ABTICLB IV. — RU.KI
La jilus ancienne et la pins générale idolâtrie a ké celle qui a eu le soleil et la lune pour objets. Elle était fondée sur une fausse reconnaissance , qui , au lieu de remonter jusqu’à Dieu, s’arrêtait au voile qui le cachait en le montrant. Avec la moindre réflexion on eût pu discerner le maître qui commandait, du ministre ' qui ne faisait que lui obéir.
On a toujours senti qu’il devait y avoir néces.saircmcnt un commerce entre Dieu et l'homme ; et l'adoration suppose que Dieu soit attentif aux désirs de l'homme , et capable de les remplir. Mais la distance du soleil et de la lune csl un obstacle à ce commerce. Les hommes aveugles ont lâché de remédier à cet inconvénient *, en portant leur main à leur bouche, cl en l’élevant ensuite vers ces fausses divinités, pour leur témoigner qu’ils voudraient s’y unir', mais qu’ils ne peuvent. C'est de celle coutume impie, usitée dans tout l'Orient, que Job ’ SC trouvait heureux d’avoir été préservé : Je n’ai point regardé 'U soleil dans son grand éclat , ni la lune lorsqu'elle avait plus de majesté. Mon cœur n'a point été séduit en secret, et je n’ai point poeté ha MAIN A ma bouche POUR LA BAISEE.
Les Perses • adoraient le soleil avec un profond respect, et surtout le soleil levant. Us lui consacraient un char magnifique avec des chevaux de grand prix , comme on l’a vu dans la célébré cavalcade de Cyrus. (Cette même cérémonie était en usage chez les Babyloniens , et
* Chez les Ilébrcui , le nom ordioaira du soleil signifie m^nisfre.
> fl SuperstHiosus vulgus manum ori admorens . oscu~ « lum Ubiis presfU. • (Miia'c. pag. 2.) De là est vcuu le hmA odorore . c'nt-à-dire . ad oi manum admotêtê.
* Job.3l. 20,27.
* Le lexte est en fonne de sennenl : 5i' vitH tolem . cU
« Ilerod. lib. 1 . cap. 131.
Digiiizea oy vjuugic
c’i'laild’enx que l’avaionl cmpninU^ quelques rois impies de Juda '.) Ils lui immnlaienl aussi quelquefois des Ixrufs • .Ce dieu élail fort connu chez eux sous le nom de Mithra.
l’ar une suite naturelle du culte qu'ils rendaient au soleil , ils honoraient aussi partieulièrement le feu ’ , l'invoquaient toujours le premier dans les sacrifices, le portaient par respect devant le prince lorsqu’il (^tait en marche, ne confiaient qu'aux mages la garde de ce feu sacré, qu’iLs préicndaient être descendu du ciel , et auraient regardé comme un grand malheur si on l'avait laissé éteindre. L'histoire* nous apprend que l'empereur Héraclius, lorsqu'il porta la guerre contre les Perses, démolit plusieurs de leurs temples, et en particulier la chapelle où ce feu avait été conservé jusquelà, ce qui causa un grand deuil et une extrême désolation dans tout le pays. Ils honoraient aussi l'eau , la terre , les vents comme autant de divinités *.
La cruelle cérémonie de faire mourir les enfants dans le feu était sans doute une suite du culte qu’on rendait à cet élément ; car ce culte était commun aux Perses avec les Babyloniens. L'Écriture le dit positivement des peuples de Mésopotamie, qui furent envoyés en colonie dans le |iays des Samaritains : Comburebant filios tuos iyni. L'on sait combien cette barbare coutume était devenue commune dans plusieurs provinces de l'Asie.
Les Perses avaient encore deux dieux d'une espèce particulière®; savoir, Oromasdes cl Arimanius. Le premier était regardé comme l’auteur des biens qui leur arrivaient, et l’autre comme l'auteur des maux dont ils étaient aflligés. J'en parlerai plus au long dans la suite.
Ils n'érigeaient ni statues^, ni temples, ni aulebi à leurs dieux, et offraient leurs sacrifices en plein air, et presque toujours sur des liauleurs et des montagnes. Ce fut en pleine
< ». Rog.an, n.
* Sirab lib. 15. psg. 732.
* Xroii|th. Cyrop. lib. 8 , pag. Ü5. — Amm. Uarcell. Ib.23.
* Znnar. Annr.l.tom. 2.
* Ilcroil. lib. t . cap. 131.
