‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 3)Chapitre 53 sur 125 · SU · texte numérisé non relu

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alle&sc royale, sans que riliiircrsilé fi)l obligée d'employer auprès d’elle de pressanles solliei- (alions ; el sans presque qu’elle s’en mêlât , l’alTaire fut conclue el terminée en peu de temps. Son altesse royale en avait confié le soin à des personnes ‘ dont elle connaissait l’activité , cl qui répondirent merveilleusement au zèle empressé du prince, par leur promptitude à exécuter ses ordres. Pour lui , content du sensible plaisir d’avoir pourvu à l’honneur el à la subsistance d’un grand nombre de maîtres publics, il ne chercha point à faire valoir ni à exagérer un service si important ; el quand l’Université alla pour l'en remercier, il cul la modestie de dire liaulement, dans une au-

M.WDEMENT DU RECTEUR.

Nous CiiiRLES CoFFis , Recteur de ITniversité «le Paru , 1 tous ceux qui ces présentes lettres verront, Salit.

tjuoiQL'E la récompense du travail soit une justice, •pie l’on ne peut raisoniubleuient refuser à |iervonne, cepenibnt rUiiiversiUide Paria, piu.a sensible i l'honneur qui riutenH, a toujours vu i regret ses professcius recevoir de leurs disciples un honoraire que la nécessité pouvait excuser, mais qui dans le fond était |>eu convenalilé i la dignité des Lettres. Il est vrai i|ue ITniversité jouissait, presque dés sa naissance, de la propriété des Messageries , dont la possession lui a été confirmée par les édits et déclarations de nos rois ; et depuis longtemps elle en destinait le produit à l'ciitretien des maîtres et au soulagement des etudiants. Mais ce fonds , quoique assez abondant par lui-méme , ne lui avait pas apporté jusipi'à présent un revenu suffisant pour assigner une pension honnête 1 cliacun de ses professeurs. Il était réservé au roi d’étemiser la mémoire de scs premières années , par raccomplisseroent d’un si glorieux dessein. Eniki, grâces i Uieu , par un effet de l'auguste protection que le grand prince qui gouverne la France accorde si généreusement aux sciences et aux savants, le roi, qui devient déjà le père des l.ettres en même tein|is «pi'il en est le plus digue éleve, consultant également la bonté de son coeur et la justice de nos droits , a voulu que cet ancien patrimoine de rCniversité fut augmenté jusqu'au |wint de [wiivoir doter honorablcmeiit la fille aînée de nos rois, et de la mettre en état de ne point dt-générer de la grandeur de son origine,

• M. «TArgenson , garde des iccaui ; M. Fagou , cooselUecdétat. .

dienre publique : Qt'E ce n’ktait point pne

URACE OU’ON AOiORDAtT A L'U.MVenRtTS;, MAIS ONE n'sTicE oe’oN LiTi RENRAiT. U’Universilè sali bien ce qu’elle en doit penser, el ce qu’exige d’elle un tel bienfait; mais il est beau et rare d’entendre parler un prince de la sorte, el j’ai cru devoir conserver la mémoire d’une parole qui doit augmenter d’autant plus le prix de ce bienfait , que lui-méme semblait vouloir le diminuer.

J’ajouterai à ce que je viens de dire le Slandemenl du recteur au sujet de l’instruction gratuite, avec la traduction qui en fut faite dès lors. U’ élégance el la délicatesse de celle petilo pièce fera sans doute plaisir au lecteur,

M.VND.VTLM RECTORIS. ^

Nos Carolcs Coffin, Rcctor univers! Studii Parisiensis, omnibus prrscntcs littcras iiispecturis , Salltem.

Etsi sinnn cuiqnc impensi laboris pretium rcpendi h.™d iniqinim est, tamen Cniversitas iiostra, dignitatis quàm opum amantior, semper doluit professorihus suis nii<H)uo«pie anno certam a discipulis mercedem pensitari , necessariam magis quàm honestam. Habebat ilia qiiidem natam pené seenm , et omnium deinceps regum edictis ac diploimilibus conflrmatam publiconim Nuntiatiium pos.ses.sionem , qiiam alendis magistris, adeùfpie levandis discentium somptibus, jampridem destinabat. Ven'im fundiis hic, licel per sc non infertilis, breviorem bactent'is üniversitati censum attiilerat , quàm ut ex eo justiim singulis professoribus stipendium suppeditari posset. Debcbalur Ludovico XV, vix bené «lecimum ætatis annum ingresso, pulchcrrimi operis confeeti minquam intermoritiira gloria. Nimiri'im , aspirante I)eo, promovente augustissimo Regente , litterarum et litteratorum faulorc munifirentissimu , Rex Christianissimus , bonariim artium aliimnus idem ac parens , nec minùs naturx suœ bonitate quàm causa nostne jure adductus, vêtus illud Universitatis |ialrimonium eatenùs auctum et amplificalum tandem voluit , ut primogeniU regum Fraiicorum fllia, proprià et decenti oruata dote, nihil<pie ab origiuis su* noliilitate degener, ingenuas ao liberales artes liberalilcr ctiam exercercl. Quo tam insigni beneficio non modô civium Parisinorum, sed (iallorum omnium, ipsorum etiam exterorum liberis piiblici præreptores ab i|isa rege olferunlur , el ductrinæ nostræ purissimi fbntes ( qui tamen nemini unqnam , miniméque umnhim paiiperibos clausi fueruut i latiiVs jam commodiOsqu^

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üiyi • , l .

et d'excircr noblement ôes arts aussi nobles que ceux dont elle fait profession. I^r cette faveur singulière le rot fournit lui*inémc des maîtres , iion*seulm>ent à la jeunesse de Paris et de tout le royaume , mais eucore à celle des pays etrangers : et c*est à présent tprunc doctrine qui s\st toujours consente dans sa pureté, aura un cours plus étendu, et que Tncei^ en sera plus libre, quoiqu'il ii'ait jamais été interdit à |»ersonne, et aux pauvres moins qu'à tout autre. Quelle joie un si heureux commencement de rt‘gne ne doit-il {tas inspirer à tous les bons sujets ! Quel présage pins sdr d'un heureux avenir ! Car enftii que ne fera point, daus la fon'e et dans la maturité de l'âge , un prince dont l'enfance se signale d'une manière si glorieuse!

Nous déclÉ*irons donc <pic tous Us professeurs de rUniversitc de Paris n'exigeront plus de leurs écoliers autre cliose que le travail et la modestie , et qu'on a commencé à y ensc^igner sur ce pied depuis le premier jour d'avril.

>üus invitons tonie la jeunesse sage et bien née à venir dans nus classes, avec toute la joie et tout l'cmprciisemeiit dont elle est capable, y prejidre de bonne heiu e l'hein etisc habitude de jouir des bienfaits d'un 1 ni de leur âge, pour qui on les élève, et qu'on élève pour eux ; et commencer dés à présent à le reconnaître iM)iir leur [)éi‘c commun par l'éducation gratuite qu'U leur procure.

En auendaiU que nous en rendions à Dieu des actions de grâces plus soleuuelles, nous ordonnons que, daiu( loiLs les colh'ges de plein exercice , on chante le 7'e Drum, avec le |>saiime Sxaudiat, pour la conservation du roi, (pii vient de donner des marques si éclatantes de sa bonté -, que pleitis de reconnaissance ou prie aussi pour monseigneur le Uégeot; etcpi'en* fin ou supplie avec toute l'rrdeur et le xéle possible l'Auteur de tout bien . de répandre sur les maîtres l'esprit de science et de pieté, plus précieux que tout l'or du monde , et d enseigner aux disciples la vertu et la sagesse, lui quiteul est le docteur et te maitre de tous.

1) y auj-a rongé lundi et mardi prochains.

Donné on notre Iiùtel an collège de Beauvais « le 12 mai 171S.

g Y. > S01?( DBS FUfAKCBS.

Le prince est l'épée et le bouclier de l’étal : il en assure le repos et la Iranquillilé. Pour le défendre, U a besoin d'armes, de soldats, de places fortes, d’arsenaux, de vaisseaux; et toutes ces choses demandenl de grandes dépenses. 11 est juste d’ailleurs que (a prince ail

reserantur. Hoc iiieuntis regni faustiarimum omen magnâ et in prsseiia Islitiâ, et in ftiiuruin ape excipcrc debcat boni omiics. Qutd eiùm U præslituruA non est aduUus et vtr, qui talc sul s[MK'imcn edit vcl puer.^

Notum itaque faciimis omnes Academl.e nostræ pruftssui’cs , discipnlmum iiidustcià modestiâ<pie contentos, niillum deincep» a qtiO(]uam honorarium cxacluros esse; initinin verôsic docendi ab ipsis kal. aprilis hiijiis aiini factum.

invitanius omiies boni ingenii bontPqne mentis puci'os, ut iii schülas uostra.s heti et alacres conveniant ni assiiescant beiienciis coævi r(*gis, oui erescnnt, qui et illts crescit, eunupic jaiii nuiic publicuui parrntcni muncrc cducalkuiis ex|HTiri velint.

