‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 3)Chapitre 52 sur 125 · KS · texte numérisé non relu

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ce qui OTail élé résolu. Citait par ce conseil subsistant que les grandes maximes de l’état se conservaient , que la connaissance de ses véritables intérêts se perpétuait , que la suite des aflàires commencées se liait et s'entrete* nait, que les surprises et les innovations étaient empéebées. Car, dans un conseil public et général , les matières sont examinées par des hommes non suspects : tous les ministres sont mutueliement les inspecteurs les uns des autres ; toutes leurs lumières sur les aOaires publiques se réunissent ; et ils deviennent tous également capables de tout ce qui regarde le ministère, parce qu'ils sont obligés de s’instruire de toutes les matières pour opiner sensément, quoiqu’ils ne soient chargés pour l’exécution que d’un emploi limité.

Eattn , et c’est la quatrième réflexion qui me restait é (aire, il est marqué que ceux qui composaient ce conseil étaient instruits è fond des lois , des maiimcs et des droits du royaume ; tàeulium leges ac jura nuyorum.

Deux choses , que l’Écriture nous apprend avoir été observées chez les Perses, pouvaient conUibucr beaucoup à donner au roi et à ceux qui formaient son conseil , les connaissances nécessaires pour bien gouverner : premièrement, ces registres iniblics où tous les arrêts, toutes les ordonnances du prince. Unis les privUégos donnés aux peuples, toutes les grâces accordées aux particuliers, étaient écrites : en second lien *, les annales du royaume, où tous les événements des régnes passés, les résolutions prises, les réglements établis, les services rendus par les particuliers , étaient rapportés fort exactement et dans un grand détail ; annales qui étaient soigneusement gardées, et souvent lues par les princes et par les ministres , pour s'instruire du passé , pour prendre une idée nette de l’état du royaume , pour éviter une conduite .vrbilraire , inégale, incertaine; pour conserver l’iiniformité dans le maniement des affaires , et pour puiser dans In lecture de ces livres les Inmièrcs nécessaires pour bien conduire l’état.

' I.Fjalr. r>,t7rlfl,2.

• E>tir. ï , iô. cl f), 1.

gui. — AoaraUTaxTioxDXLxjDnici.

C’est la même chose d'élre roiet d’éUe juge/ Le trône est un tribunal, et la souveraine autorité est un pouvoir suprême de rendre justice. « Dieu vous a établi roi sur son peuple,

« disait la reine de Saba à Salomon , aGn que « vous le jugiez , et que vous lui rendiez jasât lice ' . » C’esl pour mettre les princes en étal de ne craindre que Dieu, qu’il 1^ a tout Komis. Il a voulu les attacher inviaciblemenU la justice , eo les rendant indépendants. 11 leur a donné tout son pouvoir , afin qu’ils ne pussent s’excuser sur leur faiblesse ; et il les s rendus maîtres de tous les moyens capables d’anélet l’oppression et l’injustice, afin que devsnl eus elles fussent loujours trenablantes et hors d’étal de nuire & qui que ce fût.

Mais qu’est-ce que cette jostioe qne Dieu a confiée aux rois, et dont il les a rendus gannis? c’est k même chose qne l’ordre : et fonlrt consiste en ce que l’égaUtë soit gardée, et qur la forte ne tienne pas lieu de ksi ; que ce qui est à l’un ne soU pas exposé à la violeice d ut autre; que les iiens communs de la sociëlè k soient pas rompus; que l’artifice et la fraude ne prévalent jamais sur i’mnoccnce et Is sinsplicité; que tout soit en paix sons la protection des lois; et que le faible d’eattek citoyens soit mis en sûreté par rautorité publique.

Il parait, parplusiears endroits del'hisioite. que les rois de Cerse rendaient la justice par Fux-mémes. C’était pour les mettre en étal de remplir dignomeiil celle obligation , qne dis leur jeunesse on avait soin de les instmirr dans la connaissance des lois du pays, et que dans les écoles publiques, comme nous l’avots dit de Cyms, on leur oppronail ta jusliee rie b même manière qu'on enseigne ailleurs la tirétorique d la philosophie.