* PItil. in itb. (In Iftid. et Ot»ir. pas. 360.
’ Hc*wUll). l.cap. 131.
camivagne, que Cyrus' s'acquitta de ce devoir de religion dans s.a cavalcade. On croit qué ce fut sur l'avis, et à la sollicitation des mages*, que Xerxés, roi de Perso, brûla tous les temples de la Grèce, regardant comme une chose injurieuse à la Divinité de la ijenfermer dans l'enceinlc des murailles, elle à qui tout était ouvert, et dont l’univers entier devait être regardé comme la mai.son et le temple.
Cicéron * croit qu’en cela les Grecs et les Romains ont agi plus sagement que les Perses, en érigeant aux Dieux des temples dans leurs villes, et leur y donnant un domicile commun avec eux, ce qui était fort propre à inspirer aux peuples des sentiments de respect et do religion. Varron n’en pensait pas ainsi (c’est saint Augustin * qui nous a conservé cet endroit) : après avoir manpié que les Romains avaient honoré les Dieux sans statues pendant plus de cent soixante et dix ans, Varron ajoute que si l’on avait conservé celte coutume, le culte des Dieux en serait plus pur et plus saint : Quod siadhuc mansisset, casliùs DU ohserrarenlur;el il fortifie son sentiment parl'exemple de la nation juive.
Les lois ne permettaient à aucun Perse de bomer le motif de ses sacrifices à un intérêt domestique et privé. C'était une belle manière d'attacher les particuliers au bien public*, que de leur apprendre qu'ils ne doivent jamais sacrifier pour eux seuls, mais pour le roi et pour tout l'état, où chacun se trouvait avec tous les autres.
Les mages, dans la Perse, étaient dépositaires de toutes les cérémonies du culte divin, et c’était à eux que le peuple s'adressait pour en être instruit, et pour savoir à quels dieux, quels jours et de quelle manière il convenait de faire des sacrifices. Comme ils étaient tous d'une
( Xenoph. Cyrop. lib. 8. cap. 233.
* « Auctofibus magU Xcrxes inflammauc icmph Grc- « ricdicitur. qud«t parioübus Inrluderinl Dcos.quibun c omnia dcberenl esse paienlia ac libéra . quorumqne hie • mundus omnis lemplum essel et domus. » {Cic lib. 2 . de lêg. n. *26.)
* «McliùsGrcci atque Dostri.qui. alaugercntpieUa lem in Deos , ea«dcm illos urbes qu.is nos iiirolere Tolue* « mot. Adforlenim bre opinio rcllgiunrm utilcm ctvIUH « tibus. » {Ihid.)
* S. AugusUo. lib. 4, de Civil. Del , cap. 31 .
» llcrofl.lib. i.eap.132.
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même Iribu, et que nul autre qu’un fils de prêtre ne pouvait prétendre à l’honneur du sacerdoce, ils réservaient pour eui cl pour leur famille leurs lumières cl leurs connaissances, tant sur la religion que par rapport à la conduite de l’étal, et ils ne pouvaient les communiquer ü aucun étranger sans la permission du roi. Elle fut accordée à Tliémislocle, et ce fut, selon Plutarque ', un elTel particulier de la faveur du prince ù son égard.
Celte élude, cette science de la religion, qui a fait définir par Platon la magic, c’est-à-dire la science des mages, l’art d’honorcr dignement les Dieux, Seûv Ocpxjnitct, leur donnait beaucoup de crédit dans l’esprit des peuples et du prince, qui ne pouvaient offrir aucun sacrifice sans leur présence cl sans leur ministère.
Il fallait même que le roi’, avant que de monter sur le trône, eût reçu de leurs leçons pendant un certain temps, et eût appris d’eux l’art de bien régner cl l’art d’honorer dignement les Dieux. Il ne se décidait aucune affaire importante dans l'état sans qn’ils eussent été auparavant consultés : ce qui fait dire à Pline’ que, de .son temps encore, ils étaient regardés dans tout l’Orient comme les maîtres des princes cl de ceux qui se disent les rois des rois.
Ils étaient les sages, les savants, les philosophes de la Perse, comme les gymnosophistes ou les brachmancs l’étaient chez les Indiens, et les druides chez les Gaulois. Leur haute réputation y attirait des pays les plus éloignés ceux qui désiraient s’instruire à fond de la philosophie et de la religion, cl l’on sait que ce fut d’eux, aussi bien que des Égyptiens, que Pythagore emprunta les principes de celte doctrine qui le Gl si fort respecter de tous les Grecs, si l'on en excepte pourtant la métempsycose, qu’il emprunta des Égyptiens, et par laquelle il dégrada et corrompit le dogme ancien des mages sur l’immortalité de fàmc.