Intcrim dor.ee solenmiorcs omiiipolenti Deo gratias persolvamus, jubemiis in s'mgiiUs inajoribus cullegiis caiitari hymninn Te Deum, cum psalino Exaudint , pro hencficenti!!»^iini llegis incohimitate ac salute •. fuiidi prætereà pins preres pio Serenissiino Hegentc , cnixèque ab omnium bononiin Auctore flagitni'i, ut et ta inagislros sinritum sciculinî ac pietatisdiviUisomnibiLs pcctiosiorcm clfinulat, et discipnlos bunitatem alijuc disciplinaiu iiise, qui umts omnium magister est, edoceat.

Feriabuntur scholæ diehus proxirnis hinæ et mar tis.

Datum in sedibus nostris Dormano-Belluvacis die duodecimâ maii aiiiio Doinini M. DCC. \1\.

de quoi soutenir la majesté de rempire, el de quoi faire respecter sa personne el son aulorilé. Ce sont là les deux principales raisons qui ont donné lieu à rétablissement des Iribuls. L’ulililé publique, et la nécessité d'acquiUer les charges de l'étal, y ont donné naissance, cl en doivent aussi régler l’usage. Or il n'y a rien de plusjusle ni de plus raisonnable qu^ine lelie

4»«|» SiOl

imposition, cliaquc particulier devant se tenir fort heureux d’acheter ainsi par une légère contribution le repos et la tranquillité de la vie.

Les revenus des rois de Perse * consistaient ou en levée de deniers imposés sur les peuples, ou en fourniture de plusieurs choses en nature, comme grains, provisions, fourrages et autres denrées; chevaux, chameaux; comme aussi de ce qu’il y avait de plus rare en chaque province. Strabon’ remarque que le satrape d’Arménie envoyait régulièrement tous les ans au roi de Perse vingt mille poulains. On peut juger du reste à proportion. Les tributs n'élairnt imposés que sur lus nations conquises, car les sujets naturels, c’est-à-dire les Perses , étaient exempts de toutes impositions. Ce ne fut même que sous Darius que cet usage fut introduit, et que l’on détermina les sommes que chaque province devait payer tous les ans. Clics montaient à peu prés, autant qu’on le |ieut conjecturer par le calcul d'Hérodote, qui souffre de grandes difiicultés, à quarante-quatre millions ’.

Le lieu où l’on gardait ces trésors s’appelait, en langue persane. Gaza *. Il y avait de ces trésors à Suie, à Persépolis, à Pasargade, à Damas et en d’autres v illes. L’or et l’argent y étaient gardés en lingots, dont on faisait de la monnaie à mesure que le prince en avait besoin. La principale monnaie des Perses était d’or, et s’appelait Üaricus du nom de Darius, qui le premier l’avait fait battre , dont elle portait l'image, et un archer au revers. Le Ikirique est aussi appelé quelquefois Slater aureus dans les auteurs, parce que, comme le Slater attique, il est du poids de deux dragmes d’or, qui valaient vingt dragmes d’argent, et par conséquent dix livres de notre monnaie.

Outre CCS tributs qui se levaient en ar-

> llrrod. lUi.a.ci;). t»-V7.

* Lib. n.|Ms.530.

* Les 7 740 uirnu babyloniens en argent brut, et les îWO talents euboiques en poudre d'or, pay^parles vinet satrapies . représentent un total de cinquanlMrois millions de francs. E. B.

* Q Curl.lib.S.cap. i2.

* On croit que ce fut Darius Médus . appelé autrement Cyaxare , qui le premier fit battre cette monnaie. = Le da> rique valait environ 15 francs. R. B

* llcrod. lib. 3, cap. VI VT, et Ub. 1 . cap. m.

gent, il y avait une autre contribution qui sc faisait en nature, par les denrées et provisions pour renirclicn de la table du prince et de sa maison, et par la fourniture des grains, des fourrages et dos vivres pour la subsislancc des armées, et des chevaux pour la rcmonle de la cavalerie. Les six-vingls satrapies fournissaient cette contribution, chacune selon sa quotepart et sa taxe. Hérodote remarque que la satrapie de Rabylone, qui était la plus étendue et la plus opulente de toutes, fournissait seule cette contribution pendant quatre mois, et portait par conséquent elle seule un tiers du total, dont tout le reste de l’Asie ensemble ne coDiribuait que pour les deux autres tiers.

Ce que j’ai dit ci-devant fait connaître que les rois de Perse ne levaient pas tous les imprtlsen deniers, mais qu’ils se contenlaicnl d’en tirer seulement une partie en argent, et recevaient le reste en denrées que produisaient les provinces : ce qui marque dans le gouvernement beaucoup de sagesse, de modération et d’humanité. ils avaient sans doute remarqué qu’il est souvent trés-dilBcile, surtout aux pays éloignés du commerce, de convertir leurs denrées (Ml argent sans souffrir de grandes pertes; au lieu que rien ne facililc lanl la levée des impôls, et ne met les peuples plus à couvert dos vexations et des frais, que de prendre en paiement de chaque contrée les fruits qu’elle produit, quisont une contribution aisée, naturelle, équilable.

Il y avait aus.«i certains cantons assignés pour l’entrelien de In toilette et de la garderobe de la reine, l’un pour sa ceinture, l’autre pour son voile, et ainsi du reste, et ces cantons, qui étaient d’une fort grande étendue, puisqu’un d’eux renfermait autant d’espace qu’un homme en peut faire en un jour; ces cantons, dis-je, tiraient leur nom de leur destination particulière, et étaient appelés, celui-ci la Ceinture, l'autre le Voile de la reine. Du temps de Plalon ' la chose se pratiquait encore de la sorte.

La manière dont le prince ' donnait alors des pensions aux personnes qu’il voulait gratiflur ressemble tuut-ù-fuit à ce que j’ai rnpporlé

( Plat, in Alciblad, 1 . pag. 123.

* Plnl. il) Tbcmivt. |>ag. 127

de la reine. On sait que le roi de Perse assipna le revenu de quatre villes à Tht-mistocle, dotil l’une devnil fonrnir au vin, l'autre au pain, la troisième aux mets de sa table, la quatrième A ses vêtements et à ses meubles. Avant lui, Cj rus* ** en avait usé de même envers Pytharelius de (’yzique, qu'il considérait, et à qui il donna le revenu de sept villi's. On voit dans la suite beaucoup d’exemples pareils.

Article tl. — 1>e la geebre.

Ixs peuples d’Asie, par eux-mêmes, étaient assez belliqueux, et ne inamiuaicnt pas de courage; mais ils se lais.sèrcnt tous amollir par les délices cl par Li volupté. J’en excepte les Perses, qui, avant Cyrus, et encore plus sous ce prince, se maintinrent dans la possession d’être regardés comme des hommes trèspropres i la guerre. La situation de leur pays, fort rude et plein de montagnes, avait pu contribuer à la vie dure et frugale qu’ils menaient, ce qui n’csl pas inditTêrent pour former de bons soldats. La bonne éducation qu’on donnait aux jeunes gens chez les Perses était la principale cause du courage et de l’esprit belliqueux de ce peuple.

11 y a donc de la distinction A mettre pour les mœurs, et surtout pour la matière que je traite entre les diirèrentcs nations de l’Asie. Ainsi , ce qui se trouvera de bon et de parfait dans ce qui va être dit des régies et des principes de la guerre doit être appliqué aux Perses, tels qu’il étaient sous Cyrus : le reste, aux autres peuples de l’Asie, Assyriens, llabyloiiiens, Médes, Lydiens et aux Perses mêmes, depuis qu’ils eurent dégénéré, ce qui arriva peu de temps après Cyrus, comme je le marquerai dans la suite.

S I. — F.5TBâB OAFO IJL Mil ICB.

Iæs Perses* étaient formés A la milice de très-bonne heure par ditférents exercices. Ils servaient ordinairement depuis vingt ans jusqu’à cinquante. Soit en guerre, soit en paix,

* Alben. liti. 1 , pa*. ."tO.

** Slrati. Ut). 15, pjg. 731. — Am. M.irccl. lib. 23. sub liiicm

ils portaient toujours l’épée, comme fait noire noblesse, ce qui ne se pratiquait jioint chez les Komains ni chez les Grecs. Ils étaient obligés de s’enrôler dans le temps mnn|ué ', et c’était un crime que de demander une dispense sur ce sujet, comme on le verra dans la sniite par la manière cruelle dont Darius et Xerxés traitèrent deux jeunes seigneurs que leurs pères avalent demandé par grôce qu’on leur laissai pour la consolation de leur vieillesse.