Voilé le devoir essentiel de la rovaaté. Ilfrd juste et absolument nécessaire que le princ soit aidé dans cette auguste fonction , comiru' il l’est dans les autres; mais être aidé net point être dépouillé. Il demeure juge comm ' il demeifre roi. Il commuuique sort anlorilr''. mais satrs quitter sa place , ni In partager. Il

' 2. rural. « . 8

2tT5

parall donc absolument nécossairo qu’il doniio quelque temiis ft l’iMude du drott publie , non pour entrer dans un grand dtlnil des lois, mais pour s’instruire des principales r^'gles do la jurisprudence du pays, et pour se mettre en élatde rendre J uslit e, et d'opiner avec lumière sur des queslions importantes. Les rois de Perse ne montaient ixiint sur le Irdne sans s’d- Ire mis pendant quelque temps sous la conduite (les mages, pour apprendre d’cui Cette science, dont ils étaient seuls dépositaires , aussi bien que dp celle de la religion.

Puisque c’est au prince seul que la jnstice a été confiée, et qu’il n’y a dans ses étals aucun antre pouvoir de la rendre que celui qu’il communique, c’est donc à lui à examiner entre les mains de qui il remet une partie de ce précieux dépôt, pour connaître si ceux qu'il place si prés du trône méritent de partager avec lui son anlorité, et pour en écarter sévèrement tous ceux qu’il jugera iodignes de cet honneur. U paratl (qu’en F^rse les rois veillaient avec grand soin A ce que ia jnstice fût administrée avec beaucoup d'intégrité et de désinléreascmenl ; et l’un de ces juges royaux ‘, car on les appetait ainsi, s’étant laissé corrompre par des présents, fut impitoyablement condamné A mort par Cambyse , qui ordonna qu'on mil sa peau sur le siège oti ce juge inique avait coutume de prononcer ses jugements, et où son 61s, qui saocédait A sa charge, devait s’asseoir, afin que le lieu toéme où il jugerait l'averlil continneUement de son devoir.

Les juges ordinaires étaient pris dans le corps des vieillards’, où l’on n’entrait qu’A l’Age de cinquante ans ; ainsi personne n'exerfait lo judicatnre avant ce temps, les Perses étant persuadés qu’on ne pouvait apporter trop de ma- Inrilé A un emploi qui décide des biens, de la répulation et de la vie des citoyens.

Il n’était permis ni aux particuliers de faire mourir un esclave ’, ni au prince d’infliger peine de mort contre aucun de ses sujets pour une première et unique fiiute, parce qu’elle pouvait être regardée moins comme la marque d’une volonté criminelle que comme l’elfet de la faiblesse et de la fragilité humaine.

* Iforod. lib. 5, ra|k. 23.

’ Veno|ib. <Iyrup. lib. 1 , p.-i(2. 7

5 ilcrod. m>. 1, cap, 137.

Les Perses croyaient qn'il était raisonnable de mètlre dans la balance d(î la jnstice le bien comme le mal, les mérites du coupable aussi bien que ses démérites, et qu’il n’était pas juste qu’un seul crime effiiçAl le souvenir de toutes les bonnes actions qu’un homme aurait faites pendant sa vie. C'est par ceprincipcqnc Darius ', ayant eondamnéA mort un jngeparre qu’il avait prévariqné contre son devoir, et s^élant souvenu des sen'ices imporlatils qneec juge avait rendus A félat et A la famille royale, révoqua sa sentence dans le moment même qu’elle allait être mise A exécution, reconnaissant qu’il l’avait prononcée avec plus de précipilalioii que de sagesse *.