* In Th«mi»t. pag. 12B.
* « Nec quiiquim rex Pemnmi polest ti$t , qui non « anté magoniro dixciplinam sdemitinque perceperiu » (Cic. d« Divin. Mb. 1 , d. 91.)
> «Inlanlam futigü adolfYil(aucloriUisfiuigonim) d( « bodioque ctiam 1d magoi parte genlium prevaJeat , et « in Orienta regom regibiu imperet. » (Pliü. lib. 30, cap. 1.'
On convient assez que Zoroaslre fut le chef et l’instituteur de celte secte; mais les .sentiments sont fort parlagéssuric temps où ila vécu. Ce que dit Pline ‘ à ce sujet est fort propre à concilier les différentes opinions, comme l’a judicieusement remarqué M. Prideaux. Ou y lit qu’il y a eu deux Zoroastres, qui ont pu vivre à six cenLs ans l’un de l’autre. Le premier aura été l’inslituleur de celle secte vers l’an du monde 2900; cl le second, qui a vécu certainement entre le commencement du régne de Cyrus en Orient et la Qn de celui de Darius, Gis d’Hyslaspe, en aura été le réformateur.
L’idolâtrie, dans tout l’Orient, était partagée en deux sectes principales, celle des Sabiens, qui adoraient les simulacres, et celle des Mages, qui adoraient le feu. La première commença chez les Chaldécns. La connaissance qu’ils avaient de l’astronomie, et l’étude particulière qu’ils Qrenl des sept planètes, dans lesquelles ils croyaient que résidaient autant de divinités qui en étaient comme l’àme, les portèrent à représenter Saturne, Jupiter, Mars, Apollon, Mercure, Vénus et Diane ou la Lune, par autant de simulacres et de statues, où ils s’imaginèrent que ces prétendues divinités résidaient aussi réellement que dans les planètes mêmes. I.e nombre des dieux ensuite augmenta chez eux fort considérablemenL Ce culte passa de la Chaldée dans tout l’Orient, de là en Égypte, et enfin chez les Grecs, qui le répandirent chez toutes les nations de l'Occident.
Aux Sabéens étaient diamétralement opposés les Mages, autre secte née dans les mêmes pays orientaux. Comme ils avaient en horreur les images, ils n’adoraient Dieu que sous la figure du feu, comme en étant le symbole le plus parfait par sa pureté, par son éclat, par son activité, par sa subtilité, par sa fécondité, par son incorruptibilité. Ils prirent leur commencement dans la Perse : c’est là , et dans les Indes seulement, que celle secte se répandit, et qu’elle a subsisté jusqu’aujourd’hui. Leur doctrine fondamentale était qu’il y a deux principes, l’un qui est la cause de tout le bien, l’autre qui est la cause de tout le mal. Le premier est représenté par la lumière, et l’autre
>;ili
< llUl NaU 1U>. 30, cap. 1.
par les ténèbres, comme leurs propres symboles. Ils nomment le dieu bon Yasdan ou Orinuzd, et le mauvais Abraman. Le premier est appelé par les Grecs Oromasde, et le dernier knmanius. Aussi, quand Xerxès souhaitait à ses ennemis qu’il leur vint toujours dans l’esprit de chasser les meilleurs et les plus braves de leurs citoyens *, comme les Athéniens avaient chassé ïhômistocle , il adressait sa prière à Arimanius, le dieu mauvais des Perses, aün qu’il leur inspirât celle pensée, elnon à Oromasde, leur dieu bon.
A l’égard de ces deux dieux, il y avait celte différence de sentiments parmi eux, que les uns croyaient que l’un et l’autre étaient de toute éternité ; les autres , que le dieu bon seulement était éternel, et que l’autre avait été créé. Mais ils convenaient tous en ceci, qu’il y aurait une opposition continuelle entre ces deux dieux jusqu’à la Gn du monde; qu’alors le bon prévaudrait sur le mauvais, et qu’après cela chacun d’eux aurait son propre monde , savoir : le bon, son monde, avec tous les gens de bien qui lui seraient unis, et le mauvais aussi son monde, avec tous les méchants qui le suivraient.