Hérodote' parle d’un corps de trou|ies destinées A la garde du prince, qu’on np|>elait Irt Immortels, parce (|ue ce corps snbsislail b)iijours dans le même nombre, qui était do dix mille, et que, dés qu’il y était mort quelque soldat, on en substituait un A sa place. Apparemment qu’il commença A ces dix mille soldats que Cyrus lit venir de Perse pour sa garde. Ils étaient distingués de tous les autres par leur armure superlve, et encore plus par leur courage. Quinte-tlurce* en fait aussi mention; et d’un autre corps , composé de quinze mille hommes, destinés pareillement pour garder le prince : on les appelait Ihnjphori *.

S 11. — .Xbvh're.

Ia» armes les plus ordinaires des Perses étaient un sabre ou cimeterre , achmees; une espèce de poignard, qui pendait A leur ceinture du côté droit ; un javelot, nu demi-pique armée par le l>oul d’un fer aigu. Il parait qu’ils portaient deux javelots, l’iin pour lancer, l’autre |H>ur comballre A la main, ils faisaient grand usage de l’arc, et du car,(uois ou étaient renferméL*s les flèches. Ijv fronde n’était pus inconnue chez eux, mais ils en faisaient peu de cas.

Il paraît |)ar plusieurs endroits des auteurs, que les Perses n’usaient point de casques, mais n’avaient que leurs iHmnets onlinaircs appelés tiares; et cela e.sl dit en particulier de Cyrus le jeune et de ses troupes Cependant les mêmes auteurs, en d’autres endroits, leurdon-

* Ilrrod. Itb. tclC. — Scncc. Iib.3, de iiâ , c»p. 10cH7

« I.ib.7.r»p.*3.

» l.ib. 3.cap. 3.

* C. à. d. Porte-Lancai,

* De cipcd. Cyr. tib. 1 , pag. 2A3.

ncnl aussi un casque : ce qui marque que cel usage avait diange selon les temps.

1.CS piétons avaient, pour le plus grand nombre, des cuirasses d'airain, qui étaient si artistement ajustées au corps, qu'elles n’empérhaieiit point le mouvement ni l'agilité des membres, non j)lus que les brassards et les cuissards qui couvraient les bras, les cuisses et les jambes des cavaliers. I.es chevaux mêmes, pour la plupart, étaient couverts d’airain par le front, le poitrail et les flancs, (l'est ce qu’on appelle, equi caiaphracli, des chevaux bardés.

auteurs varient beaucoup sur la forme des boucliers. D’abord ils étaient assez petits, fort légers, et faits de branches d’osier, grrra. Mais on voit aussi, par plusieurs endroits, qu’ils en eurent d’airain, et qui étaient fort longs.

Nous avons déjJi remarqué que, dans les commencements, les soldats armés i la légère, savoir les archers et les gens de Irait, faisaient le gros des armées chez les Perses et chez les Médes. Cynis, qui avait reconnu par l’expérience que res sortes de troupes n'élaient propres qu’à combattre de loin et par manière d’escarmouche, et qui croyait qu’il était plus avantageux d’en venir d'abord aux mains, avait changé cet ordre, et les avait réduites à un assez petit nombre, armant les autres de toutes pièces, comme le reste de l’armée.

t lit. — COABIOTS ABHàS D« FAIX.

Cyriis ' introduisit un changement considérable dans les chariots de guerre. Ils étaient en usage longtemps avant lui, comme il parait par les livres sacrés et par Homère. Ces chariots n’avaient que deux roues; ils étaient attelés pour l’ordinaire de quatre chevaux de front, et montés par un homme d’une naissance et d’une valeur distinguées, qui combattait, et par un autre, qui n’était occupé qu’à conduire le chariot. Cyrus trouva que cet usage, qui enlrninail beaucoup de dépenses, était d’une utilité fort niMiocre, puisipie pour trois cents chariots il fallait douze ccuts chevaux et six cents hommes, dont il u’y en avait

que trois cents qui combattissent effectivement, les trois cents autres hommes de mérite et de distinction, qui miraient pu être ailleurs d’une grande utilité, ne servant que d’écuyers. Pour remédieràcet inconvénient, ilchangea la forme des chariots, et doubla le nombre des combattants en mettant le conducteur en état de combattre lui-méme.

Il lit des roues plus fortes, afin qu’elles ne pussent pas être facilement brisées, et allongea les essieux , afin de leur donner une assietli; plus ferme. Il ajouta à chaque bout de l’essieu des faux longues de trois pieds, qui étaient disposées horizontalement ; et sous le même essieu il en mil d’autres, tournées contre terre, i>our couper en pièces soit hommes , soit ( hcvaiix , que l’impétuosité des chariots avait renversés. Il parait ', par différents endroits <les auteurs, que dans la suite nn ajouta encore au bout du timon deux longues pointes, pour percer tout ce qui se présentait ; cl qu’on arma le derrière du chariot de plusieurs rangs de couteaux aigus, pour empêcher qu’on n’y pût monter.

Ces chariots furent en usage pendant jdusieurs siècles dans tout l’Orient. On les regardait comme faisant la principale force des armées, comme la cause la plus certaine des victoires, et comme l’appareil le plus capable de jeter la terreur parmi les ennemis.

)lnis à mesure que l’art militaire vint à se perfectionner, on en sentit les inconvénients, cl enfin on y renonça entièrement. En effet , pour on tirer quoique utilité , il fallait trouver des plaines vastes et étendues, un terrain fort uni, un pays où il n’y eût ni ravins, ni ruisseaux , ni vignes, ni huis.

Dans les temps poslèricurs-on imagina plusieurs moyens d’en rendre l’usage absolument inutile. Il suffisait de leur opposer un simple fossé, qui les arrêtait tout court. (Juelquefois un général habile et expérimenté , tel qu’Eumène, dans la bataille que Scipiun livra cnulre Anliochus, détachait contre les chariots leslror.deurs, les archers, les tireurs do javelots, lesquels, épars de tous les côtés les accablaient d’une grêle de pierres, de traits, de flèches, et. jetant de grands cris en mémo temps que toute l’armée , répandaient la terreur et le désordre

• Xcnnph Cjrop. lib. 8, pag. t.'ii.

' Llv.Iib. 37,0. 11.

pnrmi les chevaux , el les obligeaient souvent de se tourner contre leurs propres troupes. D’autres fois on empêchait l'action et l'effet des chariots en s’en approchant tout d’un coup, et franchissant avec utie extrême rapidité l’espace qui séparait les deux armées; car ils ne (iraient leur force que de la longueur de leur course, qui donnait l’impétuosité et la roideur à leur mouvement, sans quoi ils étaient faibles el languissants. C’est par là que les Romains , sous Sylla, à la bataille de Chéronée, repoussèrent et mirent en fuite les chariots desennenemis , criant avec de grands éclats de rire , comme dans les jeux du cirque, qu’on en fit paraître d’autres.

g IV. — DiSCIPLISe ES PAIE ET ES GVEEBB.

On ne peut rien ajouter au bon ordre et à la discipline que gardaient, sous Cyrus, les troupes persanes, soit lorsqu’on était en paix , soit lors(iu’on faisait la guerre.

Ce qu’il pratiquait en temps de paix , et qui est rapporté fort au long en plusieurs endroits de la Cyropédie, pour former scs troupes par de fréquents exercices, pour les faire à la fatigue par de pénibles et continuels travaux , pour les préparer aux véritables batailles par des combats simulés, pour les remplir de courage et de hardiesse par les exhortations, les louanges, les récompenses ; tout cela, dis-je, est un modèle parfait pour quiconque est chargé du commandement des troupes, à qui , pour l’ordinaire , la paix et l’oisiveté deviennent pernicieuses en énervant leurs forces par le relâchement de la discipline , et en émoussant par l’inaction rette pointe de courage que le mouvement seul des armées et l’approche des ennemis augmentent infiniment*. line sage prévoyance de l’avenir doit faire préparer pendant la paix ce qui peut sei^ vir en temps de guerre.

Dans un jour de marche tout était réglé et ordonné avec autant d’attention et d’exactitude que dans un jour de bataille, sans qu’au-

* PIul. in Syl. pap. tftî.

9 Meluensquo fulurl ,

1d poce , ui Mpiens . aplârii itionci bcllo.

(lloR.iT. Sat. lih. 3.)

cun soldat ou oflicicr osât quitter son rang ni s’écarter du drapeau. la coutume était , chei tous les peuples d’Asie , lorsqu’on campait , n’eét-ce été que pour un jour ou pour une nuit, d’environner le camp de fossés assez profonds. Ils en usaient ainsi pour éviter toute surprise de la part de l’ennemi , et pour n'êtrc pas forcés à en venir au combat malgré eux. Ils se contentaient ordinairement d’une simple levée faite de la terre qu’on tirait du fossé ‘ ; mais quelquefois aussi, quoique plus rarement, ils fortmaient leurs fossés de bonnes palissades et de longs pieux enfoncés en terre.