Mais une loi importante et esscnli('lle pour les jugements, éluit, en premier tien, de ne condamner jamais un ronpnble sans lui avoir confronté' ses aecusateurs, et sans lui avoir laissé le temps et fourni tous les moyens de répondre aux chefs d’accnsalion intentés contre lui; en second lieu, de condamner le délatenr aux mêmes peines qu’il voulait faire souffrir A l’accusé , s’il se trouvait innocent. Arla.verxc ’ donna un bel exemple de la juste sévérité qu’on doit employer dans ees occasions. L'n de s(^s favoris lui avait rendu suspecte la fidélité de l’un de ses meilleurs olflciers, dont il ambitionnait la place, et avait envoyé contre lui des mémoires pleins de calomnie, espérant de son crédit aupn'-s du prince qu’il l’cn croirait sur sa simple parole , et qu’il n’entrerait dans aucun examen : car tel est le caracU’’re du délateur, il craint la lumière et les preuves; il désire fermer A l’innocence tout accès auprès du prince, et lui ôter tout moyen de se justifier. L’oflicier fut mis eu prison. Il demanda au roi qu'on lui doniiAt-des juges, elqu’oii produisit les preuves. 11 n’y eu avait point d’autre que la letire que son ennemi même avait écrite contre lui. Sou innnetmee fut donc reconnue, et pleinement jusliliéc par les (rois commissaires nommés pour l'examen de sa cause ; et le roi fil tomber tout le poids de son indignation contre le perfide calomniateur,

> ll(‘rod. Ub. 7, cap. 10(1. ‘

* Fvovif ûf a jTo,' ii

v'if iXvai.

5 llh.

1^- ' i .'GdiaqIt

qui avait entrepris d'abuser ainsi de la confiance de son maître. Ce prince, qui était fort éclairé, et qui savait ' que la marque d'un sage gouvernement, c'est lorsqu'on ne craint que les lois et non les délateurs, aurait cru qu'en user autrement, ç'aurait été violer ouvertement les régies les plus communes de l'équité naturelle, et même de l'humanité*; ouvrir la porte h l’envie, à la haine, à la vengeance, à la calomnie ; armer de l'autorité publique la noire et détestable malice des délateurs contre la simplicité des plus fidèles sujets, et dépouiller le trdnc du plus auguste privilège qu'il puisse avoir, qui est d'étre l’asile de la justice cl de rinnocence contre la violence et la calomnie.

Un autre roi de Perse*, avant lui, avait donné un exemple encore plus mémorable de fermeté et d'amour de la justice : c’est celui que l'Écriture appelle Assuérus, et que l'on croit être le même que Darius fils d'Ilistaspc, à qui les vives sollicitations d’Aman avaient arraché ce funeste édit qui ordonnait qu'en un certain jour les Juifs, dans toute l'étendue de son empire, seraient exterminés. Quand Dieu lui cul ouvert les jreui par le moyeu d’Esther, il se hlta de réparer sa faute, non-seulement par la révocation de son édit, et par la punition exemplaire du fourbe et de l’imposteur qui l'avait trompé, mais encore plus par un areu public de sa faute, qui devait servir de modèle à tous les siècles et à tous les princes, et leur apprendre que bien loin de dégrader par là leur dignité ou d'alTaiblir leur autorité, ils rendaient l'une et l’autre plus respectables. Après y avoir déclaré qu'il n'est que trop ordinaire aux calomniateurs de surprendre par leurs déguisements et [wr leur adresse la bonté des princes, que leur sincérité naturelle porte à juger favorablement de celle des autres, il ne rougit point de reconnaître qu'il avait eu le malheur de se laisser ainsi prévenir contre les Juifs, qui éhiient les plus fidèles de scs sqjets, et les enfants du Dieu très-haut, à la bonté de qui lui et ses ancêtres étaient redevables de leur trône.

• « Noo jani delalores , w<l kgci limcnlur. » (Pus. <n Pantg. Traj,)

• a Prinrrpt, qui deMorea non c-uligal, irrilal. a (Serros. <n Wbi Domil. cap. 8.)

V £«lhcr , cap. 10.

Les Perses n’étaient pas seulement ennemis de l’injustice ', comme nous venons de le voir, ils avaient encore en horreur le mensonge, qui passa toujours parmi eux pour un vice bas et infamant. Ce qu’ils trouvaient le plus lèche après le mensonge, c’était de vivre d'emprunt. Une telle vie leur paraissait fainéante, honteuse, servile, et d'autant plus méprisable qu'elle portait à mentir.