Le second Zoroaslre, qui vivait du temps de Darius, entreprit de réformer, en quelques articles seulement, la secte des mages, qui, pendant plusieurs siècles, avait été la religion do- . minante des Mèdes et des Perses, mais qui, depuis la mort des chefs de cette secte usurpateurs de la couronne, et le massacre qui fut fait de ses sectateurs, était tombée dans un grand mépris. On croit que ce fut à Ecbalane qu’il commença à se produire.
Le principal changement qu’il Gt dans la religion des mages, c’est qu’au lieu que ceux-ci posaient pour dogme fondamental qu’il y a deux principes suprêmes, l’un auteur du bien, qu’ils appelaient la lumière, et l’autre auteur du mal, qu'ils nommaient les ténèbres, et qu’étant toujours en opposition, c’était de leur mélange que toutes choses avaient été faites, il établit un principe supérieur aux deux autres, savoir: un Dieu suprême, auteur de la lumière et des ténèbres, et qui, par le mélange de ces deux principes, faisait toutes choses selon son bon plaisir.
' Plut. In Thcmitt. pag. 1%.
Mais pour éviter de faire Dieu auteur du mal, voici ce qu’il enseignait. Il disait qu’il y a un être souverain, indépendant et qui existe par lui-même de toute éternité; que sous cet être souverain il y a deux anges, un ange de lumière, qui est l’auteur du bien, et un ange de ténèbres, qui est l’auteur du mal ; que ces deux anges ont formé du mélange de la lumière et des ténèbres toutes les choses qui existent ; qu’ils sont continuellement en guerre l'un contre l’autre ; que lorsque l’ange de lumière se rend le maître, le bien l’emporte sur le mal, et que lorsque l’ange de ténèbres a l’avantage, le mal prévaut sur le bien, et que ce conGit durera jusqu'à la Gn du monde; qu’alors il y aura une résurrection universelle, et un jour de jugement, où chacun recevra la juste rétribution de ses œuvres ; qu’après cela l’ange de ténèbres et ses disciples seront relégués dans un lieu où ils souffriront les peines dues à leurs crimes, dans une obscurité éternelle, et que l’ange de lumière et ses disciples iront aussi dans un lieu où ils recevront la récompense de leurs bonnes actions, dans une lumière éternelle; qu’ils seront séparés pour toujours, et que la lumière et les ténèbres ne seront plus jamais mêlées et confondues ensemble. Les restes de celte secte, qui subsistent encore dans la Perse cl dans les Indes, retiennent encore aujourd’hui, depuis tant de siècles, tous ces articles, sans aucune variation.
11 n’est pas nécessaire d’avertir le lecteur que presque tous ces dogmes, quoique altérés en plusieurs points, ont en général une grande conformité avec les saintes Écritures ; et il est évident qu’elles n’ont point été inconnues aux deux Zoroaslres, qui ont pu connaître tous deux le peuple de Dieu : le premier dans la Syrie, où les Israélites éUiient établis depuis longtemps ; le second à Babylone, où les mêmes Israélites avaient été transportés, et où ZoCoaslre aura pu consulter Daniel, qui était tout-puissant dans la cour du roi des Perses.
Une autre réforme que Gt Zoroaslre dans l’ancienne religion des mages, c’est qu’il Gt bâtir des temples, où l’on conservait avec grand soin le feu sacré, qu’il prétendait avoir apporté lui-même du ciel. Les prêtres veillaient jour et nuit pour empêcher qu’il ne s’éteignit.
On trouve tout ce qui regarde les mages rapporte fort nu long et fort savamment dans les deux premiers tomes de l'histoire des Juifs » par M. Prideaux, dont je n’ai fait ici qu’extraire une tres-petite partie.
Matliigcs cl SSputlure.
L’article de la religion des peuples d’Orient, que j’ai cru devoir traiter avec quelque étendue, parce que je la regarde comme, une partie cssentiellede leur histoire, m’oblige d’ahrtger ce qui concerne leurs autres coutumes. Celles des mariages et de la sépulture ne doivent pas être omises.
Rien n’est plus horrible ' , et ne marque mieux les profondes ténèbres où l’idolétrie avait plongé le genre humain, que la prostitution publique des femmes à Babjlonc, nonseulement autorisée par les lois, mais commandée par la religion même dans une certaine fi’te do l’année, que l’on célébrait en l’honneur de la déesse Vénus sous le nom de Mylitta, dont le temple devenait par cette infâme cérémonie un lieu de débauche. Elle y régnait encore et y était fort commune ’, lorsque les Israélites furent menés en captivité dans cette ville criminelle, et Jérémie se crut obligé de les prémunir et de les fortiOer contre un scandale si abominable.