Ce que j’ai dit de la discipline qui était gardée en temps de paix , et dans les maR-hes el les campements de l’armée , doit faire juger de celle qui s’observait un jour de bataille. Bien n’est admirable comme ce qui en est rapporté en différents endroits de la Cyropédie. Une simple famille n’élail pas mieux réglée , ni plus attentive el plus docile à obéir au premier signal que l’était l’armée entière de Cyrus. Il l’avait accoutumée de longue main à cette prompte obéissance d’où dépend le succès de toutes les entreprises; car de quoi servira la meilleure tète du monde, si les bras n’agissent à propos et ne suivent ses mouvements? 11 avait d’abord employé quelque sévérité, qui est nécessaire dans les commencements pour établir la discipline; mais cette sévérité était toujours accompagnée de raison, et assaisonnée de douceur. L’exemple du chef’, qui était partout le premier, autorisait ses discours et adoucissait ses commandements. La loi inllexiiile qu’il s’était imposée à lui-même de n’ac- ( order rien qu’au mérite el de refuser tout à la faveur, attachait tous les officiers à leur devoir. cl les tenait lonjours en haleine ; car il n’y a rien qui décourage davantage les gens de guerre , même ceux qui aiment leur prince el l’état , que de voir passer à d’autres les récompenses de leurs périls et de leur sang *.

t IMod. lib 11 . |Nig. et 25.

• a Dut , cullu levi , cnpile înlerio. in agmlno , in labo- « ribua frequens. a«Je$.«c : hudem i^trcnuis, soialium invan lidis oicmplum omnibus ostciidcrc. » (Tacit. ,4nna/. iib. 13. cap. 35.)

* « Cccidissc in irrilum labores. si pricmia pcriruionim n soli assc(|iuntur . qui pcriculis non atTiieruiil. u 'Tacit. Uitt. lib 3. rap. .53.)

iqk

Cyrus avait trouvé le moyen d’inspirer de l’amour et du zèle pour l’ordre , même aux simples soldats, en leur en inspiraut pour la pairie, pour leurs citoyens, pour l’honneur, et surtout en se faisant aimer d'eux par sa bonté et sa libéralité. Voilé les véritables liens de la discipline militaire, et les seuls capables de la maintenir dans toute .sa force et toute sa vigueur.

g V. — OBDBB DI •ATVII.I.B

Comme, du temps de Cyrus, il y avait trèspeu de places fortifiées, toutes les guerres n’étaient presque que des guerres de campagne; et il avait compris par ses réflexions et par son expérience que rien n’est plus décisif pour la victoire qu’une bonne et nombreuse cavalerie, et que souvent le gain d'une seule bataille rangée entraînait après soi la conquête d’un royaume entier. Aussi avons-nous vu qu’ayant trouvé l’armée des Perses entièrement dépourvue de ce secours si important et si nécessaire, il tourna tous ses soins de ce côté-là ; et que , par son activité et sa vigilance, il vint à bout de former un corps de cavalerie persane qui devint supérieure à celle des ennemis, sinon par le nombre, du moins par la bonté. Il y avait plusieurs haras en Perse et en Médie ' ; mais dans cette dernière province, ceux du lieu nommé NLsée étaient les plus renommés , et c’était de là qu’éloit fournie l’écurie du roi *. Il s’agit maintenant de voir l’usage qu’ils faisaient et de leur cavalerie et de leur infanterie.

La célébré bataille de Tliymbrée nous peut donner une juste idée de la lactique des anciens du temps de Cyrus, et nous montrer jusqu’où allait leur habileté, soit pour la disposition des troupes, soit pour l'usage rtsarmeo.

Ils savaient que l'ordre de bataille le plus convenable était de placer l’infanterie au centre , et aux deux ailes la cavalerie , composée principalement de cuirassiers. De cette sorte , l’infanterie se trouvait couverte par scs lianes, et la cavalerie était plus en liberté d’agir et de s’étendre.

Ils avaient aussi rompris la nécessité de for-

• lleroa. lis. 7 . fip. 10.

t Siral). lUi. 1i , 550.

mer plusieurs lignes qui pi..ssent s«! soutenir les unes les autres, parce (|u’autrement une seule ligne, pouvant être facilement percée et rompue, n’était pas en état de se rallier, et laissait l'armée sans ressource. Ils formaient donc la première ligne de l'infanterie pesamment armée, sur douze ' de hauteur, laquelle se servait d’abord de la demi-pique, et ensuite, le sabre ou l'épée à la main, combattait contre l’ennemi corps à corps, lorsque les deux fronts se joignaient.

Iji seconde ligne était composée de soldats armés à la légère, qui, par-dessus la première, lançaient les javelots. Ces javcloLs étaient d'un bois fort pesant, avaient au bout une pointe de fer fort aiguë, et étaient lancés avec beaucoup de force. Leur destination était de jeter le désordre parmi les ennemis avant qu'ils approchassent.

Les archers formaient la troisième ligne. Comme leurs arcs étaient bandés avec beaucouj) d’effort, les flèches portaient par-dessus les deux premières lignes, et incommodaient extrêmement l'ennemi. On mêlait quelquefois parmi ces archers des frondeurs, qui lançaient de grosses pierres avec une roideur extrême; et dans la suite les Rhodiens substituèrent aux pierres des balles de plomb qui allaient une fois plus loin.

Une quatrième ligne, formée de soldats armés comme ceux de la première, fermait le corps de bataille. Elle était destinée à soutenir lesaulrc&ligues, cl à les conlemr dans le devoir quand elles s’ébraiiiaierd. ’vlie servait aussi d’arrière-garde et de corps de réserve pour ri>pousser l'ennemi quand il pjiÿcit jusqu’à eux.

Ils avaient des tours roulaetas , portées sur de grands chariots attelés de seize larufs , et garniss de vingt hori$.' .■ qui lançaient des pierres-et des javelots. Elles-étaienl placées à la queue de tonte l'armée, derrière le corps de réserve, et servoieuf à favoriser le ralliement des troujies poussées jus(iue-lè par l'ennemi et mises en déroute.

Ils faisaient grand usage des cbariots armés de faux, comme nous l’avons dit. Ils les plaçaient ordinairement nu front de bataille, et quelquefois ils en mettaient aussi une iwrtie

■ .Vvani r.jriis cVlail sur tiiigl ijrralni.

Kur les flancs de l'armic, quand ils araient lien de craindre qu’elle ne fût enveloppée.

Voilà à peu près jusqu’où les anciens portaient la science de l'arl militaire pour les batailles. Mais nous ne voyons guère qu’ils sussent proBler de l’avantage des postes , saisir à propos un terrain favorable, attirer la guerre dans un pays fourré; faire usage des dèfdès, soit pour inquiéter ou attaquer l’ennemi dans sa marche, soit pour se mettre à couvert de ses attaques; dresser avec art des embuscades; traîner habilement une campagne en longueur; éviter d’en venir à une action décisive avec un ennemi supérieur, et le réduire à se consumer lui-méme par la disette de vivres et de fourrages. Nous ne voyons pas non plus qu’ils fussent fort attentifs à appuyer leur droite et leur gauche des rivières, des marais ou des hauteurs, et à égaler par ce moyen le front d’une armée médiocre à relui d’une autre armée beaucoup plus nombreuse, et mettre l’ennemi hors d’étal de les envelopper.

Il parait ce|)cndanl dans les premières campagnes de Cyrus contre les Arméniens, et ensuite contre les Babyloniens , des commencements et comme des essais de cette science, mais qui n’allaienl pas encore fort loin. Le temps, les réflexions, l’expérience, apprirent depuis aux grands capitaines toutes ces précautions et ces ruses de guerre ; et nous avons vu, dans les guerres des Carthaginois, quel usage .\nnibal. Fabius, Scipion et les autres généraux de l'une et de l’autre nation en ont fait.

8 VI. — Attaoce et IiÉFESSE des places.

Les anciens avaient imaginé et mis habilement en œuvre tout ce qu’on pouvait attendre de la portée des armes connues alors , aussi bien que de la force et de la variété des machines, suit pour attaquer, soit pour défendre les places.

ac i* AtUque des places.

La première manière d’attaquer les pinces fut le Ûoeus. On investissait la ville par un mur de maçonnerie que l’on bâtissait tout autour ,

et dans lequel on fliisait d’espace en espace des redoutes et des places d’armes; ou l’on se contentait de l'envelopper de toutes parts par un profond retranchement bien palissadé, pour empêcher que les assiégés ne pussent faire de sorties, et qu’il n’entràl dans la ville ni secours ni vivres. On attendait ainsi tranquillement que la famine fit ce que l’art ou la force ne savait pas encore faire. De là venait la longueur des sièges dont il est parlé dans l’antiquité : celui de Troie ' , qui dura dix ans; celui d’Azot par Psammélique, qui en dura vingt-neuf. Cyrus aurait été fort longtemps devant Babylone qui avait amassé des vivres pour vingt ans, s’il n’avait employé un autre moyen pour s'en rendre maître.

Comme Ton vil que les blocus traînaient extrêmement en longueur, on imagina l'escalade, qui consistait à appliquer contre le mur un grand nombre d'échelles pour y faire monter plusieurs flics de soldats.