§ IV. — ATTK5T105 sca LU PaOTIKCU

Il parait facile de maintenir le bon ordre dans la capitale du royaume , où la conduite des magistrats et des juges est éclairée de prés, et où la vue seule du trône est capable de tenir les sujets dans le respect. Il n'en est pas ainsi des provinces, où l'éloignement du prince et l’espérance de l'impunité peuvent donner lieu à beaucoup de malversations de la part des officiers et des magistrats, et de désordres de la part des peuples; c’est h quoi la politique des Perses s’appliquait avec le plus de soin, et l'on peut dire aussi avec le plus de succès.

L’empire des Perses se divisait en cent vingt-sept gouvernements *, dont ceux qui en étaient chargés s'appelaient satrapes *. Us avaient au-dessus d’eux trois principaux ministres qui veillaient sur leur conduite, et è qui iis rendaient compte de toutes les aüàires de leurs provinces, et qui devaient ensuite en faire le rapport au roi. C’était Darius Médus, c’est-à-dire Cyaxare, ou plutôt Cyrus, sous le nom de son oncle, qui avait établi ce bon ordre dans l'empire. Ces satrapes, par leur établissement, étaient chargés de se rendre, chacun danssa province, aussi attentifs aux intérêts des peuples qu’à ceux du prince ; car Cyrus était persuadé qu'on ne devait point mettre de dilTérence entre ces deux sortes d'intérêts qui sont nécessairement liés ensemble, puisque les peuples ne peuvent être heureux si le prince n’est puissant et en état de les défendre, ni le prince être véritablement puissant si les peuples ne sont heureux.

Ces satrapes étaient les personnes de l'état

* Hcrod. lib. 1 , cap. 138.

* Im antrart varlcal Mir le nombre dr* Mtrapiea.

3 XcBoph. Cjrrof). Ilb. 8 , jwg. £2(1 23i.

les plus considérables, à qui Cyms assigna des fonds et des revenus proportionnés à l'imporlance de leurs emplois. Il voulait qu’ils v^ussent noblement dans la province, pour s’attirer le respect et des grands et des peuples qui élaient confiés i leurs soins ; et que par cette raison leur train , leur équipage , leur table , répondissent à leur dignité, sans pourtant sortir des bornes d’une sage et raisonnable modestie. Il se proposait lui-même i eux pour modèle, conune il souhaitait qu’ils le fussent aussi de leur côté pour tous les seigneurs sur lesquels ils avaient quelque intendauce .' en sorte que le même ordre qui régnait dans la cour du prince fût aussi obtervé, à proportion, dans la cour des satrapes et dans la maison des grands seigneurs. An reste, pour prévenir autant qu’il lui était possible tous les abus qu'on aurait pu bire d'une autorité aussi grande qu’était celle des satrapes, il s’en était réservé à lui seul la nomination, et il voulut que les gouverneurs des places, les commandants des troupes, et d’antres pareils officiers, eussent rapport directement su prince, et reçussent de lui les ordres, afin que. si les satrapes veiMient à abuser de leur pouvoir, ils sussent qu'ils trouveraient en eux autant d’inspecteurs et de censeurs. Et pour rendre ce commerce de lettres plus sôr et plus prompt, il établit dans toute l'étendue de son empire des courriers qui allaieot jour et nuit, et bisaient une diligence extraordinaire. Je diffère d’en parier à la fin de ce paragraphe, pour ne point interrompre la matière que je traite.

Le roi ne se reposait pas entièrement du soin des provinces sur les satrapes et les gouverneurs; il en preiMit connaissance par Iniméine, peraudé que ce n’est régner qu’i demi que de régner par les autres. Un officier de la coaronne ébit chargé de loi dire tous les malins en l’éveillant : Sirt, levet-tou$ el tongtz à remplir Iti fonction* pour UiqutUe* Oronuude vou* a placé sur le trône', Ororaasde était un dieu honoré anciennement chez les Perses. Un bon prince, dit Plubrqne, en rapportant celte cmitume, n’a pas besoin qu’un officier lui répète tous les jours cet avis ; l’amour pour son peuple et son bon cœur le lui diront assez.

< Ptiri. ad prier, iadocl. p«g. 780.

