ne faisait rien, et ne déci- I dait aucune affiiire importante sans les avoir I consultés ; hterrogavii (Assuerui) tapienlet, |. qui ex more regio eemper ei aderant, et i/lo‘ I mm faeiebat eunela eotuUio, tcienlium leget I atjura megorum *,

) Ce dernier passage donne lien a quelques I réflexions, qui peuvent beaucoup contribuer à faire connaître le génie et le caractère du gou- I vernemenl des Perses.

Premièrement, le roi dont il y est parlé, , c’est-à-dire Darius, a été l’un des plus célè- , bres qui aient régné dans la Perse , et l’un , des plus recommandables pour sa sagesse et , sa prudence, quoiqu’il n’ait point été sans dé- I fimts; et c’est à lui, aussi bien qu’à Cyrus, f qu’on attribue la plupart des excellentes lois

> l.EHlr.7. 11.

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qoi y ont toujours subsisté depuis, et qui ont fait comme le fonds et la règle du gouvernement. Or ce prince, quoique fort habile et fort éclairé, crut cependant avoir besoin de conseil, et il ne craignit point, en s'associant ainsi des coadjuteurs dans la décision des aOàires, qu’on le soupçonnât de manquer de lumières ; en quoi il marqua une supériorité de génie qui n’est pas commune, et qoi suppose un grand fonds de mérite ; car un prince qui n'a qu’une lumière et un esprit médiocres est t<ml plein de ses pensées; et plus il est borné, moins il est docile. Il croit qu’ort manque de respect peur lui quand on veut lui découvrir ce qu’il n'aperçoit pas; et il s’ofl'enSe conune d'une injore de ce qu’on ne parait pas persuadé qu’étant le maître, il est aussi le plus clairvoyant. Darius pensait bien solrement, puisqu’il ne faisait rien sans conseil : illorum fadebatetmeta eontilio.

En second lien, Darius, quelque absolu qu’il fût, et quelque jaloux qu’il pût être de la prééminence de son rang , ne crut point y donner atteinte ni l’avilir en acceptant un conseil qui, sans partager avec lui raulorilè du commandement , qui réside Imyours dans la personne du prince, n'avait que celle de la raison, et se bornait à lui foire part de ses lumières et de ses connaissancea. Il était persuadé que le plus noble caractère de la puissance souveraine, quand elle est pure, et qu’elie n’a point dégénéré ni de son origine ni de sa fin, est de gouverner ' par les lois , de régler sur elles ses volontés, et de se croire interdit tout ce qu’elles défendent.

En trobième lieu, ce conseil, qui accompagnait partout le roi (ex; more regio semper ei aderant], était un conseil subsistant et perpétuel, composé des plus grands seigneurs et des meilleures têtes de l’état, qui, sous la direction du prince, et toujours dépendainment de loi, étaient comme la source de l’ordre public, et l’origine de tout ce qui se faisait arec sagesse au dedans et au dehors de l’état. C’étail sur ce conseil que le prince se déchargeait de plusieurs soins, qui l’auraient accablé s'il ne s’^ait fait soulager ; et c’était par lui qu’il exécutait

* « Bestomr à te, et nibjecü tibi . led quciMdmcaûni « lesItHU, mudu. ■ (Paneg, TraJ.) ,

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