Pour la rendre inutile et impraticable, on y opposa la hauteur des murailles, cl encore plus celle des tours dont elles étaient flanquées, de sorte que les échelles ne pouvaient plus y atteindre. Il fallut donc trouver un autre moyen pour arriver jusqu'à la hauteur des remparts; et ce fut de bâtir des tours de bois roulantes , plus hautes que les murs, et do les en approcher. Sur le haut de la tour, qui formait une espèce de plate-forme, étaient placés des soldats qui, à coups de traits et de flèches, et par le secours des ballisles et des catapultes, nettoyaient les remparts; et alors, d’un étage qui était au-dessous,, on faisait couler une espèce de pont-levis, qu'on appuyait sur les murs pour entrer dans la place.

On employa un troisième moyen, qui abrégea beaucoup la durée des sièges; c’est relui des béliers pour ouvrir les murs cl y faire des brèches. Le bélier était une grosse poutre de bois, armée par le bout d’un bec de fer ou d’airain, que l’on poussait avec violence contre les murs. Il y en avait de plusieurs sortes. Je me réserve à en parler ailleurs avec plus d’étendue, aussi bien que des autres machines.

Bestc un quatrième moyen, savoir la sape et

< IloTncrc Dc parle polnl de bélier, ni d'aucune machiM de guerre

la mine qui avail un double usage. On conduisait un chemin souterrain au-dessous du fondement des murs, et le creusant jusqu’au dedans de la ville, on s'en faisait un passage pour y entrer ; nu bien l'on se contentait, après avoir étayé le fondement, de remplir le vide de toutes sortes de matières combustibles, auxquelles on mettait le feu, pour consumer les étais, calciner la maçonnerie, et faire tomber des pans de muraille,

s* DërcDsc dM pUcni.

Il parait que, pour forlifier les places et les défendre, on employait tous les principes essentiels et toutes les régies fondamentales que l’art de la fortincation suit aujourd'hui : |iar les inondations pratiquées à propos autour de la place, pour en empé'her les approches; par la profondeur et l'escarpement des fossés, couronnés de palissades, pour en rendre la descente plus dinicile; par l'épaisseur des remparts terrassés ou de maçonnerie, pour les mettre à l'épreuve du bélier, et par leur hauteur pour les garantir contre l'escalade ; par les tours saillantes, d'où sont venus les baslions modernes, pour flanquer les courtines; par l’ingénieuse invention de différentes machines propres à tirer des flèches, des dards, des traits, et à jeter avec roideur de grosses pierres; par les parapets et les créneaux des murs pour la sûreté du soldat, et par les galeries couvertes qui régnaient le long des murs et lui tenaient lieu de souterrains ; par les retranchements derrière les brèches ou b la gorge des tours ; par les sorties, pour renverser les travaux des assiégeants et mettre le feu à leurs machincsj par les contre-mines, pour rendre inutiles celles de l’ennemi ; par la construction des citadelles, pour servir de retraite et de dernière ressource h une garnison prés d’étre forcée, et pour rendre inutile la prise de la ville, ou poury faire une capitulation plus avantageuse. Ce sont là presque tous les moyens que l’art de la fortincation avait appris aux anciens, et ce sont les mêmes que le génie pratique aujourd’hui, avec quelques changements que la différence des armes a suggérés

J’ai cru devoir entrer dans ce détail , pour donner au lecteur quelque idée de l’ancienne manière de défendre les places, et pour détruire le préjugé de bien des modernes , qui pensent que, parce qu’on a donné maintenant d’autres noms aux mêmes choses, elles sont bien différentes pour les principes et pour le fond. Depuis l’invention de la poudre , on a substitué le canon au bélier, et la mousquelerie aux balistes, aux catapultes, aux scorpions, aux javelots, aux frondes, aux flèches. S’ensuit-ll pour cela que l’essentiel de la défense des places ait changé ? non, certainement. Ils tiraient de la solidité des corps et des forces mouvontes tout ce que l’art le plus ingénieux en pouvait tirer.

8 VII. — Qi'alitA »fs TMocrcs rEitsAMea DFPUS CyRI'9.

J’ai déjà averti plus d’une fois qu’il ne fallait pas juger du mérite et du courage des troupes persanes dans tous les temps, par cc qu’on en voit sons le régne de Cyrus. Je finirai l’article de la guerre par une judicieuse réflexion de M. Bossuet sur ce sujet. Il remarque que, depuis ce prince, les Perses, généralement parlant, ne surent plus ce que peuTcnt dans une armée la sévérité, la discipline, l’arrangement des troupes, l’ordre des marches et des campements, et enfin une certaine conduite qui fait remuer ces grands corps sans confusion et à propos. Toujours occupés d’une vaine ostentation de puissance et de grandeur, et comptant plus sur la force que sur la prudence, sur le nombre que sur le choix, ils croyaient avoir tout fait quand ils avaient ramassé un peuple immense, qui allait au combat assez résolument, mais sans ordre, et qui se trouvait embarrassé d’une multitude infinie de personnes inutiles que le roi et les grands Iratnaient après eux; car leur molles.se était si grande, qu’ils voulaient trouver dans l'armée la même magnificence cl les mêmes délices que dans les lieux on la cour faisait sa demeure ordinaire ; de sorte que les rois marchaient accompagnés de leurs femmes, de leurs concubines, et de leurs eunuques. La vaisselle d'or et d’argonl et les meubles précieux suivaient dans uno abondance prodigieuse, et enfin tout

nilliruil que demande une lellc vie. Une armée composée de celle sorte, cl déjà cml}nrrassée de la multilude excessive de ses soldais, était surchargée par le nombre démesuré de ceux qui ne comhallaient point. Dans celle confusion, on ne iiouvail se mouvoir de concert; les ordres ne venaient jamais à temps, et, dans une action, tout allait comme à l'aventuro, sans que personne fftl en étal de pourvoir à ce désordre. Joint encore qu'il fallait avoir fini bientôt, et passer rapidement dans un pays ; car ce corps immense, et avide non-seulement de ce qui était nécessaire pour la vie, mais encore de ce qui servait nu plaisir, consumait tout en peu de temps, et on a peine à comprendre d'où il pouvait tirer sa subsistance.

Cependant , avec ce grand appareil, les Perses étonnaient les peuples qui ne savaient pas mieux la guerre qu’eux. Ceux mêmes qui la savaient se trouvèrent ou affaiblis par leurs propres divisions, ou accablés par la multitude de leurs ennemis, tit c’est par là que l’Égypte, toute superbe qu’elle était, cl de son antiquité et de ses sages institutions, et des conquêtes de son Sésostris , devint sujette des Perses. Il ne leur fut pas malaisé de dom{)lcr l’.\sic Mineure, et même les colonies grecques , que la mollesse de l'Asie avait corrompues ; mais quand ils vinrent à la Grèce même , ils trouvèrent ce qa’ils n’avaient jamais vu : une milice réglée, des chefe entendus, des soldats accoutumés à vivre de peu, des corps endurcis au travail , que la lutte cl les autres exercices ordinaires dans ce pays rendaient adroits; des armées médiocres à la vérité , mais semblables à cc>s corps vigoureux , où il semble que tout soit nerf et où tout est plein d’esprit ; au reste, si bien commandées cl si souples aux ordrc“S de leurs généraux , qu’on eût cru que les soldats n’an’avaienl tous qu’une même àmc , tant on voyait de concert dans leurs mouvements.

Article III. — Arts, sciEîicrs.

Je n’entreprends point de parler delà poésie des Orientaux , qui ne nous est guère connue que par ce qui s’eu trouve dans les livres saints. Ces morceaux précieux suffisent pour

nous faire connaître l'origine de la poésie , sa véritable destination , l’usage qu’en ont fait les hommes inspirés de Dieu pour célébrer sa grandeur et chanter ses merveilles, la noblesse et la sublimité du style qui lui convient, proportionnées à la majesté des sujets qu’elle traite. I.es discours des amis de Job , établis comme lui dans l’Orient , et qui n’étaient pas moins distingués entre lesGenlils par leur érudition que par leur naissance, pourraient auss’i nous donner quelque idéedu genre d'éloquence qui régnait alors.

Ce que les prêtres égyptiens disaient, selon Platon ', des Grecs en général , et des Athéniens en particulier, qu’ils étaient des enfants dans l’antiquité, est bien vrai à l’égard des arts et des sciences, dont ils ont faussement attribué l’invention à des personnes chimériques et postérieures de beaucoup au déluge. L’Écriture * nous apprend que, dés avant ce tempslà , Dieu avait découvert aux hommes l’art de cultiver la terre par le labour ; de nourrir l&s lrou|>eaux, en demeurant sous des tentes ; de filer la laine et le lin , et d’en faire des élolTes et de la toile; de polir le fer et l’airain , et de les faire servir à une infinité d’usages nécessaires à la vie ou à la société.