Chez les Perses le roi se a oyait donc obligé ‘ , selon l’ancienne coutume qui y était ébblie, de visiter en personne toutes les provinces de son empire; et il comprenait, comme Pline* le dit de Trajan, que la gloire la plus solide et la joie la plus sensible d'un bon prince, est d’aller de temps en temps montrer aux peuples leur père commun ; rteoncilter les villes troublées par des haines mutuelles et des dissensions ; arrêter les mouvements prêts à éclater, moins par l’austérité du commandement que par l’autorité de la raison ; empêcher les injustices el les violences des magistrats ; casser absolument tout ce qui s’est fait contre l’ordre el contre les règles ; en un mot, porter partout, comme un astre bienfaisant, des influences salutaires, ou plutôt, comme une espèce de divinité, connaître tout, entendre tout, se rendre présent à tout, sans rejeter jamais aucune plainte ni aucune supplication.

Lorsque le roi ne pouvait pas faire lui-méme ses visites, il envoyait à sa place des grands de l’étal connus par leur prudence et leur vertu. On les appelait communément les yeux et les oreilles du prince, parce qu’il voyait tout et était informé de tout par leur moyen. Quand on disait que les grands qui composaient le conseil, ou qui étaient employés en différents ministères, élaient les yeux et les oreilles du prince, on avertissait tout ensembleel le prince, qu’il avait ses ministres comme nous avons les organes de nos sens, non pour se reposer, mais pour agir par leur moyen ; el les ministres, qu’ils ne devaient pas agir pour euxmêmes, mais pour le prince qui était leur chef, el pour tout le corps de l’élat.

Le détail où descendaient, soit le roi lorsqu’il marchait en personne , soit les commissaires et les inspecteurs qu’il nommait à cet effèl, est bien digne d’admiration, et marque qu’on entendait Ûeo alors en quoi consistent la sagesse el l'habileté du gouveroement. Ce n’élaienl pas seulement les grands objets,

* Xenoph. in OCcoooai.

* cKecoodliareamiQiMrlTlIalM, NmentMqvepopakM « non iroperio nuigti quàm raUom comp««cere , inime- « dere intqniuUbiM magiilraluani , infecUiinqoe reddere « qutdqnld fterinon oportuertt, poatrenw veioeUsIoU »i- « derii OKtreotimia inviaere , oraoia aadire , el andeeuna* « que invoeatum . iiaiiro , relui oumen , adeiae et adde* a tere. » (PLin, in Pan»ç. TY^f.)

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c^tnnie la ftuerre, les finances, la jnslice, le eoramerce, qui ocrnpaiCnl l’ esprit du prince ou des ministres : la sûreté et la beauté des villi's, l'habitation commode des citoyens, les réparations des chemins publics, des ponts, il« chaussées, la pnrde des forêLs pour empêcher qu’elles ne fussent dégradées , la culture des terres surtout, et jusqu'aux métiers les plus vils et les plus bas, tout entrait dans la politique, et paraissait en mériter l'attention. En effet, tout ce qui est aux sujeU, aussi bien que les sujets mêmes, fait partie de ce qui est confié A l’altentinn, A la sensibilité, à l'activité du chef de la république : son amour pour elle ' est universel; il embrasse tout et s’étend à tout. Il sufilt au public et aux particuliers. Il |)orte dans son coeur chaque province, chaque ville, chaqtie famille. Tout retentit à lui, tout l’avertit, tout l’intéresse.

J'ai dit que la culture des terres était un des grands objets qui alliraicnt l’attcnlion des Perses*. En effet, nn des premiers soins do prince était de flilre llcurir l'agricuKure; et les satrapes dont la province était la mieux cultivée avaient la plus grande part aux grûces. Comme il y avait des charges établies pour la conduite des armées, il y en avait aussi pour veiller aux travaux rustiques ; c'étaient deux charges semblables, dont l'une prenait soin de garder le pays, et l’autre de le cultiver. Le prince les protégait avec une alfeclion presque égale, parce que toutes deux concouraient et étaient nécessaires au bien public; car si les terres ne peuvent pas être cultivées sans le secours et la protection des armées qui les défendent et les tiennent en sûreté, les armées, de leur côté, ne peuvent pas être nourries et entretenues sans le travail des laboureurs qui cultivent les terres. C’était donc avec grande raison que le prince, quand il ne pouvait pas s’en instruire par lui-même, se faisait rendre un compte exact de la manière dont chaque province, choque canton était cultivé; qu’il voulait savoir si chaque pays portait abondamuicnt tout ce qu’il pouvait produire; qu'il descendait jusque dans ce détail, commeXéiiopboB

■ « Is, ciri cura nul unlvcru , auUmn aon rei|Miliik'B « partem Unqaua iiri aalriu > (geme. lib, <i< vitm. rxp. 13.)