Iji dignité et la sainteté du mariage n’étaient pas plus connues chez les Perses L Je ne parle pas seulement de cette multitude incroyable de femmes cl de concubines , dont le sérail des rois était rempli, à l’égard desquelles ils poussaient la jalousie aussi loin que s’ils n’en eussent eu qu’une seule , les tenant toutes renfermées chacune dans un appartement séparé , sous la sévére garde des eunuques, sans aucune communication entre elles, et beaucoup moins encore avec les personnes du dehors. On ne saurait lire sans horreur jusqu’où ils avaient porté l’oubli et le mépris des lois les plus communes de la nature L’inceste
* HorrxI. lib. 1 , c-ip. 190.
» Bfmir.fi. i-2cl W.
» lIcrtRl. III). 1. cjp 135.
* l'hilo. lib. <!e îfg. p.ig. 778. — Diog. Ijicrf.
io Procrm. pag. fi.
avec une so ur était permis chez eux par les lois , ou du moins autorisé par les mages , ces prétendus sages de la Perse , comme on l’a vu dans l’hisloirc de Cambyse. Un père même ns respectait pas sa fille, ni une mère son fils. Nous lisons dans Plutarque' que Parysatis, mère d’Artaxerxe Mnèmon , qui cherchait on tout â complaire an roi son fils, s’apercevant qu’il avait conçu une violente passion pour une de scs propres filles nommée Atossa , loin de s’y opposer; lui persuada de l’épouser cl d’en faire sa femme légitime , en se moquant des opinions et des lois des Grecs. Car , lui dit-elle, en poussant la fiatlerie à un excès affreux, c’est vous que Dieu a donné aux Perses comme la seule toi et la seule règle de tout ce qui est honnête ou déshonnête , vertueux ou vicieux.
Celte coutume abominable durait encore du temps d’Aloxandre-lc-Grand , qui, étant devenu maître de la Perse par la défaite et par la mort de Darius , fit une loi expresse pour la défendre. Ces excès nous apprennent de quel abîme l’Évangile nous a délivrés, et combien la sagesse humaine est une faible barrière contre les crimes les plus détcslahles.
Je finis , pour abréger , en disant un mot de la sépulture des morts. Ce n’était point la coiitiime dans l’Orient *, et surtout chez les Perses, d’élever un bûcher dans les funérailles pour y consumer par les llammes les corps morts. Aussi voyons-nous que Cyrus ’ en mourant recommanda avec grand soin à ses enfants d’inhumer son corps, et de le rendre à la terre *, ce sont ses expressions , par lesquelles il semble marquer qu'il regardait la terre comme sa première origine , où il était juste qu’on le fil retourner. El Cambyse*, apr»^ avoir fait essuyer au cadavre d’Amasis, roi d’Egypte, mille traitements indignes, crut y mettre le comble en le faisant consumer par les llaramcs , ce qui
■ In AtUi. pas. I0S3.
V llcrod. lib. 3, cap. t6.
» Xenoph. Cyrop. tib. 8 . p.vg. '238.
a (t Ac mibi quidrm antiqni^simuTn scpallunc penus td a fuisse videtur . quo apud Xcnopbonlcm tiyrus uiilur. « Reddilur riiim Icrre corpus, et iia locntum ac silum « qn.isi opciimcnlo niatris obducilur. » (Clc. lib. 3, dê I.eg. n. .Sfi.)
• llcrod. lib. 3, cap. 16.
était ègalemenl contraire aux usages des Égyptiens et des Perses*. Ceux-ci avaient coutume d’ejiduire et d’environner de cire les corps morts, pour les faire subsister plus longtemps.
J’ai cru devoir traiter ici avec quelque étendue ce qui regarde les mœurs et les coutumes des Perses, parce que l’hisloire de ce peuple doit occuper une grande partie de mon ouvrage, et que je n’y reviendrai plus dans la suite. Le livre de Barn. Brisson*, président du parlement de Paris , sur le gouvernemeiu des Perses, m’a ôté d’un grand secours. Ces sortes de recueils , quand ils sont faits par une main habile , épargnent beaucoup de peine , et fournissent ù un écrivain des traits d’érudition qui lui coûtent peu et qui ne laissent pas souvent de lui faire beaucoup d’honneur.
Article V. — Causes de la dècademcb dp. l'eupire