La même Écriture nous apprend encore qu’assez peu de temps après le déluge, l’industrie humaine avait fiiil plusieurs découvertes très-dignes d’admiration, et qu’elle avait trouvé , 1° le secret de filer l’or et de le faire entrer dans le tissu des étoffes ; 2’ le secret de battre l'or, et de dorer par des couches légères le bois et les autres matières ; 3" de jeter en fonte les métaux d’airain , d’argent , d’or , d’en faire toutes sortes de figures, en imitant parfaitement la nature , d’exprimer les différents objets, et d’en faire toutes sortes d’ornements cl de vaisseaux ; à" d’appliquer la |>einlure, aussi bien que la sculpture, sur le bois, sur les pierres, sur les marbres ; 5” enfin, pour abréger, de faire la teinture des étoffes dans les plus belles couleurs.

Comme ce fut dans l’Asie que les hommes s’établirent d’abord après le déluge, il est aisé de comprendre qu’elle fut comme le berceau

* IR Tiliiæo , (Kig. ±2.

* (lun. ch. I.

des arts et des sticiiees, dont le souvenir s'élnit eonservô par la Iradition , et dont la nécessité et le besoin les obligèrent de renouveler , et , pour ainsi dire, de ressusciter l'usage.

t I — AiiCiiiTCCTcne.

I.a consiruction de la tour de Babel , et peu de temps après celle de ces fameuses villes (|ui ont été regardées comme des prodiges, Babylone et Ninive ; la maginlicence des vastes palais des rois et des seigneurs, distribués en plusieurs salles cl ap|)arlemcnls, cl ornés de tout ce que la décence cl In conimodilé peuvent exiger; la régularité et la symétrie des colonnes et des voûtes multipliées et élevées les unes sur les autres; la grandeur des portes des ■villes; la largeur et l'épaisseur des remparts ; la hauteur cl la solidité des tours ; la commodité des quais sur les bords des grosses rivières ; In hardiesse des ponts bâtis sur les grands neuves; tout cela, et plusieurs autres ouvrages semblables, montrent jusqu'où, dans une antiquité si reculée, rnrcluicclurc avait été portée.

Je ne sais |M>urlant si dés lors elle était parvenue à celle perfection que la Grèce et l'Italie lui ont depuis donnée, cl si ces vastes bAliments de l'Asie cl de l'Egypte , si vantés par les anciens , avaient autant de régularité que de grandeur cl d'étendue. J'entends parler de cinq ordres d'arcliileclurc, le Toscan, le Dorique, l'ionique, le Corinthien, le Composite; mais je ne vois point d’ordre Asiatique ou Égyptien , ce qui donnerait assez lieu de douter si la symétrie, les mesures, les proportions des colonnes, dos pilastres et des autres ornements , régnaieul ]>arfailemenl dans ces anciens édifices.

( II. — MoiecB.

Il n'csl pas étonnant que , dans un pays comme l'Asie, livré au plaisir, aux délices et à la bonne chère , la musi<|ue , qui en faisait le principal assaisonnement , j ait été en honneur, et cultivée avec un grand soin. Ia: seul nom des princi|taux modes de l'ancienne musique, et que la moderne a conservé, le Dorien, le Phrygien, le l.ydien, Y /(mien, Yfiolien, mar-

que assez quelaétéle lieu de sa naissance, ou du moins celui où elle s’est accrue cl perfectionnée. 1,’Écriture sainte ' nous apprend que, du temps de I.aban, la musique et les instruments ébiicnl fort en usage dans le pays qu’il habitait, c’est-à-dire dans la Mésopotamie , puisque, entre autres reproches qu’il fait à Jacob son gendre, il se plaint que, par sa fuite précipitée, il ne lui a pas laissé lieu de le reconduire lui et sa famille, acte de! chants de Joie, au bruit des tambours et au son des harpes. Dans le butin que Cyrus* fit mettre à part pour C yaxare, son oncle, il est fait mention de deux ‘ •’nusiciennes Irés-habiles qui accompagnaient une dame de Suse , cl qu’on avait faites prisonnières avec elle.

C’est une question qui exerce les savants , de connaître jusqu’à quel point de perfeclinn la musique a été portée chez les anciens : question d’autant plus difficile à décider, que, |K)ur y réussir, il semblerait nécessaire d’exlH)sor aux yeux et ensuite au jugement des oreilles plusieurs pièces de musique notées à l’antique; et que par malheur il n’en est pas ici comme de la sculpture et de la poésie anciennes, dont il nous reste d’illustres monuments , au lieu que l'antiquité ne nous a conservé aucun ouvrage qui puisse nous faire juger sûrement si In musique des anciens était aussi parfaite que la nûire.

On convient qu’ils ont connu la triple symphonie, c’est-à-dire le concert des voix, relui des instruments, et celui qui dépend de ceux-ci avec les voix.

On convient aussi qu’ils ont excellé pour ce (pii regarde le rhylkme. On appelle ainsi l'assemblage de plusieurs temps, qui gardent entre eux certain ordre ou certaines proportions. Pour entendre celle définition, il faut observer que la musique dont il s’agit ici se chniH lait toujours sur les paroles de quelques vers, dont toutes les syllabes étaient brèves nu longues; qu’on prononçait la syllabe brève une fuis plus vile que la longue; qu’ninsi la première était censée ne faire qu'un temps, au lieu que la seconde en faisait deux; que, par

( Gcn. 31 . 2T.

* Xeno{ih. Cyrop. lib. pji|(. 13, cap. 6, $ i

* xi;

conséquent, le son qui répondait è celle-ci durait deux fois autant que le son qui répondait à celle-là, ou, ce qui revicTit au mémo, avait deux temps pendant que l'autre n’en avait qu’un ; que les vers qu'on chantait étaient composés d’un certain nombre de pieds, que formaient ces syllal)cs longues ou brèves dilTéremmenl combinées; et que le rhjthmc du chant suivait régulièrement la marche de ces pieds. Comme ceux-ci, de quelque nature ou de quelque èteudue qu’ils pussent être, se divisaient toujours en deux parties égales ou inégales, dont la première s’appelait «ti,-, élévation, et la seconde (ihn , abaissement ou position; de même le rhylhme du chant, qui répondait à chacun de ces pieds, se |)arlageait en deux également ou inégalement par ce que nous nommons aujourd'hui un frappé et un levé, c'est-à-dire par un bruit ou une j>ercussion, ctpar un repos. L’attention scrupuleuse que les anciens avaient à la quantité des syllabes dans leur musique vocale, en rendait le rhythme plus parfait et plus régulier que le nôtre ; car la poésie chez nous ne se mesure point suivant les longues cl les brèves ; ce qui n’empêche pas néanmoins qu’un habile musicien ne doive faire sentir, par la durée dessous, la quantité de chaque syllabe. J'ai copié ce que je viens de dire du rhylhme, d’une des dissertations de M. Burette; cl je l'ai fait en faveur des jeunes gens, à qui ce petit morceau pourra être fort utile pour l’intelligence de plusieurs endroits des auteurs anciens. Je reviens à mon sujet.

Ce qui fait le principal sujet de la dispute entre les savants sur la musique des anciens, est de savoir s’ils ont connu celle que nous appelons musique à plusieurs parties, c'està-dire dans laquelle ces dilTérentcs parties forment chacune à part un chant suivi, et s'accordent toutes ensemble, comme il arrive dans notre contre-point, soit simple, soit composé. On peut voir sur cet article, et sur tout ce qui regarde la musique des anciens , les savantes dissertations de AI. Burette, insérées dans lesiir,ivet viornes des Alémoircs de l’Académie royale des Bclles-Lcllres, qui font connaître la profonde érudition et le goût exquis do cet écrivain.

S III. — XlàttEceiK. ’ ^

On découvre aussi, dans ces temps reculés, l’origine de la médecine, dont les commencements , comme de tous les arts et de toutes les sciences, sont encore bruts et grossiers. Hérodote ' , et après lui Strabon , remarquent que c'était une coutume généralerocnl établie chez les Babyloniens, d'exposer les malades à la vue des passants, pour s'informer d'eux s'ils n'avaient point été attaqués d'un mal pareil, et pour savoir par quels remèdes ils en avaient été guéris. C'est ce qui a fait dire à plusieurs que la médecine est une science conjc'cturale et expérimentale, qui est née des observations qu'on avait faites sur la nature des différentes maladies, et sur ce qui est favorable ou contraire à la santé. Il faut convenir que l'expérience peut bcaucou|i , mais elle ne sufllt pas. Le fameux Hippocrate en lit gnind usage, mais ne s'y arrêta point. C'ètail la coutume’, que tous les malades qui avaient été guéris missent dans le temple d'Ksculapc un tableau , où ils expliquaient par quels remèdes ils l'avaient été. Ce célèbre médecin fit décrire tous ces mémoires, et .sut bien en profiter.

La médecine, dés le temps de la guerre de Troie , était en grand usage et en grand honneur. Esculape, qui vivait alors ’, en est regardé comme l'inventeur, et il l'avait déjà portée à une grande perfection par une profonde connaissance de la botanique, par l'apprêt des médicaments et par les opératioius de la chirurgie; car toutes ces parties n'êluicnt point séparées de la médecine, et ne faisaient toutes ensemble qu’une même proléssion.