® Xrnoph. OEfon. p.ig. 827 . S30.

le marque de Cyms le jeune, de s’infmrmer'si les jardins des particuliers étaient bien tenus, cl portaient des frnils en abondance; qu’il récompensait las intendants et les snrveiltanls dont la province ou le canton se trouvait le mieux cuUivé, et punissait la négligence et la nonchalance des paresseux qui laissaient leurs lerrcs incultes et stériles. Un pareil soin n’est pas indigne d’un prince, et répandrait dans un royaume, avec l’abondance et la richesse, l’amour du travail et de l’occupalion, qui serait Un moyen sûr d’en écarter cette foule d’hommes oisifs et fainéants qui sont si fort A charge an public et déshonorent nn état.

Xénopbon ' après l’endroit que je viens de citer, met dans la bouche de Socrate, qui y parle, un éloge magnifique de ragriculluie, qu’il représente comme l’occupation la plus digne de l’homme, la plus ancienne, la plus conforme A sa nature ; comme la nourricière commune de toutes les conditions et de tous les Ages, comme la source de la santé, de la force, de l'abondance, de la richesse, et même d’une infinité de plaisirs et de délices, mais sages et honnêtes ; comme ia maîtresse et l’école de la sobriété, de la Icmpérance, de 4a justice, de la religion, en nn mol de toutes les vertus, tant gnerriéres que civiles. Il rapporte le beau mot de Lysandre Lacédémonien, qui, se promenant A ^rdes avec le jeune Cyms, et apprenant de la bonebe de ce prince qne c’étaU loi-méme qui avait planté de sa propre main plusieurs des arlnes qu’il voyait, s’écria qu’on avait raison de vanter le bonheur de Cyms, dont la vertu -répondait à sa fortune, et qui, ou miliea du faste le plus brillant et de la plus superbe magnificence, avait sn conserver un goût si pur et si conforme à la droite raison. QumntCynuré^ndifset* : Ego ùta sum dimem UJ, vrwvmnt ordinet, mea detetiptio : muUm elium istanm arborum meà manu stmt sata ;luin LgtcmArvm, intumfmejiu ptirputwn. atm'foram corporis, omatumque pém'eum mufto auto muUisgue gênants, dixiut : Regtr vbbo te, Cvre, beatch fb-

ECHT, QOONIAIt VIRTfTI TDÆ FOETIXA COS- JCNCTA EST*. Qu’il scrsU A souhaiter que no-

< OEcon.|a6.830Sl:!3. ’

• Cic. fie senccl. nuin. 59.

’ Le texte grec cm encore plus énergique, itzain; u&t

Ire jcuuo noblossc, qui, daiu un tumps de paix, ne sail à quoi s’uccu|)er, cùl un pareil goût pour rogricuUuro, dout cerlaiiu3mcnt , aprùs ce que nous venona de voir de Cyrua, elle ne devruil pas se croire dèshuiiorôc, surtout quand un sait que cette mi'inc agriculture a fait pendant plusieurs siècles l’utxupatiuu ordinaire de la nation du monde La plus guerrière cl la plus courageuse 1 on sent assez que je parle des Romains.

loreMIOD dts pMict et dn courrlira

J’ai promis de parler iri de l'invention des postes et des courtiers'. Elle est allribiièe h Cyms ; cl je ne sache point en effet qu’avant lui il en soit fait mention. Comme l’empiredes Perses, depuis scs dernières conquêtes, avait une vaste étendue, et que le prince exigeait que tous les gouverneurs de provinces et tous les premiers officiers des troupes lui écrivissent exactement pour rinformcr de tout ce qui se passait chacun dans leur département et dans leur armée, pour rendre ce commerce plus sûr et plus prompt, et se mettre en état d'élre averti en diligence de toutes les affaires, et d'y donner ordre sur-le-champ, il établit des courriers et des postes dans chaque province. Ayant supputé ce qu’un bon cheval, poussé avec force, pouvait faire de chemin en un jour, sans pourtant se rainer, il fit construire à proportion des écuries, également disLintes l’une de l’autre, et il y envoya des chevaux et des palefreniers pour en prendre soin. Il y établit aussi un maître pour recevoir les paquets des courriers qui arrivaient, et les donner à d’autres, et pour prendre les dievaux qui avaient couru et en founnr de frais. Ainsi la poste marchait jour et nuit, et faisait grande diligence, sans que ni la pluie, ni la neige, ni la diâleur, ni aucune autre incommodité des saisons, y mit obstacle. Hérodote* parle des mêmes courriers sous Xerxés.

Itxtit, i iüf!, fùiaipuv ttvai, éyaOie yàf «« ènif , ivJaifUMÿ. < Voutiludign4,Cyrus,de r«lrt bon- « heur. Car, en mitm temps que vous êtes heureux et U opulent, vous êtes aussi vertueux. • *

• Xenoph. Cyrop. Ilb. 8, pag. SW

’ llriod. mi. 8 , np. 98.

Ces courriers s'appelaient en langue persanne «T/BMt'. I.a surinlendance> des postes devint une charge considérable*. Uarius, le dernier des rois de Peise, l'avait remplie, avant que de monter sur lu trône. Xénopbon remarque que cet établissement durait encore de son temps : ce qui s’accorde parfaitement avec ce qui est rapporté dans lu livre d'Ëstlier, au sujet de l’édit donné par Assuérus en faveur des Juifs, ut qui fut porté par tout ce vaste empire avec une rapidité qui aurait été imposs»ble sans les postes que Cyrus avait établies.

Un est surpris avec raison de voir que cet établissement des postes et des courriers, trouvé d'abord eu Urient par Cyrus , et mis ensuite en usage par ses successeurs pendant tant de siècles; qu’un tel élablisscmeul, dis-je, si utile nu gouvernement, n'ait point passé en Occident, surtout parmi des peuples aussi habiles dans la politique qu'étaient les Grecs et les Romains, où l'on eu voit des traces.

Il est encore étonnant que cette première invention des postes n'ait pas conduit plus loin, et qu'on en ait borné si longtemps l'usage aux seules affaires de l'état, sans être touché des grands avantages que le public en pouvait tirer pour la facilité du commerce de la vie, et du négoce des marcliands et des banquiers ; pour l'e.\pèdition des affaires des particuliers; pour la promptitude des voyages qui demandaient de la diligence ; pour la cominunicoliou aisée dt's familles, des villes et des provinces ; pour la sûreté des sommes remises d'une contrée daiu une autre. Un sait quelle difficulté un avait alors, et pendant les siècles suivants, è sc communiquer des nouvelles et & traiter d'affaires, étant nécessaire pour cela ou d’envoyer exprès un domestique, ce qui ne pouvait sc faire sans beaucoup de dépense et de lenteur; ou d'attendre le départ de quelque personne qui allai dans la province oü l'on voulait écrire, ce qui était sujet à une infinité

' ''cat d'un mot qui, dans cette bnsue , g.

gnille un service comme par Rirce. Cest dciàqueteiOrrcs ont fait leur t crijc àyyciprvrtv, eompetlere, cogéré ; cl les Lailm . anjartare. Scion Soldas , Ils s'appeluieni aussi Àetmia.

a Plot. Hb. < , da t'orlun. Alex. pag. 388 ; et <■ viti Alex. (Wg. 67i, uUI p;o ATyùv&ir, legendura hTtiWf.

de eontre-lemps, de tongnenrset d’accidents.