Les deux enfants d’Esculape *, Podalirius et Alachaon, qui commandaient un certain nombre de troupes à ce siège , étaient aussi excellents médecins que braves capitaines, et ne rendaient pas moins de service à l’armée par leur habileté dans cej art , que par leur courage dans les combats. Achille même, non plus qu'Alexandre dans la suite *, n’avait pas jugé celte connaissance inutile à un général, ni au-

' llprod. tlli. I . r.ip. 197, — .Str«h. lili. 10. paR. 7t6.

• IMin. lib. 29, rap. 1. — Sirab. Iib.8, pag. 3Tt.

s lliod. tib. S . pag. .711.

s nom. Iliail. lib. 10 . v. 821-817.

* riularcti. in .XlciauUr. p.ig. üC8.

dessous de lui. 11 l’avail apprise du ccnlnnre Chiron, et l’avait enseignée lui-mémc à Patrocle son ami, qui en fit usage en pmisant 1a plaie d’Eurjfpile.

11 guérit celle plaie par le moyen d’une racine qui, sur-le-champ, lit cesser la douleur et arréla le sang. Iji botanique, c’esl-ù-<lire la médecine qui traite et fait usage des herbes et des plantes, était fort connue et presque seule employée dans les premiers temps. Virgile ‘ , en parlant d’un célébré médecin, à qui Apollon lui-méme avait enseigné la médecine, semble Iwrner cet art it la connaissance des simples : .S'ci're poUttates herbanim usumi/ue meJtndi maluit. C’était la nature elle-même qui présentait aux hommes ces innocents et salutaires remèdes *, et qui semblait les inviter à en faire usage. l.es jardins, les campagnes, les forêts les fournissaient abondamment et gratuitement. On ne faisait point encore usage des minéraux, des Uiériaques et d’autres compositions qu’une étude plus sérieuse de la nature a fait inventer depuis.

Pline' dit que la médecine qu’Esculape, vers le temps du siège de Troie, avait mise en grande réputation, tomba bientôt après dans l’oubli, et demeura comme ensevelie dans les ténèbres Jusqu'au temps de la guerre du Pélo- (loné.se, où Hippocrate la ressuscita en quelque sorte et la remit en honneur. Cela peut-être vrai pour la Créce; mais nous voyotis qu'elle avait toujours été fort cultivée et fort estimée dans la Perse. Le grand Cyrus, comme Xénophon* le remorque, ne manquait jamais de mener avec lui à l'armée un certain nombre d’excellents médecins, qu’il récompensait avanlageu-sement, et à qui il témoignait une grande considération ; et il observe qu’il avait trouvé cette coutume établie anciennement ]iarmi les généraux : et le mémo Xénophon * nous apprend que le jeune Cyrus eu usait de la même sorte.

Il faut avouer néanmoins que c’est Hippocrate qui a porté la médecine au plus haut point de perfection ; et quoiqu’il soit constant

< .T.n. Ilb. H.ï.m

> Ptiii. lib. iü , cap. 1 ; et lib. 2t , cap. 1.

» Id. 11b. 27 . cap. ».

• Cjrop. Ilb. 1 , pag. 2» ; et Ilb. 8, pag. 212,

Pc eipcdil. C)T. lib. 3 , pag. 311.

que depuis lui on a ajouté beaucoup de connaissances à celles qu’il avait acquises , encore aujourd’hui il est regardé par les plus habiles médecins comme le premier maître dans cet art , et celui dont l’étude doit le plus occuper ceux qui veulent y réussir.

Des hommes formés de la sorte, qui, à l'élude qu’ils ont faite des plus célèbres médecins, tant anciens que modernes, à la connaissance qu’ils ont acquise de la vertu des simples, des princi|ie5 de la physique, de la constitution du corps humain, ont ajouté une longue expérience et de sérieuses réflexions; de tels hommes méritent bien, dans un étal i>olicé, d’être distingués et récompensés , comme le Saint- Esprit le recommande dans l’Ecriture '. L’habileté du médecin Tilècera en honneur : il sera comblé de louangei, même par let grands, et les rois lui feront des présents ; puisqu’ils consacrent tous leurs travaux et toutes leurs veilles à la conservation de la santé des citoyens, qui est de tous les biens humains le plus cher et le plus précieux. Ce bien pourtant est celui que l’on ménage le moins : non-seulement on se ruine la santé par les excès, mais on la confie, par une aveugle crédulité, ë des hommes sans aveu et sans expérience ', qui séduisent les malades par leur air im|iosanl, nu par la douce espérance de la guérison dont ils les flattent.

g IV. — AsTâOSOXIg.

Quelque envie qu’aient eue les Grecs de se donner pour auteurs et inventeurs de tous les arts et de toutes les sciences, ils n’ont pu absolument disputer aux Babyloniens l’honneur d’avoir jeté les premiers fondements de l’astronomie. Ijt situation avantageuse de Babylone, bâtie dans une plaine fort étendue, cl où la vue n’était bornée |Mir aucunes montagnes ; l’air pur et serein qui régnait toujours dans ce pays, et donnait lieu de contempler librement les astres*; peut-être aussi la hauteur exlraordi-

I EcriM. 38,2,3.

> • Pilnin ni . ni quisque inler UK» loqurnilo pallrgi , « Imperalorfin lllic# vil» noUn* nnisiinr Hrrl... Adeô • blanda ni aperandi pro K culqua dulcedo. » (Plis. lib. 30. cap. 1.)

• a Prlncipiâ .V»«yril propter planillcm m.igiiitoilln’ m-

naire de la lour de Babel , qui scmblail failc liour servir d’observatoire, furent, à regard de ces peuples , de puissants attraits qui les portèrent à examiner avec soin les divers mouvements du ciel et le cours réglé des astres. M. l’abbé Renuudot dans sa dissertation sur la sphère, remarque que la plaine appelée dans l’Écriture sainte Sennaar, et où Babylone fut bâtie , est la même que les Arabes appellent Sinjar, où le calife Almamon , septième des Habbassides, sons lequel les sciences commencèrent à être florissantes parmi les Arabes, lit faire les observations astronomiques, qui servirent durant plusieurs siècles à tous les astronomes de l’Europe; et que le sultan Gclalcddin-Mèlikschah , troisième des Seljukides , en fit faire de semblables près de 300 ans après dans le même lieu ; ce qui fait voir qu’il a toujours paru le plus propre à faire des obsenations astronomiques.

Celles que firent les Babyloniens ne purent pas être portées d’abord à une grande perfection , n’èlant pas encore aidées du secours des télescopes, c’est-à-dire des lunettes d’approche , dont l’invention est assez récente , et a servi beaucoup à perfectionner dans le dernier siècle les recherches d’astronomie. Quelles qu’elles aient été , elles ne sont point parvevenucs jusqu’à nous. Épigène, auteur grave et digne de foi, seion Pline*, parle d’observations faites pendant 720 ans, et qui étaient empreintes sur des carreaux de brique , ce qui marquerait une antiquité fort reculée. Celles dont Callisthène, philosophe de la suite d’Alexandre , fait mention*, et dont il rendit compte à Aristote, embrassent 1903 ans, et par conséquent remontent assez prés du déluge, et du temps où Nemrod bâtit Babylone.

On doil certainement savoir bon gré et rendre justice. au travail et aux recherches curieuses de ceux qui ont contribué à inventer ou à perfectionner une science si utile, non-seule-

« que regionum quu incolebonl « quuin csluin ex omui « parle païens et apertum intucrcnlur , trajcctiones molu^ « que siellarum ob$crvaveninl. » ( Cic. lib. 1 , de DiHu. n.2.)

* Mémoires de l'Académio des Dellc**LcUroa> tom. 1 , port 3, pag. 3.

* Plin. Ilisl. Nat. lib. 7 , cap. 50

* Porpbjr. ap. SiinpUc ialib. 2, de cfekt

ment pour l’agriculiure et la navigation , par la comiaissance quelle donne du cours réglé des astres et de la proportion merveilleuse et toujours uniforme des jours, des mois, des saisons et des années; mais pour la religion même, avec laquelle Platon' montre que l’élude de celte science a une liaison étroite et nécessaire, puisqu’elle tend directement à inspirer un grand respect pour la Divinité, qui préside avec une sagesse infinie au gouvernement do l’univers , et qui est présente et attentive à toutes nos actions. Mais on ne peut assez plaindre ces mêmes philosophes ’, qui, étant arrivés par leur heureux travail et par leurs recherches astronomiques tout prés du Créateur , ont eu le malheur de ne le point trouver, parce qu’iis ne l’ont point servi ni adoré , et qu’ils n’ont pas conformé leurs actions aux règles de ce divin modèle.

g V. — ASTlOl.nGIK JUDICIAIKG.