Nous jouissons maintenant à peu de frais de celte commodité ; mais nous n’en sentons pas asseï l’avantatte, que la privation seule peut faire bien connaître. La FŸance en a l’oUigalion é rUniversilé de Paris ; et je ne puis m’en»pécher d’en faire ici la’ remarque : j’espère qu’on me pardonnera cette digression. Comme elle était la seule dans tout le royaume , et qu’il y venait de toutes les provinces, et même de tous les royaumes voisins, un grand nombre d'écoliers, elle établit en leur fbveur des messagers, dont les fonctions étaient, nonseulement de porter hardes, or, argent, pierreries, sacs des procès, informations, enquêtes ; de faire la conduite de toutes personnes indifféremment, fournissant chevaux et nourriture ; mais encore de porter les lettres missives des particuliers, et tous leurs paquets.

Ces messagers sont souvent appelés dans les registres des nations de la Faculté des Arts, ntind'i volantes, pour marquer 1» diligence qu’ils étaient tenus de faire. Iis servaient le public aussi bien que l'Université.

L’état est donc redevable à rUiiiversité do Paris de rétablissement des messageries et du port des lettres. Elles fait cet établissement à ses frais cl dépens, i la satisfaction de nos rois et du public ; elle l’a soutenu depuis 157C contre les différentes entreprises des traitants, ce qui lui a coûté des sommes immenses. Ce ne fut qu’en cette année 1576que le roi Henri III, par son édit du mois de novembre, créa des messagers royaux ordinaires dans les mêmes villes oh en avait ri'niveraité, et leur accorda les mêmes droits et privilèges que les rois scs prédécesseurs avaient accordés aux messagers de l’Université.

Cest ce revenu des messageries qui a fait dans tous les temps le fonds et le patrimoine de l’Université. C’est snr ce revenu que le roi I.ouis W, régnant actuellement, par son arrêt du conseil d’état, du H avril 1719, et par ses lettres patentes de même date, enregistrées au parlement et en la chambre des comptes, a établi l’instniclion gratuite dans tous les collèges de ladite Université, en le fixant pour l'avenir au vingt-huitième effectif du prix dn liail général des postes et messageries de France; et ce ringl-huitième se trouva monter pour

lors A ta somme de cent vingt-quatre mille livres, A peu de chose près.

On voit que c’est A juste titre que rCniversilé, A qui cet établissement a rendu une partie de son ancien lustre, regarde Louis XV comnoc un nouveau fondateur, A qui elle doit l’avantage d’être enfin délivrée de la triste et honteuse nécessité d'exiger un salaire de ses travaux , qui déshonorait en quelque sorte la dignité de celle profession, et paraissait contraire BU noble désintéressement qui lui convient. En effet, la peine des maîtres qui enseignent ne doit pas être perdue ; mais aussi elle ne doit pas être vendue. Ntt ventre koe benefieium oporiet nee perire

L’Université marqua sa reconnaissance, nonseulement par un discours public que j’eus l'honneur de prononcer dans une nombreuse et illustre assemblée, et par des pièces de vers en grcc,en lalin, en français; mais beaucoup plus encore par une procession solennelle indiquée extraordinairement par son recteur *. Celte procession, composée de mille ou douie cents suppôts des quatre facultés , passa sous les yeux du roi le long du Louvre , et du régent, proche le Palais-Koyal. Elle se rendit ensuite h Saint-Koch, où son éminence monseigneur le cardinal de Noailles , archevêque de Paris , célébra pontificalemcnl la messe , et présenta au souverain maître des rois les très-humbles actions de grâces et les vœux fervents de l’Université pour un roi qui l'honorc du nom de sa fille aînée, etqu’clie regardera toujours comme son restaurateur, ou plutôt comme son second fonceur.

Elle n'oubliera jamais non plus les maires de bonté que lui a données dans celte occasion monseigneur le duc d’Orléans, chargé alors, en qualité de premier prince du sang , de la régence du royaume. Comme ce prince avait un goût exquis pour les sciences et pour les belles-leltres, A la première proposition qu’on lui fit du projet de l’instruction gratuite, il en fiit vivement frappé , et il sentit combien cet établi^menl pouvait être en même temps, et glorieux pour le roi et utile pour l’étal. Il n’en feliul pas davantage pour déterminer son

• QolmU.Hb.tl.em.T.

* M- Cofüa . prind|Ml du de Beêunh.

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