Pour ceux de Babylone et de l’Orient, l’étude des astres , loin de les conduire , comme elle aurait dù , à la connaissance de celui qui en est le crèaleur et le mailrc . les jeta pour la plupart dans l’impiété et dans les folies de rastrologie judiriain. On appelle ainsi celte science fausse et téméraire , qui enseigne à juger de l’avenir par la connaissance des asires, et à prédire les événements par la situation des planètes et par leurs différents aspects : sr'icnce traitée avec raison de rêverie et d’extravaga’nce par ce qu’il y a eu d’écrivains plus sensés dans le paganisme même. O deliralionem iiwredibilem! s’écrie Cicéron*, en réfutant la folle pensée de ces astrologues , appelés souvent Chaldéens, du pays où cette science avait pris son origine ; qui , en conséquence des observations faites , disaient - ils , par leurs prédécesseurs sur tous les événements passés [rendant l’es|)ace seulement de quatre cent i 1“

' In Epinom. p-ip:. 98WI92.

« Mapna inUustria, magna sotcrlta : scU ibi Crcalorem « xcruUli suni irositum non longe à sc . et non iuvono— « ninl... qui.1 qua-rere noglexcruiil.u (S. ACGCSI. di verb. Evang. 3/aU/i. Scrm. Û8. cap. 1.)

» Cic. lib. 2 , lie Divin, n. ST-W.

PlS-i' ! by Googlt

soixnnie-dix raille ans, pr^lcndaienl connat- Ire sûrement , par l’aspect et la ( ombinaison «les astres et des planètes dans le moment de la naissance d’un enfant , quels seraient son génie, son caractère, ses mœurs, la constitution de son corps , ses actions, en un mot tous les événements et la durée de sa vie. Il relève mille absurdités d’un sentiment dont le ridicule seul doit inspirer du mépris, et demande pourquoi d’une infinité d’enfants qui naissent dans le même moment, et sans doute sous l’as- |)cct précisément des mêmes astres, il n’y en a lias deux dont le sort et la vie se ressemblent. Il demande encore si de ce grand nombre d’hommes qui périrent & la bataille de Cannes d’un même genre de mort , tous étaient ués sous tes mêmes constellations.

On ne croirait |ias qu’un art si absurde, uniquement fondé sur l’imposture et l’artiHce, frauduteniimma artium, dit Pline ', eût pu acquérir tant de crédit dans tout l’univers et dans tous les siècles. Ce qui lui a donné un si grand cours, continue cet auteur, est la curiosité naturelle à l’homme de percer dans l’avenir, et de connaître par avance ce qui doit lui arriver : nulle non avide future de te teiendi, jointe é une superstitieuse crédulité , qui se trouve agréablement flattée par les magnillques promesses dont ces diseurs de bonne aventure ne sont pas avares. Ita blandissimis desideratissimitque premistis addidit vires religienit , ad quas maximi etiamnum caligat humanum genus.

Les écrivains modernes, et entre autres deux de nos plus grands philosophes , Gassendi et Rohault *, se sont déclarés avec la même force contre la folie de celle prétendue science , cl ont démontré qu’elle était également destituée et de principes et d’expériences.

Ue principes. Le ciel, selon les astrologues, est divisé en douze parts égales; elles sont prises, non selon les pèles du monde, mais selon ceux du zodiaque. Les douze portions du ciel ont chacune un attribut, comme les richesses, la science, les parents, et ainsi du reste. portion la plus importante et la plus décisive , est celle qui est prochainement sous

* Plin. Proœin. lib. 30.

» GaMcndl. Phjf. tect. t, Hb. 6 — Robault. Pbje. pari. 3,cap.

l’horizon, et qui est appelée l’asccudanl, parce qu'elle est prêle à monter et à paraître sur l’horizon lors<|u’un homme vient au monde. Les planètes sont divisées en favorables, nuisibles, et mixtes : les aspects de ces planètes, qui ne sont que certaines distances entre elles, sont aussi ou heureux ou funestes. Je passe plusieurs autres hypotliéses toutes également arbitraires, et je demande si un homme de bon sens peut les admettre sur la simple parole de ces imposteurs, sans aucunes preuves, sans même la moindre ombre de vraisemblance. Le moment précis, et d’où dépend tout le reste des prédictions, est celui de la naissance. Lt pourquoi pas celui de la conception? Pourquoi les étoiles ne fonl-ellc>s rien pendant neuf mois de grossesse? Peut-on même jamais, dans la rapidité incroyable du mouvement des deux , être sûr d’avoir saisi le moment précis cl décisif, sans qu’il y ail eu du plus ou du moins , ce qui suOil pour tout renverser? 11 y a mille questions pareilles à faire.

Ils peuvent encore moins se flatter d’avoir pour eux l’expérience. Elle ne pourrait consister que dans les obsenations qu’on aurait Ciiles d’événements arrivés toujours de la même sorte lorsque les planètes se seraient trouvées dans une certaine situation. Or, du couscnilcment de tous Il>s astronomes, il faut plusieurs milliers d’années pour rencontrer seulement deux fois telle constitution des astres que l’on voudra s’imaginer; et il est Irès-ccrtain que celle que le ciel doit avoir d('main, ne s’est point encore vue depuis la création du monde. On peut consulter les deux philosophes que j’ai cités, et surtout Gassendi, qui a traité la matière plus au long. C’est sur de pareils fondements qu’est posé tout l’édilicc de l’astrologie judiciaire.

Mais ce qui est étonnant , et qui marque un reuvcrscraciit entier de raison, c’est que de prétendus esprits forts, qui se roidissenl opiniêtrément contre les preuves les plus convaincantes de la religion, et qui refusent de croire sur la parole de Dieu même les prophéties les plus claires et les plus certaines , se livrent queb]uefois totalement aux vaines prédiclious de ces astrologues et de ces imposteurs.

Saint Augustin ' , en plusieurs endroits do

* « liii omnibus contitkraiia, non iromerili) credilur ,

«es ècrils, noos aveilil que celte folle et sacril^c crèdulilé est un juste chAlimeiil de Dieu , qui punit souvent l’avcuglemenl volontaire des hommes par des ténèbres plus épaisses, et qui permet que les démons, pour les mieux retenir dans leurs filets, leur fassent prédite quelque* fois des choses qui arrivent elTecliveroent, mais dont souvent l’attente ne sert qu'à les tourmenter.

Dieu, qui seul prévoit l'avenir, parce qu’il en dispose seul avec une souveraine autorité , insulte souvent dons ses Écritures ' à l'ignorance des astrologues de Babylone tant vantés, qu'il traite de fabricaleurs de mensonges , fetbricalortt errorutn; et il donne hautement le défi à tous les faux dieux do prédire quelque chose, consentant, s'ils y réussissent, qu'on les révéré comme des dieux. Puis , aposliophanl Babylone, il lui annonce dans le dernier détail toutes les circonstances des maux dont il l'accablera plus de deux cents ans après, sans que scs enchanteurs, qui la flattaient d'avoir lu dans les astres les assurances de sa grandeur éternelle , puissent en détourner l'elfel , ni même en prévoir l'accomplissement. Mais comment l’auraient-ils fait, puisque dans le temps même de l’exécution ’ , lorsque Baltasar, dernier roi de Babylone , vit sortir de la muraille une main qui y traçait des caractères inconnus, les mages, les Chaldéens, les augures, en un mot,

€ qiram ulrolosi niiribililer mulu vera mpondent , oc- « cuUo InsliDCtu Ûeri spirUmun noo bononira quorum eura « esl bal fbliiai tk nottâs opinloim de astralibus (bUa ini^ « rere humanif meiilibtti àique flrmarc . non boroscopl (I noUli et inspecü aUquâ arte, que nulle csl. » (ïh Civit.

S.cap. 7.)

< c Le ma) tous attaqtiera . sans que vous ayea pa le m eoa}ecturer par aucun indice. Vous tous Irouvcrca surm prise par des malheurs que vous ne pourres détourner « ( psr vos maléfice* ). et une désolation que vous n'aurex « jamais prévue viendra fondre tout d'un coup sur vous. « Appelez à votre secours vos encbanienrs , et tous les se- « crets de la magie, auxquels vous vous êtes appliquée avec « tant de travail dés voire Jeunesse, pour voir si vous en ti- « rorezquelqQeavaïUagc.Voiisvousétestatigiéeàcoosulter « une multitude d'imposteurs. Que vos astrologues qui con- « tempieot le ciel, qui étudient le cours et la disposition « des astres, et qui prédisent chaque mois ce qui vous doit « arriver, viennent maintenant, et qu'ils toi» sauvent... fl Le feu les dévorera eus-méoies . et fis ne pourrmit déll- « vrer leurs âmes des fiammes ardentes, a (bai. ch. 47. T.ll-lV)

■ Dan. cap. 5.

tout le« prétendus sages du pays, ne purent venir à bout du lire celle écriture. Voilà donc l’astrologie et la magie convaincues d'ignorance et d’impuissance dans le lieu même où elles étaient le plus en vogue, et dans une occasion où il était certainement de leur intérêt d’étaler toute leur science et tout leur pouvoir.

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